Syrie - Guerre et Paix (Partie Iii)

18-02-2019 reseauinternational.net 22 min #152346

 SYRIE : guerre et paix

 SYRIE : Guerre et Paix (Partie II)

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La  situation géopolitique  :   ÉMERGENCE D’UNE  BIPOLARITÉ  MONDIALE LA  SITUATION GEOPOLITIQUE ACTUELLE

I – Le double jeu turc

La Turquie de Erdogan est en train de mener un jeu d’équilibriste qui risque, toute raison gardée, de finir par lui être bien nuisible pour la paix.

Ankara veut avoir la main sur l’Est et l’Ouest de l’Euphrate. Bien qu’ Erdogan affirme avoir renoué des contacts avec l’État syrien, parallèlement il a ouvert l’accès des milliers de terroristes étrangers en Syrie sous la supervision directe de l’armée turque.

Ces éléments sont censés rejoindre les rangs de leurs complices qui opèrent à Idlib dans le nord-ouest de la Syrie. Ces terroristes rejoignent par milliers le Front al-Nosra (ex Al-Qaïda)  qui par une complicité visible de l’armée turque, a réussi tout au long du mois de septembre à s’emparer de la totalité d’Idlib et de nombreuses localités à Hama et à Alep. Chose étrange, des terroristes occidentaux figureraient aussi parmi eux.

Les manœuvres de la Turquie viseraient ainsi à attirer les faveurs des États-Unis en échange d’une acceptation de la présence turque dans l’est de l’Euphrate. Notons que les présidents iranien, russe et turc prévoient de discuter, le 14 février 2019, à Sotchi de la situation du nord de la Syrie.

A quoi rime cet agissement turc?

Toutefois, le double jeu d’Erdogan a peu de chance d’aboutir. Pourquoi? D’abord en raison du poids iranien et russe qui fait qu’Ankara ne pourra se jouer ni de l’Iran ni de la Russie. Ensuite parce que la Turquie n’a pas les moyens stratégiques de ses ambitions.

Ceci c’est confirmé, lors du nouveau sommet entre : Russie-Iran-Turquie qui a eu lieu, le  14 février 2019, à Sotchi. En effet,  le président Vladimir Poutine a souligné  lors d’une conférence de presse conjointe avec les présidents iranien et turc que c’était le peuple syrien qui devait enfin décider de son sort et que la Turquie n’avait pas raison de créer une zone de sécurité sur le terrain sans le consentement du président syrien Bachar al-Assad.

Cet avertissement est bien la seule chose positive de ce sommet. Il n’y a pas de nouveau engagement concernant  la zone d’Idlib  qui est occupée par Al-Qaïda. Cette zone est l’une des 14 provinces syriennes et représente 11 % du territoire national.  Il ne reste donc a  l’armée syrienne que la solution militaire  pour rétablir la paix,  puisque la Turquie ne veut  rien faire en dépit de ses engagements d’éliminer  Al-Qaïda.

Les présidents russe, turc et iranien réunis, le 14 février 2019, dans la ville russe de Sotchi pour discuter de la résolution du conflit syrien après l’annonce du retrait des troupes américaines

Conférence de presse traduite, vidéo : 

II – Les ambitions vindicatives du duo USA-ISRAËL

Israël s’est levé vent debout contre le retrait US, avec pour objectif final l’Iran. Malgré ce retrait  annoncé, ces deux Etats veulent « la peau » de l’IRAN.

Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d’avoir un point d’appui solide, un Kurdistan indépendant et économiquement viable.  Ceci est possible grâce aux immenses aux ressources de pétrole et de gaz syrien qui sont à l’Est de l’Euphrate (80% de la production syrienne) et à la riche agriculture le long de ce fleuve, sans oublier les précieux barrages de barrage d’al-Baath et  de Tabqa sur l’Euphrate de14 milliards de mètres cubes d’eau qui sont occupés par les FDS-KURDES respectivement  depuis le 3 juin 2017 et le 10 mai 2017.

Ainsi, un Kurdistan indépendant est séduisant et il serait un excellent allié des USA-Israël sur le plan militaire car cet État serait un porte-avion providentiel qui irait de la Syrie à l’Iran pour attaquer ce pays.

Pour ce projet, les USA-Israël ne manquent pas d’amis : le clan Barzani en Irak et les FDS en Syrie pour sa réalisation.

Mais il y a aussi des obstacles. Tout d’abord des Kurdes  sont opposés à l’indépendance,  il semble être les plus nombreux en Syrie. Et puis, il y a Damas, Bagdad, Moscou, Téhéran et Ankara. qui sont farouchement contre cette indépendance.

Par ailleurs, de l’autre côté de la frontière iranienne, une unité de l’armée israélienne est arrivée récemment dans la base aérienne US de Farah (ouest de l’Afghanistan). Ces militaires israéliens utiliseront  l’identité américaine au côté des troupes US en Afghanistan. !!! On assiste ici  à une prise en tenaille commune de l’Iran.

 On assiste donc à une intégration de plus en plus poussée de ces deux pays sur le plan militaire : présence de forces US en Israël, manœuvres communes,……

III – L’épineux problème du plateau syrien du GOLAN  (1 154 km2)

Il y a une autre épine dans le pied du duo USA-Israël, c’est le Golan occupé illégalement par Israël en dépit des résolutions de l’ONU demandant de le restituer à la Syrie.

Israël avec l’appui de Trump ne veut pas rendre cette partie du territoire syrien qu’il occupe depuis la guerre des 6 jours de1967. Or les 22000 druzes habitant cette région sont fortement opposés à l’occupation israélienne.

La Knesset (le Parlement israélien) a voté l’annexion du plateau en 1981, malgré les condamnations de l’ONU. Israël n’a eu de cesse, depuis, de durcir les conditions de retrait du Golan à mesure que la droite nationaliste s’affirmait dans le pays, rendant plus difficiles encore les négociations dans lesquelles la Syrie exige la restitution de tout le territoire occupé.

Le Golan est  un atout offensif pour Israël qui dispose notamment d’une station d’écoute au sommet du mont Hermon, au nord du Golan, à seulement une soixantaine de kilomètres de Damas, et peut y déployer ses forces.

Mais l’argument militaire n’est pas le seul. Derrière la maîtrise du plateau du Golan, c’est aussi la maîtrise des ressources en eau, rares et convoitées dans une région traversée par de larges zones désertiques.  A lui seul, le Golan (avec divers cours d’eau et nappes phréatiques) fournit un  peu plus de 250 millions de m 3  d’eau douce par an à Israël.

Depuis la fin 2018, Israël n’a plus les terroristes de Daesh et d’Al-Qaïda (***) pour lui servir de glacis. Ce pays se trouve donc directement face à l’armée syrienne qui dotée de missiles de haute précision, peut envisager sérieusement la reconquête du Golan.

(***) cf : agoravox.fr

Affront suprême pour Israël, portant drapeaux syriens et photos du président Bachar el-Assad, des dizaines de Druzes arabes vivant sur les hauteurs du Golan occupé par Israël se sont rassemblés, le samedi 6 octobre 2018, pour afficher leur soutien au président Assad et à la réintégration du Golan dans la République Syrienne.

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 ÉMERGENCE  D’UNE  BIPOLARITÉ  MONDIALE

Au terme de ces différents coups de projecteur sur les protagonistes du conflit syrien, on observe. que ce conflit  concentre L’essentiel de la géopolitique mondiale qui évolue vers un monde divisé en deux camps : l’Occident avec à sa tête le duo USA-ISRAËL qui part à la conquête du monde et de ses richesses au nom de la démocratie  – et  –  les autres  pays qui veulent vivre leur vie même si cela déplaît au camp d’en face.

Washington  essaie de réorganiser ses alliés afin de reprendre la main au Proche-Orient.   C’est ainsi qu’une Réunion ministérielle, les 14 et 15 février 2019, s’est tenu à Varsovie pour  « promouvoir un avenir de paix et de sécurité !!!» dans cette région. Tous les alliés des États-Unis y participeront, mais surtout pas la Russie et la Chine. !!!

Des représentants de 60 pays ont discuté des stratégies du renforcement de la sécurité au Moyen-Orient. Mais seulement un tiers des pays participants ont envoyé leur chefs de la diplomatie cette réunion.

L’intention de Washington était de rallier les États conviés à son projet d’intervention militaire contre l’Iran au prétexte de «réduire son influence dans cette région». L’option militaire contre la République Islamique est un choix irrévocable pour  Donald Trump et ses assistants faucons néoconservateurs qui sont en train d’en peaufiner la mise en œuvre. Mais la position US sur l’Iran n’a pas reçu l’approbation d’un grand nombre de représentants européens.

En revanche, en marge de ce sommet s’est tenu un autre sous la houlette de Jared Kushner (gendre de Trump) réunissant autour du Président US et du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu les représentants arabes de haut rang : de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, d’Oman, de l’Egypte et même du Maroc.

 A ce deuxième sommet,  des progrès ont été accomplis dans l’amélioration des relations entre les pays arabes du golfe Persique et Israël. !!!

Photo de famille de la conférence de Varsovie – février 2019. ©AFP

 Cette réunion  est la suite de la conférence à l’Université américaine du Caire  qui avait été organisée  le 10 janvier 2019,  par  le secrétaire d’État Mike Pompeo, il en avait fixé les objectifs :

  • s’opposer au « régime iranien » et à « ses mandataires ».
  • mettre en place une Alliance stratégique juive-sunnite contre l’Iran chiite.

Mike Pompeo prononce un discours à l’Université américaine du Caire, le 10 janvier 2019.

Si Mike Pompeo a bien confirmé le retrait des forces américaines,  il a néanmoins affirmé que son pays ne se désengagerait pas pour autant des Proche et Moyen-Orient

Pompeo a par ailleurs profité de son intervention pour réitérer le souhait des États-Unis de «chasser» l’Iran de la Syrie par la voie «diplomatique». Pour y parvenir, il a préconisé la mise en place d’une Alliance stratégique avec le concours des pays arabes contre Téhéran.

Au cours des ces derniers mois, Washington n’avait pas fait mystère de sa volonté à mettre sur pied un «OTAN arabe». Ce bloc comprendrait l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Egypte et la Jordanie et aurait pour objectif de bousculer l’équilibre des forces dans la région.

(voir vidéo :

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L’Iran apparaît donc comme l’objectif principal de Trump. Mais le duo USA-ISRAËL aura fort à faire car le camp d’en face s’organise à la fois sur les  plans militaires et économiques.

1 – Sur le plan militaire

Des accords militaires bilatéraux se sont noués entre : Russie-Chine, Russie-Iran, Syrie-Iran, Syrie-Irak, Iran-Irak,…..

Il est intéressant  de signaler l’accélération de la coopération technique et militaire irano-russe. Elle pourrait entrer dans une nouvelle phase avec le lancement d’un système de défense commun sur la côte du golfe Persique, à l’horizon 2020.

Mais c’est l’accord militaire entre la Syrie et l’Iran qui pose un sérieux problème au duo USA-ISRAËL.

Même si bien peu de détails ont été révélés publiquement à propos de ce  nouvel accord militaire, le haut commandant de l’armée iranienne a déclaré  devant la presse qu’«aucune tierce partie ne peut rien changer à la présence de conseillers iraniens en Syrie »,  en réponse aux exigences  d’un retrait immédiat de Téhéran.

Pourquoi les exigences occidentales ne seront jamais satisfaites :

L’Iran joue un rôle de premier plan dans la lutte contre le terrorisme en Syrie et restera l’un des contributeurs majeurs à la stabilisation post-conflit du pays. D’autant que l’armée syrienne a des difficultés de maintenir la paix et retrouver son intégrité à elle seule. En effet, Damas à besoin de s’appuyer sur l’assistance de l’Iran et du Hezbollah pour poursuivre cette tâche importante, qui s’inscrit évidemment également dans les intérêts russes.

Par ailleurs, vu du côté de Moscou, le départ des iraniens renforcerait certainement les liens  –   distendus depuis l’affaire de l’avion l’Iliouchine Il-20 **  –   entre la Russie et Israël et apporterait éventuellement une possibilité d’établir une position d’entente avec les USA.

Tout cela pourrait amener à la réduction des sanctions et d’autres pressions asymétriques subies par Moscou : ceci lui serait bénéfique. Mais il y a aucune garantie à cela et Moscou risquerait fort de lâcher la proie pour l’ombre.

La Russie a donc accueilli de manière naturelle l’accord militaire entre Syrie et Iran, parce qu’elle préfère voir les armées de Téhéran s’occuper du « maintien de la paix » et d’autres missions de stabilisation dans le pays, plutôt que devoir y déployer ses propres hommes.

 Moscou ne lâchera certainement pas ses alliés, son but est de travailler à un « équilibrage » du Moyen Orient, en œuvrant pour un « retrait progressif » honorable de l’Iran, une fois que la situation aura progressé de manière notable.

(cf : reseauinternational.net renforcer-la-strategie-russe-d-equilibrage/)

** Affaire de Iliouchine Il-20 :  les pilotes israéliens ont utilisé l’appareil russe comme bouclier contre la défense antimissile syrienne. En conséquence, le Il-20, dont la surface de réflexion effective est supérieure à celle du F-16, a été abattu par un missile antiaérien S-200.

Israël n’avait pas prévenu le commandement des forces russes en Syrie de leur opération.

2 – Sur le plan économique

De nombreux accords économiques ont été conclus entre les différents partenaires : Russie, Chine, Iran, Inde, Syrie, Irak, ….Ces pays veulent sortir des griffes des USA  et de son Dollar.   Il faut savoir que l’utilisation du dollar est contraignante et dangereuse du fait de l’extra territorialité de cette monnaie de réserve. En effet, toutes  transactions en dollar entre les pays  obligent ceux-ci de respecter la législation des USA : des banques françaises ont été lourdement sanctionnées par les tribunaux US pour avoir commercialisé avec l’Iran sous embargo US.

Pour contrer cette inique contrainte US, les États ci-dessus ont décidé de commercer soit en monnaie locale, soit en Euro. Tout ceci a pour conséquence dangereuse pour les USA   d’affaiblir un dollar qui est déjà mal en point à cause de sa dette de près de 22000 milliards de dollars.

Par ailleurs, la Russie et la Chine achètent à « tours de bras » de l’or afin que celui ci serve de caution pour une nouvelle monnaie en remplacement d’un dollar moribond à plus long terme.

De façon générale l’Occident associe le militaire et l’économie pour faire plier des pays du camp d’en face,  Ainsi, aux  interventions militaires sont associées systématiquement des sanctions économiques iniques de l’Occident.

Les sanctions sur l’Irak, la Syrie, le Yémen, la Corée du Nord ou l’Iran, …sont l’équivalent économique des bombes atomiques”, à une échelle moindre pour la Russie et la Chine mais toutes les mois les sanctions US et européennes sont accentuées.

cf: investigaction.net

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CONCLUSION

Nous ne sommes plus à l’époque de l’affrontement USA – URSS qui a vu la victoire des USA  par abandon de l’URSS trahi par ses dirigeants. Il est vrai que l’URSS n’avait pas d’allié solide pour l’épauler d’autant plus qu’elle subissait depuis de longues années un blocus dévastateur de son économie en plein développement.

Aujourd’hui, la Russie est moins vulnérable elle peut compter sur la Chine qui est la deuxième voire très bientôt la première puissance économique (c’est devenu la première puissance industrielle). D’ailleurs de grand projets sont en cours de réalisation entre ces deux pays dans le cadre de la nouvelle route de la Soie.

De plus, un axe Russie-Iran-Chine auquel se joint l’Inde sur le plan économique s’est constitué. Ceci représente une force considérable militaire et économique : c’est près de la moitié de la population mondiale et prochainement la moitié du PIB de la planète.

L’OCCIDENT ne peut donc plus compter sur l’isolement de ses adversaires. Il  commence à perdre vulgairement « la boule » : il en est à reconnaître un président virtuel au Venezuela qui a été élu avec ZERO voix !!!!!

Aussi, serait-il serait temps à l’Europe, colonie américaine, de se sortir des lobbys anglo-américain et que chaque pays européen redevienne entièrement souverain pour choisir ses alliances et ses propres projets économiques.

Pour  ce qui concerne la Syrie, les projets occidentaux sont irrecevables. Si l’Occident  veux passer en force ce serait pure folie. Forcer le cours des choses mènera au chaos .

Car cette fois-ci le camp d’en face ne pliera pas et l’Empire Occidental subira le même sort que l’Empire Romain. Il en sera fini du règne des banquiers prédateurs.

Sans oublier que se joue une nouvelle forme de lutte des classes qui pourrait ébranler la géopolitique actuelle. Il s’agit de la généralisation à d’autres pays des « Gilets Jaunes » qui se battent pour vivre mieux (dignité et pouvoir d’achat). C’est la révolution du temps présent, c’est celle des « gueux » qui n’ont plus rien à perdre puisque : 82% de la richesse créée en 2017 a été accaparée par 1% de la population mondiale, selon Oxfam. !!!

SEPH

 reseauinternational.net

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