Tout ce que l'on sait et qu'on ne vous dit pas sur le Venezuela

12-02-2019 tlaxcala-int.org 5 min #152100

 Alfredo Serrano Mancilla

En ces temps de dictature de la conjoncture, les messieurs-dames Je-Sais-Tout sortent de partout comme escargots après la pluie. La plupart d'entre eux échoueraient à un simple QCM pour tester leurs connaissances de base sur l'objet de leur « expertise «. À quelques exceptions près, parmi ceux qui écrivent ou parlent sur le Venezuela, aucun n'a la moindre idée si Lara est une ville ou un État, encore moins où « ça » se situe géographiquement. En d'autres termes, il leur manque les bases minimales pour s'aventurer à donner des leçons.

Afin de corriger certaines erreurs récurrentes qui conditionnent les analyses et les commentaires, on me permettra de mentionner quelques données "inconnues" pour contribuer à une meilleure santé du débat mondial sur le Venezuela :

1. Juan Guaidó a été élu par le même organe électoral avec lequel le Président Maduro a été élu. Guaidó a obtenu 97 492 voix dans l'État de Vargas en 2015.

2. L'Organisation des États américains n'a pas reconnu Guaidó comme président de quoi que ce soit. C'est Luis Almagro, son secrétaire général qui l'a fait à ses propres risques et périls, mais pas ses États membres en tant que bloc. Les Nations unies n'ont pas non plus reconnu Guaidó, ce qui a été clairement indiqué dans une lettre publiée par son secrétaire général, António Guterres, qui a donné son accord pour apporter une aide humanitaire si le gouvernement actuel le demandait. Le pape François ne s'est pas non plus joint à la proposition de Trump concernant Guaidó en réponse à une question explicite posée par un journaliste sur le vol de retour du Panama. Les pays d'une certaine importance géopolitique, comme la Chine, la Russie, la Turquie, l'Iran, le Mexique et l'Afrique du Sud, ne valident pas non plus l'option d'un autre président que Maduro. Tous les pays de l'Union européenne (UE) ne participent pas à la répudiation de Maduro. Jusqu'à présent, l'Italie, la Grèce, la Roumanie, l'Irlande, la Bulgarie, Chypre, Malte et la Slovaquie ne l'ont pas fait. Autre fait : la cheffe de la diplomatie européenne, l'Italienne Federica Mogherini, a accepté de se rendre à Montevideo le 7 février pour entamer le dialogue au sein du groupe de contact international sur le Venezuela. Pour sa part, le Parlasur, le parlement du Mercosur, n'a en aucune façon pris en compte l'existence d'un autre président que Maduro. Et n'oublions pas la Communauté de la Caraïbe, la CARICOM, qui ne reconnaît pas non plus Guaidó.

3. Le Venezuela est le huitième pays au monde avec les plus grandes réserves prouvées de gaz ; le premier en pétrole ; en or, ses réserves dépassent le PIB du Chili ou du Danemark ; en fer, la valeur dépasse le PIB du Mexique ou de l'Espagne ; en diamants, le chiffre est supérieur au PIB du Paraguay ou de la Bolivie ; et, cerise sur le gâteau, il a été démontré récemment que son territoire renferme beaucoup de coltan.

4. En termes de propriété, 98,5% des sociétés constituées au Venezuela sont privées ; 0,5% sont mixtes et 1% sont entièrement publiques. Et un autre fait : 80% des médias au Venezuela sont privés.

5. Selon un article du New York Times, d'après les estimations du gouvernement Trump, les nouvelles sanctions coûteront à l'économie vénézuélienne 11 milliards de dollars en revenus pétroliers perdus. Et cela s'ajoute aux effets déjà consommés des décrets précédents. Le premier a été celui d'Obama, approuvé le 9 mars 2015, annonçant les premières sanctions contre le Venezuela en raison du " risque extraordinaire " pour la sécurité des USA. Puis beaucoup d'autres ont suivi, avec l'administration Trump déjà en place.

6. Au XXIème siècle, le Venezuela a diversifié ses relations économiques et politiques. Et la Chine devient l'un de ses principaux partenaires. Par exemple, le Venezuela représente 40 % des investissements de Beijing dans l'ensemble de l'Amérique latine. La Russie et la Turquie jouent également un rôle clé dans ces nouvelles alliances.

7. On oublie parfois que le Venezuela a une frontière avec les USA réglementée par le Traité de 1978 sur la frontière maritime, qui fixe les frontières maritimes entre les îles du Venezuela dans la mer des Caraïbes et les territoires dépendants des USA (Porto Rico et les îles Vierges).

Ce sont là des éléments importants dont nous devons tenir compte lorsque nous voulons émettre un jugement sur ce qui se passe au Venezuela. À partir de là, l'analyse prospective devient un exercice très complexe. La seule chose qui est certaine, c'est que chaque fois que les USA parlent d'aide humanitaire, les choses se terminent mal. Espérons que cette fois tout restera dans la même catégorie que la guerre déclarée par Trump à la Corée du Nord, ou que le mur qui n'a jamais pu être construit à la frontière mexicaine. On verra bien.

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  celag.org
Publication date of original article: 12/02/2019

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