Nécessité de vivre l'éthique de la paix

08-07-2019 9 min #158845

L'éthique en droit international et dans les relations internationales

par Florian D.

Lors du symposium «Uranium 238 - conséquences des bombardements à l'uranium appauvri en 1999» à Niš, du 17 au 19 juin 2019 (cf.ci-dessus), Florian D.
Pfaff a donné une conférence, publiée en version intégrale ci-dessous.

Un grand merci, cher Monsieur le professeur Nedeljkovic, cher Velimir, chers organisateurs, de l'invitation amicale que j'ai acceptée avec grand plaisir.

Je vous remercie également vous tous, Mesdames et Messieurs, d'être présents à cette réunion et d'en soutenir ses buts.Dans les dix minutes dont je dispose, je vais tenter de faire le point de ce que je pense être essentiel concernant le phénomène de l'éthique dans les relations internationales.

Je parlerai de la théorie du droit international et de la pratique actuelle en démontrant dans quelle mesure elle s'en écarte toujours et encore.

Comme, malheureusement, je ne parle pas le serbe, je vais m'exprimer en allemand.

Un grand merci donc également aux traducteurs.

Je vais présenter mes remarques sous forme de quatre thèses.

L'éthique - une partie de la culture Première thèse: par éthique, on entend l'acquis des idées morales principales dépassant les intérêts d'un Etat et engageant celui-ci.

Peu importe que cela soit un engagement unilatéral, ou fixé par écrit ou une habitude entrée dans le droit.

Les relations internationales existent depuis l'apparition des Etats-nations.

L'éthique est une composante des cultures respectives et correspond ainsi, sous forme de normes, aux coutumes et valeurs, telles par exemple les commandements chrétiens.

Pendant longtemps, il n'existait aucun code écrit réglant le comportement des Etats entre eux par la morale afin de le rendre plus humain.

Un Carolingien pouvait se permettre de tuer qui bon lui semblait.

La guerre était généralement considérée comme la continuation de la politique à l'aide d'autres moyens.

Ceux-ci allaient de l'amitié à la menace ou bien au siège dont le but était la conquête débouchant, plus récemment, sur la guerre totale et globale.

Tout cela n'ayant certainement plus rien à voir avec éthique ou amour pour son prochain.

Deuxième thèse: l'humanité a évolué au niveau technique et a finalement acquis la capacité de détruire totalement l'ennemi en quelques minutes.

Nous ne savons pas si et dans quelle mesure l'éthique serait un sujet d'actualité, surtout face à des politiciens tels Hillary Clinton ou Donald Trump, si les Etats-Unis étaient restés les seuls à disposer des dites «armes de destruction massive».

Il est historiquement prouvé que l'expansion de ces armes s'est poursuivie et que les peuples de ce monde ont accepté, après la Seconde Guerre mondiale et face à la crainte justifiée de leur destruction, de proscrire la guerre par accord contractuel.Proscrire les guerres Cette thèse se rapporte à la théorie.

Avec l'ONU et une Charte mettant au centre le bien-être de l'être humain et limitant la force militaire uniquement à l'autodéfense ou à des mesures, décidées en commun, en vue de prévenir ou de terminer des guerres, aucun Etat n'est réellement forcé de renoncer à la violence illégale.

Le droit international tel qu'on le retrouve dans la Charte des Nations Unies, des traités internationaux comme par exemple le Traité dit «Deux Plus Quatre» et dans les lois nationales, à l'instar de la Loi fondamentale allemande, des codes fondamentaux interdisant toute participation de l'Allemagne à des guerres d'agression, sont certes des documents juridiques très louables.

Mais il s'agit là uniquement d'énoncés normatifs.

Les Etats y sont liés uniquement sur le papier.

Troisième thèse: les violations sont évidentes: si l'on compare les normes juridiques susmentionnées avec la pratique vécue, on réalise qu'une des raisons réside dans le fait qu'il n'y a pas toujours un juge prêt à condamner les violations du devoir de paix ou à accorder des dédommages à une victime, notamment dans les cas où l'agresseur est puissant, et ne se soumet pas volontairement à la justice créée à cette fin.

Les Etats-Unis sont connus pour strictement refuser tout verdict d'un tribunal international concernant leur exécutif.

Un Etat ayant souscrit de respecter la souveraineté de tous les autres pays ne doit, du point de vue éthique et moral, ni désinformer ni inventer des raisons de guerre, car la diffusion des mensonges met déjà en danger la paix.

Notamment un pays est connu pour accuser, sans preuves suffisantes, d'autres pays mal aimés, d'immoralité et de violation de la loi, comme par exemple d'entretenir des camps de concentration, de pratiquer la torture, le génocide, de disposer d'armes nucléaires et d'entretenir des laboratoires de gaz toxiques.

C'est d'autant plus impressionnant que cet Etat - qu'il n'est pas nécessaire de nommer (tout le monde le connaît) - gère lui-même de tels camps dans lesquels il continue à torturer (et probablement pas seulement là) et dispose de toutes sortes d'armes de destruction massive.

Les Etats doivent respecter le droit Jusqu'à présent, cet Etat est le seul à avoir déjà utilisé l'arme nucléaire, l'arme biologique et l'arme chimique.

Quant à l'avenir, ce pays ne se montre guère disposé à moins mentir, à s'abstenir de mener des guerres d'agression ou de proclamer la peine de mort contre des citoyens d'autres Etats dans le monde entier.

Il semble qu'il se contente de son hypothèse erronée, en la considérant comme étant la meilleure façon de réduire le nombre de ses ennemis.

Souvent les Etats actuels ne satisfont pas leurs obligations contractuelles exigeant d'eux d'inculquer à leurs soldats uniquement l'emploi de la force justifiée par la loi et de la relier toujours au droit international.

Malheureusement, en ma qualité de soldat de la Bundeswehr allemande, j'ai vécu moi-même comme on a tenté de me forcer à ignorer le droit international et à participer à la guerre en Irak.

Si je m'opposais à ignorer la loi, je serai dégradé et emprisonné.

A l'époque, j'ai publié que la Bundeswehr, elle aussi, ne se sentait plus liée à des jugements contraignants du tribunal.

On impose ses propres ordres même s'ils sont illégaux suite à une décision du tribunal.

Un tel procédé se trouve également en contradiction avec le droit national.

L'étendue de l'abus du pouvoir, des mensonges de guerre ou de la participation à des guerres d'agression, sont peu connus et les médias gardent très souvent le silence.

Jusqu'à aujourd'hui, des parlementaires allemands nient la participation de l'Allemagne à la guerre en Irak, soit ils sont mal informés soit ils mentent délibérément à la population.

Ce ne sont pas que le pouvoir exécutif et ses forces armées qui se comportent ainsi.

J'ai déjà mentionné les médias et les parlementaires.

Je dois y ajouter encore l'église, ou plutôt des parties de l'église, notamment l'aumônerie militaire évangélique en Allemagne.

Elle soutient verbalement des guerres d'agression comme celle contre l'Irak en privilégiant les missions de la Bundeswehr au détriment de la conscience des soldats concernés, bien que le tribunal compétent ait rejeté précisément cette attitude.

Elle nie également la validité de la Convention européenne des droits de l'homme, faisant valoir qu'autrement, détruire des portes et arrêter des personnes sans permis préalable d'un juge ne seraient plus possibles.

Il est évident qu'elle se méprend sur les faits suivants: Dieu a donné à l'être humain une conscience lucide et l'humanité s'est donnée des normes concernant tous, précisément pour que de telles pratiques ne puissent plus se faire si aisément.

Le signe éthique «chrétienne» est souvent affiché très visiblement sur la poitrine de certaines personnes.

Mais je ne désigne comme chrétiens que ceux qui exigent le respect des traités internationaux et de la conscience individuelle, c'est-à-dire ceux qui se réjouissent du jugement en question au lieu de pratiquer la réprimande des juges, ceux qui louent l'ordre juridique existant dans leurs écrits au lieu de le nier.

Ma troisième thèse peut donc se résumer simplement à dire que l'attitude se manifestant dans ce qu'on appelle la «communauté de valeurs» contredit à un degré étonnant les normes morales et juridiques.

Les partisans de la guerre peuvent être fiers du fait qu'ils peuvent toujours et encore commettre presque tous leurs actes de violence pour ainsi dire en toute impunité.

Revendiquer la paix Quatrième thèse: ce sont les réunions comme celle-ci qui sensibilisent un public plus large à ces lacunes.

Les traités internationaux dont j'ai parlé et les efforts de paix n'existeraient pas sans l'aspiration de l'humanité à une vie exempte de guerres, de menaces d'oppression, de surveillance, d'espionnage et d'assassinats par drones.

Notamment les Etats-Unis ont acquis la réputation mondiale de superpuissance voyou et devront faire de gros efforts pour s'en débarrasser à nouveau.

Je ne sais pas s'ils le veulent ou non.

Ils doivent d'abord renoncer à leur prétention de puissance hégémonique et «s'abaisser» pour se remettre sur un pied d'égalité avec tous les autres Etats du monde.

Il s'agit là d'une idée démocratique qui se vit davantage entre New York et Los Angeles qu'entre Washington et Moscou, Belgrade ou Bagdad.

Il sera difficile de persuader directement les personnes au pouvoir de le faire.

Nous devons donc d'abord comprendre nous-mêmes qu'il est néfaste de trahir ses valeurs et de chercher son salut par des excès de violence.

Nous devrions veiller à convaincre nos propres élites de la «vieille Europe» de la nécessité de vivre en paix et dans l'amitié.

Avancer ensemble est mieux, parce qu'on cesse d'être soi-même la cible d'agression et parce qu'on ne doit plus mentir.

La recherche de l'amitié convainc avant tout, parce qu'il n'est plus nécessaire de tuer.

Merci de m'avoir prêté votre attention si longtemps.

voltairenet.org

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newsnet 19/07/08 11:37

Ce thème est très important,
l'éthique des relations internationales doit reposer sur des fondement clairement établis :
- les états sont indépendants et autonomes politiquement
- les alliances et les oppositions sont parfaitement libres
- les normes éthiques ne sont fonctionnelles que si elles sont partagées par tous réciproquement
- seul le jugement et la diplomatie, c'est à dire l'expression de la conscience suite à des résolutions, a le pouvoir d'inciter un pays à aller dans une direction, en toute liberté.

L'auteur ajoute un champ dont l'importance est trop mal estimée : le mensonge.
Il est une cause réelle de souffrance et une arme de guerre. Il équivaut à une déclaration franche et sincère disant l'inverse de ce qui a été dit.
Le mensonge est très répandu dans la société, dans l'éducation, au travail, dans les négociations. Il y a un véritable problème de mythomanie à l'échelle de la conscience mondiale.

Or, la cherche de la justesse à elle-seule nécessite toute une hygiène de la santé mentale qui ne supporte pas le trouble du mensonge.