Le désespoir règne sur la politique de Washington à l'égard de l'Iran

14-08-2019 reseauinternational.net 8 min #160336

par Salman Rafi Sheikh.

Le Président américain Donald Trump a réussi à tenir bon nombre de ses promesses électorales : il a mis fin à l'Accord de Partenariat Transpacifique, à l'accord de Paris sur le climat et à l'accord nucléaire avec l'Iran, mis fin à la guerre en Afghanistan et construit un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Même si nous ne sommes pas d'accord avec ses promesses et que certaines d'entre elles sont extrêmement controversées par nature, en plus d'être purement unilatérales, le fait que Trump ait tenu ses promesses électorales en dit long sur les efforts qu'il peut faire pour tenir ses promesses restantes - particulièrement l'assujettissement de l'Iran. C'est peut-être la seule qui s'est avérée trop dure pour Trump, grâce à la résistance de l'Iran et au soutien qu'il continue de recevoir de deux des concurrents stratégiques américains les plus forts : la Chine et la Russie.

Le Président américain veut donc désespérément tenir cette promesse et travaille à une politique à multiples facettes, allant de la provocation d'affrontements militaires dans le Golfe Persique à  l'incitation d'autres pays à entrer en conflit avec l'Iran pour convaincre secrètement les Iraniens de céder aux négociations et à réimposer des sanctions. C'est une remarquable démonstration de désespoir qui prévaut à la Maison-Blanche !

Ce désespoir provient principalement du refus iranien d'accepter ces conditions américaines, et il découle de l'incapacité de Washington à forcer l'Iran à capituler. Pour atteindre cet objectif par « d'autres » moyens, les États-Unis ont secrètement invité, selon les médias occidentaux, le Ministre iranien des Affaires Étrangères à se rendre à la Maison Blanche pour rencontrer le Président américain. L'Iran a refusé cette invitation, ce qui a conduit Washington à décider de sanctionner également le Ministre iranien des Affaires Étrangères en poste.  Selon les rapports :

« Le Président Trump s'est montré très ouvert quant au fait qu'il était prêt à parler aux hauts dirigeants de Téhéran et qu'il n'a certainement pas empêché aucun de nos amis ou alliés de communiquer avec eux également«.

« Trump a transmis un message sur la diplomatie potentielle au Guide suprême iranien par l'intermédiaire du Premier Ministre japonais, Shinzo Abe, en juin«.

Téhéran a évidemment refusé cette offre, laissant les États-Unis avec peu d'options sur la table. La manœuvre, selon ledit rapport, consistait à offrir à l'Iran la section 123 de la loi américaine de 1954 sur l'énergie atomique et à faire dire non à Téhéran pour tenter de montrer aux Européens à quel point l'Iran reste obstiné. Sentant le piège, l'Iran a refusé d'envoyer son Ministre des Affaires Étrangères à la Maison Blanche, ce qui a conduit les États-Unis à imposer des sanctions contre Zarif.

En conséquence, Zarif, que les États-Unis ont tenté d'inviter à la Maison-Blanche il y a un mois, a été désigné le 31 juillet comme un facilitateur de la politique iranienne. La déclaration publiée par le Département d'État américain  qualifie Zarif de :

« Un moyen de faire avancer plusieurs des politiques déstabilisatrices du Guide suprême. Le Ministre des Affaires Étrangères Zarif et le Ministère des Affaires Étrangères qu'il dirige suivent les directives du Guide suprême et de son bureau. Le Ministre des Affaires Étrangères Zarif est l'un des principaux catalyseurs des politiques de l'Ayatollah Khamenei dans la région et dans le monde. La désignation de Javad Zarif reflète aujourd'hui cette réalité«.

Bien que rien dans cette déclaration ne contredise vraiment ce que Zarif, en tant que Ministre des Affaires Étrangères de l'Iran, est censé faire, cette déclaration et les sanctions reflètent le fait que la politique étrangère américaine a pratiquement épuisé toutes les options et ne peut compter que sur la sanction des responsables iraniens un par un, une politique qui ne servira guère les intérêts américains de manière positive ou ne rapprochera pas les deux pays, ou ne conduira pas à des discussions sur la désescalade dans le Golfe Persique.

le Ministre des Affaires Étrangères iranien Javad Zarif

Au contraire, en sanctionnant Zarif, un diplomate très expérimenté qui a fait ses études supérieures aux États-Unis, Washington ne fait que bloquer son entrée aux États-Unis, en particulier en mettant fin à sa présence aux sessions de l'ONU, dans le but d'empêcher le récit de Téhéran d'atteindre le monde.

Ailleurs, l'Iran continue de repousser les alliés américains, mais aussi de rétablir les liens avec certains alliés américains, y compris même les Émirats Arabes Unis, grâce encore une fois à la diplomatie chevronnée de Zarif, qui a déjà conduit les Émirats Arabes Unis à changer de cap, largement en accord avec Téhéran, sur leur politique au Yémen. En conséquence, alors qu'ils étaient encore membres de la coalition saoudienne, les Émirats Arabes Unis ont (apparemment)  retiré leurs forces de certaines parties du Yémen après que Zarif eut rapporté que Téhéran et l'USE étaient « disposés » à entrer en contact l'un avec l'autre et à développer le type de relations que Téhéran a avec d'autres pays arabes.

Cela s'ajoute au soutien que Téhéran continue de recevoir de ses alliés les plus puissants. Alors que la Chine continue d'acheter du pétrole iranien, la Russie a incontestablement déclaré que l'Iran reste son allié. Ironiquement, c'est le Secrétaire du Conseil National de Sécurité russe, Nikolai Patrushev, qui a fait cette annonce lors d'un récent sommet entre les États-Unis, la Russie et Israël à Jérusalem. Pour le citer :

« L'Iran a toujours été et demeure notre allié et partenaire, avec lequel nous développons constamment des relations tant sur une base bilatérale qu'au sein de structures multilatérales«.

Depuis lors, la Russie a fait progresser un nouveau concept de sécurité collective pour le Golfe Persique, un système de sécurité qui impliquerait des parties de l'intérieur et de l'extérieur de la région. En faisant ainsi progresser ce type d'accord de sécurité, la Russie s'insère de toute évidence plus profondément dans le Golfe Persique afin de réduire l'espace dont disposent les États-Unis pour fabriquer une nouvelle guerre.

L'Iran reste donc fort sur les plans diplomatique et stratégique, ce qui fait que les États-Unis font face à un désespoir total en dépit de leur puissance militaire supérieure. Par conséquent, s'il s'agit de renégociations avec Téhéran à quelque moment que ce soit, elles seront principalement basées sur les conditions de l'Iran telles que définies par Zarif lors de  sa rencontre avec les sénateurs américains plutôt que sur celles des États-Unis. Un désespoir encore plus grand est à venir.

Source :  Desperation Rules Washington's Policy on Iran

traduit par  Réseau International

 reseauinternational.net

 Commenter