Un coup porté à la chasse aux sorcières sexuelle #metoo: l'odieuse affaire impliquant l'acteur Kevin Spacey s'effondre

20-07-2019 wsws.org 9 min #159405

Par David Walsh
20 juillet 2019

Le procureur Michael O'Keefe du Massachusetts a annoncé mercredi que son bureau abandonnait l'affaire d'agression sexuelle contre le célèbre acteur Kevin Spacey. L'accusation n'avait guère le choix puisque l'accusateur de l'affaire, William Little, a refusé de témoigner il y a dix jours au sujet d'un téléphone cellulaire manquant qui était essentiel, selon la défense, pour appuyer l'innocence de l'acteur.

Interrogé par l'avocat de Spacey pour savoir s'il comprenait qu'il serait illégal de supprimer les messages texte pertinents de son téléphone cellulaire, Little, après avoir consulté sa famille et son avocat, a plaidé le cinquième amendement contre l'auto-incrimination, mettant essentiellement un terme au procès préliminaire et au procès en entier. En juillet 2016, Spacey a été accusé d'avoir fait des attouchements sur le jeune homme, alors âgé de 18 ans, tard dans la nuit dans un resto-bar de Nantucket. L'acteur a soutenu qu'il s'agissait d'un flirt consensuel.

Kevin Spacey dans «House of Cards»

Le juge Thomas S. Barrett, du tribunal de district de Nantucket, a indiqué le 8 juillet que l'affaire pourrait bien être rejetée si l'accusateur continuait de refuser de témoigner. Barrett a souligné que l'affaire tourne autour de Little et que sans lui, le Commonwealth du Massachusetts aurait «une rude bataille à mener à bien».

Un communiqué de presse du bureau du procureur du district de Cape and Islands du 17 juillet explique: «Le dimanche 14 juillet 2019, le témoin plaignant, les membres de sa famille et le procureur du témoin plaignant se sont rencontrés au bureau du procureur du district pour examiner l'affaire à la lumière de l'évolution de la situation [refus de l'accusateur de témoigner]. Le témoin plaignant a été informé que s'il décidait de continuer à invoquer son droit au cinquième amendement, l'affaire ne pourrait pas aller de l'avant. Après une nouvelle période de réflexion en privé avec son avocat, le témoin plaignant a choisi de ne pas renoncer à son droit en vertu du cinquième amendement.»

En conséquence, le bureau du procureur a entamé les procédures de non-lieu, un retrait volontaire des charges contre Spacey, «en raison de l'indisponibilité du témoin plaignant».

Le dossier contre Spacey puait la vendetta politique depuis le début.

L'allégation de Nantucket a été lancée en grande pompe en novembre 2018 par la mère de Little, Heather Unruh, une ancienne présentatrice de nouvelles locales, lors d'une conférence de presse largement médiatisée à Boston. Unruh a proclamé qu'elle «voulait voir Kevin Spacey aller en prison. Je veux que la main de la justice lui tombe dessus.»

Ni la famille ni les autorités n'ont jamais expliqué pourquoi il a fallu 15 mois à l'accusateur pour signaler l'agression présumée à la police. Aucun observateur objectif ne manquerait d'être frappé par la date du rapport original, soit le 31 octobre 2017. C'était quelques semaines après le début de la campagne #MeToo et seulement deux jours après que l'acteur Anthony Rapp ait accusé Spacey dans une interview de lui avoir fait des avances inappropriées quelque 30 ans auparavant, quand il avait 14 ans et Spacey 26 ans, alimentant l'atmosphère de chasse aux sorcières sexuelle.

Après le dépôt des accusations en janvier 2019, les procureurs ont faussement soutenu que Little avait fait son rapport de police trois mois après l'incident de 2016. Cependant, «l'enquêteur principal dans cette affaire... a témoigné lundi [8 juillet], interrogé par l'avocat de la défense de Spacey, que la différence d'un an était le résultat d'une "faute de frappe"». Il faudrait une personne très naïve pour croire que la date peut-être suspecte du rapport de police initial sur Little, qui suivait immédiatement les affirmations de Rapp, ne constituait pas un détail troublant pour la police et l'accusation.

L'incapacité de l'accusation à porter cette misérable affaire devant les tribunaux est une défaite humiliante non seulement pour les autorités du Massachusetts et l'Unruh, mais pour toute la chasse aux sorcières #MeToo.

L'abandon des poursuites contre Spacey s'ajoute à la victoire de l'acteur australien Geoffrey Rush dans une poursuite en diffamation en avril contre le tabloïd Daily Telegraph de Rupert Murdoch et son chroniqueur à potins Jonathon Moran. Le procès a été intenté en réponse aux allégations du journal selon lesquelles Rush s'était rendu coupable d'un comportement «inapproprié» envers une co-vedette dans une production de King Lear, ainsi que de la publication sensationnelle des allégations selon lesquelles Rush était un «King Leer» (roi au regard lubrique), un «prédateur sexuel» et un «pervers».

La campagne maccartiste #MeToo s'est déroulée en grande partie sous forme d'insinuations, de commérages et de dénonciations non fondées ou anonymes alimentées par la frénésie des médias. Lorsque les accusations ont fait l'objet d'enquêtes et d'interrogatoires rigoureux, comme dans les affaires Rush et Spacey, elles se sont, jusqu'à présent, évaporées.

L'affaire Nantucket n'a pas détruit à elle seule l'extraordinaire carrière d'acteur de Spacey, mais elle a joué son propre rôle ignoble. Fantastiquement, Fox Business a déploré mercredi que même si le dossier contre Spacey se fût effondré, «les producteurs de Netflix et d'Hollywood employant l'acteur [avaient] perdu des millions». Nous ne versons pas de larmes pour les cadres lâches de Netflix, producteur de House of Cards, qui ont immédiatement abandonné Spacey en novembre 2017. Parmi les lâches et les opportunistes, il y a aussi le réalisateur Ridley Scott et Imperative Entertainment qui ont supprimé l'acteur du film déjà terminé All the Money in the World et qui ont refait ses scènes avec Christopher Plummer.

Suite à la décision du procureur du district de Cape Cod d'abandonner l'affaire, Rikki Klieman, «expert juridique» de CBS News, a affirmé que l'abandon des charges ne signifiait «d'aucune façon» que Spacey avait été exonéré. Klieman elle-même a d'abord fait remarquer: «Si un témoin plaignant, qui est prétendument une victime d'agression sexuelle, réclame le cinquième amendement et qui ne va donc pas témoigner, qu'en est-il ? On n'a rien.» En quoi le fait que l'accusation n'ait «rien» contre l'accusé ne constitue-t-il pas une exonération? Klieman a tenté de s'expliquer: «L'accusation était simplement confrontée à une affaire où la victime présumée... adoptant le cinquième amendement, n'avait pas de témoin pour dire ce qui s'était passé.» La «victime présumée» a invoqué le cinquième amendement après avoir été avertie de l'illégalité de la suppression de preuves éventuellement disculpatoires. La probabilité que son récit de «ce qui s'est passé» soit cru était faible.

Aujourd'hui, un grand nombre de personnes voient clair à travers la campagne #MeToo. Elle n'a jamais suscité une véritable sympathie du public au départ. La prise de conscience collective d'artistes hollywoodiens égocentriques, principalement des femmes - des années après les faits dans bien des cas - qu'ils n'aimaient pas la façon mesquine et grossière dont ils avaient pu être traités par les directeurs de studio et autres ou, pire encore, ce à quoi ils avaient eux-mêmes consenti afin de faire avancer leur carrière, ne constituait ni un scandale national majeur ni une cause que la population en général avait une raison quelconque de défendre.

La campagne #MeToo et ses principaux porte-parole continuent de garder un silence évident sur les conditions de détention des immigrants, victimes de brutalité systématique et, dans de nombreux cas effroyables, d'agressions sexuelles.

Le manque d'intérêt pour les conditions de vie des femmes de la classe ouvrière n'est pas le fruit du hasard. Lancée au lendemain des élections de 2016, l'hystérie des abus sexuels a été lancée dès le début par le Parti démocrate et ses propagandistes des médias (Ronan Farrow et autres) pour fouetter des couches sociales sensibles, surtout des professionnels de classe moyenne, détourner l'attention de la crise sociale et faire tout son possible pour bloquer un mouvement de gauche contre le gouvernement Trump. L'effort #MeToo avait pour but de créer un mouvement politique désorienté et inoffensif, «généralisé», sans classe, que des va-t-en-guerre pro-patronaux comme Hillary Clinton (anciennement patron de Farrow au département d'État) pourraient facilement adopter et promouvoir. Cela donnait ainsi aux démocrates la latitude nécessaire pour s'opposer à Trump de la droite, en se concentrant sur la campagne contre la Russie et d'autres faux problèmes.

En considérant ceux qui se sont ligués contre Spacey - les médias, la police et le système politique - cela nous indique quelque chose sur l'orientation et les fondements réactionnaires de cette campagne.

Une autre indication de cette réalité sociale, et en particulier du côté subjectiviste et irrationnel de la croisade contre les abus sexuels, est l'annonce par l'actrice Alyssa Milano, qui a lancé la campagne #MeToo avec un tweet le 15 octobre 2017, de sa participation à sa première collecte de fonds du Parti démocrate pour la campagne électorale de 2020. Elle donne en effet son appui à la gourou du développement personnel et l'idéaliste en puissance Marianne Williamson, une des vingt-quatre candidatures démocrates pour les nominations présidentielles. Un article publié en 1992 par Martin Gardner, écrivain populaire de mathématiques et de sciences, rapporte que Williamson croyait que la «Voix» décrite dans le livre d'Helen Schucman de 1976, A Course in Miracles, venait de Jésus, que «rien ne se passe hors de notre esprit» et que «la maladie est une illusion et n'existe pas en réalité». Selon le Los Angeles Times, elle a dit un jour à un groupe de disciples séropositifs que «le virus du sida n'est pas plus puissant que Dieu».

Malgré l'échec dans l'affaire Spacey, la chasse aux sorcières #MeToo, menée par de puissantes forces sociales, se poursuivra. L'annonce récente par Netflix qu'elle allait de l'avant avec une émission spéciale avec le comédien Aziz Ansari et la nouvelle du retour du comédien Chris Hardwick au Comic-Con de San Diego ont toutes deux été critiquées. Ansari a été accusé par une femme anonyme en janvier 2018 d'avoir été sexuellement agressif durant un rendez-vous, et Hardwick a fait face à des allégations non fondées de violence de la part d'une ex-petite amie. Aucun des deux hommes n'a failli être accusé d'un crime, mais cela n'a pas empêché chacun d'eux de subir des attaques menaçant leur carrière.

(Article paru en anglais le 19 juillet 2019)

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