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Iraq. A l'heure de la désunion
< 100307:1320 2 articles Une socio13 7 min 1 tracks rss
Le pays nage dans un imbroglio de conflit d'intérêts et de luttes ethno-confessionnelles auquel s'ajoutent des violences quotidiennes. Une situation pernicieuse à quelques jours d'un scrutin dont on n'attend presque rien.
A l'heure de la désunion
Au total, 352 personnes, en majorité des civils, ont été tuées en février dans les violences en Iraq, un chiffre en augmentation par rapport aux mois précédents. Cette hausse de la violence n'est pas fortuite. Nul secret pour personne, à son origine, les élections législatives de la semaine prochaine. Plutôt que de rassembler les Iraqiens, ce scrutin semble creuser davantage les divisions dans un pays où le confessionnalisme est le mot d'ordre. Aujourd'hui donc, à quelques jours du scrutin, c'est la confusion et l'incertitude qui règnent. Au clivage chiites/sunnites s'ajoute aussi la question kurde, avec notamment l'épineuse affaire de la ville de Kirkouk. Deux dossiers extrêmement chauds.
Pour ce qui est du premier, la pilule de l'exclusion de candidats sunnites accusés d'appartenance à l'ancien Baas n'est pas passée. A une semaine des élections, le vice-président iraqien, Tarek Al-Hachémi, a estimé que « la corruption et le confessionnalisme politique » du gouvernement de Nouri Al-Maliki « détruisaient l'Etat », et il a appelé les Iraqiens à voter pour le « changement ». Le responsable sunnite s'exprimait devant quelque 3 000 membres de la communauté iraqienne à Amman. M. Hachémi, qui se présente sur la liste du « Bloc iraqien », principale liste laïque en lice pour le scrutin, a ajouté que « l'heure du changement et du salut est venue, et la décision est entre vos mains ». « Nous devons traduire notre colère, notre souffrance et notre frustration en une position historique qui permet, cette fois, de parvenir à un Iraq sans injustice, sans ignorance, sans analphabétisme et sans corruption », a-t-il encore dit.
Pour ce qui de la liste des exclus, le chef de la Commission responsabilité et justice, Ali Al-Lami, a déclaré que les preuves justifiant l'élimination de plusieurs candidats aux législatives du 7 mars seront rendues publiques avant le scrutin. La Commission avait disqualifié 456 candidats pour des liens présumés ou apologie du parti interdit de l'ancien président iraqien. Parmi les candidats exclus figure un ténor sunnite du Parlement sortant Saleh Al-Motlaq. Ce dernier était le numéro 2 du Bloc iraqien (Iraqiya). Selon M. Lami, la Commission responsabilité et justice dispose de preuves que M. Motlaq a aidé financièrement des groupes armés responsables de la mort d'Iraqiens. Ces preuves émanent d'aveux de personnes arrêtées ou détenues, a-t-il précisé. La Commission a également limogé environ 600 responsables « dans les plus hauts rangs » des services de sécurité iraqiens pour leurs liens avec le Baas, après une enquête dans les différents ministères concernés, selon Ali Al-Lami.
Or, la publication des preuves ne risque pas d'arranger les choses. Le mécontentement des sunnites n'en sera pas réduit. Face à cette situation, les sunnites tentent d'unir leurs forces. Ainsi, un important parti sunnite est revenu sur sa décision de boycotter les législatives en justifiant ce nouveau revirement par le danger dans lequel serait plongé le pays si le Bloc iraqien, la liste à laquelle il était associé, ne gagnait pas ce scrutin. « Nous sommes inquiets par la détérioration de la situation qui résulterait en Iraq de l'échec du Bloc iraqien, et nous sommes convaincus que sans nous, il risque de ne pas gagner. C'est pourquoi nous avons décidé de lui apporter notre soutien afin qu'il arrive en tête et favorise le changement dans le pays », a déclaré à l'AFP Saleh Motlaq, leader du Front du dialogue national. Et d'appeler les Iraqiens « à voter massivement pour contrecarrer les opérations de fraude » et ce, « en dépit des réserves que nous avons eues sur le processus électoral en raison notamment de l'exclusion de candidats qui porte atteinte à la légitimité des élections ». Selon les analystes politiques interrogés par l'AFP, le Bloc iraqien - qui regroupe 22 composantes - arriverait en tête dans trois des quatre provinces à majorité sunnites : Anbar à l'ouest, Ninive au nord et Salaheddine au centre. Dans le gouvernorat de Diyala au nord-est de Bagdad, il se place derrière le Front de la Concorde, une autre coalition sunnite.
Les chiites divisés
Difficile pour autant de prédire si cette « union » sunnite sera à même de faire face aux chiites. Or, dans les milieux chiites, l'unité fait défaut. A quelques jours du scrutin, Bachir Al-Najafi, un des quatre plus importants guides spirituels chiites, a lancé une attaque sans précédent contre plusieurs ministères dirigés par des amis politiques du premier ministre Nouri Al-Maliki, qu'il a accusés de corruption. Mais pour éviter tout dérapage à la suite de cette attaque, le guide spirituel de la communauté chiite en Iraq, l'ayatollah Ali Sistani, a insisté sur la neutralité de la hiérarchie religieuse dans les législatives. « Je renouvelle mon appel aux personnes liées à la Marjaïya pour qu'elles adoptent la stricte neutralité par rapport aux partis politiques », a-t-il dit. Dans cette mise au point, la plus importante personnalité religieuse de cette communauté a tenu à lever toute ambiguïté.
Sa décision de ne pas donner des consignes de vote revient au fait que les chiites sont divisés entre deux principales listes, celle de Nouri Al-Maliki et celle de ses anciens alliés devenus adversaires regroupés dans l'Alliance Nationale Iraqienne (ANI). Ces derniers s'étaient, de leur côté, réjouis des accusations lancées par Bachir Al-Najafi. « L'ayatollah Najafi recherche l'intérêt des Iraqiens et il a clairement identifié les sources d'incompétence et de corruption », a ainsi déclaré à l'AFP l'ancien vice-premier ministre Ahmad Chalabi.
Tensions au Kurdistan
Côté kurde aussi, les tensions, même internes, ne manquent pas. De nombreuses violences électorales ont eu lieu au Kurdistan ces dernières semaines. La dernière en date est l'attaque d'un militant de la liste dissidente Goran (changement), blessé par des partisans du président iraqien Jalal Talabani à Erbil. Depuis son lancement, la campagne a pris un tour extrêmement violent dans cette province, fief de M. Talabani, chef de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK). La semaine dernière, l'UPK a accusé des partisans de Goran d'avoir jeté des pierres sur le convoi de deux de ses dirigeants et par ailleurs, trois partisans de Goran avaient été blessés par des tirs lors d'une réunion électorale perturbée par des membres des forces de sécurité de l'UPK, selon Goran. Pour la première fois en 30 ans de règne sur le Kurdistan, le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), dirigé par le président de la région autonome Massoud Barzani, et l'UPK font face à une liste dissidente, Goran, aux élections.
A ces tensions internes s'ajoutent celles intercommunautaires. L'armée américaine et les responsables iraqiens estiment que les tensions entre Arabes et Kurdes représentent la principale menace pour la stabilité du pays qui se relève d'un conflit confessionnel entre chiites et sunnites. Ainsi, le sort d'une force commune arabo-kurde, mise en place il y a deux mois par les Etats-Unis dans le nord de l'Iraq pour éviter une guerre ethnique, sera tranché juste après les élections de dimanche. Des officiers américains et iraqiens à Kirkouk (240 km au nord de Bagdad) ont indiqué qu'une réunion de haut niveau se tiendra le 9 mars à Bagdad, soit deux jours après le scrutin, pour déterminer si elle doit poursuivre sa tâche et définir sa taille.
Or, une remise en cause de cette force de 1 350 hommes chargée d'empêcher tout dérapage dans les zones disputées pourrait avoir de graves effets sur les efforts de réconciliation. Policiers et militaires iraqiens, soldats américains et pechmergas (combattants kurdes) ont commencé leurs patrouilles il y a deux semaines dans la riche province pétrolière de Kirkouk, en dépit des objections des Arabes et des Turcomans, pour qui l'inclusion d'une force paramilitaire kurde remet en cause la souveraineté de l'Etat. Entraînée par les Américains, cette force, constituée en janvier à l'issue de mois de négociations au plus haut niveau, a établi une série de points de contrôle mixtes à Kirkouk et dans les provinces de Diyala et Ninive, où se trouvent des territoires disputés entre Arabes et Kurdes. Le gouvernement autonome du Kurdistan a l'ambition d'annexer le gouvernorat de Kirkouk et des parties de Ninive et de Diyala. En revanche, le gouvernement central à Bagdad n'a pas l'intention de laisser les Kurdes aller au-delà des provinces d'Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk. Les trois provinces formant le Kurdistan représentent 40 000 km2, mais les forces kurdes, dans le sillage de l'invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, ont étendu leur présence sur 75 000 km2, en prenant le contrôle d'une partie des provinces de Kirkouk, Ninive et Diyala. Voilà donc un enchevêtrement de luttes confessionnelles et de conflits d'intérêts qui n'augurent rien de bon.
EL Arham
socio13
Irak 2010, entre constantes et paradoxes
< 100307:1329 Irak info-palestine 3 min rss ouvrir
Les défis de l'Irak demeurent légion en effet, et c'est en ce sens que le dossier présent a vocation à exprimer une partie d'entre eux.
samedi 6 mars 2010 - 20h:13
Barah Mikaïl
Sept ans après son invasion, et la chute du régime de Saddam Hussein, l'Irak donne des signes contradictoires. D'un côté, l'amélioration des perspectives semble au rendez-vous, comme le montre par exemple une situation sécuritaire qui, aussi exacerbée soit-elle parfois, demeure moins problématique qu'il y a deux ans encore.
samedi 6 mars 2010 - 20h:13
Barah Mikaïl
Sept ans après son invasion, et la chute du régime de Saddam Hussein, l'Irak donne des signes contradictoires. D'un côté, l'amélioration des perspectives semble au rendez-vous, comme le montre par exemple une situation sécuritaire qui, aussi exacerbée soit-elle parfois, demeure moins problématique qu'il y a deux ans encore.
