Vague de soutien à l'éditeur de Wikileaks Julian Assange

02-12-2019 wsws.org 8 min #165381

Par Oscar Grenfell
2 décembre 2019

La semaine dernière, une vague croissante d'opposition internationale s'est développée à la persécution de Julian Assange par les États-Unis.

Des personnalités publiques au Royaume-Uni, en Europe et en Australie, dont des médecins, des journalistes et des représentants de l'ONU, ont dénoncé l'emprisonnement du fondateur de WikiLeaks dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres. Ils ont exigé l'arrêt des tentative d'extradition d'Assange vers les États-Unis, où il est accusé d'espionnage et risque l'emprisonnement à vie pour avoir révélé la vérité.

Leurs déclarations, ainsi qu'un nombre d'événements importants pour la défense d'Assange, portent un coup à la conspiration du silence qui entoure sa persécution, qu'imposen les États et les partis politiques officiels à travers le monde et avec la complicité des médias.

WikiLeaks founder Julian Assange greets supporters from a balcony of the Ecuadorian embassy in London. (AP Photo/Frank Augstein, File)

Les manifestations d'hostilité à l'égard de la vendetta de Washington contre Assange ont lieu avant les audiences d'extradition de février prochain au Royaume-Uni. Les autorités britanniques ont bafoué les droits démocratiques d'Assange, y compris celui à préparer sa défense. Ils ont méprisé les avertissements de médecins selon lesquels sa santé s'est détériorée jusqu'au point qu'il pourrait mourir en prison.

Cette vague de soutien fait suite aussi à l'effondrement des tentatives de le faire passer pour un «violeur», les procureurs suédois ayant finalement abandonné la semaine dernière une «enquête préliminaire» de 9 ans sur les allégations de comportement sexuel abusif.

L'enquête suédoise truquée, caractérisée par une litanie d'abus de procédure et de violations des droits de la défense, a joué un rôle central pour miner le soutien massif dont a bénéficié Assange en 2010. D'innombrables groupes de pseudo-gauche, têtes parlantes et organisations de défense des libertés civiles autoproclamés ont l'invoquée pour attaquer Assange ou justifier un refus de le défendre.

Mais à présent les masses peuvent voir qu'Assange est, et a toujours été, un prisonnier politique. Son «crime», selon le gouvernement américain et ses alliés, était de publier des documents d'importance historique qui révèlent leurs crimes de guerre, leurs complots diplomatiques et leurs opérations de surveillance touchant des milliards de personnes.

La tentative américaine de poursuivre Assange en justice a fourni le «précédent d'Assange» pour justifier une attaque en règle contre la liberté de la presse et la liberté d'expression, visant des journalistes en France, en Australie et aux États-Unis.

Ceci a contribué aux évènements importants suivants:

● Le week-end dernier, plus de 60 éminents médecins ont adressé une lettre ouverte au ministre britannique de l'Intérieur. Ils l'avertissent que sans des mesures urgentes, Assange pourrait mourir à Belmarsh. Ils ont condamné le refus de Londres de fournir des soins adéquats à Assange et ont exigé qu'on le transfère immédiatement dans un hôpital. On a rapporté cette initiative dans des dizaines de publications à travers le monde.

● Lundi, la réunion inaugurale d'un groupe de 11 parlementaires fédéraux australiens a décidé à l'unanimité d'exiger l'abandon de la requête d'extradition vers la États-Unis, pour qu'Assange «soit autorisé à rentrer en Australie». Ceci a rompu des années de silence sur Assange de la part de tous les parti australiens officiels, y compris ceux représentés au sein du groupe. L'ex-Premier ministre australien Kevin Rudd a aussi déclaré qu'une extradition américaine d'Assange serait «inacceptable».

● Trois syndicats de journalistes français ont publié mercredi un appel au gouvernement d'Emmanuel Macron pour qu'il s'oppose à la persécution d'Assange.

● Mercredi, on a dévoilé à Berlin des statues d'Assange et les courageux lanceurs d'alerte Chelsea Manning et Edward Snowden devant la Porte de Brandebourg. Le Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Nils Melzer, les a décrits comme «nos dissidents», dont les cas constituent «l'épreuve la plus importante de notre époque pour la crédibilité de l'État de droit et de la démocratie au sein l'Occident». Melzer, ainsi que, John Shipton, le père d'Assange, et Kristinn Hrafnsson, le rédacteur en chef de WikiLeaks, ont pris la parole lors d'un événement au Bundestag allemand, où nombreux députés les ont accueillis chaleureusement.

● Jeudi, une foule débordante a assisté à une réunion publique à Londres pour rallier le soutien d'Assange. Ont pris la parole le célèbre journaliste John Pilger, l'ex-diplomate britannique Craig Murray, et d'autres défenseurs d'Assange, dont le rappeur Lowkey.

● Ce soir-là, l'éminent journaliste australien Kerry O'Brien s'est exprimé avec force sur la nécessité de défendre Assange dans son discours aux Walkley Awards, l'événement médiatique le plus important d'Australie.

O'Brien a pointé le virage vers le «fascisme» révélé par les atteintes à la liberté de la presse. Il a dit: «Alors que nous sommes assis ici ce soir, Julian Assange moisit dans une prison britannique en attente d'extradition vers les États-Unis. Ce gouvernement pourrait démontrer son engagement en faveur de la liberté de la presse en usant de son influence considérable auprès de son plus proche allié pour obtenir son retour en Australie.»

O'Brien a rappelé qu'Assange avait reçu le Gold Walkley Award 2011 pour les publications mêmes dont les États-Unis cherchent à le poursuivre en justice. C'est une condamnation implicite des médias qui se sont retournés contre le fondateur de WikiLeaks. Paul Murphy, chef de la «Media, Entertainment and Arts Alliance», qui n'a jusqu'à présent pas organisé de campagne significative en faveur d'Assange, qui était pourtant un membre du syndicat, a également condamné la menace d'extradition.

Ces déclarations importantes s'expliquent par le large soutien dont jouit Assange parmi les gens ordinaires, et par l'inquiétude généralisée face à la menace d'extradition, révélée par les centaines de milliers de signatures recueillies par des pétitions demandant sa libération.

Les partis politiques en mesure d'intervenir pour obtenir la libération d'Assange, cependant, soit gardent le silence, soit rejettent les appels à sa défense. Cela inclut le Parti travailliste britannique de Jeremy Corbyn. Corbyn n'a même pas mentionné le fondateur de WikiLeaks lors de la campagne électorale, ainsi que l'État australien, qui participe à la campagne contre Assange malgré sa citoyenneté australienne.

Pour leur part, les organisations de pseudo-gauche, qui suivent les autorités étatiques et représentent les couches les plus riches de la classe moyenne supérieure, n'ont rien dit.

Dans les coulisses, les services de renseignement et les gouvernements qui ont mené la campagne contre Assange font tout leur possible pour que rien ne vienne perturber son extradition et son procès. Pour les élites dirigeantes, cette campagne est un précédent crucial pour réduire au silence les critiques du gouvernement, étouffer le sentiment antiguerre et intimider l'opposition sociale et politique.

Ces 18 derniers mois, le «World Socialist Web Site» et les Partis de l'égalité socialiste ont intensifié leur campagne de défense d'Assange qui dure depuis une décennie. Les évènements de cette semaine dernière ont confirmé les fondements politiques de cette lutte.

Ils ont démontré que la lutte pour défendre Assange, dont la persécution est le fer de lance d'un mouvement international vers l'autoritarisme, doit avoir une portée mondiale. Elle exige la mobilisation principielle des défenseurs des droits démocratiques, y compris les journalistes, les médecins, les artistes et les intellectuels.

Surtout, la campagne doit être basée sur la classe ouvrière internationale, l'écrasante majorité de la population. Ses intérêts sont indissociables d'une offensive déterminée pour défendre les droits sociaux et démocratiques. Ce n'est que par l'activation du soutien massif en faveur d'Assange qu'on pourra faire respecter aux autorités britanniques et australiennes ses droits démocratiques, et ainsi bloquer l'extradition et accorder à Assange sa liberté.

Cette lutte doit s'intensifier avant le procès d'extradition qui aura lieu en février. Le WSWS lance un appel à tous les travailleurs et défenseurs des droits démocratiques:

● Tenez des réunions sur votre lieu de travail, votre université ou à votre école pour discuter de la menace imminente à la vie d'Assange et des dangers que cela représente pour les droits démocratiques de tous les travailleurs.

● Adoptez des résolutions qui exigent sa liberté immédiate et le blocage de son extradition vers les États-Unis.

● Organisez des délégations aux manifestations mondiales convoquées en février. Lancez des appels aux travailleurs actuellement en lutte dont les travailleurs ferroviaires et postaux au Royaume-Uni; les travailleurs de l'automobile aux États-Unis, en Allemagne et ailleurs; et les millions d'autres qui entrent dans des luttes de classe au plan international.

 Contactez-nous dès aujourd'hui pour prendre part à ce combat crucial pour défendre Julian Assange et tous les droits démocratiques.

(Article paru d'abord en anglais le 30 novembre 2019)

 wsws.org

 Commenter
 Se réfère à : 2 articles