25/11/2019 histoireetsociete.wordpress.com  7 min #165005

La situation en Bolivie et dans le reste du continent par danielle Bleitrach

C'est probablement avec l'intervention de l'OEA que le choix a été fait d'une manoeuvre pseudo légale en Bolivie. La présidente par intérim de la Bolivie a promulgué dimanche une loi convoquant de nouvelles élections présidentielle et législatives censées pacifier le pays andin et tourner la page de la présidence d'Evo Morales, qui ne pourrait pas se représenter.

Le texte annule le scrutin du 20 octobre et interdit à toute personne ayant exercé deux mandats électifs de suite de se présenter à un troisième, fermant ainsi la porte à une nouvelle candidature d'Evo Morales qui a déjà exercé trois mandats.

Le document avait été approuvé samedi par les deux chambres du Parlement, où le MAS (Mouvement vers le socialisme), le parti d'Evo Morales, détient la majorité. Le vote du parti de gauche met en évidence les profondes divisions quant à son attitude vis-à-vis de l'ancien président et le fait qu'il s'agit d'un mouvement et non d'un parti mais on peut aussi noter qu'il a été obtenu dans un contexte de pression physique sur les députés.

On peut dire que les putschistes ont dans ce texte remporté une victoire totale puisqu'ils vont obtenir la désignation des nouveaux sept membres du Tribunal suprême électoral (TSE) par le Parlement. Les membres du TSE avaient été arrêtés par les purschistes en raison des « irrégularités » constatées pendant le scrutin.Ces « irrégularités » mises en avant par l'OEA qui en fait a déclenché le putsch, ont depuis été considérées comme mineures et ne remettant pas en cause l'élection. Donc l'arrestation des membres du TSE fait partie de la violence illégale du coup d'Etat comme d'ailleurs la « présidente » qui promulgue le document. Selon celui-ci, l'autorité électorale renouvelée aura pour tâche de convoquer les élections. Elle devra fixer une date pour les scrutins dans un délai de 120 jours à partir du moment où elle aura lancé cette convocation. Nul ne peut considérer qu'il y a là la moindre légitimité dans ce processus mais après la violence fasciste, c'est le coup d'Etat « suave » comme celui intervenu au Brésil, en Equateur qui crée les apparences de la légalité.

Le fait est que les parlementaires du MAS ont cédé mais que la résistance de'meure dans l'Alto.

Pénuries à La Paz
Evo Morales s'était proclamé vainqueur du scrutin du 20 octobre, mais l'opposition avait crié à la fraude. Après plusieurs semaines de manifestations et son lâchage par l'armée, le président avait annoncé sa démission le 10 novembre. Depuis, ses partisans manifestent quasi quotidiennement à La Paz et d'autres villes pour exiger le départ de Jeanine Añez.Et leurs manifestations malgré la violence de la répression empêche l'alimentation de la capitale. Nous avons ici un phénomène que l'on retrouve en Colombie, au Chili et recemment en equateur, le peuple refuse de se laisser gruger et tient bon.

Depuis son exil mexicain, Evo Morales n'avait pas réagi dimanche à la promulgation de la loi d'élections par Jeanine Añez, qu'il accuse d'avoir installé une « dictature » en Bolivie.

Le gouvernement provisoire l'accuse d'attiser le conflit depuis le Mexique et a déposé plainte contre lui pour « sédition et terrorisme », affirmant qu'il a appelé ses partisans à « encercler » les villes pour accentuer les blocages. En réponse, les sénateurs du MAS ont présenté samedi un projet de loi visant à exonérer Evo Morales de poursuites judiciaires, mais Jeanine Añez a aussitôt averti qu'elle refuserait de promulguer un texte qui accorde une « amnistie » à ceux qui ont « commis des crimes, se sont moqué de la loi et ont commis des abus ». On mesure là la manière dont les putschistes tiennent les députés, ne leur accordent pas le moindre espace et donc les conditions de nouvelles élections.

Les manifestations de l'opposition d'abord, puis celles des partisans d'Evo Morales, ont été émaillées de violences et de heurts avec les forces de l'ordre qui ont coûté la vie à au moins 32 personnes.

Les manifestants ont aussi bloqué les routes qui relient la capitale bolivienne aux régions agricoles du centre du pays, entraînant des pénuries d'aliments dans les marchés et les restaurants de La Paz.

Nous sommes dans toute l'Amérique latine dans une situation où les Etats-Unis tentent de poursuivre le processus de reconquête de leur arrière cour en installant par des coups d'Etat aussi violents qu'en Bolivie mais aussi avec des apparences légales comme au Brésil où des juges ont mis en prison le candidat à la présidentielle Lula da Silva, celui-ci depuis est sorti de prison, son incarcération ayant été jugée illégale par la Cour suprême.

ce dimanche où le résultat des élections présidentielles n'a pas pu être proclamé en Urugay tant les résultats sont serrés illustre bien un rapport des forces dans lesquels les couches moyennes qui ont bénéficié des politiques de gauche tendent à rompre leur solidarité avec les couches populaires et parmi eux les autochtones. Mais contradictoirement après une expérience néolibérale des gouvernements de gauche reviennent au pouvoir et le mouvement de colère contre ces politique balaye le continent. Ainsi au mexique et en Argentine, on assiste à la ré-installation de gouvernements de centre gauche mais qui tiennent bon dans la solidarité intercontinentale et s'appuient sur des forces anti-néolibérales. Cette alliance de gouvernements menant des stratégies différentes mais ayant à la fois le souci du développement de leur peuple, l'indépendance par rapport aux Etats-Unis a fait la force de la période bolivarienne, mais nous sommes entrés dans une nouvelle phase.

Nous assistons à la limite de la conquête de la gauche à travers un processus électoral notoirement faussé par le rôle de l'armée et de la police.Limite aussi des mouvements, des fronts qui face à la répression se cassent entre radicalisation et acceptation. La limite réside essentiellement dans l'incapacité dans laquelle se trouvent les régimes qui appliquent une politique néolibérale de répondre à l'urgence de ce que vivent les peuples et dans la pression exercée par les Etats-Unis et l'oligarchie locale pour empêcher que les gouvernements de gauche appliquent réellement une autre politique.

une des questions que tout le monde se pose aujourd'hui en Amérique latine mais que je ne cesse également de me poser est : qu'aurait fait Fidel? Comme je l'ai souligné dans un article, le retrait de Morales était direcctemement inspiré par la manière dont Fidel avait géré le coup d'Etat contre Chavez. Mais ce dernier avait une partie de l'armée avec lui. Mobiliser toutes les forces progressistes y compris des dirigeants ayant des politiques différentes a toujours été la force de Fidel, nul doute que ses sucesseurs ont assimilé ses leçons et que c'est tout le continent qui pense son destin.

En ce qui nous concerne nous Français, à la veille du 5 décembre, nous devons bien mesurer à quel point la tyrannie du capitalisme dans ce qu'on appelle sa phase néolibérale s'exerce partout et que ce que nous subissons en matière de retrait de nos droits, ce qui atteint notre jeunesse autant que notre vieillesse est une stratégie mondialisée et qui exige un internationalisme renouvelée. Nous devons toujours plus dénoncer la répression qui s'abat sur les peuples et qui ne manquera pas de s'abattre sur nous. le symbole des yeux crevés est un signe de ralliment, est-ce un hasard? Non il s'agit partout de faire peur à ceux qui manifestent, protestent et face à cela ils tentent de créer des procédures élctorales faussées, des alternatives qui n'en sont pas pour poursuivre leur politique.

danielle Bleitrach

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