Ultras: stades, nouvelle tribune politique au Maroc

09-02-2019 tlaxcala-int.org 22 min #151946

 Omar Kabbadj عمر قباج

Longtemps honnis, les Ultras sont aujourd'hui admirés pour leurs chants revendicatifs dans les stades. Ils sont devenus les porte-voix du malaise social et politique marocain.

Yassine TOUMI/TELQUEL

Le 23 septembre 2018, le Raja de Casablanca reçoit les Congolais du Cara Brazzaville pour le compte des quarts de finale retour de la Coupe de la Confédération africaine de football. A la 37e minute, le Raja mène déjà 1-0, et sa qualification en demi-finale est quasiment actée en prenant compte la victoire à l'aller (1-2). Un a cappella mélancolique est entonné au fond du virage sud, "la Magana", et est aussitôt repris par les 40.000 supporters présents ce jour-là au complexe Mohammed V. L'espace d'une chanson, le match est oublié, les gorges se déploient pour chanter "Fi Bladi Dalmouni", le tube de l'été 2018 chez les supporters des Aigles verts. Un moment de communion dans "la Magana" où, pourtant, des échauffourées avaient éclaté une dizaine de minutes plus tôt entre groupes de supporters.

"Le chant "Fi Bladi Dalmouni" a été composé en mars 2017 par le Gruppo Aquile, notre aile musicale. Il se trouve qu'à cette période-là, les confrontations entre les groupes Ultras et les forces de l'ordre étaient de plus en plus fréquentes, en particulier à l'intérieur des stades (après l'instauration de nouvelles normes de sécurité, dont la multiplication de fouilles à l'entrée). Les Ultras vivaient le calvaire hebdomadaire, persécutés par les policiers et agents de sécurité, pour le seul motif d'exprimer leurs besoins les plus simples: poser leur bâche, faire virevolter leurs drapeaux, et assister aux matchs pour encourager leur équipe. On nous interdisait notre seul exutoire, et on assistait à la censure de la passion de jeunes qui sacrifiaient tout ce qu'ils possédaient pour leurs couleurs", confient les Ultras Eagles, rares dans les médias, et qui ont voulu répondre en groupe.

La confrontation permanente entre forces de l'ordre et supporters donne lieu à des expressions de colère à connotation sociétale et politique qui résonnent au-delà des stades.Crédit: Yassine Toumi/telquel

Ce chant, qui raconte les soucis quotidiens des supporters, a dépassé aujourd'hui cette vocation limitée pour prendre une dimension politique. Sous les fumées vertes et blanches des fumigènes, les supporters dénoncent "l'injustice", "la dilapidation des richesses du pays", "le délaissement des jeunes" ou encore "l'oppression de toute une génération". Trois minutes où jeunes et moins jeunes, femmes et hommes, ne forment plus qu'une seule voix, celle d'un "peuple opprimé dans son pays".

C'était inscrit dans l'ADN de "Fi Bbadi Dalmouni": "Nous sommes citoyens marocains avant tout, ce qui veut dire que nous vivons dans le même pays que les autres Marocains. Ce qui implique donc d'endurer une même iniquité, un même mépris, et des oppressions quotidiennes communes. Les citoyens du pays, et particulièrement les jeunes, commençaient à avoir la même valeur insignifiante, qu'ils soient morts - broyés ou par balles - ou vivants. Tous ces ingrédients se sont accumulés et nous ont incités à écrire cette chanson et d'en vociférer les mots tous ensemble. Ceci pour expliquer que la goutte avait fait déborder le vase", ajoutent les Ultras Eagles.

"Fi Bladi Dalmouni" est graduellement monté en popularité lors de l'été 2018. A chaque nouvelle rencontre du Raja à domicile, son interprétation par les Ultras du club a gagné en qualité et en intensité. Dans un contexte aussi chaud qu'une hinchada argentine. Ce match du Raja face à Cara Brazzaville est intervenu à un moment d'anxiété sociale, nourrie par un boycott politisé de marques commerciales, les condamnations des leaders du Hirak et l'annonce du retour du service militaire. La mort de Hayat Belkacem, une Tétouanaise de 19 ans tuée par les balles de la Marine royale, alors qu'elle tentait de traverser clandestinement le détroit de Gibraltar, est venue raviver les braises de la colère.

Suite à ce drame, des vidéos de l'interprétation de "Fi Bladi Dalmouni" par les supporters du Raja font le buzz sur les réseaux sociaux. Le chant séduit l'opinion publique, et des personnalités publiques, pourtant étrangères à la chose footballistique nationale -et au ballon rond en général-, avouent leur admiration. L'écrivain Abdellah Taïa écrira sur sa page Facebook que le chant lui a donné la chair de poule : "Je dois avouer que, quoi que j'écrive, je n'arriverai jamais à atteindre la puissance de cette chanson, le souffle de cette chanson. (...) Des mots de la réalité impitoyable. Des mots révolutionnaires. Des mots sans espoir". Tous les contempteurs du football, "opium du peuple", découvrent subitement sa portée sociale.

Depuis, les paroles du chant ont été traduites en français, en anglais et même en allemand. Sur Youtube,  le compteur du clip officiel du chant affiche 5 millions de vues. Dans la section commentaires, on ne tarit pas d'éloges sur la profondeur des rimes, le sens des mots, on s'identifie au texte et aux souffrances décrites par le ou les auteur (s). "Cette chanson bouleverse les cœurs, que Dieu vous libère et nous aussi", commente un Algérien. Un de ses compatriotes renchérit : "Je suis supporter du Mouloudia d'Alger et cette chanson raconte notre quotidien et celui de nos frères marocains". "L'auteur de ces mots mérite plus qu'un wissam", "je suis wydadi mais ma chair se hérisse quand j'entends ces paroles", "je suis askary (supporter des FAR de Rabat) mais je vous dois mon respect", peut-on encore lire. Sur les pages Facebook qui s'intéressent au football marocain, des appels ont été lancés pour que le chant soit repris par les supporters de tous les clubs nationaux, abstraction faite de leurs divergences.

Le phénomène "Fi Bladi Dalmouni" a levé le voile sur une nouvelle facette des Ultras, régulièrement pointés du doigt - à tort - pour les incidents avant, pendant et après les matchs. "Je pense que la perception a changé, et ceux qui stigmatisent les supporters et les Ultras et voient en eux uniquement des "machines hurlantes" et des fauteurs de troubles commencent à s'intéresser à l'autre visage du supporteurisme. A savoir, un mode d'expression chez les jeunes Marocains qui ne croient pas aux partis politiques et aux acteurs associatifs et adhèrent davantage aux groupes Ultras où n'importe qui peut devenir quelqu'un sans que l'on se pose la question d'où il vient ni quel est son niveau social ou intellectuel", observe le sociologue Abderrahim Bourkia, auteur de Des Ultras dans la ville (La Croisée des Chemins, 2018).

Plus que toute autre frustration, celle d'être économiquement incapable de suivre les déplacements de son club fétiche attise 
la hargne d'une jeunesse souvent victime de répression.Crédit: AICPRESS

Les gradins comme espace de contestation

Des chants à consonance sociale ou politique, les Ultras du Raja n'en sont pas à leur premier coup d'essai. En 2007 déjà, "la Magana" chantait "Ya Lbabour Ya Mon Amour", une reprise du célébrissime morceau de raï écrit par l'Algérien Reda Taliani. Entre encouragement des joueurs de leurs équipes et moqueries des rivaux wydadis et faraouis, le chant est une ode au hrig, à "sortir de la misère" pour un "avenir meilleur" dans "les contrées où la lumière jaillit". Les mêmes éléments de langage sont à retrouver dans "Babour Liberté", un des chants les plus populaires de l'année 2007. "Un éventail de chansons parlant de migrer et de s'éloigner du pays, nous livre une représentation des jeunes Casablancais particulièrement, et Marocains en général, désireux de changer leur vie de misère, pointant du doigt, ainsi, une structure sociale fragile composée d'acteurs : familles mal loties, valeurs en perdition et identités incertaines qui se cherchent face à un processus de modernisation ultra-rapide. Les jeunes sont livrés à eux-mêmes, agressés par leur quotidien, sujets à de vives inquiétudes: pauvreté, chômage, manque de formation, analphabétisme, délinquance ou autres.", soutient Abderrahim Bourkia dans son livre.

"Presque tous les chants évoquent des problèmes sociaux, ça fait partie de la routine quotidienne de tout jeune Marocain", assure Ayoub, membre des Ultras Eagles. "Prenons l'exemple d'un membre ultra ou d'un supporter indépendant qui veut faire un déplacement avec le club qu'il chérit, il est confronté à des soucis de budget à cause du chômage, de la pauvreté, ou du salaire minable qu'il reçoit à la fin de chaque mois, des pressions de son entourage, etc.", poursuit-il. Et d'ajouter : "De ce fait, les problèmes sociaux sont des entraves à la passion de ces jeunes, la seule aire où ils se sentent libres de dégager ce qui est au fond de leur âme".

Notre interlocuteur nie pourtant toute appartenance politique du groupe, malgré les charges sociales et politiques que son discours peut comporter. "Le groupe est apolitique, il refuse d'être mis dans une case. Mais s'il y a des membres dans tous les groupes Ultras au Maroc qui sont politisés, le noyau dur refuse toute influence possible. Pour eux, ils sont là pour le foot et non pas pour parler politique ou problème sociaux, c'est leur principale raison d'être", explique Ayoub, pour qui "un groupe ultra tient le bout d'un fil de suture qui regroupe des gens de tout milieu social et intellectuel". Quant aux messages envoyés par le groupe, il explique qu'"un suffrage est systématiquement organisé pour décider collectivement et éviter que les divergences sociales, politiques ou intellectuelles prennent le dessus".

Un constat que nuance Abderrahim Bourkia : "Les Ultras se disent souvent apolitiques. Pourtant, ils défendent un point de vue sur la société et sur leurs situations socio-économiques. Si leurs cris s'adressent en premier lieu aux dirigeants, aux responsables de la fédération et aux exploitants des stades, certains groupes formulent aussi des revendications à caractère social et politique, selon l'actualité et le contexte socio-économique et politique du pays", analyse le sociologue.

Les Ultras font des tribunes le théâtre d'une catharsis collective.Crédit: YASSINE TOUMI/TELQUEL

Lutte identitaire aussi

Pour son collègue, Moncef El Yazghi, auteur des livres Les politiques sportives du Maroc 1912-2021 et La makhzénisation du sport, le football comme exemple ( voir son interview), ce phénomène est bien antérieur à l'apparition des Ultras. El Yazghi fait ici référence au cas des supporters du Hassania d'Agadir, lors de la saison 2001/2002, dont leur modeste équipe a remporté le championnat pour la première fois de son histoire, devant le Raja et le Wydad. "Le débat autour de la place de la langue amazighe était alors très présent sur la scène publique. Il était question de déterminer s'il fallait écrire l'amazigh en lettres latines, arabes ou en tifinagh. Les supporters du Hassania ont fait leur choix et déroulé des banderoles écrites en tifinagh. Leurs chansons, en amazigh également, exprimaient leur besoin de reconnaissance identitaire", rappelle-t-il. Ainsi, on pouvait entendre des slogans tels que "l'Hassania aux Amazighs et seulement aux Amazighs", ou encore "le Hassania doit se battre pour nous (Amazighs)"... "Les supporters du Hassania se sentaient opprimés dans leur identité, et la victoire de leur club représentait une occasion sans précédent de libérer leur parole", ajoute El Yazghi.

Le cas du Hassania correspond à celui de la Jeunesse Sportive de Kabylie. En Algérie, les supporters de la JSK, ont détourné l'acronyme du club en "Je suis kabyle". Chez nos voisins de l'est, la JSK représente bien plus qu'un simple club de foot, elle est le porte-étendard de la lutte identitaire de toute une région. Dans une interview accordée au site La Dépêche de Kabylie, l'ancien international algérien et joueur du club, Mouloud Iboud, voit en "la JSK un club différent des autres, elle a participé au fait que le tamazight soit connu et reconnu et par l'établissement de son statut dans le pays. On a contribué, à notre façon, à l'épanouissement de la culture et de l'identité berbères".

Un combat qui remonte à la finale de la Coupe d'Algérie en 1977 remportée face au Nasr Athletic Hussein Dey. "Il y avait 80.000 supporters qui chantaient des slogans pour l'amazighité et l'identité. Ils ont trouvé un espace d'expression pour faire passer le message. C'est grâce à la JSK que, venus des quatre coins du pays pour nous soutenir, ils ont pu passer ce noble message(...). C'est pour dire qu'on a été à l'avant-garde de ce combat comme c'est le cas pour d'autres qui ont lutté, chacun à sa manière, pour que le tamazight triomphe", se souvient le joueur. La proximité entre le club d'Agadir et celui de Tizi Ouzou s'est concrétisée en 2013, lorsque le HUSA a invité la JSK pour le match inaugural (3-3) du stade Adrar. L'événement a permis aux Ultras des deux clubs - dont les noms en soi font office de revendication identitaire : les Imazighen et les Kabylie Boys - de tisser des liens avec la cause amazighe comme toile de fond (tifo d'entrée, chants et jeux pyrotechniques réalisés en commun).

Le Hirak des stades

Le stade comme vecteur d'affirmation identitaire, on le retrouve aussi dans le Rif. Deux groupes de supporters du Chabab Rif Al Hoceïma (CRA) se revendiquent comme Ultras : les Ultras Rif Boys et Los Rifeños 2962 qui forment le noyau dur des supporters du club à domicile et sont de tous les déplacements. Ils ont été décimés par la vague d'arrestations des manifestants du Hirak. "On a dénombré entre 50 et 60 anciens leaders Ultras détenus, incarcérés à Aïn Aïcha (Taounate), Taourirt ou Fès. Chacun d'eux attirait sa cohorte au stade", témoigne un supporter du Chabab Rif.

Les supporters d'Al Hoceïma réclamaient la libération des détenus du Rif à l'unisson des militants du Hirak, ce qui leur a valu 
une série d'interpellations et d'interrogatoires.Crédit: Yassine Toumi/TELQUEL

Alors que le mouvement de protestation battait son plein, les Ultras du club donnaient de la voix en scandant à l'unisson des manifestants dans la ville des slogans revendicatifs. Ces mots sont venus se greffer sur des images qui étaient familières dans les gradins du stade : les Ultras du CRA brandissent les figures emblématiques de la région, Amghar Mhand, comme ils s'évertuent à appeler Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi, mais aussi Mohamed Ameziane, chef de la première révolte du Rif en 1909. Sans oublier le drapeau rouge au losange blanc de l'éphémère République du Rif. A l'image du Hassania d'Agadir (HUSA), de l'Atlas de Khénifra ou de l'IZK de Khemisset, les Ultras du CRA affichaient massivement le drapeau tricolore de Tamazgha et les autres symboles de l'identité amazighe (cartographie de l'Afrique du Nord unifiée, banderoles en alphabet tifinagh, chants imprégnés par les dialectes locaux, etc.).

Après les séries d'arrestations, les deux groupes d'Ultras du Chabab Rif Al Hoceïma se sont mis en stand-by. Plus de tifos ni de drapeaux. Mais les supporters se sont mis à scander le serment que faisaient les habitants à la fin des réunions publiques du Hirak. Des "3ach Arrif wala 3acha man khanah" (vive le Rif et mort à ses traîtres) ponctuaient les matchs du CRA, suivis de couplets exigeant la libération des leaders emblématiques du Hirak comme Nasser Zafzafi, Mohamed Jelloul et Nabil Ahamjik. Si bien qu'après chaque match, une série d'interpellations et d'interrogatoires au commissariat avaient lieu suite aux appels à la libération des détenus du Hirak scandés dans le stade Mimoun El Arsi. "Je n'ai plus de contact avec ces supporters. Avant, il m'arrivait de soutenir de mes propres deniers certains de leurs déplacements. Mais avec tout ce qui s'est passé, eux-mêmes ont compris que l'heure n'est pas à la fiesta", explique un ancien haut dirigeant du club, lorsque l'on évoque avec lui la désertion du stade.

Les Ultras du Chabab Rif ont été décimés par 
la vague d'arrestations du Hirak. L'équipe en a été réduite à jouer devant des tribunes vides.Crédit: Yassine Toumi/TELQUEL

Désabusés, donc plus radicaux

Cette adhésion massive d'un groupe ultra à un mouvement de contestation sociale constitue, aux yeux de Abderrahim Bourkia, "une première" au Maroc. "Il n'y avait pas d'implication officielle des groupes Ultras lors des manifestations du 20 février", rappelle-t-il. Bien au contraire, les supporters du Raja et du Wydad ont été appelés à la rescousse pour faire la claque pour Mohammed VI. Alors que la contestation sociale battait son plein dans la rue, les gradins du Stade d'honneur lors du derby ou ceux de Marrakech accueillant les Lions de l'Atlas face à l'Algérie se drapaient de tifos en hommage à Mohammed VI.

Les seules critiques étaient adressées aux autres responsables : "Le public du Raja a scandé à perdre haleine son attachement à la monarchie et au roi Mohammed VI, sans manquer de pointer du doigt le gouvernement et les ministres, qu'ils accusent de s'enrichir en empochant l'argent des contribuables", explique Abderrahim Bourkia. Ainsi, des "Magana messmouma takrahou elhoukouma (la Magana a le verbe tranchant et venimeux, déteste le gouvernement)", des "Malikouna wahed Mohammed assadiss ou al baky cheffara ou âlina hagara (on a un seul roi, Mohammed VI, et les autres sont des voleurs qui nous méprisent)" et des "Mâamrine chkara bi flouss alfoukara (ils remplissent leur porte-monnaie avec l'argent des pauvres)" ont été scandés au stade Mohammed V.

"Autrefois impensables, des actions concertées sont aujourd'hui possibles grâce aux réseaux sociaux et la conviction de l'existence de causes communes qui rassemblent tous les groupes Ultras", ajoute Abderrahim Bourkia. Aujourd'hui, sept ans plus tard, plus de chant d'allégeance au roi, mais des rimes tout aussi accusatrices vis-à-vis des responsables. Le 19 décembre 2017, les Ultras du Raja ont improvisé une chorégraphie lors du match opposant les Verts au Moghreb Athlétic Tétouan (3-1). Vêtus de blouses blanches et de bleus de travail, ils ont dénoncé la programmation du match (un mardi après-midi) à coups de "Mabghitouna neqraou, mabghitouna nkhedmou, mabghitouna naou3aou bach tbqaou fina thakmou (vous ne voulez pas qu'on fasse des études, vous ne voulez pas qu'on travaille et vous ne voulez pas qu'on prenne conscience, pour que vous continuiez à nous gouverner)".

Récemment, la nouvelle de la fermeture du Stade Mohammed V pour cause de travaux a attisé la colère des Ultras casablancais, blasés de voir les matchs de leurs équipes délocalisés, pour la énième fois en quelques années. Les Ultras Eagles ont profité de la rencontre opposant le Raja au Rapide Oued Zem, le 19 décembre dernier, pour exprimer leur courroux à l'encontre de Casa Aménagement et Casa Events, les deux sociétés de développement local en charge de la gestion de Donor. "Casa Escroc : gabegie et pillage", pouvait-on lire sur une banderole. Un message "en référence à Casa Events et Casa Aménagement, en raison de leur mauvaise gestion et leur dilapidation de l'argent public", explique le groupe sur sa page Facebook.

"Les budgets alloués à la rénovation du stade ces dernières années auraient suffi à construire un nouveau stade", s'offusquent-ils. Une exaspération concrétisée par l'annonce par les Ultras des deux rivaux bidaouis de boycotter le derby programmé le 7 janvier 2019 à Marrakech. Chose assez rare pour être soulignée, les frères ennemis des Curvas Sud (Raja) et Nord (Wydad) ont publié un communiqué conjoint où ils dénoncent le caractère "randomisé et aléatoire de la gestion sportive au Maroc, où la confusion et l'improvisation sont devenus les maîtres-mots dans la prise de décision". Green Boys, Eagles et Winners fustigent la délocalisation du derby, la comparant à un "cirque ou un festival de musique". Pour eux, "il est honteux de voir nos responsables incapables d'organiser un match de football local, alors qu'ils comptaient dans le même temps accueillir des événements sportifs internationaux (la Coupe du Monde 2026, ndlr) et continentaux (la Coupe d'Afrique des nations, ndlr)".

L'incompétence des élus aura au moins réussi a réconcilier les Ultras des deux rivaux éternels.

Florilège: Ils connaissent la chanson

Les chants des supporters décrivent le mal-être d'une génération qui estime n'avoir aucun avenir au Maroc.

Bsawt cha3b

Auteurs : Winners Wydad

Bsawt cha3b lli ma9mou3 bsawt nass lmahmouma

Avec la voix du peuple, avec celles des gens désespérés

Jayn ghani jayn goul jay naclaché l7oukouma

Je viens chanter, parler, je viens clasher le gouvernement

Ftoghyane fatou lahdoud bal matraque darbouna

Leur tyrannie a dépassé les bornes, leurs matraques nous ont frappés

Liberta bab ha masdoud fal virage ra khan9ouna

La porte de la liberté est fermée et dans le virage ils nous ont étouffés

Chaque parti kin craqué caméra

fya visé

A chaque fois que je craque (un fumigène) la caméra me vise

Fi bladi dalmoni

Auteurs : Gruppo Aquile

(Ultras Eagles Raja)

Oh OhOhOhOh Fi bladi dalmoni

Oh OhOhOhOh leman nachki 7ali ?

Oh OhOhOhOh Oppressé dans

mon pays

Oh OhOhOhOh A qui pourrais-je

me plaindre?

Oh OhOhOhOh Chekoua lrab l3lali

Oh OhOhOhOh ghir houa li dari

Oh OhOhOhOh Je ne peux me plaindre qu'à Dieu tout puissant

Oh OhOhOhOh Lui seul comprendra ma souffrance

Fhad lblad 3aychine fi ghmama talbine salama nsarna ya moulana

Dans ce pays nous vivons dans un nuage sombre

Nous ne demandons que la paix Dieu aide-nous

Sarfo 3lina 7chich fi ktama khalaouna ki lyatama nt7asbo fi l9iyama

Ils nous ont drogués avec le haschich de Ketama, nous ont abandonnés tels des orphelins, à attendre le jour du jugement dernier

Mawahib daya3touha bi doukha harastouha kif bghito tchoufouha ?

Des talents ont été détruits, détruits par les drogues que vous leur fournissez, comment voulez-vous qu'ils brillent?

Flous lblad ga3 klitouha lberani 3titouha génération 9ma3touha

Vous avez volé les richesses du pays, les avez distribuées aux étrangers et avez réprimé toute une génération

OhOhOhOh 9talto la passion

Oh OhOhOh bdito provocation

Oh OhOhOh Vous avez tué la passion

Oh OhOhOh Vous avez commencé la provocation

Ultras. Crédit : Yassine Toumi/telquel

Cha3b ma9hour

Auteurs : Helala Boys Kénitra Athlétic Club

Cha3b ma9hour ou ta3lim raj3 lour

Peuple opprimé et enseignement en faillite

Cha3b madloum kif lbare7 ki flyoum

Peuple opprimé hier comme aujourd'hui

Cha3b ma7gour kayfekker fel babour

Peuple oppressé, ne pense qu'au bateau

Cha3b mahmoum sektouna bel valium

Peuple désespéré, ils nous ont fait taire avec le valium

Ma3icha on fire ma3ndnach o makhasnach o maghanmchiouch lel3askar

Le coût de la vie est en feu, nous n'avons rien et n'avons besoin de rien mais nous n'irons pas à l'armée

Hemmi ghir lkhadra oukhlas mayhemnach l3askar

Je ne pense qu'à la Verte (le KAC), nous n'irons pas à l'armée

Oulad nass machi rkhas jinakom menlakhar

Nous valons mieux que cela, c'est compris ?

3yit ndor ou9te3t b7or

Auteurs : La Banda maganista (Raja)

3yit ndor ou9te3t b7or, enfin sbabi Raja ghalya (...)

Je suis fatigué de tourner et j'ai traversé les mers, tout ça pour mon cher Raja

Ouldek mahboul raye7 meztoul, l3icha fel marok mahisaouia (...)

Ton fils est fou, drogué, de toute façon la vie au Maroc n'en vaut pas la peine

Mosta9bal ra7, hada houa

l7al, ou mazal l'espoir ba9a kayna (...)

L'avenir est parti en fumée, c'est la vérité, pourtant il reste un peu d'espoir

Jibi 3iany, malgré ghadi, hada houa 7al rajaoui (...)

La poche souffre, et pourtant je m'en vais, c'est ainsi être rajaoui

Belkhadra 3aychine hiya l'oxygène, rabbi issahal 3lina kamline

La Verte est notre vie, notre oxygène, que Dieu nous aide tous

Msselkine ou m3adyine, ray7ine ou jayine, ntssenaou l7ad bach nfajiou

Nous dépannons tant bien que mal, allons et revenons, attendons dimanche pour nous défouler

Courtesy of  TelQuel
Source:  telquel.ma
Publication date of original article: 04/01/2019

 tlaxcala-int.org

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