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Les travailleurs du Cn continuent de lutter contre leurs conditions de travail difficiles

Par Carl Bronski
25 novembre 2019

Trois-mille-deux-cents chefs de train, opérateurs de train et travailleurs de la voie ferrée du Canadien National (CN) commençaient vendredi leur quatrième jour de grève contre le géant du transport.

Tous les milieux de l'élite financière et politique ont demandé au gouvernement libéral de Justin Trudeau de présenter rapidement une loi spéciale de retour au travail pour criminaliser la grève.

Membres du syndicat de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC), les grévistes luttent pour mettre fin aux pratiques épuisantes et dangereuses de l'entreprise en matière de travail et d'horaires. Celles-ci ont eu pour résultat un flot constant de blessures chez les travailleurs, une dégradation de leur santé, l'application de programmes de surveillance intrusifs de la direction, des accidents ferroviaires et la quasi-élimination de toute vie normale à la maison pour les travailleurs du CN. Aujourd'hui, la direction du CN exige un plafonnement punitif à vie de la couverture des médicaments d'ordonnance qui empêcherait les travailleurs et leurs familles de recevoir un traitement approprié pour certains cancers, l'arthrite rhumatoïde, le diabète et d'autres maladies.

Des piquets de grève du CN à Windsor

Cependant, les chefs des entreprises canadiennes ne se soucient pas du sort de ces travailleurs. Dans les 24 heures suivant le début de la grève, des appels lancés au gouvernement pour qu'il mette fin à la grève syndicale et qu'il impose l'arbitrage obligatoire, ce qui favoriserait invariablement la direction, ont inondé Ottawa. Les dirigeants des secteurs pétrolier, minier, agroalimentaire, forestier et manufacturier ont tous mentionné le risque d'une possible crise économique nationale, des licenciements de masse et des faillites d'agriculteurs si la grève continuait.

Pierre Gratton, de l'Association minière du Canada, est allé plus loin en demandant au gouvernement d'envisager d'imposer de façon permanente l'arbitrage obligatoire dans tous les futurs différends relatifs aux contrats ferroviaires importants. Mais c'est à Véronique Proulx, chef des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, qu'on a laissée dire ce que tous ses collègues avaient à l'esprit: «De grosses sommes d'argent sont en jeu.»

Crédit Suisse, une banque d'investissement multinationale, a émis une note d'analyste au début de la grève. Il a fait remarquer qu'un arrêt de travail peut limiter temporairement les volumes de marchandises du CN, mais qu'il n'aurait probablement pas «une incidence significative à long terme sur les bénéfices de la compagnie», puisque les gouvernements fédéraux sont toujours intervenus rapidement pour mettre fin aux grèves ferroviaires.

Les gouvernements fédéraux, tant libéraux que conservateurs, ont imposé à maintes reprises des lois pour renvoyer les grévistes au travail dans de nombreuses industries. Depuis 1950, ils ont eu recours à des lois spéciales de retour au travail à 30 occasions distinctes, tandis que des gouvernements provinciaux de toutes les allégeances, du Parti conservateur et du Parti québécois au NPD, ont agi de la même façon pour attaquer le droit démocratique de grève des travailleurs.

Au cours des dernières années, à la suite des efforts déployés par les entreprises canadiennes pour faire reculer les droits des travailleurs ainsi que de l'assaut national contre les services publics et les emplois et les conditions de travail des travailleurs qui les administrent, la criminalisation de la grève est devenue de plus en plus la norme.

Le chef du Parti conservateur fédéral Andrew Scheer et la ministre de l'Énergie du Parti conservateur unifié de l'Alberta, Sonya Savage, ont chacun exigé séparément que Trudeau rappelle immédiatement le Parlement pour mettre fin à la grève. Jeudi, le premier ministre caquiste du Québec, François Legault, invoquant une pénurie imminente d'approvisionnement en propane dans la province, a appelé tous les partis d'opposition à collaborer avec les libéraux pour assurer l'adoption rapide d'une loi spéciale.

Actuellement, le Parlement fédéral ne doit pas se réunir avant le 5 décembre.

Trudeau, qui n'a eu aucun scrupule l'an dernier à interdire une grève limitée et rotative de 50.000 postiers, espère pouvoir compter sur les services des Teamsters pour mettre fin à cette grève. À la tête d'un gouvernement minoritaire, Trudeau est en train de négocier une alliance avec les néo-démocrates et les syndicats afin d'obtenir l'appui parlementaire nécessaire pour démontrer que son gouvernement a la «confiance» de la Chambre des communes.

Comme lors du premier mandat de Trudeau, un gouvernement libéral «progressiste» soutenu par les syndicats et le NPD utilisera les politiques identitaires et une rhétorique creuse de soutien aux travailleurs pour faire passer le programme de droite de la grande entreprise, dont des augmentations massives des dépenses militaires.

Cependant, les prétentions «progressistes» de Trudeau vont une fois de plus être mises à mal si la première loi promulguée par le nouveau Parlement s'avère être une loi criminalisant la grève du CN. D'où sa préférence de voir d'abord s'il peut convaincre les Teamsters de mettre fin eux-mêmes à la grève.

Dans son allocution de mercredi, le ministre des Transports Mark Garneau a indiqué que les Teamsters sont sur le point de trahir la grève. Se référant aux négociations en cours entre le syndicat et le CN Rail à Montréal, Garneau a déclaré qu'il y a «de la lumière au bout du tunnel» et qu'une «solution est à leur portée». Il a ensuite lancé une menace implicite en déclarant: «Nous croyons aussi au processus de négociation collective, alors nous allons nous assurer qu'ils savent à quel point c'est important et qu'ils doivent continuer à travailler pour trouver une solution». Le gouvernement les «poussera aussi fort qu'il le peut, car ceci est très important du point de vue de l'économie».

En d'autres termes, Garneau et les libéraux pourront se faire passer pour des défenseurs de la «négociation collective», pourvu que ces «négociations» mènent à une fin rapide de la grève et à des conditions favorables à l'élite corporative canadienne. Sinon, le gouvernement interviendra pour mettre fin au débrayage avec toutes les méthodes à sa disposition, y compris une loi spéciale de retour au travail.

Les libéraux savent que les Teamsters sont des partenaires fiables pour saborder les grèves et imposer des reculs. En 2012, le syndicat s'est soumis sans opposition lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper a criminalisé la grève de plus de 3000 opérateurs ferroviaires au Canadien Pacifique (CP), la deuxième plus grande compagnie ferroviaire du pays. Trois ans plus tard, la simple menace du ministre du Travail, Kellie Leitch, d'interdire d'éventuels débrayages a suffi aux Teamsters pour annuler une grève prévue au CP.

Une grève des travailleurs ferroviaires du Canadien Pacifique en mai 2018 a été sabotée par les Teamsters après moins d'une journée. Malgré le fait que les libéraux étaient intervenus un mois plus tôt pour suspendre temporairement le droit de grève des travailleurs en invoquant une disposition réactionnaire du Code canadien du travail, les Teamsters ont fait l'éloge de Trudeau après qu'il a mis fin à la grève «pour avoir défendu le droit des travailleurs de négocier».

L'étroite collaboration des Teamsters avec la direction et leur refus de contester les lois imposées par le gouvernement a facilité une attaque de plusieurs décennies par les employeurs contre les travailleurs ferroviaires. Au milieu des années 1980, le CN employait plus de 100.000 personnes. Aujourd'hui, il n'en compte plus que 22.000 en Amérique du Nord, dont seulement 3200 opérateurs, agents de trains et manœuvres de gares de triage au Canada.

Le CN a enregistré un bénéfice de 1,2 milliard de dollars sur des revenus totaux de 3,8 milliards de dollars au troisième trimestre de 2019. Au cours de la dernière année, le cours des actions du CN a augmenté d'un énorme 21 pour cent. À peine trois jours avant le début de la grève, la direction du CN a dévoilé une autre attaque contre les effectifs, annonçant 1600 suppressions d'emplois, qui toucheront principalement les cols blancs.

Les conditions auxquelles sont confrontés les travailleurs du CN sont épouvantables. Les travailleurs peuvent travailler 70 heures ou plus par semaine. Comme l'a dit un gréviste au World Socialist Web Site, «Ils veulent ajouter plus de travail et obtenir plus d'heures de notre part sans augmenter notre salaire. La réalité est que: «c'est toujours l'heure du train», ce qui signifie que vous pouvez vous coucher à 22 h après avoir travaillé toute la journée et recevoir un appel téléphonique au milieu de la nuit pour vous dire que vous devez rentrer. Certains sont debout pour 22 heures.»

Les normes de travail, selon un énoncé syndical, exigent que les employés «conduisent les trains seuls à l'extérieur de la locomotive, en s'accrochant aux trains en mouvement d'une main tout en conduisant une locomotive télécommandée de l'autre. On s'attend à ce que les cheminots le fassent par temps de pluie et de gel, parfois sur des distances allant jusqu'à environ 27 km».

L'impact d'un tel régime met en danger non seulement les travailleurs ferroviaires, mais des communautés entières, comme en témoignent les 48 décès qui ont suivi l'explosion d'un train à Lac-Mégantic (Québec) en 2012. La fatigue liée au sommeil a été un facteur contributif dans au moins 31 accidents ferroviaires et 90 enquêtes sur des incidents au cours des 27 dernières années. Le problème du manque de sommeil, des horaires exténuants et des opérations à une seule personne est un problème qui touche l'ensemble de l'industrie.

La complicité des Teamsters avec les patrons des compagnies ferroviaires dans la recommandation de contrats qui s'attaquent aux emplois, aux conditions de travail et qui compromet la sécurité, a mené à l'éruption actuelle de militantisme chez les travailleurs ferroviaires de la base. Les travailleurs concernés ont voté en faveur de la grève dans une proportion de 99,2 %. Mais les revendications contractuelles des grévistes ne peuvent être satisfaites en demandant à la bureaucratie syndicale de se battre.

Les grévistes doivent plutôt prendre en main la conduite de leur lutte en formant des comités de grève indépendants des Teamsters et en opposition à ceux-ci. Ces comités doivent lancer un appel en faveur d'un élargissement de la lutte aux cheminots du CP et aux cheminots d'entreprises basées aux États-Unis, qui sont tous confrontés aux mêmes conditions de travail terribles.

Il faut répliquer à toute tentative du gouvernement de criminaliser la grève du CN par une contre-offensive industrielle et politique de la classe ouvrière, mobilisant toute la classe ouvrière contre les reculs, les suppressions d'emplois, le démantèlement des services publics et le nombre toujours plus grand de lois antiouvrières.

(Article paru en anglais le 22 novembre 2019)

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