Le discours de Trump du 4 juillet: une orgie de militarisme

06-07-2019 2 articles wsws.org 6 min #158772

Par Tom Hall
6 juillet 2019

Le président américain Donald Trump a fait les louanges de la machine de guerre américaine dans son discours du 4 juillet jeudi soir au National Mall à Washington.

Dans l'esprit de la démesure caractéristique de Trump, l'événement a donné l'impression d'un régime isolé et ébranlé par la crise, un discours prononcé d'un bunker. Trump a livré ses remarques, protégé par une vitre pare-balles, sur une scène flanquée des deux côtés par des chars et des véhicules blindés.

Des membres du grand public, ainsi que des VIP triés sur le volet et des militaires assis près de la scène, étaient présents. L'événement n'a pas été retransmis en direct dans son intégralité par les principaux réseaux d'information, à la seule exception de la chaîne pro-Trump Fox News.

Le but de Trump, en se plaçant au centre des célébrations traditionnelles du 4 juillet, était de promouvoir une forme autoritaire et personnaliste de gouvernement, reposant sur une étroite couche de partisans d'extrême droite et de sections de l'armée.

Plus des deux tiers de l'allocution d'une heure de M. Trump consistaient en des hommages à chacune des cinq principales branches de l'armée américaine, suivis par des survols d'avions militaires de chacune d'elles.

Il s'agissait notamment des avions de chasse F-18, F-22 et F-35, des bombardiers stratégiques B-2 à capacité nucléaire et des hélicoptères d'attaque. À ces instruments de guerre s'ajoutaient Air Force One et Marine One, les véhicules de transport personnels des présidents américains et l'attirail bien connus du bureau.

Pendant le survol des aéronefs de combat, Trump était flanqué sur scène par le secrétaire à la Défense par intérim Mark Esper et le président des chefs d'état-major interarmées Joseph Dunford, dont aucun des deux n'a parlé.

Le discours «non partisan» de Trump présentait l'armée comme la force morale unificatrice de la société américaine. «Aujourd'hui, comme il y a 243 ans, l'avenir de la liberté américaine repose sur les épaules d'hommes et de femmes prêts à la défendre», a déclaré M. Trump.

Au milieu de sa glorification des forces qui ont mené les guerres néocoloniales de l'impérialisme américain, Trump a également loué les «corps d'hommes armés» qui ont mené un règne de terreur parmi les immigrants. «Notre pays a toujours honoré les héros qui servent nos collectivités, les pompiers, les premiers intervenants, les policiers, les shérifs, les agents de l'ICE, les patrouilleurs frontaliers et les braves hommes et femmes des forces de l'ordre», a dit M. Trump.

Outre les louanges de Trump à l'égard de l'appareil policier-militaire, la caractéristique dominante du discours était la promotion d'une image d'infaillibilité américaine à la limite du délire.

«Ensemble, nous faisons partie de l'une des plus grandes histoires jamais racontées, l'histoire de l'Amérique. C'est l'histoire épique d'une grande nation dont le peuple a tout risqué pour ce qu'il sait être juste et ce qu'il sait être vrai.»

L'Amérique, selon Trump, est «la nation la plus exceptionnelle de l'histoire du monde, et notre nation est plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été auparavant.» Les États-Unis, a-t-il conclu, «régneront pour toujours».

Il n'est guère nécessaire d'affirmer que cette idée n'a aucun rapport avec la réalité. Les États-Unis sont une puissance impérialiste profondément instable et en déclin, passant d'une crise à l'autre et gouvernée par une oligarchie financière criminelle. Ceci est évidemment illustré par l'élévation de Trump lui-même à la présidence.

Plus d'un quart de siècle de guerre sans fin a produit un désastre après l'autre, alors que la série d'invasions néocoloniales et d'opérations de changement de régime se transforme en un conflit entre grandes puissances. Il y a à peine deux semaines, l'administration Trump était à dix minutes près du déclenchement d'une guerre contre l'Iran, une catastrophe qui aurait facilement pu dégénérer en une guerre régionale massive et même en une troisième guerre mondiale.

Le choix du lieu, des marches d'entrée du Lincoln Memorial, construit en hommage au «Grand Émancipateur», était particulièrement obscène. Trump a aggravé cela par ses tentatives absurdes de se présenter dans la continuité des luttes progressistes pour l'égalité de l'histoire américaine.

Trump a fait l'éloge de la Révolution américaine, l'un des grands événements libérateurs de l'ère des révolutions démocratiques bourgeoises, tout en ignorant les limites constitutionnelles du pouvoir exécutif et s'amusant à l'idée d'annuler les élections de 2020. Il a salué la guerre civile et la lutte pour libérer les esclaves de l'aristocratie du Sud alors qu'il préside aux licenciements de masse et aux profits records pour Wall Street et l'aristocratie financière.

Trump a loué le mouvement des droits civiques et Martin Luther King alors qu'il  nie systématiquement les droits civiques aux immigrés sans papiers et cherche à promouvoir un mouvement fasciste aux États-Unis (CNN a rapporté que les néonazis «Proud Boys» ont agressé des contre-manifestants).

La réaction du Parti démocrate à cet événement a été, comme on pouvait s'y attendre, discrète et pathétique, visant à détourner le regard du public des dangers que soulève l'événement.

«Je ne suis pas sûr qu'il faille investir dans le déploiement de chars d'assaut dans le centre-ville de Washington, DC,» a déclaré le candidat à la présidence Bernie Sanders lors d'un événement le 4 juillet dans l'Iowa. Le candidat Pete Buttigieg a dit: «Réduire notre nation à des tanks et à des démonstrations de force nous fait ressembler au genre de gars qui parle fort au bar au lieu de la nation extrêmement diverse et énergique que nous sommes.»

Les démocrates, qui ont mené huit années de guerre continuelle sous Obama, ne sont pas moins orientés vers l'armée que Trump. Au cours du mois dernier, les démocrates ont voté au Congrès pour donner à Trump le plus gros budget du Pentagone de l'histoire ainsi que 4,5 milliards de dollars pour financer sa guerre contre les immigrants. Leur timide opposition au rassemblement militaire de Trump est fondée sur la crainte qu'il provoque une opposition au sein de la population américaine, minant la crédibilité de l'armée.

Tout au long de l'administration Trump, les démocrates ont basé leur opposition sur des appels envers les agences militaires et de renseignement.

La menace de la dictature n'émane pas des penchants personnels de Trump, mais de la crise du capitalisme américain. Face à son déclin géopolitique historique et terrifiée par la croissance de l'opposition sociale dans son pays, la classe dirigeante américaine se dirige de plus en plus vers la dictature et la guerre comme moyen de guérir ses maladies internes et externes.

(Article paru en anglais le 5 juillet 2019)

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newsnet 19/07/06 12:12

comme en france,
la fête de la révolution sociale a été récupérée par ceux qui furent battus


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