{"167497":{"id":"167497","parent":"166904","time":"1579084757","url":"http://www.les-crises.fr/?p=236732","category":"documentaires","title":"Le coût humain de la guerre contre l'Iran - Par Elizabeth Murray","lead_image_url":"http://w41k.com/img/","hub":"newsnet","url-explicit":"le-cout-humain-de-la-guerre-contre-l-iran-par-elizabeth-murray","admin":"newsnet","views":"88","priority":"3","length":"12548","lang":"fr","content":"<p>Source&nbsp;: <a href="https://consortiumnews.com/2020/01/05/the-human-cost-of-war-on-iran">Consortium News, Elizabeth Murray</a>, 05-01-2020</p><p><b>La perspective d'une souffrance humaine de masse, une réalité oubliée depuis l'époque de la guerre du Vietnam, est exclue du cadre des strat&egrave;ges militaires américains, a écrit l'ancienne analyste du renseignement américain Elizabeth Murray en ao&ucirc;t 2012.</b></p><p>&Agrave; la fin de 2002, juste avant le lancement de la campagne américaine &laquo; choc et effroi &raquo; contre l'Irak, j'ai été invitée à me joindre à une réunion d'analystes du renseignement au U.S. Army War College de Carlisle, en Pennsylvanie, pour participer à un exercice de &laquo; simulation de guerre &raquo; contre l'Irak. On nous a assigné des r&ocirc;les spécifiques et on nous a demandé de &laquo; jouer &raquo; divers scénarios politiques et diplomatiques qui pourraient se dérouler à la suite d'une attaque américaine contre l'Irak.</p><p>Un Américain d'origine irakienne, grand et costaud, qui était présent en tant qu'observateur et qui était assis à c&ocirc;té de moi le dernier jour, a fait une remarque discr&egrave;te&nbsp;: &laquo; Tous ces gens parlent de questions stratégiques, politiques et militaires&nbsp;; personne ici ne parle des centaines de milliers de personnes - mon peuple - qui vont mourir. &raquo;</p><p>Les corps d'hommes, de femmes et d'enfants vietnamiens empilés le long d'une route à M&#7929; Lai apr&egrave;s le massacre perpétré par l'armée américaine le 16 mars 1968. (Le photographe de l'armée américaine Ronald L. Haeberle)</p><p>Ses paroles m'ont paru profondément tragiques, et les larmes qui coulaient derri&egrave;re ses lunettes noires m'ont soudain fait honte d'&ecirc;tre là, consciente de l'absence totale de considération pour les Irakiens. J'ai eu du mal à trouver quelque chose à dire qui puisse consoler cet homme, mais je me suis sentie perdue.</p><p>Aujourd'hui, apr&egrave;s toutes ces années, cet incident est revenu me hanter alors que nous approchons du précipice d'une autre guerre meurtri&egrave;re. Allons-nous encore nous laisser aveugler&nbsp;?</p><p>Alors que les dirigeants israéliens se livrent à des gesticulations frénétiques au sujet d'une possible attaque militaire contre l'Iran, nous avons de nouveau des grands pontes, des experts et des commentateurs qui spéculent sur la fa&ccedil;on dont se déroulerait une offensive israélienne. Ils cherchent un sens à la rhétorique incendiaire du ministre de la Défense Ehud Barak et du Premier ministre Benjamin Netanyahou, et s'interrogent sur l'impact d'une guerre sur les intér&ecirc;ts politiques, stratégiques et économiques de l'Occident.</p><p>Comme pour les exercices de guerre auxquels j'ai participé à l'&Eacute;cole supérieure de guerre il y a dix ans, leur focalisation étroite sur les aspects stratégiques et tactiques d'un conflit potentiellement grave évite commodément le fait que nous parlions du meurtre et de la mutilation en masse de civils iraniens, ainsi que de nombreux autres dans la région.</p><p><b>Attaque sur Bushehr&nbsp;: &laquo; La mort de milliers de personnes &raquo;.</b></p><p>Dans un <a href="http://www.lobelog.com/consequences-of-an-attack-on-iran-are-no-joke">article</a> de réflexion sur ce sujet, la Professeure Marsha B. Cohen, spécialiste des questions irano-israéliennes, note qu'un document de 114 pages commandé en 2009 par le Centre d'études internationales et stratégiques, <a href="http://www.csis.org/files/media/csis/pubs/090316_israelistrikeiran.pdf" target="_blank">&laquo; Study on a Possible Israeli Strike on Iran's Nuclear Development Facilities &raquo;</a> [étude sur une possible frappe israélienne sur les installations nucléaires iraniennes, NdT], ne consacre que deux pages au sujet des pertes humaines prévues (pp. 90-91).</p><p>L'étude indique que &laquo; toute frappe sur le réacteur nucléaire de Bushehr entra&icirc;nera la mort immédiate de milliers de personnes vivant sur le site ou à proximité, et des milliers de déc&egrave;s par cancer par la suite, voire jusqu'à des centaines de milliers selon la densité de population le long du nuage de contamination &raquo;, ajoutant que &laquo; Bahre&iuml;n, le Qatar et les &Eacute;mirats arabes unis seront fortement touchés par les radionucléides. &raquo;</p><p>En d'autres termes, le document reconna&icirc;t que puisque la propagation des radiations nucléaires ne s'arr&ecirc;te pas aux fronti&egrave;res nationales, les populations civiles de toute la région, y compris celles des alliés des &Eacute;tats-Unis, seront forcées de subir les conséquences horribles de toute aventure militaire israélienne en Iran.</p><p>Le document répertorie l'éventail des souffrances et des déc&egrave;s humains dus aux radiations selon le degré d'exposition, allant de 0-50 Roentgens - &laquo; aucun effet évident, peut-&ecirc;tre des changements sanguins mineurs &raquo; - jusqu'à 5.000 Roentgens - &laquo; incapacité presque immédiate&nbsp;; toutes les personnes exposées seront tuées dans la semaine qui suit &raquo;. Une carte d'accompagnement de la région montre les configurations de vent dominants, indiquant o&ugrave; le rayonnement est susceptible de dériver.</p><p>Sans aborder plus avant la dimension humanitaire, la page suivante évoque les différentes caractéristiques techniques des syst&egrave;mes de missiles israéliens et iraniens.</p><p><b>L'empathie humaine, victime d'une culture guerri&egrave;re&nbsp;?</b></p><p>Comment se fait-il que les responsables politiques américains comme les membres des agences de renseignement et des groupes de réflexion qui les soutiennent semblent avoir si peu de compassion pour les victimes de leurs décisions politiques et militaires&nbsp;? Sont-ils devenus trop éloignés de la souffrance, alors qu'ils font la navette d'une réunion à l'autre dans leurs SUV et leurs limousines&nbsp;?</p><p>Le sujet de la souffrance humaine est presque tabou au sein de ces élites, et n'est généralement soulevé que lorsque la publicité négative des médias, ou la perspective de celle-ci, les oblige à agir.</p><p>Les grands médias encouragent-ils une culture de la guerre qui conditionne leurs citoyens à ne pas penser à la souffrance humaine des citoyens étrangers&nbsp;? Se pourrait-il que nos médias contr&ocirc;lés par les entreprises ne veuillent pas que les Américains se soucient du fait que les corps des hommes, des femmes et des enfants en Iran seront déchiquetés par les bombardements massifs, les attaques aériennes, ou se détérioreront lentement et douloureusement à cause des maladies liées aux radiations qui accompagneront l'exposition à l'uranium appauvri des bombes &laquo; bunker buster &raquo; [Un bunker buster est une bombe con&ccedil;ue pour pénétrer des cibles fortifiées ou des cibles enterrées en profondeur, NdT]&nbsp;?</p><p>&Agrave; quand remonte la derni&egrave;re fois que des images de morts et de blessés des guerres en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan ont été diffusées à la télévision&nbsp;? M&ecirc;me pour les Américains qui cherchent des sources dans les médias alternatifs, il y a des chances que la diffusion par <i>WikiLeaks</i> de la vidéo désormais cél&egrave;bre des &laquo; meurtres collatéraux &raquo; ait été la premi&egrave;re - et peut-&ecirc;tre la derni&egrave;re - exposition à la brutalité et à la criminalité pure et simple de ces guerres.</p><p>L'émission allemande &laquo; Panorama &raquo; sur la vidéo &laquo; Meurtre collatéral &raquo; a présenté <a href="http://daserste.ndr.de/panorama/media/panor165.html">un excellent extrait</a> de la vidéo &laquo; Meurtre collatéral &raquo; qui a fait l'objet d'une fuite, mettant en vedette le soldat américain Ethan McCord, qui est arrivé apr&egrave;s le massacre et a désobéi aux ordres en se précipitant sur l'un des enfants blessés pour qu'il re&ccedil;oive des soins médicaux.</p><p>Le fait qu'un tel programme soit diffusé en Allemagne, o&ugrave; il a eu une résonance particuli&egrave;rement importante et intense, mais pas aux &Eacute;tats-Unis, en dit long sur l'autocensure qui r&egrave;gne aujourd'hui dans les médias américains en ce qui concerne la mort et la destruction causées par les guerres américaines.</p><p>Les médias américains n'ont pas toujours été aussi réticents à montrer les réalités sanglantes de la guerre. Lorsque la télévision américaine a diffusé des images choquantes, aux heures de grande écoute, de soldats américains blessés et de villageois terrifiés au Vietnam, les Américains ont réagi en formant un mouvement anti-guerre massif qui a finalement forcé la fin du conflit en Asie du Sud-Est.</p><p>Le grand ponte néoconservateur Norman Podhoretz, qui soutenait vigoureusement la guerre du Vietnam ainsi que les guerres en Irak et en Afghanistan, était dégo&ucirc;té par le retrait des &Eacute;tats-Unis de l'Asie du Sud-Est et pensait qu'il était nécessaire pour la société américaine de surmonter le &laquo; syndrome du Vietnam &raquo; - à savoir ce qu'il appelait &laquo; les oppositions malsaines à l'utilisation des forces militaires &raquo;.</p><p>(L'un des principaux objectifs des relations publiques des administrations Reagan et du 41e président Bush était de guérir le peuple américain de ce &laquo; syndrome du Vietnam &raquo;, un processus qui a progressé à travers les petites guerres des années 1980, comme l'invasion de la Grenade, l'invasion d'importance moyenne du Panama et la guerre du golfe Persique contre l'Irak, à plus grande échelle. Apr&egrave;s la fin du massacre de cette guerre au sol de 100 heures, le Président George H.W. Bush <a href="https://consortiumnews.com/2011/022811.html">a déclaré</a>&nbsp;: &laquo; Dieu merci, nous avons vaincu le Syndrome du Vietnam une fois pour toutes &raquo;).</p><img src="http://w41k.com//img/newsnet_167497_ea4de6.jpg" /><p>La Route de la Mort, Irak, 1991&nbsp;: les &Eacute;tats-Unis ont tiré sur des Irakiens qui battaient en retraite. (Flickr)</p><p>Depuis le lancement des guerres américaines en Afghanistan et en Irak apr&egrave;s le 11 septembre 2001, les grands médias contr&ocirc;lés par les entreprises ont particuli&egrave;rement bien réussi à écarter les réalités de la guerre des écrans de télévision. Les directeurs de l'information ont tenu compte des réclamations des faucons de guerre qui se plaignaient d'une couverture &laquo; antipatriotique &raquo; de la guerre et ont pris des mesures sév&egrave;res pour censurer les images susceptibles de retourner l'opinion publique contre elle.</p><p>Jusqu'à récemment, cette censure sur les victimes de guerre comprenait l'interdiction de diffuser des images de cercueils militaires arrivant à la base aérienne de Dover [La base aérienne de Dover ou AFB Dover est une base de l'armée de l'air américaine située à 3 km au sud-est de la ville de Dover, dans le Delaware, NdT]. Ignorer les sombres réalités de la guerre a également permis sa glorification par des programmes de télévision tels que &laquo; Stars Earn Stripes &raquo;.</p><p>L'absence de voix favorables à la paix dans les médias grand public a également contribué à isoler les Américains des réalités de la guerre, à alimenter des peurs irrationnelles et à contribuer à la déshumanisation des victimes de la guerre en tant qu'&laquo; Autre &raquo; sans visage.</p><p>La valeur de la compassion pour nos semblables est souvent décrite comme une faiblesse dans le discours des médias grand public - une évolution qui doit donner une immense satisfaction à Podhoretz et à d'autres de son esp&egrave;ce qui se sont insurgés contre les &laquo; oppositions malsaines &raquo; à la violence qui ont contaminé les Américains apr&egrave;s la guerre du Vietnam.</p><p>Alors que les enjeux de la participation des &Eacute;tats-Unis à une aventure militaire israélienne imprudente et malavisée contre l'Iran augmentent, n'oublions pas que ceux qui préconisent de telles guerres sont presque toujours confortablement installés dans des lieux et des modes de vie qui leur garantissent de ne jamais avoir à voir de leur vivant un champ de bataille, un cadavre mutilé ou un enfant difforme.</p><p>Elizabeth Murray a été officier adjointe du renseignement national pour le Proche-Orient au sein du Conseil national du renseignement avant de prendre sa retraite apr&egrave;s une carri&egrave;re de 27 ans au sein du gouvernement américain, o&ugrave; elle s'est spécialisée dans l'analyse politique et médiatique du Moyen-Orient. Elle est membre de l'association Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS).</p><p>Source&nbsp;: <a href="https://consortiumnews.com/2020/01/05/the-human-cost-of-war-on-iran">Consortium News, Elizabeth Murray</a>, 05-01-2020</p><p>Traduit par les lecteurs du site <a href="http://www.les-crises.fr">les-crises.fr</a>. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.</p><p><a href="http://www.les-crises.fr/?p=236732">les-crises.fr</a></p>"}}