17 universités s'opposent à la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers

20-02-2019 bastamag.net 14 min #152426

Les universités d' Aix-Marseille, de  Caen,  Clermont-Auvergne,  Grenoble-Alpes,  Le Mans,  Université de Lorraine, Lyon 2,  Nanterre,  Nantes,  Paris Saclay,  Rennes 1 [2],  Rennes 2,  Rouen, Strasbourg,  Toulouse Jean Jaurès,  Tours - ainsi que l'École des hautes études en sciences sociale ( EHESS) - font bloc contre le coût d'une inscription en licence qui passera de 180 euros par an à 2770 euros, et en master de 243 euros à 3770 euros pour les étudiants non communautaires ! Les doctorants seront également soumis à cette forte augmentation des frais.

« Bienvenue en France »... à la condition d'avoir un compte en banque bien rempli

Cette hausse fait partie de la « stratégie d'attractivité pour les étudiants internationaux » (sic), présentée le 19 novembre dernier par le Premier ministre Édouard Philippe sous la bannière « Bienvenue en France ». D'après le gouvernement, elle vise à attirer quelques 500 000 étudiants internationaux à l'horizon 2027, contre 324 000 actuellement [3]. Avec la manne financière générée par cette multiplication par quinze des frais d'inscription, le gouvernement assure vouloir améliorer l'accueil des étudiants internationaux (visas, logements, accueil) et financer des bourses - 21 000 promises contre 7000 actuellement. Mais cet objectif ne convainc pas une partie du monde universitaire.

« Afin de permettre au plus grand nombre de poursuivre leurs études en France, notre établissement exonérera à la rentrée universitaire 2019/2020 l'ensemble des étudiant.es étranger.es de ces frais complémentaires et leur appliquera uniquement les droits en vigueur pour l'ensemble des étudiant.es français.es », écrit notamment le président de l'Université Lyon 2 [4]. Les 17 universités qui refusent la hausse des frais d'inscription ont l'intention d'utiliser toutes les possibilités réglementaires pour maintenir les tarifs actuels. Elles peuvent ainsi exonérer de frais certains étudiants dans la limite de 10 % de leurs effectifs.

« Une attaque contre les valeurs humanistes et universalistes de l'université française »

Dans un  appel intersyndical publié mi-janvier, les signataires soulignent que « cette augmentation mettrait en difficulté financière les étudiant.e.s étranger.e.s parmi les plus précaires et risquerait de faire renoncer nombre d'entre eux/elles à leur projet d'études en France. Les conséquences, pour nos formations et nos laboratoires de recherche, seraient désastreuses. C'est une attaque contre les valeurs humanistes et universalistes de l'université française. C'est une attaque contre la recherche publique, qui accueille un tiers de doctorant.e.s d'origine extra-communautaire. Pourtant leur accueil contribue à la production scientifique de nos laboratoires et enrichit nos échanges internationaux. »

Les conséquences se font déjà sentir. Les inscriptions des étudiants étrangers extra-européens en première année de licence sont en baisse de 10 % par rapport à l'an dernier, a  annoncé Campus France, l'agence française pour la promotion de l'enseignement supérieur, le 5 février [5]. Si plusieurs pays connaissent une hausse du nombre de candidats, comme le Sénégal (+11,34%), le Mali (+5,66%), le Bénin (+8,21%), la Russie (+8,95%) et la Chine (+8,62%), d'autres enregistrent une forte baisse, comme l'Algérie (-22,95%), le Vietnam (-19,72%), la Tunisie (-16,18%), le Maroc (-15,5%), la Côte d'Ivoire (-10,39%), le Mexique (-7.69%) ou encore la Turquie (-6,62%).

Poursuite des mobilisations dans les campus et dans la rue

Devant la contestation et à la demande d'Édouard Philippe, la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a commandé un  rapport, publié le 18 février, sur les conditions d'accueil des étudiants étrangers en vue de les améliorer. Ce rapport préconise notamment de « retirer les doctorants du champ d'application de la mesure » et de « doter les universités de capacités d'exonération suffisantes ». Frédérique Vidal doit recevoir les syndicats cette semaine avant de se prononcer.

Ces dernières semaines, les initiatives - des assemblées générales d'étudiants aux motions votées par des conseils d'administration d'universités - s'opposant à la hausse des frais d'inscription se sont multipliés partout en France. Sous le signe des  carrés rouges, un cortège d'étudiants et d'enseignants se forme chaque samedi, dans le cadre des manifestations des gilets jaunes à Paris. Des étudiants de Tolbiac  appellent à un rassemblement devant leur faculté le 20 février. Plus de 300 000 personnes ont d'ores et déjà signé une  pétition contre cette augmentation.

Photo de Une :  Pierre Ouzoulias / mobilisation le 13 février des étudiant-es de l'EHESS

Pour aller plus loin : le site  payetesfrais.home.blog regroupe des outils pour mettre en place une cybermobilisation à destination de celles et ceux voulant lutter contre l'augmentation des frais de scolarité pour les étudiant·e·s étranger·e·s.

Notes

[1] Motion du conseil d'administration de Paris 8 du 15 février, votée à l'unanimité :« Devant la publication imminente du décret concernant la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires, le conseil d'administration de l'université Paris 8, qui rappelle son attachement aux valeurs d'accueil et de promotion sociale pour les étudiants de tous horizons, soutient l'équipe présidentielle dans son refus d'appliquer cette hausse et demande à ce que les étudiants potentiellement concernés soient tous exonérés des frais supplémentaires qu'elle occasionnerait. ».

[2] La motion du CA de Rennes 1 est un engagement uniquement pour les doctorants : Il sera également proposé que les étudiants internationaux recrutés pour effectuer leur thèse dans nos laboratoires de recherche soient soumis aux mêmes droits que les étudiants nationaux.

[3] Lire à ce sujet cet article du  Monde

[4] Voir le récapitulatif des motions prises par les différents conseils d'administration sur le site  sauvonsluniversite.com

[5] Ces inscriptions ont été clôturées le 1er février, dans la majorité des 42 pays relevant de la plate-forme « Études en France », gérée par le ministère des Affaires étrangères.

 bastamag.net

 Proposer une solution