Repose en Paix, Russiagate. Par Aaron Maté

15-05-2019 les-crises.fr 8 min #156358

Source :  The Nation, Aaron Maté, 26-03-2019

L'implosion de la théorie de la collusion est une humiliation pour tous ceux qui l'ont défendue.

Par Aaron Maté, le 26 mars 2019

Le directeur du FBI Robert Mueller prête serment devant le Congrès le 13 juin 2013. (Photo AP / J. Scott Applewhite)

Les constats établis par le procureur spécial Robert Mueller devraient enfin mettre fin à la théorie de la « collusion » qui a rongé les médias dominants et la classe politique pendant plus de deux ans. La plus importante question à résoudre dans l'enquête de Mueller était de savoir si le candidat Donald Trump avait intrigué avec le gouvernement du président russe Vladimir Poutine pour assurer son élection aux dépens de Hillary Clinton en 2016. Après une enquête exhaustive où il a joui d'une liberté d'enquête très large, Mueller a répondu : Le bureau du procureur spécial « n'a pas établi que des membres de l'équipe de campagne de Trump ont conspiré ou coordonné leurs actions avec des interférences du gouvernement russe. »

Ce résultat ne surprend aucun observateur minutieux des faits tels qu'avérés. À maintes reprises, les informations disponibles ont ébranlé la théorie du complot. Aucun des personnages présentés comme un « agent » russe ou un « intermédiaire » entre Trump et le Kremlin n'a été confirmé dans ce rôle. Aucun des mensonges des soutiens de Trump ou de ses alliés ne nous a orienté vers un complot que les gens des médias et de la politique voulaient absolument nous faire avaler. Aucun des piliers du Russiagate - la rencontre de juin 2016 à la Trump Tower, le contenu fantaisiste du dossier Steele, toutes les sources anonymes clamant haut et fort dans les médias que les participants à la campagne de Trump avaient des  « contacts répétés avec des fonctionnaires de haut rang des services secrets russes » - ne nous a montré une seule preuve accablante. Tout cela explique pourquoi Mueller n'a jamais accusé qui que ce soit de complicité (ou de dissimulation) d'un complot de Trump avec la Russie.

Une classe politique et médiatique un tant soit peu responsable aurait reconnu publiquement ce fait. Mais les voix dominantes des chaînes d'information en continu, du Congrès et autres faiseurs d'opinions ont continué à mettre en avant le Russiagate en ignorant leurs contradicteurs et les faits qu'ils pointent. Ils ont comblé tous les manques de preuves avec des suppositions, des insinuations et des mensonges avérés. Cela nous aide à expliquer la quantité notable de reportages discrédités ou retirés pour s'être avancés à affirmer l'existence du complot Trump-Russie, et dont le nombre a explosé quand cette fable s'est enfin effondrée.

L'implosion du Russiagate est une humiliation pour tous ceux qui l'ont défendu mais cela n'a pas à être une défaite pour la « résistance » à Trump au sens large. Durant toute l'ère Trump, l'attention et l'énergie des libéraux ont été conduites à croire que le président était un traître ou qu'il avait été compromis par Poutine, que Mueller découvrirait la preuve irréfutable de ce fait. Maintenant que cette fable n'est plus défendable, les organisations anti-Trump ont la possibilité de créer une opposition non plus centrée sur une histoire d'espionnage mais sur la contestation des politiques délétères que le Russiagate avait mises dans l'ombre. Ce ne sera pas une tâche facile. Comme certains d'entre nous, progressistes et sceptiques quant au Russiagate l'avaient prédit, la foi dans cette théorie du complot a non seulement protégé de la critique les politiques mises en place par Trump mais lui a bénéficié vu qu'elle ne s'est pas concrétisée. Un haut fonctionnaire de la Maison Blanche a parlé au Washington Post d'un « sentiment d'euphorie » dans toute l'administration à la suite de ce que le journal a admis être « une victoire politique indiscutable pour Trump ». Selon Associated Press, Trump et ses soutiens ont développé un vaste plan « pour transformer la fin de l'enquête en point de départ d'une nouvelle série d'attaques contre les ennemis du président à un moment où ses partisans se préparent à la campagne de 2020. »

Cet énorme cadeau fait à Trump devrait motiver tous ceux qui le lui ont fait à reconsidérer leurs attitudes. Tous les médias dominants, qui ont déroulé la fable bizarre d'un président qui se serait compromis, voire qui aurait carrément trahi, devraient devoir rendre des comptes pour leur pire fiasco depuis leur soutien à l'invention des « armes de destruction massive » de Saddam Hussein pour justifier la guerre en Irak. D'éminents démocrates devraient nous expliquer pourquoi leurs promesses de  « plus que des preuves indirectes de collusion » comme le député Démocrate de Californie Adam Schiff l'avait déclaré, a résulté en zéro mise en accusation sur ce point quand le #MuellerTime a cessé.

Les responsables des services secrets, présents et à la retraite, nous doivent aussi des explications sur leurs déclarations explosives - comme celle de l'ancien directeur de la CIA John Brennan lorsqu' il prédisait au début de ce mois qu'une nouvelle série de mises en accusation allait advenir - et sur leur gestion du début de l'enquête quand ils décidèrent de  se baser sur le dossier Steele pour obtenir un mandat de surveillance contre Carter Page, l'ancien conseiller de campagne de Trump, ou de  commencer une enquête de contre-espionnage sur Trump en personne à cause de ses déclarations sur la Russie. Négliger ce point peut léser les progressistes du futur s'ils entrent dans la ligne de mire de responsables du renseignement trop zélés.

Un élément important de ce processus serait la publication aussi complète que possible du rapport Mueller ainsi que des preuves associées comme les démocrates le demandent si justement. Mais il faudrait éviter que ce cri de ralliement soit utilisé pour doubler la mise sur la théorie de la conspiration que Mueller vient de rejeter. Des grognements chez les démocrates et dans les médias sur un camouflage des questions non résolues au sujet de Trump et de la Russie se font entendre et demandent des enquêtes du Congrès, considérées comme les seules pouvant les traiter avec succès. Ces voix sont celles de ceux qui nous ont imploré d'avoir confiance en Mueller pendant son enquête. Ils devraient s'appliquer leur conseil maintenant que cette enquête est terminée.

Aaron Maté est un journaliste basé à Brooklin et un ancien animateur et producteur de The Real News et Democracy Now.

Source :  The Nation, Aaron Maté, 26-03-2019

Traduit par les lecteurs du site  www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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