24/05/2019 reseauinternational.net  6 min #156839

Recherche de l'Institut International d'Études Stratégiques : L'Europe ne peut pas se défendre sans les États-Unis

par Adomas Abromaitis

Les instituts de recherche internationaux fournissent très souvent des évaluations qui provoquent une révolution dans la pensée des gens ordinaires et des politiciens. Ces rapports donnent une impulsion aux actions décisives et à la révision des stratégies et des politiques existantes.

L'un de ces rapports est intitulé «  Défendre l'Europe : les besoins en capacités pour les membres européens de l'OTAN basés sur des scénarios«, et a été rédigé par l'Institut International d'Études Stratégiques (IISS). En mai a été publiée une évaluation indépendante de haut niveau, à code source ouvert, de l'état de la défense de l'Europe si les États-Unis quittaient l'OTAN et ne contribuaient pas militairement.

Bien qu'il soit affirmé que le document de recherche « n'a pas l'intention de prédire les conflits futurs ni les intentions des acteurs impliqués«, il donne à l'Europe les raisons de repenser la situation et de prendre certaines mesures.

Ce rapport de 50 pages utilise l'analyse de scénarios pour déterminer les besoins en forces et évalue la capacité des États membres européens de l'OTAN à répondre à ces besoins.

Les experts présentent deux scénarios pour l'évolution des événements en l'absence du soutien financier des États-Unis. Le premier scénario examiné concerne la protection des lignes de communication maritimes globales (SLOC). Dans ce scénario, les États-Unis se sont retirés de l'OTAN et ont également abandonné leur rôle de présence et de protection maritimes mondiales, non seulement pour leur propre intérêt national, mais aussi comme un bien fait public international. Il incombe donc aux pays européens d'instaurer et de maintenir un environnement de sécurité maritime stable dans les eaux européennes et au-delà, de permettre la libre circulation du commerce maritime international et de protéger les infrastructures maritimes mondiales. L'IISS estime que les membres européens de l'OTAN devraient investir entre 94 et 110 milliards de dollars américains pour combler les lacunes capacitaires générées par ce scénario.

Le deuxième scénario concerne la défense du territoire européen de l'OTAN contre une attaque militaire d'un État. Dans ce scénario, les tensions entre la Russie et les membres de l'OTAN, la Lituanie et la Pologne, dégénèrent en guerre après le départ des États-Unis. La Russie utilise son allié la Biélorussie pour déployer des troupes sur son territoire.

Les troupes de défense aérienne américaines s'entraînent au déploiement rapide de lanceurs de missiles avancés en Pologne

La Biélorussie (frontalière avec la Pologne et la Lituanie) met ses forces armées en état d'alerte, ses structures de commandement et de contrôle militaires et de défense aérienne (C2) sont intégrées aux réseaux russes, et la mobilisation des réserves est limitée. Les unités russes de logistique, de défense aérienne et C2 se déploient en Biélorussie, tout comme l'armée de chars de la 1ère Garde et une brigade d'assaut aérien.

Cette guerre se traduit par l'occupation russe de la Lituanie et l'occupation d'une partie du territoire polonais par la Russie. En invoquant l'article V, les membres européens de l'OTAN ordonnent au Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) de planifier l'opération Bouclier de l'Est pour rassurer l'Estonie, la Lettonie et la Pologne, ainsi que d'autres États membres de première ligne de l'OTAN, en dissuadant toute nouvelle agression russe. L'OTAN prépare et rassemble également des forces pour l'Opération Tempête de l'Est, une opération militaire visant à rétablir le contrôle des gouvernements polonais et lituanien sur leurs territoires.

L'IISS estime que les membres européens de l'OTAN devraient investir entre 288 et 357 milliards de dollars américains pour combler les lacunes capacitaires générées par ce scénario. Ces investissements permettraient d'établir un niveau de force OTAN-Europe qui lui permettrait probablement de l'emporter dans une guerre régionale limitée en Europe contre un adversaire de même niveau.

Il s'agit de certaines des capacités fournies par les forces américaines, telles que la logistique et le soutien aux forces terrestres, qui peuvent être relativement simples, sinon bon marché, à remplacer.

Cependant, d'autres capacités sont presque exclusives aux États-Unis, et il serait difficile de les remplacer par les capacités européennes.

L'une des implications de cette recherche est l'importance durable des États-Unis en termes militaires pour la défense de l'Europe. Cette étude donne un aperçu de la réalité du débat en cours sur l'autonomie stratégique européenne.

L'IISS estime que la recapitalisation dans les domaines militaires pourrait prendre jusqu'à 20 ans, avec quelques progrès significatifs autour de 10 et 15 ans.

L'Europe devrait également tenir compte du fait que, même si ce scénario n'est qu'hypothétique, en réalité, la Russie et la Biélorussie poursuivent un entraînement militaire intensif. En octobre, ils vont mener un exercice militaire conjoint massif, le Union Shield 2019, simulant une activité militaire conjointe en cas de conflit armé. On craint que l'Europe n'ait la capacité de réagir de manière appropriée à de telles activités sans l'intervention des États-Unis.

En d'autres termes, les auteurs du rapport démontrent la dépendance directe des pays européens vis-à-vis des États-Unis dans le domaine militaire et prescrivent même une certaine voie d'action à suivre par les gouvernements européens de l'OTAN. Si l'Europe veut vraiment être indépendante, elle doit commencer par accroître ses capacités et rompre une dépendance profonde vis-à-vis des États-Unis et de son argent.

traduit par  Réseau International

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