Brûler Paris ?

27-04-2019 reseauinternational.net 7 min #155455

par León Moraria

« La seule église qui illumine est celle qui brûle«. Voltaire

La nouvelle de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame à Paris a fait les gros titres de la presse écrite et parlée. L'information n'a pas seulement détaillé le fait de l'incendie, l'effondrement de l'aiguille et la perte d'objets de musée, d'huiles, de peintures conservées à l'intérieur, de vitraux artistiques, de portes à charnières vieillis par le temps. La nouvelle est arrivée chargée de sentiments de tristesse, d'affliction, de chagrin pour la perte de la relique architecturale de 800 ans d'histoire. La télévision a montré des visages compatissants, dont certains pleuraient, des déclarations de regrets accompagnées de sanglots brisés, comme expression du sentiment profond que l'événement a provoqué chez les témoins oculaires. En un instant, symbole du christianisme, la cathédrale est partie en fumée. L'incendie de Notre-Dame, pour les Français, est comme si l'ordre d'Hitler de brûler Paris avait été accompli. Au moment de décider si l'ordre devait être exécuté, il s'est demandé : « Brûler Paris ? » Titre du roman de Dominique Lapierre et Larry Collins.

Brûler Paris ! Il pourrait s'agir de la synthèse de la couverture médiatique.

Notre-Dame dans sa longue histoire de 800 ans a été sauvée des guerres, révolutions, révoltes, phénomènes naturels, tremblements de terre, éclairs et étincelles, mais son heure est venue. Aujourd'hui, c'est un tas de cendres, de gravats qu'il faut balayer pour nettoyer le site et mieux l'utiliser ; comme l'a dit le président Macron, avant cinq ans, elle doit être reconstruite.

Le sentiment de chagrin a secoué les poches des millionnaires, et dans les deux jours qui ont suivi l'incendie, un milliard d'euros avait déjà été récolté en dons pour la reconstruction, que pensez-vous de tout cela ? Cela nous rappelle l'effondrement des tours jumelles à New York, un autre symbole, non pas de la religion, mais du capitalisme, qui sont finalement la même chose. Le capital et le christianisme vont de pair en parfaite symbiose, pour dominer les peuples par des guerres sans fin, pour imposer la servitude à des foules exploitées, réduites en esclavage par le travail, affamées par des salaires misérables, pour que les gains coulent à flots et gonflent les capitaux de 1% de la population mondiale, et que 99% périssent sous la négligence des gouvernements. Négligence, mère de misère.

Quand on voit le chagrin causé par l'incendie de Notre-Dame, beaucoup de questions se posent, parce que ces expressions ne sont pas vues devant des événements aussi douloureux que l'invasion et la destruction d'un pays, pour lequel de faux prétextes sont invoqués, comme ce fut le cas en Yougoslavie, Afghanistan, Iraq, Libye, Syrie, Yémen et tant de peuples et de nations détruits, rasés, avec des milliers de personnes massacrées, tuées par « des bombardements aériens stratégiques, avec des dommages collatéraux », détruisant ainsi l'infrastructure physique, les aqueducs, hôpitaux, routes, immeubles, écoles, universités, usines, tout, construit avec beaucoup de peine.

C'est ainsi qu'au XXIe siècle se répète l'histoire des Croisades qui, pendant 200 ans, a été invoquée et organisée par la papauté, au nom du christianisme, pour envahir et attaquer les peuples pacifiques du Moyen Orient ; sur quoi faut-il le plus se lamenter : la destruction par incendie d'une cathédrale vieille de centaines d'années ou l'intention de détruire un pays par invasion et guerre ? Les expressions de chagrin, d'affliction, de tristesse sur les visages, dans les sanglots, que nous avons vus dans l'incendie de Notre-Dame, nous ne les avons pas vu quand M. Sarkozy, ancien président de la France, a ordonné le bombardement de la ville de Tripoli en Libye, ou après la décision d'autres présidents français, de bombarder Damas en Syrie, le Mali en Afrique, le Yémen dans la Péninsule arabe, pour prévenir la nourriture et causer la mort des enfants par la famine. Ou pour le massacre permanent du peuple palestinien à Gaza par les bombardements et les raids de l'armée israélienne contre la population sans défense. A aucun moment et dans aucune de ces circonstances, nous n'avons entendu les lamentations des orateurs ou des personnes interrogées sur la destruction des villes et des pays comme cela s'est produit en Irak.

Pourquoi l'incendie d'une cathédrale provoque-t-il un tel sentiment de détresse, accompagné de sanglots et de lamentations, alors que la destruction d'une ville ou d'un pays avec le meurtre de milliers de personnes par la guerre ne provoque pas une larme, une plainte, un gémissement de douleur ou d'indignation ?

C'est la fausse morale d'une société qui vit du superflu, des croyances et des mythes, des ésotérismes qui ont expiré au siècle des sciences et des technologies. L'histoire veut commencer à se débarrasser de tout ce lest qu'elle traîne pour entrer doucement dans les temps nouveaux qui s'annoncent par l'amélioration des moyens de production. Celui des cathédrales et des croyances appartient au passé, n'est pas en accord avec le présent. Le destin de l'époque est chargé de commencer à dégager le passage vers de nouvelles étapes de la civilisation, où ces vieilles cathédrales chargées d'obscurantisme médiéval restent comme des chaînes repassées à la marche incessante des peuples. Mieux vaut consacrer l'argent destiné à reconstruire l'obscurantisme du passé médiéval représenté dans une cathédrale pour construire une autre cathédrale, mais de la Science plutôt que de la croyance. Avec un milliard d'euros collectés en deux jours pour la reconstruction de Notre Dame, pourquoi ne pas leur consacrer un meilleur usage dans une action au service de l'humanité ?

Il semble que les cathédrales aient une affinité pour le feu. Beaucoup d'entre elles ont été brûlées et reconstruites. Pourquoi ? Pour que tout reste pareil, est-ce que l'image à la télé et dans la presse, que les Français pleurent d'émotion quand ils voient Notre Dame se transformer en un brasier fumant est vraie ? Partout en Europe, l'indifférence à l'égard des religions (catholique et protestante) s'accroît, alimentée par le discrédit que la pédérastie des cardinaux, archevêques, prêtres et pasteurs provoque parmi ses paroissiens. Le discrédit des religions par le comportement de leurs magiciens/prêtres se développe dans tous les pays. L'humanité est rassasiée par les deux mille ans de crimes du christianisme et sa double morale qui s'émeut du feu d'une cathédrale, mais ne verse pas une larme pour les milliers d'êtres humains qui, partout dans le monde, provoquent les guerres de conquête de l'Europe contre les peuples pacifiques en Asie, Afrique, Amérique pour réaliser le pillage de leur richesse et ressources naturelles. Quand Hitler a entendu la nouvelle de l'incendie de Notre-Dame, il s'est exclamé : « Enfin Paris brûle ! »

Source :  Arde París

traduit par Pascal, revu par Martha pour  Réseau International

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