Nouvel ordre monétaire: Et si les prédictions de « Après la crise » venaient à se réaliser... La perte du salariat ?(partie 1)

15-05-2019 2 articles lilianeheldkhawam.com 14 min #156373

« On pourrait se croire dans un film à épisodes américain de Netflix, dont on peut prédire les étapes de descente aux enfers avant un dernier rebondissement et une ère de transformation que l'on veut bénéfique pour l'avenir. » §#0000ffDixit le Prof. Philippe Laurent, dans la postface qui conclut « Après la crise ». Vertigineux et inquiétant ! Ouvrage d'ores et déjà adopté par les bibliothèques de  certaines Universités de renom, notamment celles de Sciences Po Paris ou de Paris Dauphine.

Pour donner le ton sur le nouveau monde qui se profile, Vincent Held commence par citer dans son livre des extraits d'un discours du pape François au cours d'une « Rencontre avec le monde du travail » à Gênes, en mai 2017

« Le travail d'aujourd'hui et le travail de demain seront différents - et peut-être même très différents. On peut penser à la Révolution industrielle, il y a eu un changement. Là aussi, il y aura une révolution, ce sera différent. Mais il faudra que cela reste du travail, pas une pension. [...] C'est contre la dignité des personnes de les mettre à la retraite à 35-40 ans, en leur donnant une pension de l'État - et débrouille-toi. [...] Sans travail, on peut survivre, mais pour vivre, il faut du travail ! [...]

Il ne faut pas se résigner à l'idéologie qui prend racine partout et qui imagine un monde dans lequel seule la moitié - ou peut-être les deux tiers - des travailleurs auront du travail, alors que les autres seront entretenus par une allocation sociale. [...]

Ne pas avoir de travail, ce n'est pas seulement ne pas avoir le nécessaire pour vivre. [...] Le problème, c'est de ne pas rapporter le pain chez soi : ça c'est grave, ça ça enlève la dignité ! Et le problème le plus grave, ce n'est pas la faim - même si c'est un problème qui existe. Le problème le plus grave, c'est la dignité. C'est pourquoi nous devons travailler et défendre notre dignité, que donne le travail. »

De fait, la révolution qui a cours en ce moment-même frappe non seulement l'emploi, mais aussi et surtout la survivance du contrat de travail et du salariat tel que connu à ce jour.

Le statu du cadre est lui-même remis en question sur fond d'avantages sociaux. Dans un article intitulé « Le statut cadre : chronique d'une mort annoncée !? », le site du magazine Cadre et Dirigeant nous explique:

L'Agirc, dernier privilège du cadre, disparaîtra en 2019

Avec cette banalisation, le statut perd de sa raison d'être. De plus en plus nombreux, les cols blanc sont dans une sorte de grisaille statutaire, de plus en plus d'actifs ayant une formation supérieure et les cadres de moins en moins de pouvoir encadrant au profit d'experts comme dans l'informatique et les nouvelles technologies. Nouveau coup dur pour le cadre, la fusion de l'Agirc avec l'ARCCO. La caisse de retraite complémentaire des cadres lui réserve des droits plus avantageux que ceux l'ouvrier ou de l'employés... L'Agirc disparaîtra le 1er janvier 2019, le cadre et le non cadre cotiseront à la même caisse, au sein d'un régime unifié qui concernera 22 millions d'actifs. Ce qui s'apparente au dernier avantage dédié à la fonction du cadre, après la perte de son pouvoir effectif, va disparaître aussi. Même si aujourd'hui obtenir ce statut n'est plus vu comme le Saint-Graal, il reste prisé et symbolique, comme une forme de reconnaissance sociale.
La fusion de l'Agirc et de l'Arrco cumulera les réserves financières de deux caisses et les rendra a priori plus solides. Certains craignent la disparition du régime dédié aux cadres et un éventuel détricotage, annonçant une sorte de tsunami social qui entraînerait la disparition de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), et les couvertures de prévoyance. De nouvelles règles concernant la liquidation de la retraite doivent en effet être arrêtées pour le 1er janvier 2019. Heureusement, le système de retraite à la française est organisé autour de la gestion paritaire qui amène syndicats employeurs et salariés à trouver ensemble un modus vivendi. Gageons que ce paritarisme sera suffisamment efficace pour conserver ses avantages au statut cadre. cadre-dirigeant-magazine.com

Selon Vincent Held, les faiseurs du monde misent tout sur l'intelligence artificielle, avec pour conséquence prévisible l'automatisation massive de certains emplois - notamment dans le domaine des services (banque, assurance, etc.). Et d'illustrer ses propos d'un extrait éloquent de Klaus Schwab.

Le fondateur du forum de Davos aurait eu cette phrase: « Les personnes qui effectuent aujourd'hui un travail administratif, par exemple dans le secteur bancaire, vont perdre leur travail. La classe moyenne va se dissoudre. » (Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos,  à propos de la « révolution » de l'intelligence artificielle)

Ce que M Schwab ne nous explique pas, c'est l'identité des bénéficiaires du nouveau monde restructuré.

Dans le cadre de l'homogénéisation de la société, Après la Crise nous dévoile à quel point les milieux d'affaires mondialisés (Bilderberg, Davos, Financial Times...) sont favorables au revenu universel... Le bras armé en seraient les banques centrales.

Nous n'en doutons pas puisque le projet du revenu universel a été fortement préconisé par le père du néolibéralisme :

« L'Hélicoptère monétaire est un type de politique monétaire consistant, pour une banque centrale, à créer de la monnaie et de la distribuer directement aux citoyens, à la manière d'un dividende citoyen
L'Hélicoptère monétaire est un type de politique monétaire consistant, pour une banque centrale, à créer de la monnaie et de la distribuer directement aux citoyens, à la manière d'un dividende citoyen
De façon plus générale, on parle d'hélicoptère monétaire à propos de toute augmentation de la dépense publique – ou de baisse des impôts – qui n'aurait pas pour contrepartie une augmentation de l'endettement de l'État. Formellement, la situation est semblable à une monétisation de dette par la banque centrale : le gouvernement émettrait des bons du Trésor pour financer une relance budgétaire, bons qui seraient achetés par la banque centrale, qui s'empresserait de les "annuler" (rayer de ses comptes). À la différence de ce qui se passe avec le "quantitative easing", la nouvelle monnaie créée (de fait, par le Trésor) ne serait plus confinée au seul marché interbancaire – dont le taux d'intérêt ne serait donc pas affecté. La quantité de monnaie banque centrale, la base monétaire, ne serait donc pas modifiée - sauf, peut-être, en ce qui concerne les espèces, qui en sont une faible partie. Si elle voulait, par exemple, remonter son taux directeur, la tâche de la banque centrale serait facilitée, la base monétaire qu'elle chercherait à diminuer dans ce but serait plus restreinte que dans le cas du "quantitative easing" - qui se traduit par une augmentation de cette base (achat de titres).
Si l'hélicoptère monétaire se traduit par une hausse des dépenses publiques – ou par une baisse d'impôts – on peut considérer qu'il relève d'une coordination entre la politique budgétaire et monétaire, l'initiative de l'opération étant du ressort du gouvernement avec l'accord explicite ou implicite que la banque centrale achètera et annulera les bons du trésor. Si cette opération en revanche est menée de l'initiative même de la banque centrale, et sans transferts de fonds au budget du gouvernement (la banque centrale verse directement l'argent sur les comptes bancaires des citoyens), on peut alors considérer qu'il s'agit d'une pure opération de politique monétaire.
. L'idée est devenue célèbre grâce à l'économiste américain Milton Friedman en 1969. À partir de 2012, certains économistes ont rebaptisé l'idée « quantitative easing pour le peuple
 » » (Wikipédia)

De fait, les théories néolibérales mènent forcément vers la dépossession financière bien sûr, mais aussi et surtout vers la monopolisation de l'appareil productif et ses processus globaux. Nous y reviendrons prochainement.

Intelligence artificielle, et revenu universel semblent donc selon V. Held marcher ensemble dans un projet global initié et mis en place par un certain monde néolibéral du business et leurs lobbyistes (privés et publics)....

Cet instrument monétaire et monétariste semblerait porter en lui l'abolition du principe même de la retraite. Ce qui nous ramène aux dernières nouvelles venant de la gauche suisse au pouvoir :

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Dans un monde globalisé, le phénomène fleurit un peu partout. La retraite est repoussée à 80 ans au Japon.

Un monde cruel, qui après avoir dépossédé la planète de ses ressources, finalise son nouveau modèle de société...

Du coup, Vincent Held s'étonne de la caution que certains marxistes apportent au projet.

Extrait de Après la Crise:

Mais cette évolution résultera-t-elle réellement d'un choix délibéré ? Ou sera-t-elle plutôt la conséquence d'une disparition massive des emplois stables et correctement rémunérés ?

Certains observateurs clairvoyants (et isolés) ont très tôt averti des potentiels effets pervers du revenu de base universel. Ainsi de Denis Clerc*, un économiste engagé qui aura consacré l'essentiel de sa carrière aux questions de pauvreté, de chômage et de réinsertion professionnelle.

*Denis Clerc est aussi le fondateur de la revue mensuelle Alternatives économiques.

« C'est la porte ouverte aux mini-jobs à un euro, à l'auto-entreprise pour tous, à l'uberisation généralisée [...], chacun tentant de compléter ce revenu de base par quelques prestations pas trop chères pour que les clients abondent. » D. Clerc et M. Dolle, Réduire la pauvreté, un défi à notre portée, mars 2016

Le revenu de base sera donc l'outil idéal pour accompagner la création d'emplois à la petite semaine, dépourvus de toute garantie en termes de niveau de revenus.

Et à ceux qui seraient tentés de penser qu'il ne s'agit-là que des propos amers d'un gauchiste aigri, sachez que le Conseil national français du numérique - qui est ouvertement lié à un certain nombre de banques et autres fonds d'investissements - partage exactement la même analyse. A ceci près qu'il est, pour sa part, favorable à « l'élaboration d'un dispositif équivalent au revenu de base ».

Dans un rapport paru en janvier 2016, on apprenait ainsi que le revenu de base permettrait de mettre en place - non pas une précarisation des travailleurs, mais plutôt « une personnalisation du revenu ». Dans une société où chacun serait « auto-entrepreneur, multi-actif, indépendant », le revenu de base permettrait de « fluidifier les transitions » entre des « moments de suractivité » et des « périodes de sous-activité ». (« Travail emploi numérique - Les nouvelles trajectoires », janvier 2016)

Derrière les tournures de phrases aseptisées, on sent bien que c'est une instabilité professionnelle institutionnalisée qui pointe à l'horizon...

Revenu de base : la fin de la retraite ?

Nous conclurons en offrant au lecteur la vision d'avenir (enthousiaste !) développée dans le magazine Business Insider par un « conseiller financier de haut niveau ». Si cet exposé portait sur la thématique de « la fin de la retraite », il peignait un tableau étonnamment proche de celui proposé par le Conseil national français du numérique...

« La notion de retraite, c'est terminé. C'était une innovation du XXème siècle [...] et ça n'existera plus au XXIème siècle. [...] Grâce aux notions d'économie de partage, de travail à temps partiel, de télétravail, il sera plus facile que jamais de gagner sa vie [...] Vous n'aurez pas besoin de travailler 40, 50 heures par semaine [...] Vous pourrez compléter votre revenu en travaillant à temps partiel. [...] Gagner de l'argent sera plus facile que jamais. Donc vous irez à l'école, vous trouverez du travail, puis vous prendrez quelques années de congé pour retourner vous former et démarrer une carrière complètement différente. Et vous répéterez ce cycle [...] tout au long de votre vie. [...] Vous aurez un parcours cyclique, où vous alternerez entre périodes de formation, de travail et de loisirs - aussi longtemps que vous vivrez. » (« A top financial adviser (Ric Edelman) explains how the notion of retirement is gone », Business Insider (via Twitter), 15/04/2018)

Même si le terme n'avait pas été prononcé dans la vidéo, la notion de revenu de base universel jouait de toute évidence un rôle central dans cette sombre prédiction !

Entretien complet (Vidéo)

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