08/04/2009 contreinfo.info  5 min #26664

Arctique : diminution du pourcentage de glace pérenne et épaisse

Une nouvelle étude montre que des glaces jeunes et plus minces forment désormais la grande majorité de la banquise Arctique. Près de 70% de sa superficie est maintenant constituée de glaces saisonnières et non plus pérennes.

Université de Boulder, Colorado, 6 avril 2009

Les dernières données de la NASA et du National Snow and Ice Data Center de l'Université de Boulder au Colorado confirment la poursuite d'une tendance décennale à la réduction de l'étendue de la banquise Arctique et apportent de nouveaux éléments prouvant que l'épaisseur des glaces diminue aussi.

Les chercheurs qui suivent grâce aux satellites l'évolution de la banquise en Arctique depuis 1979 ont constaté que durant l'hiver 2008-09 l'étendue de la couverture glaciaire se situe au cinquième rang des minimas enregistrés depuis le début des observations. Les six valeurs les plus basses enregistrées par le satellite ont toutes été observées au cours des six dernières années, indique Walt Meier, chercheur au NSIDC.

Les nouvelles mesures du NSIDC montrent que l'étendue maximum des glaces pour 2008-09, atteinte le 28 février, a été de 15.15 millions de kilomètres carrés, valeur inférieure de 720 mille kilomètres carrés par rapport à la valeur moyenne entre 1979 et 2000.

En outre, une équipe de chercheurs de l'Université dirigée par Charles Fowler du Colorado Center for Research Astrodynamics (CCRA), a constaté un remplacement des glaces plus épaisses et plus anciennes par des glaces jeunes, plus minces. Ce sont ces dernières qui prédominent désormais depuis les cinq dernières années, et elles sont plus sujettes à la fonte durant l'été.

« L'étendue des glaces est une mesure importante de la santé de l'Arctique, mais elle ne nous donne qu'une vue bidimensionnelle de la couverture de glace », déclare M. Meier. « L'épaisseur est importante, surtout en hiver, parce qu'elle est le meilleur indicateur de la santé de la calotte glaciaire. Dans la mesure ou celle-ci s'amincit dans l'Arctique, elle devient de plus en plus vulnérables à la fonte d'été. »

Jusqu'à ces dernières années, les mesures effectuées ont montré que la plupart des glaces de l'Arctique persistaient au moins un été et souvent plusieurs, indique M. Meier. Mais l'équilibre est désormais inversé, et la glace saisonnière - qui fond et se reconstitue à nouveau chaque année - représente désormais près de 70 pour cent de superficie de la banquise arctique en hiver, soit une hausse de 40 à 50 pour cent dans les années 1980 et 1990, précise-t-il. La glace épaisse qui a survécu durant deux ans ou plus ne représente désormais que seulement 10 pour cent de la couverture de glace, soit une baisse de 30 à 40 pour cent au cours des dernières années.

Les scientifiques estiment que la banquise arctique fonctionne comme un climatiseur pour le système du climat mondial en refroidissant les masses d'air et d'eau, et joue un rôle clé dans la circulation océanique ainsi que pour la réflexion du rayonnement solaire dans l'espace.

Lors d'une étude dirigée par Ron Kwok du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, situé à Pasadena, en Californie, les chercheurs ont élaboré une méthode de mesure de l'épaisseur de la glace sur l'ensemble de l'océan Arctique. Cette équipe a produit la première estimation de la superficie recouverte par les glaces et de leur épaisseur sur l'ensemble de l'océan Arctique pour les années 2005 et 2006 en utilisant les données du satellite Cloud and Land Elevation de la NASA.

« Avec les nouvelles données sur la superficie et l'épaisseur des glaces océaniques de l'Arctique, nous pouvons maintenant mieux comprendre la sensibilité et la vulnérabilité de la calotte glaciaire aux changements climatiques », déclare M. Kwok.

Une étude récente, menée par une équipe de l'Université de Boulder et du CCAR, a conclu que les glaces les plus anciennes et les plus épaisses de l'Arctique avaient disparu dans leur presque totalité, et que 58 pour cent de la glace pérenne n'était vieille que de deux à trois ans. Au milieu des années 1980, seulement 35 pour cent de la banquise était constituée de glace jeune et mince, indique le professeur James Maslanik qui a dirigé l'étude de 2008 publiée dans les Geophysical Research Letters.

« A l'approche de la saison de fonte de l'été 2009, le potentiel d'une diminution importante de la couverture glaciaire est toujours présent, en raison de la tendance au rajeunissement et à l'amincissement de la glace, qui s'est accélérée au cours des dernières années », déclare M. Maslanik, de l'Institut Coopératif de Recherche en Sciences de l'Environnement. « Une question essentielle sera de savoir si cette glace de deux ans est suffisamment épaisse pour survivre à la fonte estivale », s'interroge-t-il.

« Si c'est le cas, cela pourrait débuter une tendance à la reconstitution de la glace de mer pérenne, » précise M. Maslanik. « Dans le cas contraire, ce serait alors une preuve supplémentaire de la difficulté de rétablir les conditions de glace qui étaient caractéristiques depuis 20 ou 30 ans. »

Sur le web :

NSIDC :  Arctic sea ice younger, thinner as melt season begins

Publication originale  Université de Boulder, traduction Contre Info

Illustration : NSIDC
- répartition des glaces selon leur âge
- anomalies de température, décembre 2008-Février 2009,
- couverture glaciaire en mars, à la fin de la saison hivernale

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