01/08/2019 les-crises.fr  11 min #159876

Une grande compagnie houillère à fait faillite. Son dépôt de bilan montre qu'elle finançait les thèses climato-sceptiques. Par Lee Fang

Source :  The Intercept, Lee Fang, 17-05-2019

Lee Fang

Le 16 mai 2019

On charge le charbon dans des wagons-trémies à la mine Spring Creek de Cloud Peak Energy, près de Decker dans le Montana, le 4 avril 2013. Photo : Matthew Brown/AP

La faillite de l'un des plus grands producteurs de charbon du pays a révélé que l'entreprise entretenait des liens financiers avec plusieurs des principaux groupes qui ont semé le doute sur les causes humaines du réchauffement climatique.

Ces  informations proviennent de Cloud Peak Energy, une société minière du Wyoming qui a déposé son bilan le 10 mai en vertu du « chapitre 11 ». L'entreprise avait été durement  touchée par la baisse des prix du charbon, y compris sur les marchés internationaux desservis par l'entreprise.

Les documents qu'on peut lire dans le dossier judiciaire montrent que le géant du charbon a apporté des contributions pour des groupes de réflexion de premier plan mettant en cause le lien entre l'utilisation de combustibles fossiles et les changements climatiques, ainsi qu'à plusieurs groupes de pression conservateurs essayant de miner les politiques visant à orienter l'économie vers les énergies renouvelables. Les documents ne contiennent pas d'informations sur l'importance de ces contributions, mais dans l'ensemble, la liste des groupes que Cloud Peak Energy a contribué à financer indique comment l'entreprise a donné la priorité au soutien du climato-scepticisme. La société n'a pas répondu à une demande de commentaires.

Les contributions sont divulguées dans un document qui dresse la liste des bénéficiaires des subventions, des créanciers et des entrepreneurs. Le document montre que Cloud Peak Energy a contribué à financer l'Institute of Energy Research, un groupe basé à Washington, qui  a rejeté le « soi-disant consensus scientifique » sur le changement climatique et critique régulièrement les investissements dans les énergies renouvelables les qualifiant de  « gaspillage » des ressources.

Plusieurs des groupes qui reçoivent des fonds de Cloud Peak Energy ont utilisé des tactiques agressives pour tenter de discréditer les environnementalistes. Le Centre pour la liberté des consommateurs, l'un des groupes cité dans le dossier de la société de charbon, fait partie d'un réseau tentaculaire de groupes de presson mis sur pied par un lobbyiste du nom de Rick Berman visant à attaquer des groupes verts tels que le Sierra Club et le Food & Water Watch [agence de sécurité de l'alimentation et de l'eau NdT], présentés comme  des radicaux dangereux.

D'autres organisations discrètement financées par Cloud Peak Energy ont directement influencé la politique de l'État. La société a financé l'American Legislative Exchange Council, un groupe qui fournit des projets de lois aux législateurs des États. Les modèles de projets de loi font la promotion du programme d'action en faveur des combustibles fossiles. Un projet de loi déclare même qu'il existe « une grande incertitude scientifique » concernant le changement climatique ; d'autres  visent à abroger la réglementation environnementale concernant les centrales électriques alimentées au charbon.

Le Montana Policy Institute - un groupe de réflexion libertarien [Le Parti libertarien est un parti politique américain fondé en 1971. Comptant 511 277 membres en juillet 2017, c'est l'un des principaux partis minoritaires aux États-Unis NdT] local qui  se fait le défenseur d'une affirmation désavouée selon laquelle les températures mondiales sont en baisse et non en hausse, et qui s'interroge sur le rôle des humains dans les changements climatiques - a également reçu des fonds de l'entreprise.

Le dossier montre que Cloud Peak Energy a financé Americans for Prosperity, le groupe soutenu par les frères Koch qui mobilise l'opposition politique contre les politiciens démocrates et les réglementations climatiques. La société minière a également financé Crossroads GPS, un groupe « dark-money » [dans la politique des États-Unis, l'argent noir se réfère aux dépenses politiques d'organisations à but non lucratif - par exemple, 501 501 et 501 groupes - qui ne sont pas obligés de divulguer leurs donateurs. Ces organisations peuvent recevoir des dons illimités d'entreprises, de particuliers et de syndicats NdT] qui a déversé de façon occulte des millions de dollars pour financer des campagnes électorales sénatoriales pour soutenir les politiciens du parti républicain pendant les élections de 2010 et 2012. La Western Caucus Foundation, qui soutient les efforts du Congrès pour déréglementer le secteur minier et vendre des terres publiques en vue du développement énergétique, a également reçu des fonds.

Bon nombre des financements politiques énumérés dans le dossier semblent fréquents et habituels au sein des entreprises de l'industrie du charbon. La société houillère du Wyoming a financé un éventail de groupes commerciaux, dont l'American Coalition for Clean Coal Electricity, la National Mining Association et l'American Coal Council, qui font pression auprès des législateurs afin de favoriser les priorités de l'industrie minière.

Il y a quatre ans, la chute des prix du charbon a entraîné une série de faillites concernant les plus grandes sociétés houillères d'Amérique. Les conclusions,  rapportées initialement par The Intercept, ont également révélé que l'industrie du charbon avait  financé toute une série d'activistes et d'organismes voués à répandre le doute sur la science qui sous-tend les changements climatiques. Les révélations d'Alpha Natural Resources ont montré que l'entreprise avait  discrètement payé Chris Horner, un activiste connu pour harceler les climatologues.

De nombreuses organisations politiques sont organisées en 501(c) organismes sans but lucratif, une désignation de l'Internal Revenue Service qui permet aux donateurs de rester anonymes. Les dépôts de bilan, qui obligent les entreprises à ouvrir leurs livres, offrent une rare fenêtre sur les dons politiques secrets.

En 2016, Greg Zimmerman, un militant écologiste,  est tombé sur un diaporama intitulé « La victoire est dans la survie : Leçons de la guerre du tabac ». Les diapositives ont été créées par Richard Reavey, vice-président des affaires gouvernementales et publiques chez Cloud Peak Energy et ancien cadre supérieur chez Phillip Morris. Reavey a avancé l'idée que les entreprises de combustibles fossiles, en particulier celles concernant le charbon, devraient s'inspirer des stratégies des grandes compagnies de tabac, qui ont elles aussi passé des décennies à se battre contre les scientifiques et les organismes de réglementation pour démentir les allégations selon lesquelles leur produit nuisait à la santé publique.

Dans l'article du New York Times consacré a cette affaire, Reavey  a déclaré que son entreprise « n'avait jamais lutté contre le changement climatique - ne l'avait jamais combattu, jamais nié ou financé qui que ce soit qui l'ait fait ». Le dossier de dépôt de bilan de la semaine dernière suggère cependant le contraire.

Source :  The Intercept, Lee Fang, 17-05-2019

Traduit par les lecteurs du site  www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 les-crises.fr

 Commenter