Que peut-on prévoir pour le Venezuela ?

18-05-2019 reseauinternational.net 5 min #156529

par Valentin Vasilescu

La création et le développement d'une situation de crise se font conformément au manuel, c'est-à-dire par étapes. La priorité zéro est de trouver le facteur déclenchant le plus approprié, comme excuse plausible pour que les représentants légalement élus soient destitués du pouvoir. Il faut savoir que ce facteur déclencheur est un mensonge grossier, destiné à tromper, amplifié à l'infini par la presse, et donc inutile de rationaliser avec des arguments rationnels. Dans la version « soft » du coup d'Etat du 30 avril induit en erreur par SEBIN, la CIA a forcé les choses, estimant à tort que la libération de Leopoldo Lopez et son placement dans la caserne de Carlita occupée par les partisans de Juan Guaido conduirait automatiquement à la trahison des généraux de l'armée vénézuélienne. Ce qui n'a pas été le cas, les chefs militaires n'ont montré aucun signe d'abandon du président Maduro.

La version « Hard » des États-Unis.

C'est pourquoi les États-Unis devront appliquer la version « hard » pour la destitution de Nicolas Maduro, selon le même algorithme et les mêmes procédures qu'en Syrie. Avant toute action, la CIA devra préparer le terrain en diminuant la capacité opérationnelle de SEBIN et la contre-information militaire vénézuélienne, par des recrutements massifs ou en éliminant les décideurs de ces services. Ce n'est qu'à partir de là que la CIA disposera d'une plus grande liberté d'action et pourra commencer à s'employer à créer, avec le temps, une masse critique qui conduira au renversement de Maduro. Ils le feront très probablement en attirant des gangs de criminels vénézuéliens, de déserteurs de l'armée et de mercenaires étrangers enclins à des actions violentes dirigées contre les autorités. À cette fin, changer l'attitude favorable actuelle des Vénézuéliens vis-à-vis de la gouvernance (au moins 65 à 75% de la population vénézuélienne soutient Maduro).

Riposte des autorités de Maduro.

Les autorités de Caracas pourraient anticiper ces manœuvres, en détectant et en surveillant de près la structure des réseaux de la CIA, des agences alliées infiltrées au Venezuela. Ils pourraient ainsi intervenir à l'avance sur les locaux membres des réseaux de la CIA et qui ont des antécédents d'action armée. Tout dépend de l'efficacité de SEBIN et de la contre-information militaire pour contrer les conséquences des actions des planificateurs de l'action violente. Sans aucun doute, l'élément clé est la capacité de la CIA à faire descendre simultanément de larges masses de personnes naïves dans les rues simultanément dans autant de centres urbains que possible. Si la CIA ne parvient pas à mobiliser un nombre suffisant de personnes curieuses pour manifester, elle ne pourra pas atteindre l'objectif visé, à savoir le passage à une action violente sur le siège des autorités centrales et locales. Parce que l'occupation en masse de la rue n'est pas une fin en soi, elle est censée fournir un « paravent » pour la protection des groupes guidés par les États-Unis dans la guérilla urbaine.

Spécialistes de la guérilla urbaine.

Au centre de formation de Fort Benning (Géorgie) et aux bases USSOUTHCOM en Amérique centrale et en Amérique du Sud, les troupes des forces spéciales américaines ont formé plusieurs milliers de rebelles anti-gouvernementaux au Salvador, au Chili, au Panama et à la Grenade au cours de la période 1975-1990 pour exécuter des missions jugées non conventionnelles par l'armée.

Le Guide de la « lutte non violente en 50 points » rédigé par le colonel Robert Helveya, vétéran des opérations spéciales américaines, a été à la base de toutes les révolutions qui ont eu lieu dans l'ancien espace soviétique. Il existe des méthodes utilisées par les professionnels des actions de protestation afin de surmonter la peur et de se subordonner affectivement aux foules.

Grâce aux fondations financées par la CIA et aux ONG par l'entremise de l'USAID, les forces spéciales américaines ont formé des « réformateurs politiques et sociaux » spécialisés dans la guérilla urbaine des anciens États socialistes d'Europe. L'exemple le plus connu est le mouvement OTPOR, transformé en CANVAS (Centre d'action et de stratégies appliquées non-violentes) à Belgrade en 1998, pour le renversement du président yougoslave Slobodan Milosevic. Par la suite, il y eut aussi, la « révolution des roses » de la Géorgie en 2003, « Orange en Ukraine en 2004 », « Les tulipes » au Kirghizistan en 2005 et la Moldavie en 2009. Toutes ces « révolutions » ont bénéficié des services spéciaux de spécialistes américains.

 Valentin Vasilescu

Traduction  Avic -  Réseau International

 reseauinternational.net

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