Le problème Netanyahou

13-03-2019 reseauinternational.net 13 min #153357

par Gordon Duff

Le monde est menacé par une série de scandales dont la plupart convergent autour du Premier ministre israélien Netanyahou. Bien que sous le coup d’inculpation en Israël, racontant à la population israélienne qu’il bénéficie du soutien total des dirigeants étasuniens et russes, Netanyahou se présente à sa réélection. En plus de cela, il n’est pas crédible quand il insinue même que Trump et Poutine soutiennent Israël contre l’Iran et la Syrie.

Pire encore, l’avocat de Netanyahou, le célèbre promoteur israélien Alan Dershowitz, âgé de 80 ans, fait actuellement l’objet d’une enquête aux États-Unis, pour pédocriminalité.  D’après le Daily Beast :

Le célèbre avocat Alan Dershowitz a été accusé de complicité dans le présumé réseau de trafic sexuel du milliardaire pédocriminel Jeffrey Epstein, par l’avocat de l’une des victimes d’Epstein. Mercredi, devant le tribunal fédéral, celle-ci a déclaré que les documents sous scellés prouverait cela.

Paul Cassell, qui représente Virginia Roberts Giuffre, a dit à la cour d’appel que le témoignage des autres témoins montrerait l’implication de Dershowitz dans le présumé trafic de « son ami intime, Jeffrey Epstein ».

« Quand tous les dossiers sortiront, il apparaîtra qu’Epstein et [la supposée madame Ghislaine] Maxwell faisaient du trafic de fillettes au profit de leurs amis, parmi lesquels figurait M. Dershowitz, » a déclaré Cassell lors de la plaidoirie de l’affaire transmise par le Miami Herald, qui vise à révéler l’ensemble des documents judiciaires relatifs au procès maintenant réglé de Virginia Giuffre contre Mme Maxwell.

Tournons-nous maintenant vers Politico, où l’on découvre qu’Alex Acosta, secrétaire du travail de l’administration Trump, considéré depuis longtemps « très incompétent » à ce poste, est lié à la dissimulation criminelle. C’est Acosta qui a ordonné la mise sous scellés des dossiers de 30 viols d’enfants, viols dont non seulement Epstein est accusé, mais aussi Alan Dershowitz et Donald Trump.  D’après Politico :

Mercredi, la cour d’appel fédérale a annoncé être disposée à lancer une enquête susceptible de révéler les détails les plus sordides du scandale couvert politiquement entourant Jeffrey Epstein, le riche financier et philanthrope, dont le règlement judiciaire relativement bénin pour accusations de relations sexuelles avec mineurs il y a une décennie, est devenu un boulet politique pour Alex Acosta, le secrétaire du travail.

Des étincelles volaient au cours de la plaidoirie devant la cour d’appel de Manhattan, car l’avocat de Virginia Roberts Giuffre, l’une des plaignantes contre Epstein, a répété plusieurs fois ce que sa cliente avait affirmé avec insistance il y a plusieurs années, que le professeur de droit de Harvard, Alan Dershowitz, avait non seulement défendu Epstein, mais avait eu aussi des relations sexuelles avec quelques-unes des victimes d’Epstein.

Exigeant la démission de Acosta, une vingtaine de législateurs démocrates ont dit que son implication dans ce qu’ils considéraient être un traitement de faveur à l’égard d’Epstein, le rendait inapte à occuper un poste au Cabinet.

L’Office de contrôle des professionnels du Département de la justice, a aussi ouvert une enquête sur cette affaire.

Tandis que les élections israéliennes approchent à grands pas, faisant l’objet de nombreuses accusations de corruption, Netanyahou devient de plus en plus dangereux.

Une chose est claire pour la région : son programme d’attaques contre les civils palestiniens, sa manipulation des tensions avec l’Iran et ses attaques contre la Syrie, tous sont liés à ses problèmes juridiques personnels et, dans son pays, Netanyahou est fini.

Avant tout, il a le pire avocat du monde, bien que les journaux israéliens n’aient toujours pas admis que le plus grand partisan d’Israël est désormais suspecté d’avoir aussi violé des enfants, à en croire des articles de médias grand public des États-Unis.  D’après Haaretz :

Depuis quatre ans que Netanyahou fait l’objet d’enquête criminelle, Dershowitz, jadis grand défenseur des valeurs israéliennes, a été son plus grand partisan. Il lui apportait des excuses de plus en plus désespérées et apaisantes pour son comportement immoral. Pourquoi ?S’il existe plus pitoyable que la tentative désespérée de Benjamin Netanyahou : s’accrocher à sa fonction pour éviter les poursuites pénales, c’est bien la tentative désespérée d’Alan Dershowitz : fournir une couverture au Premier ministre cynique, paranoïaque et égocentrique.

Pendant 50 ans, Dershowitz a été un défenseur clair, précis et éloquent d’Israël, souvent le défenseur le plus en vue et le plus percutant au sein des Juifs étasuniens. Pourquoi alors, à 80 ans, est-il venu défendre un Premier ministre devenu quasiment totalement dérangé ?

Après tout, Netanyahou est le dirigeant qui non seulement joue avec la corruption, mais qui au sein de sa longue liste d’entorses, flatte servilement les antisémites polonais et hongrois, diabolise méchamment ses opposants politiques et défend les intérêts de la droite qui soutien Kahane.

Bien évidemment, Netanyahou a quelques talents. Mais ils s’estompent tous quand il monte des comédies du genre de celles des dernières années. M. Dershowitz n’a-t-il pas pensé que son soutien enthousiaste pour Netanyahou sapait la cause d’Israël au lieu de la faire avancer ; qu’il annule ainsi le travail de sa vie pour le compte d’Israël ?

 Une explication possible est que Dershowitz a été poussé à défendre Netanyahou par Sheldon Adelson, le très ancien protecteur du Premier ministre. Comme Dershowitz le reconnaît dans son article sur Haaretz, il aide juridiquement Adelson – Ce même Adelson qui a versé des dizaines de millions de dollars pour soutenir Netanyahou et sponsoriser un journal gratuit, Israel Hayom, consacré à une question de défense non posée sur tout ce que fait Netanyahou.

On dirait que nous commençons à cerner le problème : Sheldon Adelson. Adelson est le plus grand exploitant de jeux d’argent et de « réceptions cordiales » dans le monde, pas seulement aux États-Unis, dans le monde entier. Par « réceptions cordiales », il faut entendre « trafic d’êtres humains ». Adelson est aussi politiquement le plus gros sponsor de Netanyahou, mais aussi de Trump.

Nous pourrions aussi ajouter que, quand ils voyagent en tant que chefs d’États, Netanyahou et Trump ‘travaillent pour’ Adelson, c’est-à-dire, représentent les intérêts de ses entreprises, même les intérêts de ses affaires sordides. Cela fait partie des problèmes juridiques de Netanyahou et ça pourrait finir par envoyer aussi Donald Trump en prison.

Ensuite, il y a cet autre problème aux États-Unis. Il y a de plus en plus de pression en faveur de la criminalisation de toute critique envers Israël ou de toute défense des Palestiniens. Selon Wikipedia, entre 300 et 400 résolutions des Nations Unies ont été formulées contre Israël, toutes portant sur des questions de violation de la quatrième Convention de Genève et des droits du peuple palestinien.

Actuellement en projets de loi dans 23 États des États-Unis, des mesures criminaliseront toute citation des résolutions de l’ONU et toute critique ouverte envers Israël, même exprimée dans la presse. Les universitaires qui révéleront le long dossier de violations des droits de l’homme d’Israël, risqueront la prison, bien que l’ONU classe Israël en tête des contrevenants, car une chape de censure s’abat maintenant sur les États-Unis.

On dirait que le monde fonce vers l’abîme, et cela en grande partie à cause de Benjamin Netanyahou et de sa trop grande ambition personnelle, qui confine à la mégalomanie.

Son plus grand échec, l’opinion publique étasunienne qui est à présent de plus en plus qualifiée d’antisémite, à l’image des accusations portées contre la Pologne, la Hongrie et aussi d’autres pays. La haine que ressentent de grandes couches de la population à l’égard de Donald Trump et de ses liens avec Israël par l’intermédiaire de son gendre Jared Kushner, sans doute l’individu le moins apprécié dans l’histoire de Washington, ont désormais débordé les frontières des partis.

Bien qu’Israël bénéficie toujours d’un large soutien des deux partis, même quand les intérêts étasuniens sont lésés, ce soutien est de plus en plus remis en question par ceux qui, de gauche et de droite, voient dans l’influence israélienne la cause majeure de l’accumulation des dépenses de défense et de la série de guerres sans fin qui ont mené à l’abaissement du niveau de vie aux États-Unis.

Israël est à certains égards facile à accuser, puisqu’il malmène maladroitement les politiciens et les médias par des diffamations et des menaces qui sont de plus en plus visibles et ressenties par le public.

Derrière cela, aux États-Unis, il y a évidemment le fossé entre les riches et les autres, la lente disparition de la classe moyenne, au fur et à mesure que le capital passe entre les mains de quelques-uns. Les salaires et les avantages, les protections sociales ordinaires en Europe, disparaissent aux États-Unis. Les attaques contre les réformes du système de santé d’Obama, qui n’étaient que des mesures bouche-trous, ont privé de soins médicaux des dizaines de millions de gens.

Les scandales – comme les dernières découvertes montrant que le Roundup de Monsanto est peut-être à l’origine de l’épidémie de cancer qui coûte la vie à des millions de gens – évidemment exacerbés par le déclin des soins de santé, ont radicalisé des couches entières de la population, qui remettent en question certaines conventions politiques, en particulier le soutien aveugle à Israël et la haine à présent institutionnalisée envers l’islam et la Russie.

L’épicentre est Israël, et le faciès d’Israël est Netanyahou, personnage clownesque, trop souvent vu et désormais lié aux sacrifices d’une génération d’Étasuniens. Netanyahou est associé aux massacres de leurs milliers de victimes, à leurs 15 mille milliards de dollars de dette, à leurs bas salaires, à l’horreur qu’inspire au monde les États-Unis, et non plus les ben Laden ou les autres fausses caricatures hitlériennes, pour leur responsabilité dans tout cela.

Au-delà de tout, il y a la nature du discours, la corruption, les abus sexuels sur enfants, les mensonges sans fin, la saleté et la dépravation d’une pièce de théâtre de bas étage.

Original :  journal-neo.org/2019/03/10/the-netanyahu-problem/

Traduction  Petrus Lombard

 reseauinternational.net

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