La vérité elle-même est enfermée dans la cellule de Julian Assange

22-04-2019 entelekheia.fr 9 min #155159

Par George Galloway
Paru sur  RT sous le titre Truth itself is behind bars in Julian Assange's cell

Les libéraux du monde entier, qui n'arrêtaient pas de nous dire qu'ils étaient prêts à « se battre jusqu'à la mort pour que nous ayons le droit de le dire », se sont avérés être en train de se battre jusqu'à la mort pour que le Département de la Justice de Trump finisse de réduire à néant ce qu'ils étaient, ou ce qu'ils voulaient nous faire croire qu'ils étaient.

Les commentateurs officiels des médias ont sombré dans de nouveaux abîmes de dépravation avec leur joie malsaine devant l'incarcération d'un lanceur d'alerte gravement malade parce qu'il n'avait pas pu quitter sa minuscule chambre pendant sept ans. Comme il avait l'air étrange, comme il était négligé, un « gnome dément » selon les mots de la rédactrice en chef de l'international de Channel 4, Lindsey Hilsum. A travers l'Europe et l'Amérique du Nord, Les publications qui se faisaient concurrence hier pour publier des scoops de WikiLeaks rivalisaient aujourd'hui pour lancer de la boue sur le héros tombé Assange. Les libéraux ont démontré qu'ils ne sont pas tant une fausse bonne conscience plaquée sur le pouvoir qu'une partie du pouvoir lui-même - une partie située quelque part dans son arrière-train.

“We are all bored out of our minds with Brexit when a demented looking gnome is pulled out of the Ecuadorian embassy by the secret police of the deep state. Or “the met” as normal people call them.” Excoriating. And delicious. By ⁦@suzanne_moore⁩

(Note de la traduction : Il m'a fallu plusieurs minutes pour surmonter mon dégoût envers l'auteur de ce tweet répugnant avant de pouvoir le traduire. Les guillemets mal placés, ainsi que l'emploi inadapté du présent ont été conservés tels quels : « Nous mourons tous d'ennui avec le Brexit quand un gnome d'apparence démente est tiré hors de l'ambassade d'Equateur par la police de l'Etat profond. Ou la « police métropolitaine » comme l'appellent les gens normaux ». Une condamnation. Et délicieuse. Par [⁦@suzanne_moore⁩] newstatesman.com

Lors de la première audience d'Assange, le juge n'a rien fait pour rassurer sur les capacités du système de justice britannique à tenir tête à la bureaucratie américaine. Il a insulté l'accusé en le traitant de « narcissique » lors de sa comparution pour infraction aux conditions de sa libération sous caution. Il faut espérer un traitement plus équitable plus haut dans la hiérarchie judiciaire, et tout n'est pas perdu. Malgré son caractère de classe supérieure (ou peut-être à cause de lui), le pouvoir judiciaire britannique est, toutes proportions gardées, la dernière institution non corrompue du pays, loin devant le Parlement, le gouvernement et les médias grand public, tous en plein naufrage.

La Grande-Bretagne a une longue histoire de protection de dissidents étrangers. Tout au long du XIXe siècle avec des révolutionnaires de Marx à Garibaldi, et au XXe siècle aussi. Dans les années 90, j'ai moi-même mené une campagne au nom du chef de l'opposition saoudienne de l'époque, Mohammed al-Massari, qui était menacé d'expulsion à la demande du marchand d'armes britanniques BAE et de ses amis du Foreign Office britannique. Le jour où nous sommes arrivés à l'audience devant le juge Pearl, beaucoup avaient abandonné tout espoir, mais pas moi. Et de fait, l'honorable juge a gratifié le ministre de l'Intérieur Michael Howard de ce que j'ai décrit comme une « bastonnade judiciaire » et envoyé promener les marchands d'armes. Massari vit toujours à Londres.

Lire aussi :  Nous sommes tous Julian Assange

La demande d'extradition du Département américain de la Justice ne pourrait guère être plus politique. Elle tient (pour l'instant) à un seul chef d'accusation de complot en vue de commettre un piratage informatique avec Chelsea Manning, qui était en train de révéler des crimes de guerre commis par les forces du gouvernement américain en Irak. Contre WikiLeaks, il n'y a aucune accusation de piratage, même pas de « piratage » des mails du Parti démocrate (c'était en réalité une fuite interne et non un piratage, de toutes façons).

Une fois Assange sur le sol américain, cependant, les procureurs seraient libres d'ajouter suffisamment d'éléments aux actes d'accusation à l'encontre d'Assange pour l'envoyer sur la chaise électrique, ou du moins dans un cul de basse-fosse où il ne serait plus jamais vu ou entendu. Cette possibilité de dérive judiciaire jettera une longue ombre sur les tribunaux britanniques dans les mois à venir - et sur les tribunaux européens également. Le danger qu'Assange soit puni de manière grotesque et disproportionnée pour ce qui s'est avéré être des dénonciations de crimes graves, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pourrait bien influencer les juges britanniques. Pour ma part, je préfèrerais tenter ma chance devant un juge britannique plutôt que devant un député, un membre du gouvernement ou un rédacteur en chef de journal britannique.

Julian Assange est un de mes amis, je l'ai soutenu à travers les jours sombres, et j'en suis fier. Mais plus important encore, c'est un ami de la vérité. Tout ce qu'il a publié était la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Et comme je l'ai dit le week-end dernier devant les sombres murs de la prison de Belmarsh (où il partage son logement avec des prisonniers d'Al-Qaïda et de Daesh, dont les attentats terroristes ont été engendrés par les crimes de guerre mêmes révélés par Assange), c'est un prisonnier politique honorable qui peut garder la tête haute. Si nous permettons qu'il soit incarcéré pour avoir publié la vérité, autant le rejoindre derrière ses barreaux tout de suite, car nous ne serons plus jamais vraiment libres.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C'est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction et notes Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Jody Davis/Pixabay

Note de la traduction : Un tweet de la mère de Julian Assange sur les conditions de la détention de son fils.

2 weeks since Julians arrest/detention in Belmarsh prison .
Hes still not allowed visitors, including his lawyers!
This amounts to MORE solitary confinement & stress!
His examining doctors have already stated he needs immediate hospital treatment!
Fix this @Theresa_May!

(Deux semaines depuis l'arrestation/incarcération de Julian à la prison de Belmarsh.
Il n'a toujours pas droit à des visites, même de ses avocats !
Ce qui revient à ENCORE PLUS d'isolement et de stress !
Les médecins qui l'ont examiné ont déjà affirmé qu'il a besoin d'une hospitalisation immédiate !)

La première audition de Julian Assange devant une cour de justice britannique pour examen de la demande d'extradition des USA se tiendra le 2 mai. D'ici là, le gouvernement britannique a-t-il décidé de lui infliger autant de souffrances que possible ? Rappelons qu'au Royaume-Uni, Assange n'est sous le coup que d'un seul chef d'accusation : non-respect des termes de sa libération sous caution. Comment cela pourrait-il être passible d'une mise au secret dans une prison de haute sécurité pour terroristes condamnés comme Belmarsh ?

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