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la gratuité est la seule alternative

< 100206:1013 2 articles system Stay calebirri 6 min rss
Posté par calebirri le 3 février 2010

Le remplacement du capitalisme est une question délicate. J'ai déjà beaucoup écrit àce sujet, et termine souvent dans la même impasse : l'impossibilité de faire sinon autrement, au moins mieux. Car il faut dire que je ne crois ni en la possibilité d'un capitalisme « moralisé », ni en celle d'un autoritarisme « paternaliste ». Pour moi, ces deux solutions entrainent inévitablement la misère et l'exploitation du plus grand nombre, car ces deux systèmes sont basés sur des rapports de force, et donc fondés sur l'injustice.

Il peut être intéressant de s'interroger sur l'opposition entre ces deux termes, justice et force. Car il est de fait que lorsque l'un augmente, l'autre diminue en conséquence ; c'est une loi quasi naturelle.

La seule solution pour sortir de ce rapport donc, de mon point de vue j'entends, consiste pour moi en un système non plus fondé sur la rareté qui crée l'injustice (celui qui possède plus est plus fort que celui qui possède moins...), mais plutôt par l'opulence seule capable de créer la gratuité.

Ne parvenant pas à amorcer le début d'une réflexion censée et crédible sur ce à quoi pourrait ressembler un tel système concrètement, je parviens parfois moi-même à me persuader que le capitalisme est impossible à vaincre, et qu'il faut bien se rendre à l'évidence : composer avec ce dernier, et ce malgré l'inutilité flagrante d'une telle espérance. Car pour changer le système, je pars toujours d'un point de vue capitaliste : changer les règles, définir une morale, refonder l'éducation, je me trouve chaque fois face à un mur de refus logique qui provient de l'état actuel des choses. comme si je demandais à une pierre de remonter la montagne d'où elle est tombée.

Mais en prenant le problème d'un autre point de vue (celui de l'esprit), rien n'est impossible en théorie. Si le système capitaliste enchaîne les réformes à son propre fonctionnement, le fait de se séparer du concept même de l'argent remet l'esprit humain et les relations sociales, la société toute entière dans une autre perspective.

Imaginons un instant que l'annonce soit faite qu'à partir de demain, tout ce qui se trouve dans les supermarchés soit gratuit : en deux jours le magasin serait vidé, des heurts auraient lieu rapidement d'abord entre clients, puis avec la police ; rupture de stocks, bazar complet. Mais si l'annonce stipule que cette gratuité sera la même le lendemain et les autres jours qui suivront, que les supermarchés seront remplis comme aujourd'hui, alors nul besoin de se précipiter.

Si on autorisait chacun à posséder autant de voitures qu'il le souhaite, en voudrait-il plus qu'il n'en peut conduire ? surtout si tous les voisins ont la même possibilité que lui ?

Alors que revoilà les « terre à terre » avec leurs arguments, et qui voudrait travailler, et comment faire pour vaincre l'égoïsme et les « rapaces » de toutes sortes ?

Que ceux-ci réfléchissent bien : passer des journées à ne rien faire, tous et tout le temps, qui désire réellement cela ? nous désirons le repos que parce qu'on nous impose le labeur... arrêtez-vous de travailler cinq minutes et vous verrez ! ceux qui sont à la recherche d'un travail vous le diront : ils s'ennuient.

Et pour éviter les abus, on peut très bien imaginer comment les choses pourraient fonctionner, en établissant une règle simple : le don n'est pas obligatoire. Cela signifie que le producteur possède sa production, et ne la donne qu'à celui qui, à ses yeux, le mérite. Pour les produits faits en commun, il serait même envisageable de remettre en cause ce don à chaque étape du processus de production, par la solidarité des relations humaines ; le contact "commercial" se trouvant en quelque sorte conditionné à l'établissement préalable de liens entre les humains. On peut imaginer que l'hypocrisie ferait peut-être au début quelques déçus d'un tel système, mais il faut savoir que l'hypocrisie ne dure jamais longtemps. Car d'une part la connaissance de l'autre peut rendre le masque inutile, et d'une autre les masques finissent toujours par tomber : celui qui se fait avoir aura appris une leçon, en s'appliquant la fois suivante à mieux analyser les sentiments humains.

Le « don gratuit » que j'imagine ici ne va donc pas sans échange : car celui qui donne aime aussi à recevoir, c'est dans la nature des choses. Il est des habitudes, comme de l'hypocrisie, qui s'estompent toujours avec le temps. Celui qui se sent contraint à être aimable pour obtenir quelque chose en retour n'est pas forcément dans l'état d'esprit purement généreux, mais il est comme l'enfant que l'on éduque : à force de sentir il comprend que les choses demandées avec gentillesse aboutissent plus certainement, que le sourire appelle le sourire. Il finira par l'intégrer, et peut-être même y trouver un certain contentement.

Un boulanger qui donnerait son pain à ceux qui s'entendent bien avec lui peut un jour demander un coup de main à un de ses clients du matin pour transporter du bois, ou à un autre de réparer son portail.

Pour les travaux pénibles ou rares, il faut adapter les besoins et les possibilités. Que les travaux pénibles soient partagés pour ne nuire à personne, et que d'autres cherchent les moyens de les rendre faciles (création de machines ou de techniques) ou attrayantes (considérées comme du sport, ou un concours). Que les métiers trop rares soient plus enseignés s'ils intéressent et remplissent un besoin.

Il faudrait bien sûr un Etat pour coordonner tout ça, et établir des objectifs humanitaires qui motivent les hommes. Faire la balance entre les besoins et les désirs, partager les tâches qui doivent l'être, rendre justice, coordonner les projets nécessitant la gestion de trop nombreux paramètres, avoir une politique publique véritablement au service de la collectivité.

Car à partir du moment où la gratuité est instaurée, il n'y a plus rien qui puisse sembler impossible à réaliser : le choix éducatif, celui du métier, les frontières, les relations humaines, la paix, tout semble alors à portée de main. on s'aperçoit qu'ainsi pensé, de nombreux problèmes que nous croyons liés à l'homme (à son égoïsme, sa lâcheté, sa méchanceté) ou à la vie en société (la misère, la guerre, le pouvoir) sont en réalité les conséquences du capitalisme, et non la cause de son existence.

Je n'ai absolument aucune idée de la manière dont on puisse parvenir à un tel système, ni aucune certitude quant à son hypothétique pérennité. Mais je sais une chose, c'est que l'argent est la source de tous les maux humains. et que ceux qui veulent changer le monde ou trouver leur bonheur n'obtiendront rien de l'argent. Et je sais aussi que donner est mieux que vendre, et que voler est moins bien que de recevoir : la gratuité est la seule alternative.

Caleb Irri
calebirri

la gratuité est la seule alternative (commentaire)

< 100206:1128 system 8119 fin du capitalisme 7 min 5 trackss rss open
Paru dans 8119/futur le 100206

Je reprends ici quelques bribes du texte "la gratuité est la seule alternative" afin de les commenter.

De nombreuses réponses à ces questionnements ont été proposées au cours des travaux sur la topologie des systèmes.

Le remplacement du capitalisme


Le capitalisme est un non-système, le non-système ne sera pas supplanté directement, il ne peut que être repoussé aux limites de ce qui fera système.
Actuellement, le capitalisme étant au centre, c'est à sa périphérie qu'on y perçoit le besoin de solutions alternatives. Et en même temps, comme une peau de chagrin, le domaine où capitalisme est utiles diminue. Si la reconstruction d''après-guerre était fertile pour le capitalisme, aujourd'hui il serait fertile pour des systèmes mieux pensés à l'échelle globale. La différence tient la juste répartition des richesse, qui n'est possible qu'au moyen de l'algorithmie.

ces deux systèmes (capitalisme « moralisé », autoritarisme « paternaliste ») sont basés sur des rapports de force, et donc fondés sur l'injustice

En effet, « la main invisible du marché » est d'autant plus invisible qu'elle est inexistante. Ainsi en l'absence de loi, c'est par défaut la loi du plus fort qui prévaut.
Le problème est de ne jamais confier à des émotions vagues et indescriptibles le soin de « faire système ». Sauf s'il s'agit de l'intuition ! Mais l'instinct de ces « lois » réside dans ce que le système social juste a longtemps perduré dans un état embryonnaire. Aujourd'hui, les lois doivent être certifiée en raison de leur utilité.

justice et force (…) il est de fait que lorsque l'un augmente, l'autre diminue en conséquence ; c'est une loi quasi naturelle


C'est ça que j'étudie dans la Topologie des Systèmes, ces lois de la nature qui apparaissent de façon flagrante et concrète quand on étudie l'algorithmie (par exemple). Ce là découlent une énorme quantité de préconisations préalables au fondement d'un « système » (= chose qui fonctionne).
En l'occurrence, justice et force ne sont pas un bon exemple pour cette loi de permutation binaire.
L'idée c'est que l'un se mute en l'autre. Depuis les Droits de l'Homme, on a obtenu la connaissance de ce que l'absence de démocratie conduit inévitablement à la dictature. En effet, les gens (politiciens) peuvent devenir comme « trop gâtés ». Actuellement, les droits individuels se permutent en droits des industries. Ainsi les gens perdent leur liberté et les industries en acquièrent de nouvelles chaque jour. Observant cette déviance on conclut à dire que la dictature prend de la vitesse tandis que la démocratie perd du terrain.

un système non plus fondé sur la rareté qui crée l'injustice (…) mais plutôt par l'opulence seule capable de créer la gratuité


En effet, dans la nature il y a assez d'arbres pour que chacun se construise un beau plancher et pour autant, qu'aucune forêt ne diminue de taille. Dans une exploitation agricole, le fait d'être radin et de ne pas laisser les insectes et autres animaux se servir comme ils veulent, conduit à une perte plus grande que dans le cas inverse. Là où on gagne à petite échelle, on perd à grande échelle.

Ne parvenant pas à amorcer le début d'une réflexion censée et crédible sur ce à quoi pourrait ressembler un tel système concrètement


Le mur de l'utopie peut être franchi uniquement en trouvant le chat de l'aiguille par lequel passera le fil. Il faut pouvoir se faufiler entre les contradictions apparentes.
La contradiction majeure que vous soulignez, est celle de l'abondance, nécessaire, et de l'économie (au sens de l'efficacité et l'utilité)n tout aussi vitale.
En ce sens le capitalisme a trouvé un bon équilibre. Mais arrivant à ses limites, il conviendra de rompre cet équilibre afin d'en trouver un autre. C'est cette idée que vous développez dans votre texte... mais uniquement par la symbolique.

pour changer le système, je pars toujours d'un point de vue capitaliste : changer les règles, définir une morale, refonder l'éducation


Changer les règles, définir une morale, refonder l'éducation ne sont en rien des points de vues capitalistes. Ils le sont depuis toute notre vie car ils ont toujours été tourné dans le but lucratif à court terme. Le problème de cette époque est que le court-terme de l'utilité de ces domaines, est tellement minuscule que le dérisoire ne tarde jamais à apparaître.
Par exemple je vous conseille cette analyse sur un feuilleton américain, où l'obsession de l'apparence de la réussite surpasse les motif réels de se réjouir ! The Wire ou le désastre des chiffres.

En l'occurrence ces trois points d'appui que vous citez se forgent en raison du système social adopté, autant qu'ils lui garantissent sa pérennité.
Ainsi c'est de toutes parts simultanément que le changement doit provenir.
L'éducation doit enseigner à travailler en groupe, la morale et l'éthique doivent être cultivés, les règles doivent pouvoir être pensées et repensées, au lieu de se trouver dictées puis figées.

le fait de se séparer du concept même de l'argent remet l'esprit humain et les relations sociales, la société toute entière dans une autre perspective


C'est sûr ! Il faut surtout comprendre ce que l'argent veut faire, et comment on peut refaire la même chose sans pour autant hériter des propriétés de l'argent, en particulier, le fait qu'il puisse être amassé, comme on dit, « par crainte de l'hiver ». Ici, c'est la notion de flux-tendu qui permet de se sortir des méfaits de l'argent. Mais en soi, le principe de valoriser un travail au moyen de notations, est très important. Car c'est par l'équilibre de ces valeurs qu'on justifie si le système est équitable.

En particulier, la gratuité et la valorisation d'un travail ne seraient pas contradictoires si cette valorisation pouvait se faire « gratuitement », c'est à dire, sans retirer de la valeur à autre chose, ce qui revient avec notre système de pensée, à une création monétaire ex-nihilo, ce que la loi condamne comme « fausse monnaie » et que les banques font tous les jours.

Si on autorisait chacun à posséder autant de voitures qu'il le souhaite, en voudrait-il plus qu'il n'en peut conduire ?


En fait chacun doit avoir droit à une évaluation qui lui dit si il a besoin d'un véhicule ou si il doit se contenter de transports en commun. En fonction de ça, le véhicule lui est attribué, sans pour autant lui appartenir, c'est juste un usufruit. Si ensuite le monsieur ou la dame a du crédit, il ou elle est toutefois autorisé(e) à se procurer un véhicule par ses propres moyens pour son seul plaisir.
Là aussi, la société de Droits et la liberté ont largement moyen de ne pas entrer en concurrence.

ceux qui sont à la recherche d'un travail vous le diront : ils s'ennuient

Euh pas forcément ! Au contraire ils sont moins obtus, moins conditionnés, les émissions de divertissement à la télé ne les concerne plus, et surtout ça permet de se « trouver soi-même ».
L'important dans la vie c'est de faire ce pourquoi on est fait, et rien que de trouver cela peut prendre un certain temps.
La question est très importante car c'est celle du fameux « bonheur ».
Pour trouver le bonheur, nécessaire à l'équilibre mental et à ce que la société soit cohérente, il faut que sa raison de vivre soit très présente au cours de son activité quotidienne. Et finalement les exclus du marché du travail (après cette introspection) trouvent très vite de nombreuses occupations, souvent tournées vers le biens commun.
C'est exactement ici que vous observez l'effet que vous décrivez, où on passe d'un système à un autre, en passant par une phase où on a perdu ses repères, pour ensuite retrouver un équilibre.

pour éviter les abus, on peut très bien imaginer comment les choses pourraient fonctionner, en établissant une règle simple : le don n'est pas obligatoire. Cela signifie que le producteur possède sa production, et ne la donne qu'à celui qui, à ses yeux, le mérite.
(...)
à force de sentir il comprend que les choses demandées avec gentillesse aboutissent plus certainement


L'humain est très capable de s'adapter à de nouvelles conditions de vie.
Le paradigme de ce qui fait système dans une société se découvre à force de tâtonnements comme un nouvel équilibre.
Les conséquences sociales d'un nouveau système doivent être attendues par avance : ce qui fait une société est qu'on puisse avoir confiance les uns envers les autres, et qu'on puisse à la fois lui servir positivement, et à la fois y trouver son compte sur le plan moral et physique.

Si ces conséquences découlent naturellement du nouveau système, alors il sera aimé, et donc cultivé.

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