Les 53 premiers jours de la présidence brésilienne de Jair Bolsonaro ont été un échec retentissant et scandaleux. Par Andrew Fishman, Alexandre de Santi

12-03-2019 les-crises.fr 34 min #153326

Source :  The Intercept, Adrew Fishman & Alexandre de Santi, 22-02-2019

Andrew Fishman, Alexandre de Santi

22 février 2019

Le président brésilien Jair Bolsonaro lors de la cérémonie de nomination des chefs de la banque publique au Palais Planalto à Brasilia, Brésil, le 7 janvier 2019. Photo : Evaristo Sa/AFP/Getty Images

Quelque chose de particulier est en train de se passer entre le président brésilien Jair Bolsonaro et son vice-président, le général Hamilton Mourão.

À la fin du mois dernier, Bolsonaro devait subir une intervention chirurgicale pour retirer le sac de colostomie qu'il utilisait depuis qu'il avait été poignardé avant l'élection présidentielle. Avant de passer sous le bistouri, Bolsonaro a dit à ses conseillers qu'il ne remettrait pas les pouvoirs de la présidence à Mourão pendant l'opération. Quelques jours plus tôt, Mourão avait profité des quatre jours qu'il avait passés en tant que président par intérim alors que Bolsonaro était à Davos, en Suisse, dénigrant publiquement son patron sur une série de questions clés dans des interviews avec la presse.

Les membres du cabinet de Bolsonaro ont été « irrités » par sa décision de ne pas conférer à Mourão les pouvoirs présidentiels,  selon le magazine Época. Et le message qui a filtré de la présidence disait que Bolsonaro n'avait pas été « correctement conseillé sur la complexité de l'opération ». Finalement, celui-ci a fini par faire marche arrière et par transférer ses pouvoirs exécutifs pendant 48 heures... sur les 17 jours d'hospitalisation.

Cette histoire résume bien à elle seule la jeune présidence de Bolsonaro : la méfiance semant la dissension interne, une fuite, la révélation de l'ignorance du président, et puis, finalement, une reculade.

Bolsonaro, agé de 63 ans, a accédé au pouvoir grâce à  une coalition bancale d'extrême droite qui s'est entendue juste assez longtemps pour le faire élire président du Brésil. Mais cette coalition a passé les 53 premiers jours de son mandat à se déchirer. La rhétorique de la campagne de Bolsonaro s'est écrasée sur la réalité de sa gestion des affaires publiques dans un bruit assourdissant. L'indécision, les luttes de pouvoir divulguées aux médias, les révélations sur les liens d'un de ses fils avec un parrain du crime organisé, et les multiples allégations de corruption ont poursuivi sans relâche le président alors qu'il revenait sur ses promesses électorales et trébuchait dès les premiers jours tumultueux et parfois absurdes de la nouvelle administration.

Il s'est passé tellement de choses au cours des sept dernières semaines et demie qu'il est impossible de dresser un bilan complet. Mais en regardant les décombres, vous pourrez peut-être avoir une idée de la vie politique du Brésil ces derniers temps.

Le 28 janvier 2019, le vice-président brésilien Hamilton Mourão quitte son bureau au Brésil. Photo : Jorge William / Agência O Globo (GDA via AP Images)

Le traître

Alors que le monde de Bolsonaro se liquéfie rapidement, Mourão semble avoir décelé une ouverture - le dernier épisode dans une longue série de controverses politiques pour le vice-président. En 2015, Mourão, alors général en service actif, a été démis de ses fonctions pour avoir critiqué publiquement la présidente, Dilma Rousseff, et fait l'éloge de celui qui, pendant la dictature militaire (1964-1985), l'avait fait sauvagement torturer. En 2017,  il a suggéré dans un discours que le Brésil était mûr pour un autre coup d'État militaire. Le ministre de la Défense et chef d'état-major de l'armée de l'époque a estimé que les opinions de Mourão étaient  si populaires parmi les soldats qu'il était plus sage de ne pas le punir. Néanmoins, Mourão a pris sa retraite peu de temps après pour  se lancer dans la politique.

Avant la campagne, Bolsonaro et Mourão n'entretenaient aucune relation à proprement parler. Il n'a choisi le général que  quelques heures à peine avant la dernière échéance des partis dans le choix définitif de leurs candidats, après avoir écarté de nombreux autres candidats et essuyé quelques refus. Bolsonaro semblait avoir intentionnellement choisi quelqu'un d'encore plus brutal que lui-même. Mourão avait de plus l'avantage d'être un général soutenant toujours le coup d'État militaire de 1964 ; pour les gauchistes traumatisés par cette période tragique de l'histoire du pays, l'idée qu'un tel homme assume à nouveau la présidence neutralise  l'option de destituer un jour Bolsonaro.

Au beau milieu de la campagne de l'année dernière, Mourão a déclaré que la culture brésilienne moderne avait hérité de « l'indolence » des peuples autochtones et de « la perfidie » des Africains. Il s'est élevé contre le « 13e mois de salaire » - un complément de salaire garanti et très apprécié que les salariés reçoivent en fin d'année - et qui est un droit constitutionnel.

Cependant, depuis sa prise de poste, Mourão a modéré son ton en se présentant comme l'une des rares voix de la raison. En contradiction avec les positions de Bolsonaro, il a récemment déclaré que le Brésil  n'envisageait pas de déplacer à Jérusalem son ambassade en Israël et que faciliter l'accès aux armes à feu  ne réduirait pas la violence armée. Il s'est  prononcé en faveur du droit à l'avortement et s'est montré  extrêmement poli et disponible pour les journalistes. Lorsque le député de gauche Jean Wyllys a fui le pays au lieu de siéger, en raison des menaces de mort dont il a fait l'objet, Bolsonaro et ses fils ont célébré l'événement. Mourão, lui,  a déclaré à la presse que « ceux qui menacent les parlementaires commettent un crime contre la démocratie ».

[Jean Wyllys, député fédéral au Brésil et figure de la lutte pour la communauté LGBT, a dénoncé depuis l'Europe où il s'est réfugié, les violences faites aux minorités ethniques et sexuelles en rapport avec la politique de Bolsonaro NdT]

Les théoriciens du complot

La tendance indépendante de Mourão a été considérée comme une vraie trahison par le cercle restreint des fervents de Bolsonaro. C'est particulièrement le cas des trois fils adultes du président, Eduardo, Carlos et Flávio, qui détiennent tous un mandat electif, ainsi que de la bande d'outsiders politiques sans scrupules dont ils ont cultivé le soutien au fil des ans.

Mourão est dans le colimateur des fils de Jair Bolsonaro depuis longtemps. Ils ont tenté à plusieurs reprises de le faire taire. Lorsque leurs efforts ont échoué, ils ont même fait appel au « gourou » officieux de l'administration, le pseudo-intellectuel conspirationniste Olavo de Carvalho, qui a une chaîne YouTube et contrôle un important et influent groupe d'extrême droite. Carvalho  a traité Mourão de « méprisable charlatan ». (Il est à noter que Carvalho s'est  demandé si la Terre tourne vraiment autour du Soleil et  a prétendu que Pepsi est sucré avec les cellules de fœtus avortés, parmi d'autres réflexions absurdes.)

Et l'ancien conseiller principal du président américain Donald Trump, Steve Bannon, de s'inviter à la fête. En effet, Bannon, qui a qualifié Carvalho de « héros »,  a déclaré que Mourão était « désagréable et dépassait les bornes ». Le vice-président  a répondu adroitement : « Je suis un chic type, mec ».

Bannon, pour sa part, s'intéresse de plus en plus au Brésil de Jair Bolsonaro. En septembre dernier, lors de la course à la présidence, Bannon était enthousiasmé par le candidat de l'époque, mais  ne se souvenait plus de son nom et l'appelait « Botolini ». Depuis lors, les liens entre l'idéologue d'extrême droite américain et ses homologues brésiliens se sont renforcés. Ce mois-ci, Bannon  a nommé Eduardo Bolsonaro leader sud-américain de « The Mouvement », son organisation internationale pour combattre la « mondialisation ».

Eduardo Bolsonaro s'est rendu en janvier aux États-Unis, où il a rencontré Carvalho et Bannon. Il a amené avec lui l'un des fournisseurs préférés de « fake news » d'extrême droite de son père : Allan dos Santos, qui se trouve être un sycophante de Carvalho. Santos est surtout connu pour son bla-bla retentissant,  plein de perles de sagesse telles que « Fumer est mauvais. J'espère que tu ne te masturbes pas. Parce que ma cigarette ne tue pas les neurones, mais quand tu te branles, c'est toi que tu baises. Je meurs intelligent. Tu meurs stupide. »

Le fondement du mouvement politique bolssonarien est constitué d'hommes et de femmes au génie similaire, et certains de leurs rêves enfiévrés ont voix au Congrès. L'un des nouveaux représentants du Parti social libéral de Jair Bolsonaro, Márcio Labre,  a présenté un projet dès son premier jour de travail pour interdire la vente et l'utilisation de contraceptifs, y compris la pilule, les dispositifs intra-utérins et la pilule du lendemain, qu'il considère tous comme des « micro-avortements ». Après les réactions hostiles et les moqueries du public, il a retiré sa proposition, mais d'autres toutes aussi farfelues restent en jeu.

La Bande de Voleurs

Le Parti social libéral a été ébranlé à la suite de la révélation de  deux stratagèmes qui sentent à plein nez la corruption. Dans le journal Folha de São Paulo, on raconte comment le parti a alloué 182 000 dollars de fonds publics aux campagnes électorales pour le Congrès à cinq candidats inconnus, qui n'ont finalement obtenu presque aucun vote. Une grande partie de l'argent, selon les reçus officiels, a été dépensée dans des entreprises liées à des hauts dirigeants du parti. La police fédérale  a ouvert une enquête mardi dernier. Jair Bolsonaro et son parti ont fait campagne avant tout sur  la lutte contre la corruption en politique - qu'ils ont opportunément présentée comme un problème créé par le Parti des travailleurs de centre-gauche et ses alliés - ce qui constitue un sérieux défi à leur crédibilité.

L'épisode a provoqué une crise majeure au sein du gouvernement. Gustavo Bebianno était le président du parti pendant l'élection et a ensuite été nommé secrétaire général de la présidence, un poste important au niveau du cabinet dans l'administration de Bolsonaro. Bebianno est rapidement devenu une figure centrale des luttes intestines de l'administration : Il est  un ennemi mortel de Carlos Bolsonaro, l'un des fils du président. Officiellement membre du conseil municipal de Rio de Janeiro, Carlos Bolsonaro a officieusement travaillé en coulisse pendant des années en tant que gourou des médias sociaux du président - gagnant la confiance et le soutien de son père. Bebianno, cependant, a utilisé son influence pour empêcher Carlos Bolsonaro d'obtenir un rôle officiel dans l'administration.

« Je dois présenter mes excuses auprès du Brésil pour avoir rendu viable la candidature de Bolsonaro. Je n'aurais jamais imaginé qu'il serait un président si faible. »

Carlos Bolsonaro a profité du scandale des sommes versées à des candidats insignifiants pour riposter. Il a conspiré pour que son père sacrifie le chef du parti à l'indignation provoquée par l'épisode, allant même jusqu'à « divulguer » une partie de la conversation entre son père et le ministre; il a utilisé l'enregistrement pour qualifier publiquement Bebianno de « menteur », une remarque que son père  a entérinée par la suite. Après des jours de spéculations et de négociations, Bebianno a finalement été licencié lundi, mais le lendemain, d'autres enregistrements ont fait l'objet de fuites dans la presse,  prouvant que Carlos et Jair Bolsonaro avaient menti.

Les hauts responsables des partis, les alliés des autres partis et les personnalités militaires sont tous concernés par cette affaire. Certains craignent que le président ne les jette aux loups si le prochain scandale les touche; d'autres craignent que Bebianno ne connaisse trop de secrets et qu'il doive être tenu à l'écart. Les généraux, de leur côté, craignent l'influence incontrôlable des fils impulsifs et assoiffés de pouvoir de Jair Bolsonaro.

Bebianno  aurait dit à un de ses allié, « Je dois présenter mes excuses auprès du Brésil pour avoir rendu acceptable la candidature de Bolsonaro. Je n'aurais jamais imaginé qu'il serait un président si faible ».

Jair Bolsonaro aurait peut-être pu tout balayer comme des « fake news » - inventées par des ennemis conspirateurs - sans le fait que lui et son fils Flávio sont au centre d'un scandale de corruption plus vaste et plus grave qui fait actuellement l'objet d'une enquête par le ministère public. Flávio Bolsonaro a tenté d'annuler l'enquête par une requête à la Cour suprême, mais cette décision s'est retournée contre lui - ne faisant que provoquer une plus grande indignation publique.

L'histoire est la suivante: une enquête fédérale sur la corruption dans l'Assemblée de l'État extrêmement corrompue de Rio de Janeiro a révélé la présence de multiples représentants et fonctionnaires effectuant d'importants virements bancaires qui ne correspondaient pas à leurs revenus déclarés. Parmi eux figurait Flávio Bolsonaro, aujourd'hui sénateur fédéral, et son ancien chauffeur, un policier à la retraite nommé Fabrício Queiroz. Il est apparu que Queiroz recevait régulièrement des dépôts des employés des bureaux de Flávio et de Jair Bolsonaro - généralement le ou juste après le jour de paie et généralement pour une grande partie ou la totalité de leur salaire après impôt. Par l'intermédiaire de son épouse, Queiroz a également transféré de l'argent à Flávio et à Jair Bolsonaro. Sur trois ans, les transactions  ont totalisé plus de 1,8 million de dollars.

Flávio Bolsonaro fait également l'objet d'une enquête pour une série de transactions immobilières « éclair » dans lesquelles il achèterait des propriétés et les revendrait rapidement en réalisant d'énormes profits. Les valeurs déclarées dans les déclarations obligatoires  correspondaient rarement aux prix d'achat ou de vente, irrégularités qui ont suscité des soupçons. Les autorités ont convoqué Flávio Bolsonaro et Queiroz pour les destituer, mais tous deux ont tout simplement décidé de ne pas se rendre aux convocations en donnant au contraire des interviews approximatives à des médias amis.

Les Bandits

Et ce n'est pas tout. Le magazine  Veja et le journal  O Globo rapportent tous deux que Queiroz, l'ex-flic, aurait été impliqué dans plusieurs meurtres dans l'exercice de ses fonctions. Et, selon Flávio Bolsonaro, il était responsable de l a garde et de la surveillance de la mère et de l'épouse d' Adriano Magalhães da Nóbrega. Nóbrega serait le chef d'une milice connue sous le nom d'« Office of Crime », qui a été accusée de meurtres, d'extorsions, de fraudes et autres. Ancien capitaine de police, Nóbrega est actuellement en fuite et reste  le principal suspect dans le meurtre de Marielle Franco, membre du conseil municipal de Rio de Janeiro, et de son chauffeur.

Flávio et Jair Bolsonaro ont tous deux publiquement félicité Nóbrega par le passé, en dépit de son arrestation sur des accusations de meurtre. Depuis que leurs liens avec d'importants membres de la milice ont été révélés à la fin du mois dernier, les Bolsonaro sont restés silencieux sur le sujet. Le lendemain de la révélation de ces liens, Jair Bolsonaro  a annulé une conférence de presse au Forum économique mondial de Davos, affirmant qu'il était « fatigué ».

La police arrête un homme lors d'une manifestation contre le nouveau président, Jair Bolsonaro, à São Paulo, au Brésil, le 30 octobre 2018. Photo: Andre Lucas / picture-alliance / dpa / AP Images

Les Tueurs

Bien que le lien de Jair Bolsonaro avec ces ex-flics tueurs en particulier soit choquant, ce n'est pas tout à fait surprenant. Deux de ses principales promesses électorales étaient de donner aux policiers «  carte blanche » pour tuer dans l'exercice de leurs fonctions et d'élargir l'accès aux armes à feu pour un grand nombre de citoyens. Bien que ni l'une ni l'autre n'améliorera la sécurité publique, comme il le prétend, ces deux mesures progressent rapidement, signe que Jair Bolsonaro sera peut-être en mesure de faire avancer certaines choses malgré tout le chaos entourant sa présidence.

Un projet de loi présenté ce mois-ci par le ministre de la Justice autoriserait les juges à suspendre les condamnations pour homicide prononcées contre des policiers agissant, sous le couvert d'une « peur excusable, d'une surprise ou d'une émotion intense » au sens large du terme. Human Rights Watch  a déclaré que la mesure « pourrait être utilisée pour permettre aux policiers qui tuent des personnes dans des circonstances injustifiables d'échapper à la punition ». On pourrait soutenir que c'est exactement le but, puisque le taux de poursuites à l'encontre des policiers est déjà ridiculement petit.

Le nouveau gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, n'attend aucun vote à Brasília pour mettre cette philosophie en pratique - et il existe beaucoup de cadavres pour le prouver. Witzel a soutenu Jair Bolsonaro pendant la campagne et a adopté une position similaire sur les meurtres impliquant la police, promettant d'autoriser le « massacre » de toute personne vue portant un fusil et l'utilisation de tireurs d'élites de la police. Il a même laissé entrevoir la possibilité de faire la police avec  des drones armés.

Le mois dernier,  trois civils non armés de la favela de Manguinhos ont été abattus apparemment au hasard, et deux d'entre eux sont morts. L'une des victimes, l'assistant d'un maçon âgé de 22 ans, a été atteint dans le dos  alors qu'il achetait une noix de coco pour sa fille. Des membres de la famille et des témoins affirment que les balles provenaient d'une tour située dans le quartier général de la police à proximité, et les premières enquêtes ont révélé des trous percés dans les murs qui pourraient servir à tirer avec un fusil. Witzel n'a pas dit un mot à ce sujet.

Ce mois-ci,  la police d'un autre quartier de Rio de Janeiro a tué  15 jeunes hommes lors d'un raid. Dix d'entre eux avaient été enfermés dans une maison et semblent y avoir été exécutés. Witzel  a fait l'éloge de l'opération et l'a qualifiée d'« action légitime ». Entre-temps, les mécanismes de surveillance de la police et les mesures de protections accordées aux enquêteurs des affaires internes ont été réduits à néant ou complètement annulés. Selon les statistiques officielles, qui sont souvent sous-déclarées, la police brésilienne en service a tué 5 144 personnes en 2017.

Le Désordre

Pour un observateur américain en 2019, tout cela pourrait sembler insensé et pourtant assez familier. Un populiste de droite corrompu et bénéficiant de favoritisme est élu sur un programme pour mettre fin à la corruption; ses quelques recommandations politiques plaisent à la base, mais ne font rien (ou pire) pour résoudre les problèmes qu'elles sont censées résoudre. L'ignorance et l'incompétence de ce chef le contraignent, à passer le plus clair de son temps à nettoyer les dégâts que lui et ses alliés ont créés par inadvertance. Pendant tout ce temps, il reproche à la presse d'avoir souligné plusieurs fois par jour que lui-même - et son administration - mentaient.

Dans un environnement aussi chaotique, des histoires qui auraient provoqué de graves scandales dans d'autres administrations - comme un ministre des Affaires étrangères qui  croit que le nazisme est un mouvement de gauche et que le «  climatisme » est un complot « mondialiste » fabriqué et totalitaire, ou la révélation que des agences de renseignement  peuvent espionner l'Église catholique parce qu'ils souhaitent « neutraliser » leur « agenda de gauche » - sont devenus des notes de bas de page mineures.

À l'instar des États-Unis, la principale opposition est totalement irréfléchie et manque de vision; contrairement aux États-Unis, aucune insurrection progressiste n'a émergé pour révéler une nouvelle voie envisageable. À l'instar des États-Unis, les organismes gouvernementaux et les mécanismes de surveillance essentiels sont vidés de leur substance, et les sociétés et les oligarques profitent rapidement et discrètement de l'occasion pour réécrire les règles encore plus en leur faveur ; Contrairement aux États-Unis, il existe peu de garanties institutionnelles efficaces pour ralentir leurs avancées.

Au Brésil, le programme de la droite est essentiellement le suivant : Mettre au point des réglementations de toutes sortes, en particulier en matière d'environnement et de travail ; réduire les dépenses sociales ; rendre les impôts encore plus régressifs ; privatiser presque tous les actifs contrôlés par le gouvernement ; élargir la privatisation de l'éducation et des soins de santé ; accroître l'accès aux armes à feu ; interdire l'avortement en toutes circonstances ; promouvoir des industries d'extraction qui dévastent l'environnement ; construire plus de prisons et les remplir en adoptant des lignes directrices plus sévères en matière de condamnation ; autoriser des services de police plus agressifs dans les quartiers pauvres ; accroître le pouvoir et le prestige des militaires ; régner dans la presse ; réduire les programmes de liberté de l'information ; et démanteler les lois et programmes qui soutiennent et sont soutenus par des progressistes. Ça vous dit quelque chose ?

Les deux pays sont aux prises avec des défis économiques, sociaux et environnementaux colossaux qui doivent être relevés immédiatement. Le sort de leurs populations et de la planète entière est littéralement en jeu. Il n'est pas clair si ces hommes (pour la plupart) n'ont jamais réfléchi ou ne se soucient tout simplement pas des implications potentiellement catastrophiques de leurs objectifs à court terme, mais il est clair qu'il n'existe pas de solution miracle. Même si vous battez le président, un vice-président avec les mêmes objectifs politiques centraux, mais avec seulement une fraction du drame personnel, attend dans les coulisses pour descendre en piqué et exécuter plus efficacement le programme.

C'est ce qui pèse, et continuera de peser, sur le Brésil. Jair Bolsonaro a encore devant lui 1 409 jours de présidence.

Source :  The Intercept, Adrew Fishman & Alexandre de Santi, le 22 février 2019.

Traduit par les lecteurs du site  www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 les-crises.fr

 Proposer une solution
 Référencé par :