Ecologie, agriculture et transports : qui sont les nouveaux ministres ?

18/05/2017 3 articles 15 min reporterre.net  loi sur la biodiversité Tafta Areva Notre-Dame-des-Landes  agroécologie environnement  Nicolas Hulot #128949

Nicolas Hulot s'est (enfin) laissé convaincre d'entrer au gouvernement. À l'Agriculture et aux Transports, Jacques Mézard et Élisabeth Borne sont inconnus au bataillon, mais de fins connaisseurs de leurs dossiers.

Après un report de 24 heures, la composition du gouvernement d'Edouard Philippe a finalement été dévoilée mercredi 17 mai à 15 heures. Qu'est-ce que cela augure pour l'écologie ? Pour se faire une idée, Reporterre a scruté le CV de trois des nouveaux ministres : Nicolas Hulot à l'écologie bien sûr, mais aussi Élisabeth Borne, ministre chargée des Transports et le ministre de l'Agriculture Jacques Mézard.

Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire

« Ceux qui me connaissent savent qu'être ministre n'est pas pour moi un objectif en soi. Je pèse toutes les implications de cette décision. Cependant, j'ai l'intuition, sans en avoir la certitude, que la donne politique ouvre une nouvelle opportunité d'action que je ne peux pas ignorer. » C'est par ces mots que Nicolas Hulot a expliqué sa nomination à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire, mardi 17 mai, à 15 h. À 62 ans, l'ancien animateur de l'émission Ushuaïa, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme, saute le pas après quinze années à refuser un portefeuille de ministre de l'Environnement. Il a ainsi décliné l'offre de Jacques Chirac en 2002, puis de Nicolas Sarkozy en 2007. S'il a accepté d'être nommé envoyé spécial pour la protection de la planète par François Hollande, en décembre 2012, il n'a pas souhaité entrer au gouvernement lors du remaniement de février 2016.

Sa nomination a été peu commentée par les artisans du programme environnemental d'Emmanuel Macron qu'a interrogés Reporterre. Arnaud Leroy, député (PS) des Français établis hors de France, un moment pressenti pour occuper cette fonction, n'a pas souhaité s'exprimer. Julien Marchal, de DCNS énergie, s'est contenté de « [prendre] acte » de cette décision. Seul Philippe Zaouati, directeur de Mirova, une filiale de Natixis spécialisée dans la finance verte, s'est dit « ravi » : « C'est un signal que nous avons réalisé un vrai travail de fond, même si nos propositions étaient moins lyriques que celles d'autres candidats. Et sa présence balaie la critique répandue selon laquelle l'environnement ne sera pas au cœur du quinquennat. »

Jean-Luc Mélenchon, avec qui Hulot a des relations amicales, a exprimé sa tristesse : « Voir Nicolas Hulot entrer au gouvernement Philippe est un crève-coeur ».

Jean-Luc Mélenchon 17/05/2017 20:09:32  1073  539

Voir Nicolas Hulot entrer au #GouvernementPhilippe est un crève-coeur.

Du côté des écologistes, on se montre satisfait sans se départir de sa vigilance. « C'est une excellente nouvelle, a réagi Arnaud Gossement. J'étais porte-parole de France nature environnement (FNE) lors du Grenelle de l'environnement en 2007. Je pense qu'à l'époque, une immense majorité des écologistes qui participaient à l'événement auraient espéré un super-ministère de ce type avec une personnalité comme Nicolas Hulot à sa tête. » L'avocat en droit de l'environnement est d'autant plus satisfait qu'il ne croyait guère à cette possibilité : « Nicolas Hulot avait quand même pris une position très réservée sur Emmanuel Macron. » En effet, dans une tribune publiée le 29 avril dernier dans le quotidien Le Monde, M. Hulot avait annoncé qu'il voterait pour le candidat d'En Marche ! au second tour, mais qu'il ne s'agissait « en aucun cas d'un chèque en blanc et encore moins d'une adhésion sans réserve ». Il avait alors appelé Emmanuel Macron à refuser le traité européen de libre-échange avec le Canada (Ceta) et à s'engager pour la mise en œuvre d'une taxe européenne sur les transactions financières. Interviewé par Reporterre le 31 mars dernier, il avait souligné que le programme environnemental de l'ancien ministre de l'Économie ne présentait pas « la même cohérence, la même exigence » que ceux de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon et avait souligné les « divergences entre [Emmanuel Macron et lui], notamment sur la question du nucléaire ».

Nicolas Hulot en mars 2017, à Boulogne-Billancourt.

Serait-ce le périmètre assez important accordé à son ministère, numéro trois du gouvernement, qui l'a finalement convaincu ? Son portefeuille est quand même moins épais qu'attendu par les ONG, qui avaient réclamé le 9 mai dernier « un grand ministère, avec à sa tête un ministre d'État, numéro deux dans l'ordre protocolaire, chargé du développement durable (écologie, biodiversité, climat et énergie, transport, logement et urbanisme, aménagement du territoire, pêche et mer) ». Surtout, une incertitude règnerait encore sur la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). « Elle dépend du ministère des Affaires étrangères, même si Ségolène Royal l'avait sous sa tutelle lorsqu'elle était ministre de l'Écologie puis de l'Environnement - sauf l'action internationale sur le climat, qui était entre les mains de Laurent Fabius jusqu'à la fin de la COP21, explique Arnaud Gossement. Mais il est important pour l'avenir que tout le portefeuille climat soit dévolu à Nicolas Hulot. »

Ce qui préoccupe plutôt Célia Gautier, du Réseau action climat (RAC), ce sont les « moyens financiers et humains » qui seront dédiés à la transition écologique. « On attend aussi des garanties sur tous les points sur lesquels Nicolas Hulot s'est montré critique : le Ceta, le calendrier et les modalités de sortie du charbon, le gel des permis pétroliers et gaziers, les grandes infrastructures notamment de transport. Autre point d'interrogation : qui va s'occuper de la rénovation énergétique des bâtiments, des mobilités, de la forêt ? »

Le WWF, dirigé par Pascal Canfin, s'est de son côté annoncé « attentif à plusieurs grands chantiers » : la mise en œuvre de l'Accord de Paris, le maintien des objectifs de la loi sur la transition énergétique et l'organisation « rapide » d'un Grenelle de l'agriculture et de l'alimentation.

Autre sujet de préoccupation : quelle marge de manœuvre Nicolas Hulot aura-t-il face au Premier ministre, Édouard Philippe, dont l'écologie n'est pas la tasse de thé ? Mardi, Reporterre brossait le portrait peu rassurant de l'ancien directeur des affaires publiques d'Areva, qui s'est battu pour le maintien en activité de la centrale à charbon du Havre et a voté contre la loi sur la transition énergétique et la loi sur la biodiversité. Stéphane Lhomme, directeur de l'Observatoire du nucléaire, va ainsi jusqu'à qualifier Nicolas Hulot d'« idiot utile d'un gouvernement anti-écolo, pronucléaire et pro-Linky ».

Arnaud Gossement identifie tout de même un point positif : l'entrée au gouvernement de Nicolas Hulot pourrait, selon lui, marquer un coup d'arrêt à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Ségolène Royal n'aurait pas voulu proroger la déclaration d'utilité publique à la fin de son ministère. Je vois mal Nicolas Hulot commencer son action en signant un décret de prorogation de la déclaration d'utilité publique du projet. Il va falloir trouver une porte de sortie. »

Élisabeth Borne, ministre auprès du ministre d'État, ministre de la Transition écologique, chargée des Transports

Elisabeth Borne.

« Une femme compétente qui se retrouve à la tête d'un vrai ministère, c'est une bonne nouvelle pour tous les usagers des transports ! », résume Christian Broucaret. Le porte-parole de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) se dit satisfait de la nomination de M me Élisabeth Borne comme ministre de la Transition écologique chargée des transports.

« Un ministère, c'est mieux qu'un secrétariat d'État, comme ça l'était sous Hollande, débute Christian Broucaret. Elle aura plus de marge de manœuvre, et cela montre que la problématique des transports est une priorité pour ce gouvernement. » Deuxième aspect, M me Borne connaît « le sujet sur le bout des doigts ». Et pour cause : cette haute-fonctionnaire de 56 ans, diplômée de Polytechnique et des Ponts-et-chaussées, a passé une grande partie de sa carrière dans le domaine.

Le CV d'Élisabeth Borne est (presque) parfait. Elle commence sa carrière au ministère de l'Équipement en 1987, avant de rejoindre la direction régionale de l'Équipement d'Île-de-France. Proche de Lionel Jospin, elle intègre, comme conseillère technique chargée des transports, le cabinet du nouveau Premier ministre en 1997. En 2002, elle devient directrice de la stratégie de la SNCF, puis rejoint la société Eiffage en 2007 en tant que directrice des concessions pour un an, avant de diriger pendant cinq ans l'urbanisme à la mairie de Paris. Nommée en 2013 préfète de la région Poitou-Charentes, elle y rencontre et sympathise avec Ségolène Royal, qui lui demande un an plus tard de diriger son cabinet au ministère de l'Écologie.

Inconnue du grand public, la presse ne tarit pas d'éloges à son sujet, de même que celles et ceux qui ont travaillé avec elle, comme Anne Hidalgo : « Une fille extraordinaire, épatante, humaine, une bête de travail incroyable. » Dans un article paru dans Libération, la maire de Paris décrit M me Borne comme « une assurance tout risque, ce que la méritocratie républicaine peut produire de mieux ».

Prudent, le journaliste spécialiste des transports Olivier Razemon salue la nomination d'une experte, tout en rappelant les points de vigilance : « Le fait qu'elle soit passée par Eiffage ne signifie pas qu'elle va favoriser les autoroutes, mais il faudra être attentif à ses positions. » Pour Christian Broucaret, « elle aura très vite des dossiers importants sur lesquels nous l'attendons : l'écotaxe, les LGV (lignes à grande vitesse), le réseau transeuropéen de transports... ».

Jacques Mézard : ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation

Jacques Mézard, 69 ans, vieux routier de la politique, a cependant été l'un des ralliés de la première heure auprès d'Emmanuel Macron, dès fin 2016. Sénateur du Cantal depuis 2008, conseiller municipal d'Aurillac et président de la communauté d'agglomération d'Aurillac, c'est un homme politique influent dans son département, rural et agricole. L'élu est étiqueté Parti radical de gauche et il sera, avec Gérard Collomb, l'aîné du gouvernement.

Le nouveau ministre est un connaisseur des problématiques agricoles. Sénateur, il a notamment fait partie des groupes d'étude sur l'économie agricole et alimentaire, l'élevage, les fruits et légumes, ou encore sur la trufficulture, l'oléiculture et les cultures traditionnelles.

Jacques Mézard.

Ses positions sont diverses, l'homme est difficile à cerner. Il a voté contre l'obligation de porter à 20 % la quantité de produits bios au menu des cantines. Il est aussi un défenseur de la recherche sur les embryons, indice qu'il soutient les OGM ? Sur le Tafta, traité de libre-échange avec les États-Unis, il s'était emporté contre les élus de la gauche radicale qui proposaient au conseil municipal d'Aurillac de déclarer leur commune « zone hors Tafta ».

« Il m'a soutenu sur ma proposition d'interdire les pesticides dans les communes, mais en général en ce qui concerne l'écologie, il avait tendance à la balayer au nom de la compétitivité, de l'efficacité et des avancées de la science », raconte Joël Labbé, sénateur EELV. « Du côté de l'alimentation, je le vois plutôt défendre la logique de la FNSEA, qui consiste à dire que ce qui est local, c'est-à-dire français, est forcément qualitatif. Mais il ne pourra pas faire n'importe quoi, car le bio et l'agroécologie sont des tendances qui vont s'accentuer. Et Nicolas Hulot à l'Écologie appuiera aussi là-dessus. »

Ronan Dantec, qui lui aussi a côtoyé M. Mézard au Palais du Luxembourg, souligne qu'« il a toujours été un fervent défenseur des départements les plus fragiles. Dans le débat sur la réforme territoriale, il s'est montré méfiant vis-à-vis de la logique métropolitaine. Cela peut jouer dans sa vision des politiques agricoles ».

« Je suis content que ce soit un Cantalou qui soit nommé ministre de l'Agriculture, car cela signifie qu'il connaît les spécificités de la montagne, des AOP [appellations d'origine contrôlée] et de l'élevage dans notre zone, réagit Stéphane Malroux, porte-parole de la Confédération paysanne du Cantal. Cela même si on ne partage pas toujours la même vision de l'agriculture. »

Parmi les dossiers qui l'attendent figurent notamment les négociations sur la prochaine réforme de la Politique agricole commune, mais aussi l'organisation des États généraux de l'alimentation, une des propositions de Macron candidat.

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie

Ministre de l'Agriculture sous Nicolas Sarkozy, il avait dès son entrée au ministère déclaré perdue d'avance la bataille du maintien des quotas laitiers. L'ex-candidat à la primaire de Les Républicains, lors de son passage au Salon de l'agriculture l'an dernier, avait déclaré que le Tafta, le traité de libre-échange avec les États-Unis, était « un scandale démocratique ». Côté économie et finances, Il est favorable à la suppression de l'ISF et à l'abaissement de l'impôt sur les plus-values. La suppression de 500.000 fonctionnaires figurait également dans son programme.

Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires

Cet élu breton a rejoint En Marche ! dès avril 2016 et a désormais rendu sa carte au PS. Rapporteur de la loi Macron, c'est comme cela qu'il s'est rapproché du nouveau président. Il avait plaidé, dans le sens de Ségolène Royal, pour une remise à plat de l'écotaxe poids lourds, et l'a également soutenue sur la loi de transition énergétique. Idem sur les questions d'agriculture ou de décentralisation, il a été dans la ligne du gouvernement Hollande. « Nous ne considérons pas que l'écologie est une tare, une case qu'il faudrait cocher. Nous pensons que l'écologie et l'environnement sont des sujets transversaux », déclarait-il pendant la campagne.

Muriel Pénicaud, ministre du Travail

Son objectif sera le même que celui que s'était fixé François Hollande : inverser la courbe du chômage. Elle était directrice de Business France, l'agence de promotion de la France auprès des investisseurs étrangers, depuis 2014. Dans son parcours, on note aussi un passage comme conseillère de Martine Aubry, alors ministre du Travail, au début des années 1990. Après une carrière commencée dans le public, elle a bifurqué vers le privé et la gestion des ressources humaines, notamment chez Danone et Dassault systèmes.


Source : Marie Astier, Lorène Lavocat et Émilie Massemin pour Reporterre

Photos :
chapô : l'hôtel de Roquelaure, dans le 7 e arrondissement de Paris, abrite le cabinet ministériel du ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer du gouvernement sortant.  Wikipedia (Pline/CC BY-SA 3.0)
Hulot : © Éric Coquelin/Reporterre
Borne : Charente libre
Mézard : DR

reporterre.net

newsnet 17/05/19 00:54
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