Le rapporteur de l'Onu, Nils Melzer, avertit: Julian Assange pourrait mourir dans une prison britannique

05-11-2019 4 articles wsws.org 9 min #163909

Par Oscar Grenfell
5 novembre 2019

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, a lancé un avertissement glaçant: Si l'éditeur Julian Assange de WikiLeaks n'est pas libéré de toute urgence pour recevoir les soins médicaux dont il a besoin, il pourrait mourir en prison en Grande-Bretagne.

Dans des commentaires rapportés par l'Associated Free Press, Melzer a déclaré que sa déclaration était fondée sur «de nouvelles informations médicalement pertinentes». «La santé de M. Assange est entrée dans une spirale infernale d'anxiété sévère progressive, de stress et d'impuissance typiques des personnes exposées à un isolement prolongé et un régime d'arbitraire constant», a déclaré le responsable de l'ONU.

Melzer, un expert juridique de renommée internationale sur la torture et ses symptômes, a expliqué: «Si l'évolution précise est difficile à prévoir avec certitude, cette configuration de symptômes peut rapidement se transformer en une situation potentiellement mortelle impliquant une défaillance cardiovasculaire ou un effondrement nerveux.»

Les manifestants brandissent une banderole exigeant la liberté de Julian Assange (AP Photo / Frank Augstein)

Les déclarations de Melzer confirment que le gouvernement britannique, agissant au nom du gouvernement américain du président Donald Trump, vise rien de moins que la destruction psychologique et physique d'Assange.

La tentative d'extradition d'Assange vers les États-Unis et de l'emprisonner à vie est un des volets de cette campagne sans foi ni loi. Sa détention pour une durée indéterminée, pratiquement à l'isolement et sans accès à des soins médicaux adéquats dans la prison de Belmarsh, surnommée le Guantanamo Bay britannique, en est un autre.

Le but des deux mesures est de faire taire Assange et WikiLeaks et de leur faire payer la revanche la plus dure possible pour avoir révélé des crimes de guerre inimaginables, des complots diplomatiques mondiaux à travers le monde et des opérations de surveillance de masse.

Depuis qu'Assange a été illégalement expulsé de l'ambassade équatorienne de Londres et arrêté par la police britannique le 11 avril, il a été victime d'une parodie de justice après l'autre.

Bien qu'il n'ait été condamné que pour une fausse infraction d'une liberté sous caution, Assange a été immédiatement emprisonné à la prison à sécurité maximale de Belmarsh. En mai, Melzer, accompagné de deux professionnels de la santé, lui a rendu visite. Ils ont estimé qu'Assange présentait «tous les symptômes typiques d'une exposition prolongée à la torture psychologique.»

À ce moment-là, Assange avait déjà fait l'objet d'une vendetta dirigée par les États-Unis pendant neuf ans, aidée par ce que Melzer appelait le «harcèlement public», mené par les grands médias. Assange était détenu dans l'ambassade d'Équateur depuis sept ans, où il avait été privé de la lumière du soleil et de soins médicaux dans un hôpital, à la suite des menaces des autorités britanniques de l'arrêter s'il quittait le petit bâtiment.

Au cours des 18 derniers mois de son séjour, les autorités équatoriennes ont transformé l'ambassade d'un lieu de refuge politique en une prison virtuelle de la CIA. Assange était sans cesse espionné par les services de renseignement américains, tandis que le droit de visite et de communication avec le monde extérieur lui était refusé.

Après sa visite à Assange en mai, Melzer a envoyé une lettre officielle aux autorités britanniques leur demandant de prendre «des mesures immédiates pour la protection de sa santé et de sa dignité.»

Vendredi, Melzer a carrément déclaré que ses avertissements avaient été ignorés. «Ce que nous avons vu de la part du gouvernement britannique, c'est un mépris total des droits et de l'intégrité de M. Assange. Malgré l'urgence médicale de mon appel et la gravité des violations alléguées, le Royaume-Uni n'a pris aucune mesure d'enquête, de prévention ou de réparation requise par le droit international.»

La Grande-Bretagne, a déclaré Melzer, n'a pas seulement violé la convention internationale contre la torture. Elle avait également privé Assange de ses droits fondamentaux en l'empêchant d'accéder à des documents juridiques et à d'autres moyens afin de préparer sa défense.

Malgré le fait que la peine de détention liée à sa mise en liberté sous caution a pris fin le 22 septembre, Melzer a écrit qu'Assange «continue d'être détenu dans des conditions oppressives d'isolement et de surveillance, non justifiées par son statut de détention» et soumis à un «arbitraire flagrant et soutenu» de l'État britannique et de son système judiciaire.

Sa déclaration fait suite à la dernière comparution d'Assange devant un tribunal britannique, le 21 octobre, qui ne peut être qualifiée que de procès-spectacle.

La juge Vanessa Baraitser, a écarté d'emblée des arguments juridiques qui auraient dû aboutir au rejet immédiat de l'affaire d'extradition, notamment une interdiction d'extradition de la Grande-Bretagne vers les États-Unis pour des infractions politiques, et l'espionnage illégal d'Assange par la CIA. Elle méprisait Assange et ses avocats et était indifférente à la détérioration dramatique de son état de santé, ce qui avait réduit sa capacité même à prononcer son nom et sa date de naissance.

Baraitser était en mesure de faire preuve d'un tel parti pris sachant qu'elle appliquait la politique de l'ensemble de l'establishment politique britannique. Tous les partis officiels agissent en tant que fidèles serviteurs de l'armée et des agences de renseignement, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, en réprimant toute opposition à l'assassinat au ralenti d'Assange.

Le 11 avril dernier, Jeremy Corbyn, dirigeant du Parti travailliste britannique, qui prétend parfois être socialiste, a déclaré: «Le gouvernement britannique devrait s'opposer à l'extradition de Julian Assange vers les États-Unis pour avoir révélé des preuves d'atrocités commises en Irak et en Afghanistan.»

Depuis lors, le nom d'Assange ne figure guère plus dans le lexique de Corbyn. Par contre, il a courbé l'échine devant une chasse politique aux sorcières menée par la droite de son propre parti, ciblant les quelques membres influents qui ont exprimé leur opposition à la guerre impérialiste et leur soutien à Assange.

Corbyn, qui fait actuellement campagne pour des élections générales, n'a pas jugé bon de répondre aux avertissements d'un responsable de l'ONU selon lesquels le journaliste le plus célèbre du monde est en train d'être torturé à mort au cœur de la Grande-Bretagne. Il ne faut pas oublier non plus que Londres, où Assange est détenu comme un prisonnier politique, est contrôlée par le maire travailliste Sadiq Khan, qui est également resté muet.

Le rôle le plus perfide est joué par les organisations de la pseudo-gauche, des Socialistes démocrates d'Amérique à l'Alliance socialiste en Australie et au Socialist Workers Party en Grande-Bretagne. Si l'on jugeait le monde uniquement à partir de leurs publications misérables, on ne saurait même pas qu'Assange existe.

Après avoir abandonné le fondateur de WikiLeaks en raison de leur soutien à la tentative du coup monté de la CIA à partir de fausses allégations d'inconduite sexuelle en Suède et à leur alignement ouvert sur la guerre impérialiste, ces organisations ne mentionnent tout simplement plus Assange.

Quant au gouvernement australien et au Parti travailliste de l'opposition, ils n'ont donné aucune réponse aux avertissements de Melzer selon lesquels un citoyen et journaliste australien risquerait la mort à la suite de sa détention illégale par la Grande-Bretagne. Tous les partis parlementaires australiens ont soutenu la campagne contre Assange, conformément à leur soutien à l'impérialisme américain.

Ces réactions sont une preuve supplémentaire du fait que seule la classe ouvrière est la base pour la défense des droits démocratiques et des prisonniers de la guerre de classes comme Assange et Chelsea Manning, la lanceuse d'alerte courageuse qui est emprisonnée aux États-Unis pour avoir refusé de se parjurer contre le fondateur de WikiLeaks.

Alors que des millions de travailleurs s'engagent dans des luttes sociales et politiques contre l'austérité, les inégalités et la guerre, la persécution d'Assange est censée envoyer un avertissement: c'est ce qui vous attend si vous vous opposez aux pouvoirs en place et aux crimes de guerre et à l'illégalité gouvernementale.

C'est un précédent que l'on ne doit pas laisser s'établir. Partout, les travailleurs doivent être informés de la situation grave d'Assange et de la relation inextricable entre la lutte pour leurs propres droits sociaux et démocratiques et la lutte pour sa liberté immédiate et inconditionnelle.

Cela nécessite une campagne internationale visant à mobiliser l'immense pouvoir de la classe ouvrière, révélée ces derniers mois dans les luttes de masse au Chili, en Équateur, au Liban et dans le monde entier.

Le World Socialist Web Site et les partis de l'égalité socialiste mènent des campagnes intensives dans les quartiers populaires, sur les campus universitaires et dans les usines, pour la défense d'Assange et de Manning. Cela comprend  des réunions publiques importantes en Australie et en Nouvelle-Zélande dans les prochaines semaines.  Contactez-nous aujourd'hui pour participer à ce combat crucial.

(Article paru en anglais le 4 novembre 2019)

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