Khadija Ryadi : « L'insurrection populaire va se produire au Maroc »

08-07-2019 tlaxcala-int.org 6 min #158889

 Jérôme Duval Жером Дюваль جيروم دوڥال

Entretien avec Khadija Ryadi, qui fut la première femme à occuper la présidence de l'Association marocaine des droits humains, autour de la situation des mouvements sociaux au Maroc.

Khadija Ryadi fut la première femme à occuper la présidence de l' Association marocaine des droits humains (AMDH), fonction qu'elle occupa de 2007 à 2013. Créée en 1979, cette association fête ses 40 ans cette année, c'est une des deux plus anciennes ONG des droits humains dans le royaume. Khadija Ryadi a remporté le prix des Nations unies pour les droits de l'homme en 2013.

Pouvez-vous nous présenter l'Association marocaine des droits humains (AMDH) ?

L'AMDH travaille sur différents aspects économiques, sociaux, culturels, environnementaux ou encore civils et politiques, ainsi que les droits des femmes, des migrants, des enfants ou des handicapés. L'AMDH, qui compte environ 12 000 membres, dispose de trois sections en Europe et est implantée dans tout le Maroc avec 92 sections locales. L'AMDH est membre de la  Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, le réseau  Euro-méditerranéen des droits de l'homme (Euromed Droits), l'Organisation arabe des droits humain ( Arab organization for human rights) et la  Coordination maghrébine des organisations des droits humains dont je suis actuellement coordinatrice au nom de l'AMDH. L'AMDH se caractérise par son unique référentiel universel des droits de l'homme.

De passage à Bruxelles, vous êtes intervenue sur la question des prisonniers politiques. De quoi s'agit-il au juste ?

En effet, au Maroc, il y a actuellement des centaines de prisonniers politiques. Il s'agit généralement de personnes qui réclament des droits élémentaires et fondamentaux, l'enseignement et la santé publiques, l'eau potable, la fin de la corruption, etc. Ces droits élémentaires devraient pourtant être garantis par l'État, vu l'engagement officiel du Maroc dans le domaine des droits humains.

Au Rif, au nord du Maroc, à Al Hoceima en particulier, un mouvement a été déclenché par la mort d'un poissonnier, Mohcine Fikri. Ce dernier a voulu récupérer sa marchandise confisquée par les autorités et jetée dans une benne à ordure, mais celle-ci l'a broyé et il est mort écrasé, c'était le 28 octobre 2016. Des milliers de personnes sont immédiatement sortis dans les rues jusqu'en mai 2017 quand, la répression a rendu impossible la poursuite du mouvement. La brutalité, le nombre démesuré d'arrestations, la torture et les procès politiques ont freiné cette ardeur populaire. Des centaines de personnes ont été arrêtés et une cinquantaine d'entre elles, dont les leaders connus de ce mouvement, ont été transféré à 700 kilomètres de leur lieu de résidence pour être jugé à Casablanca, ce qui a augmenté les souffrances des familles qui devaient faire des déplacements démesurés chaque semaine pour assister au procès et visiter leurs parents dans les prisons. Les peines atteignent jusqu'à 20 années d'emprisonnement ferme. Au-delà du Rif, d'autres villes au Maroc ont connu des protestations populaires et ont été confrontées à la répression, aux arrestations et à des procès politiques.

Combien de personnes dans le cadre du Hirak seraient encore en prison aujourd'hui ?

L'AMDH a recensé plus de mille personnes qui sont passées par la prison à cause des protestations sociales au cours du mouvement du Hirak qu'a connu le Maroc en 2017-2018. On attend le nouveau rapport de l'AMDH (1) pour voir la situation mise à jour, car plusieurs personnes sont sorties, d'autres, une centaine environ, ont été gracié l'année dernière, puis une centaine cette année. Mais, selon ma propre estimation, il y aurait entre 300 et 400 personnes encore en prison. Les arrestations et les jugements iniques continuent.

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Courtesy of  Un monde sans dette/Politis
Source:  politis.fr
Publication date of original article: 10/06/2019

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