Chelsea Manning emprisonnée de nouveau pour la contraindre de témoigner contre Wikileaks

09-03-2019 legrandsoir.info 15 min #153206

Caitlin JOHNSTONE

Après avoir été emprisonnée pendant sept ans dans des  conditions draconiennes qui l'ont conduite  au suicide à deux reprises, la dénonciatrice Chelsea Manning a de nouveau été jetée derrière les barreaux pour avoir défendu la transparence gouvernementale. Manning a été emprisonnée pour outrage à la cour après avoir refusé de témoigner devant un grand jury lié à Assange et WikiLeaks, en déclarant qu'elle 'acceptera tout ce que vous me ferez subir'.

'Le juge a dit qu'elle restera en prison jusqu'à ce qu'elle témoigne ou jusqu'à ce que le grand jury ait terminé son travail ',  rapporte AP.

'Chelsea peut être incarcérée pour le reste du grand jury [jusqu'à 18 mois], et le mandat du grand jury peut être prolongé de six mois ', a déclaré Moira Meltzer-Cohen, avocate de Manning,  à Business Insider.

« Notez que l'emprisonnement de Manning n'est pas une 'punition', a  tweeté WikiLeaks. Elle a été formellement emprisonnée pour la 'contraindre' à témoigner contre nos journalistes (dont Assange) pour avoir publié la vérité sur le gouvernement US. Elle restera en prison jusqu'à ce qu'elle cède et se conforme ou qu'elle gagne en appel.'

tomorrow i’m facing a sealed contempt hearing for refusing to testify at a secret grand jury over my 2010 disclosures
statement:

Manning  a répondu à toutes les questions du grand jury en disant : « Je m'oppose à la question et refuse d'y répondre au motif que la question viole mon premier, quatrième et sixième amendement et d'autres droits statutaires ». Manning a expliqué sa décision dans la  déclaration suivante :

« Je ne me soumettrai pas à ça, ni à aucun autre grand jury. Le fait de m'emprisonner pour mon refus de répondre à des questions ne fait que me soumettre à une punition supplémentaire pour mes objections éthiques répétées contre le système du grand jury. Les questions du grand jury portaient sur des révélations d'il y a neuf ans et ont eu lieu six ans après une enquête approfondie sur une affaire de piratage informatique, pour laquelle j'ai témoigné pendant presque une journée entière. Je m'en tiens à mon précédent témoignage public. Je ne participerai pas à un processus secret auquel je m'oppose moralement, en particulier à un processus qui a été historiquement utilisé pour piéger et persécuter des militants pour des propose politiques protégés [par la constitution]. »

L'équipe de la défense de Manning  a expliqué son objection à être forcée de témoigner :

'En raison de leur nature secrète et de leur pouvoir illimité d'assignation à comparaître, le gouvernement utilise les procédures de grand jury comme outils pour recueillir des renseignements sur les mouvements en interrogeant les témoins à huis clos. Étant donné que les témoignages devant les grands jurys sont secrets, les grands jurys peuvent semer la peur en laissant entendre que certains membres d'une communauté politique peuvent coopérer secrètement avec le gouvernement. De cette façon, les grands jurys peuvent semer la suspicion et la peur dans les communautés activistes.'

Daniel Ellsberg, qui comme Manning est l'un des plus grands lanceurs d'alerte américains de tous les temps, a fait  la déclaration suivante lors de son arrestation :

'Chelsea Manning se comporte à nouveau de manière héroïque au nom de la liberté de la presse, et la renvoyer en prison pour avoir refusé de témoigner devant un grand jury est une parodie. Une enquête sur WikiLeaks pour publication est une grave menace pour les droits de tous les journalistes, et Chelsea nous rend tous un service en s'y opposant. Elle a déjà été torturée, a passé des années en prison et a souffert plus qu'assez. Elle devrait être libérée immédiatement.'

'Il ne s'agit pas du tout de Chelsea Manning,  a déclaré aujourd'hui à RT le journaliste Ben Swann. 'Il s'agit pour le gouvernement d'essayer de créer un concept, un récit, dans lequel ils démontrent qu'Assange et WikiLeaks ont aidé Manning à récupérer et obtenir des documents classifiés, que WikiLeaks a ensuite publiés. Et la raison pour laquelle c'est important, c'est qu'en vertu de la Loi sur l'espionnage, ils veulent accuser Assange d'espionnage contre les États-Unis.'

En d'autres termes, ils ne peuvent pas arrêter Assange pour avoir publié des fuites données à WikiLeaks, mais ils peuvent essayer de manipuler un récit selon lequel il était impliqué dans l'exfiltration par Manning de documents gouvernementaux. Cela me semble être le scénario le plus plausible, et depuis que WikiLeaks a partagé les commentaires de Swann sur leur compte Twitter, il me semble qu'eux aussi le trouvent plausible.

Et bien sûr, les pseudo révoltés qui s'insurgent depuis deux ans contre la 'guerre à la presse' de Trump n'ont rien à dire sur le fait que cette administration ait créé un horrible précédent en jetant un dénonciateur en prison afin de forcer une source à témoigner contre des journalistes. Bien sûr, la pseudo « Resistance », qui réclame la tête de Trump lorsque ce dernier dit des choses méchantes sur Jim Acosta [le correspondant de CNN à la Maison Blanche - NdT], n'a rien à dire sur le fait que ce gouvernement cherche à obtenir l'arrestation d'un journaliste et créer ainsi un précédent qui serait  dévastateur pour les libertés de la presse dans le monde.

« Si Chelsea Manning changeait son nom pour ' Pussy Riot ' et sa localisation pour ' Russie ', nous aurions droit à l'indignation de Washington et des médis mainstream qui prétendent se soucier tant de la liberté de la presse », a déclaré le journaliste Max Blumenthal.

« Je continue de trouver stupéfiant que les stars des médias aient passé deux ans à se pavaner en proclamant que Trump représentait une grave menace pour la liberté de la presse parce qu'il insulte Chuck Todd sur Twitter, alors qu'ils ignorent la plus grande menace pour la liberté de la presse : leur tentative de poursuivre WikiLeaks »,  ajoute le journaliste Glenn Greenwald.

« Si un expert se plaint que l'envoi par Trump de tweets méchants sur des présentateurs de journaux télévisés constitue une menace existentielle pour la liberté de la presse, mais ne dit rien sur la réincarcération de Chelsea Manning (elle est l'une des plus importantes sources journalistiques de l'histoire américaine), cela prouve que ce sont des fraudes »,  explique Michael Tracey, journaliste.

Max Blumenthal (retweet) 08/03/2019 20:24:30 2837 1291  134167/2710
If Chelsea Manning changed her name to "Pussy Riot" and her location to "Russia," we might hear some outrage from official Washington and the Beltway press corps that claims to care so much about press freedom

Le gouvernement des États-Unis vient d'emprisonner de nouveau l'une des plus grandes dénonciatrices du pays pour l'obliger à aider à détruire le plus grand éditeur de fuites du monde, qui ont tous deux révélé des crimes de guerre indéniables commis par ce même gouvernement des États-Unis. Les révélateurs de la vérité sont activement persécutés par cette même structure de pouvoir qui prétend avoir l'autorité morale de renverser les gouvernements et d'intervenir dans les affaires internationales partout dans le monde, parce qu'ils ont justement dit la vérité. Prenez le temps d'y réfléchir pour bien saisir la situation.

Assange a lancé une organe de publication de fuites en partant du principe que le pouvoir corrompu peut être combattu avec la lumière de la vérité, et le pouvoir corrompu a réagi en le salissant, en le faisant taire, en le persécutant et en faisant tout son possible pour éteindre la lumière de la vérité, jusqu'à ré-emprisonner une héroïne américaine déjà cruellement brutalisée comme Chelsea Manning. Il s'agit d'un aveu on ne peut plus clair : les forces les plus puissantes de notre monde ne sont pas du tout ce qu'elles prétendent être. Ceux qui dirigent les agences gouvernementales américaines et leurs collaborateurs sont des monstres, et ils ne s'en cachent même pas.

Vous pouvez contribuer au fonds juridique de Chelsea Manning  en cliquant ici. Vous pouvez aussi lui écrire ( voir ce qui est toléré sur ce fil de twitter) à :

Chelsea Elizabeth Manning
Centre de détention pour adultes William G. Truesdale
2001, chemin Mill
Alexandria, VA 22314

Caitlin Johnstone

Traduction "ils font tellement de saloperies que ça devient difficile à suivre" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

EN COMPLEMENT :

Ce que Chelsea Manning a révélé (entre autres) via Wikileaks. Ce que la presse a montré à l'époque. Ce que le Département de Justice veut faire payer à Julian Assange & Wikileaks. Ce que la presse a oublié avant d'abandonner Julian Assange & Wikileaks.

Collateral Murder, version longue :


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