29/11/2019 les-crises.fr  12 min #165228

Lanceurs d'alerte à la Bce : d'anciens banquiers centraux s'élèvent contre la folie monétaire de Draghi

Source :  ZeroHedge, Tyler Durden, 06-10-2019

Les fonctionnaires écœurés de la CIA ne sont pas les seuls à considérer que la meilleure façon de réaliser un tour de force est de lancer des alertes - d'anciens banquiers centraux emploient une approche similaire quand il s'agit des causes profondes de tous les maux de la société : les échecs des politiques des banques centrales, et plus que toute autre, l'échec de celles de la Banque centrale européenne.

Vendredi, un groupe d'anciens hauts responsables de la Banque centrale européenne a publié un mémo attaquant la politique monétaire désordonnée de la Banque centrale européenne, qu'ils prétendent « fondée sur un mauvais diagnostic » et qui risque de mettre fin à son indépendance. Leur critique fait suite à un ensemble majeur de mesures d'assouplissement annoncées par la BCE le mois dernier, dont un « assouplissement quantitatif ouvert » qui a déclenché une opposition sans précédent aux échelons supérieurs de la banque centrale et créé une faction de « résistance » au sein même de la BCE dirigée par l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, car il apparaît désormais que Mario Draghi a toujours été le banquier central de la périphérie insolvable de l'Europe, alors même que sa politique de taux d'intérêt négatifs détruisait le système bancaire européen existant.

Aux yeux du Financial Times, cette attaque publique rare contre la BCE a mis en avant le fait que Christine Lagarde, qui va succéder à Mario Draghi à la présidence de la banque à la fin du mois, pourrait se retrouver avec une bataille à gérer quand - et non si - elle décidera d'assouplir davantage encore la politique monétaire face au ralentissement économique croissant de la zone euro.

Commentant la mutinerie sans précédent contre l'ancien « brillant » Mario Draghi - celui-là même que les éléments socialistes en pleine confusion, en quête désespérée d'une quelconque caisse de résonance - ont qualifié de « légendaire » bien que ses politiques aient écrasé les classes populaires européennes, Eric Peters, PDG de One River, a déclaré qu'il s'agissait ni plus ni moins que d'une tentative de lanceurs d'alerte de trouver le Salut juste avant la fin, qu'ils décrivent ainsi : « tout comme les autres banques centrales, la BCE est menacée de perdre son contrôle sur la création monétaire ».

Ci-dessous la dernière note de Peters :

Il a fallu du courage. Du patriotisme. Opérant dans l'ombre, ils ont examiné les faits, recoupé diverses conversations, les échanges de textes, les comportements qu'ils avaient observés dans leurs fonctions officielles et officieuses, les tentatives de dissimuler, d'obscurcir. Ils ont cherché des précédents, réfléchissant sur l'histoire des institutions clés, sur leurs missions, les systèmes de contrôle et de contre-pouvoirs. Puis ils ont écrit leur lettre. Bien sûr, ils s'attendaient à de la résistance de la part de la population et à une contre-attaque institutionnelle. Tous les lanceurs d'alerte s'y attendent. Peu importe à quel point les preuves sont convaincantes, les gens voient ce qu'ils veulent voir, entendent ce qu'ils veulent entendre, croient ce qu'ils veulent croire.

Mais, depuis toujours, le lanceur d'alerte est avant tout un optimiste, prêt à défier le pouvoir, l'opinion publique et à en subir les conséquences, sachant que la transparence est une condition préalable au Salut.

« En tant qu'anciens banquiers centraux et citoyens européens, nous sommes de plus en plus préoccupés par la crise actuelle de la BCE », ont écrit les six anciens banquiers centraux européens dans une note publiée vendredi. « Notre préoccupation porte en particulier sur les aspects de la politique monétaire suivants » ont-ils poursuivi, expliquant ensuite que les actions bien intentionnées de la BCE ont sapé l'intérêt général et violé la confiance de la population.

« Au cours des dernières années, la BCE a modifié de facto la définition initiale de la stabilité des prix en considérant par exemple un taux d'inflation de 1,5 % comme inacceptable », ont écrit les lanceurs d'alerte, alarmés par le fait qu'en modifiant le mandat qui leur a été confié par les sociétés qu'ils sont censés servir et non diriger, ces banquiers centraux non élus menacent l'Europe.

De là, les lanceurs d'alerte ont détaillé les conséquences inattendues des actions de la BCE, qui ont finalement affaibli l'économie européenne, érodant le dynamisme des entreprises, la productivité, l'égalité et la société.

« Le tour que prennent les choses fait courir un grave risque à l'indépendance de la banque centrale - de jure comme de facto », ont conclu les auteurs du mémo, se préparant à une contre-attaque mais espérant sauver une institution qui s'est égarée.

A cela, nous n'avons rien d'autre à ajouter.

Le mémo complet,  d'abord publié par Bloomberg, se trouve ci-dessous :

Ce qui suit est un mémorandum sur la politique monétaire de la Banque centrale européenne publié vendredi et signé par les personnes ci-dessous. Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France, a partagé leur appréciation. Le texte est reproduit dans le format original de leur déclaration.

  • Hervé Hannoun, ancien premier sous-gouverneur de la Banque de France

  • Otmar Issing, ancien membre du Directoire de la BCE

  • Klaus Liebscher, ancien gouverneur de la banque centrale autrichienne

  • Helmut Schlesinger, ancien président de la Bundesbank allemande

  • Juergen Stark, ancien membre du Directoire de la BCE

  • Nout Wellink, ancien gouverneur de la banque centrale néerlandaise

En tant qu'anciens banquiers centraux et citoyens européens, nous sommes de plus en plus préoccupés par la crise actuelle de la BCE. La BCE a mené une politique extrêmement accommodante pendant des années de croissance économique et de stabilité des prix. Le récent ralentissement de l'activité économique, bien que considéré comme temporaire par la BCE elle-même, ainsi que les risques liés au Brexit et à la guerre commerciale, ont incité la BCE à reprendre ses achats nets d'actifs et à réduire encore son taux directeur déjà négatif. En outre, la BCE s'est engagée depuis un certain temps déjà à poursuivre sur cette voie extrêmement accommodante.

Notre préoccupation porte en particulier sur les aspects suivants de la politique monétaire.

  • En octobre 1998, le Conseil des gouverneurs a annoncé qu'il définissait la stabilité des prix comme une augmentation annuelle moyenne du niveau des prix dans la zone euro inférieure à 2 %. Le Conseil n'a pas du tout modifié cette définition lors de l'évaluation de sa stratégie de politique monétaire en 2003. Au cours des dernières années, la BCE a modifié de facto la définition initiale de la stabilité des prix en considérant, par exemple, qu'un taux d'inflation de 1,5 % était inacceptable [car trop bas NdT]. Depuis des années, la BCE n'atteint pas l'objectif qu'elle s'est fixé de porter le taux d'inflation de la zone euro à un niveau inférieur, mais proche de 2 %, ce qui, selon l'interprétation de la BCE, semble être un « objectif cible ». La BCE a essentiellement justifié en 2014 sa politique d'assouplissement très poussé par la menace d'une déflation. Cependant, il n'y a jamais eu de risque de spirale déflationniste et la BCE elle-même y voit de moins en moins de menaces depuis quelque temps. Viser un taux d'inflation plus élevé est donc une politique peu justifiée. La politique monétaire de la BCE repose ainsi sur un diagnostic erroné. L'argument fréquemment avancé selon lequel la BCE violerait son mandat si elle recherchait des taux d'inflation bas est tout simplement inexact. Le Traité de Maastricht consacre ce mandat, selon lequel l'objectif premier de la BCE est au contraire de maintenir la stabilité des prix.

  • Les considérations actuelles ayant abouti à définir le seuil de 2 % comme cible d'une inflation symétrique s'écartent clairement d'une politique axée sur la stabilité des prix. Cela est particulièrement vrai si l'on entend par « symétrie » le fait qu'après des années passées sous la barre des 2 %, une période de temps équivalente devrait être consacrée à permettre un dépassement du taux d'inflation de 2 %. Et d'ailleurs, comment la BCE entend-elle, après des années de « politique inflationniste » infructueuse [en cherchant à atteindre 2% de taux d'inflation sans y parvenir, NdT], convaincre les citoyens et les marchés qu'elle parviendra à arrêter l'inflation à un certain niveau en temps utile ?

  • Il existe un large consensus sur le fait qu'après des années d'assouplissement quantitatif, la poursuite des achats de titres par la BCE n'aura plus guère d'effets positifs sur la croissance. Il est donc difficile de comprendre la logique de la politique monétaire qui consiste à reprendre les achats nets d'actifs. En revanche, il semble de plus en plus vraisemblable que cette mesure vise à protéger les gouvernements lourdement endettés contre une hausse des taux d'intérêt. D'un point de vue économique, la BCE a déjà pénétré le domaine du financement monétaire des dépenses publiques, ce qui est strictement interdit par le Traité.

  • Cela fait un moment que les effets secondaires néfastes de taux d'intérêt très bas, voire négatifs, des banques centrales sont problématiques. Depuis le début de cette période, ce sont ces effets qui dominent, comme le souligne la théorie de l'inversion des taux d'intérêt, par laquelle l'effet escompté des taux très bas s'inverse pour devenir récessif. Les effets néfastes d'un contexte à très bas taux d'intérêt s'étendent depuis le système bancaire, en passant par les compagnies d'assurance et les fonds de pension, à l'ensemble du secteur financier. Les effets redistributifs en faveur des propriétaires d'actifs de l'économie réelle créent de graves tensions sociales. Les jeunes générations se considèrent comme privées de la possibilité d'assurer leurs vieux jours par des placements sûrs et rémunérateurs. La recherche de rendement fait monter artificiellement le prix des actifs à un niveau qui risque d'aboutir à une correction brutale des marchés, voire à une crise profonde.

  • Des masses de prêts à taux extrêmement bas maintiennent à flot des banques fragiles et - indirectement par le biais de leurs prêts - des entreprises fragiles. Cela se fait notamment par le biais d'opérations ciblées de refinancement à plus long terme (TLTROs), qui ont considérablement augmenté en 2018. Les effets négatifs importants de taux d'intérêt très bas ou négatifs se voient également dans une « zombification » de l'économie, qui, selon les études de l'OCDE et de la BRI, a déjà atteint un niveau considérable dans certains pays et contribue à une croissance plus faible de la productivité.

  • En élargissant et en réaffirmant ses engagements, la BCE s'engage résolument en faveur d'une politique monétaire ultra accommodante à l'avenir, ce qui compromet fortement les possibilités de sortir d'une telle politique.

  • Il y a dix ans, la politique monétaire de la BCE a largement contribué à surmonter la grave récession et par la suite, à consolider la croissance. Toutefois, plus la BCE reste longtemps sur sa trajectoire extrêmement accommodante, plus les effets négatifs prédomineront. Les taux d'intérêt ont perdu leur fonction de pilotage et les risques pour la stabilité financière ont augmenté. Plus la politique de taux d'intérêt ultra-bas ou négatifs et l'afflux de liquidité sur les marchés se prolongent, plus le risque d'un revers est grand. Si une crise majeure devait survenir, elle prendrait une ampleur très différente de celles que nous avons connues auparavant. Comme les autres banques centrales, la BCE est menacée de perdre le contrôle qu'elle exerce sur la création de monnaie. Cette trajectoire comporte un risque majeur pour l'indépendance de la banque centrale - de jure ou de facto.

Source :  ZeroHedge, Tyler Durden, 06-10-2019

Traduit par les lecteurs du site  www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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