Pourquoi les massacres aux États-Unis ?

12-04-2019 reseauinternational.net 7 min #154654

par Marcelo Colussi

La nouvelle d’un massacre aux États-Unis est devenue classique. De plus en plus, quelqu’un surgit, armé jusqu’aux dents, au milieu d’une scène d’apparente tranquillité citoyenne, et tue des gens à droite et à gauche.

Nous y sommes tellement habitués que nous ne sommes plus particulièrement surpris. Si la même chose se produit dans des pays d’Afrique ou d’Amérique Centrale, elle contribue à alimenter la stigmatisation de ces pays pauvres et fondamentalement violents. Là-bas, dans le sud du monde, la violence quotidienne et la mort prennent d’autres formes : il n’y a pas de fous enragés qui commettent ce type de massacre ; la mort violente est plus naturelle, elle est déjà intégrée dans le paysage quotidien et nous rappelle que la faim – autre forme de violence – tue plus de gens que les armes.

La répétition continuelle de ces événements extrêmement violents nous force à nous interroger sur leur signification. Bien que dans de nombreuses régions de la planète la violence sévisse par des guerres et la criminalité déchaînée, les luttes tribales ou les conflits civils sanglants, elle n’a rien à voir avec la violence de ce type de massacres sous la forme si particulière que celle présentée régulièrement aux États-Unis.

Expliquer ces massacres uniquement en fonction des explosions psychopathologiques individuelles peut être une première approche, mais celles-ci ne finissent pas de rendre compte du phénomène. Sans aucun doute, ceux qui les commettent peuvent être des personnalités non structurées, des psychopathes ou des psychotiques sérieux : tout simplement fous d’après le sens commun. Mais pourquoi ne se produisent-ils pas aussi dans les pays du Sud, en proie à des guerres internes et aux armes à feu, où la culture de la violence est toujours présente et où les violations des droits humains sont quotidiennes ? Cela évoque que l’on ne peut ignorer les différences de climats culturels.

Ce type de violence qui déclenche périodiquement des massacres de cette nature n’est pas quelque chose d’isolé, de circonstanciel. Au contraire, elle parle d’une tendance profonde. La société américaine dans son ensemble est extrêmement violente. Sa classe dirigeante – actuellement dominante au niveau mondial – est un groupe de pouvoir avec un désir de domination jamais vu auparavant dans l’histoire. Et la majeure partie de la société n’échappe pas à ce schéma général de violence, intronisée et acceptée comme un droit en soi.

Exultant, l’ancien représentant de Washington auprès des Nations Unies, John Bolton, en 2005 et au milieu du climat de guerres préventives qui avait suivi les attaques contre les tours jumelles, a pu dire :

« Quand les États-Unis fixent le cap, l’ONU doit le suivre. Quand il sera dans notre intérêt de faire quelque chose, nous le ferons. Sinon, nous ne le ferons pas« .

En d’autres termes, la grande puissance s’arroge le droit de faire ce qui lui plaît dans le monde. Si elle doit faire appel à la force brute pour le faire, elle le fait tout simplement. C’est la culture étatsunienne : le bon cow-boy qui tue les mauvais Indiens quand il veut.

Les États-Unis ont bâti leur prospérité sur une violence phénoménale. La conquête de l’Occident, l’assassinat aveugle d’Amérindiens, la dépossession de terres au Mexique, l’expansion illimitée à coups de fusil, le racisme féroce des blancs anglo-saxons contre les afro-descendants – avec des lynchages encore pratiqués il y a 50 ans et un groupe extrémiste comme le Ku Klux Klan toujours actif -, ou le racisme dont les immigrants hispaniques font l’objet légalisé par des lois fascistes : toute cette charge culturelle est présente dans la culture étatsunienne. La suprématie blanche est la loi.

C’est le seul pays au monde à avoir utilisé l’arme nucléaire contre des populations civiles – sans qu’elles en aient besoin sur le plan militaire, puisque la guerre avait déjà été perdue par le Japon en août 1945, lorsque les bombes furent lâchées -, un pays présent directement ou indirectement dans toutes les confrontations belliqueuses actuellement menées dans le monde, qui produit plus de la moitié des armes en circulation sur notre planète, propriétaire de l’arsenal le plus phénoménal de l’histoire (avec un pouvoir destructeur qui permettrait de déchiqueter la Terre en quelques minutes) et producteur d’environ 80 % des messages audiovisuels qui inondent le globe de la version manichéenne du bien contre le mal, les États-Unis sont la représentation par excellence de la violence impériale, de l’idéal de la suprématie. Les déclarations de Bolton citées ci-dessus sont éloquentes.

Ce qui se passe systématiquement avec ces massacres est la conséquence d’une histoire où l’apologie de la violence et des armes à feu est présente dans les fondements de leur société. « Le droit de posséder et de porter des armes ne doit pas être violé« , déclare sans ambages le deuxième amendement de sa Constitution. La passion pour les armes (pour la mort ?) n’est pas nouvelle. Les massacres sont un élément fondamental de son histoire.

Comme l’a dit Freud, il n’y a pas de différence entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale car la première contient déjà la seconde. Par conséquent, la folie de tout assassin suprémaciste qui se manifeste n’est que l’expression d’une culture de la violence qui imprègne toute la société étatsunienne et lui fait croire qu’elle porte un destin manifeste. Au Moyen Âge, les gens déliraient avec les vierges. Au 20ème siècle, avec des soucoupes volantes. Aux États-Unis, en se prenant pour des supers Rambos.

Source :  ¿Por qué las masacres en Estados Unidos?

traduit par Pascal, revu par Martha pour  Réseau International

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