Brésil le clan Bolsonaro patauge dans la corruption et est impliqué dans le crime organisé

07-02-2019 tlaxcala-int.org 11 min #151835

 Frederico Füllgraf

Un mois à peine après sa prise de fonction, le gouvernement de Jair Bolsonaro est déjà au centre d'un scandale qui va du blanchiment massif d'argent au lien avec des syndicats du crime, dont la majorité est contrôlée par d'anciens ou actuels membres de la « Troupe d'élite » de la police de Rio de Janeiro, de sinistre réputation.

Pire encore, les enquêtes menées par le ministère public et les médias critiques prouvent les nombreuses intrications du fils du président et sénateur récemment élu Flávio Bolsonaro dans l'assassinat de Marielle Franco à la mi-mars de l'année dernière. Cependant, alors que même les médias brésiliens conservateurs ont continué de présenter le cas au public pendant des semaines en manchette de leurs journaux télévisés et imprimés, deux événements ont temporairement fait concurrence au scandale dans les Unes, empêchant sa clarification, en particulier la mise en accusation attendue depuis longtemps des enfants du président.

Après la catastrophe de Brumadinho (rupture d'un barrage de retenue de déchets miniers de la compagnie Vale do Rio Doce, privatisée sous la présidence de Fernado Henrique Cardoso), Israël a envoyé du personnel militaire pour aprticiper aux opérations de secours dans le Minas Gerais.
Bolsonaro: Bienvenus à Brumadinho!
-Excusez le retard, on était occupés à tuer des Palestiniens !
Dessin de Carlos Latuff

D'une part, la rupture du barrage de Brumadinho, qui a fait plus de 300 morts, et d'autre part, l'hospitalisation du Président pour le retrait chirurgical d'un sac de colostomie, que Jair Bolsonaro avait utilisé comme anus artificiel depuis l'attentat présumé subi en septembre 2018. L'emploi restrictif du terme "présumé" est recommandé parce que même la prétendue attaque au couteau contre le candidat présidentiel brésilien de l'époque est maintenant sérieusement mise en doute. Pas de traces de sang et d'autant plus de questions ouvertes, c'est pourquoi un  documentaire d'investigation minutieux envisage l'hypothèse d'une mise en scène politico-médiatique qui aurait favorisé l'élection de Bolsonaro, qui souffre depuis des années d'une maladie intestinale.

Mais que signifient le silence et l'inactivité de l'ex-juge et, depuis le 1er janvier 2019, ministre de la Justice Sérgio Moro ? Interrogée à plusieurs reprises par les médias locaux sur le cas de Flávio Bolsonaro ; début janvier, l'icône de la campagne anti-corruption s'en était sorti par une pirouette, en disant que le président avait "clarifié le dossier". Ce qui n'était absolument pas vrai. Au contraire : plus l'ex-capitaine d'extrême droite nouvellement élu essayait d'éviter l'affaire, plus elle semblait confuse et suspecte.

"Il est extrêmement cynique", a commenté Marcelo Tadeu Lemos de Oliveira, un juge à la retraite du nord-est du Brésil, sur l'attitude du nouveau ministre de la Justice. Selon Oliveira, Moro devrait avoir honte et prendre son chapeau et la porte s'il veut sauver sa légende. « Soit la fausse légende, soit la gloire hypocrite. Parce qu'il est maintenant complètement démoralisé à cause de son attitude. Ce juge Sergio Moro ne m'a jamais déçu », avertit le collègue retraité.

Le blanchiment d'argent du clan Bolsonaro

Le blâme d'Oliveira va au-delà de la simple critique de la loyauté de Moro envers le président. Depuis le 1er janvier, son ministère supervise le Conseil du Contrôle d'Activités Financières (COAF) qui, en tant que département du ministère des Finances, contrôle la légalité des transactions financières, y compris le blanchiment d'argent, depuis environ vingt ans. Sollicité par Bolsonaro pour le poste de ministre de la Justice, Moro a fait du transfert du COAF au ministère de la Justice une condition de son acceptation, prétendument pour un contrôle plus efficace de la criminalité économique et financière.

Mais le jour de son entrée en fonction, l'article 7 du décret 9.663 du 1er janvier 2019, qui soumet les activités d'enquête du COAF à une censure rigoureuse, a mis en évidence le double jeu de M. Moro. Le paragraphe III du texte de l'amendement stipule littéralement qu' "Il est interdit au Président, aux membres du Conseil et au personnel du COAF d'exprimer par tout moyen un avis sur les procédures pendantes en session plénière". Le décret interdit également aux fonctionnaires de fournir ou de divulguer "des informations confidentielles qui sont déjà connues ou vérifiées dans l'exercice de leurs fonctions, y compris à leurs organes d'origine".

Selon certains commentateurs des médias brésiliens, l'imposition de cette obligation de confidentialité est susceptible de blinder un suspect de premier plan, en particulier contre ses accusations : Flávio Bolsonaro, l'ancien conseiller municipal et fils plus jeune du président, élu sénateur en octobre 2018. Bolsonaro Junior, 38 ans, a eu le malheur de voir le COAF déterminer qu'entre juin et juillet 2017 48 dépôts "inhabituels" s'élevant à 2 000 reais (environ 500 €) et un dépôt d' 1 million de reais (environ 250 000 euros) ont été effectués sur son compte bancaire.

Et ce n'est pas tout, les responsables du COAF ont fait une découverte encore plus bizarre. Ils ont noté que Fabrício Queiroz, ancien policier employé par Flávio Bolsonaro comme "assistant" - c'est-à-dire chauffeur et garde du corps - jusqu'à fin 2018, a enregistré pas moins de 7 millions de reais (1,7 million d'euros) en trois ans de mouvements de comptes "atypiques". Les mouvements de comptes de Queiroz n'étaient pas seulement "atypiques" parce que ses signes extérieurs de richesse étaient incompatibles avec son salaire de base, mais aussi parce que l'ex-policier avait transféré des dizaines de montants individuels sur des comptes tiers.

Queiroz s'est d'abord caché dans la forteresse des milices criminelles de Rio das Pedras avant d'être admis à l'hôpital Albert Einstein, le plus cher du Brésil, en raison d'une prétendue insuffisance cardiaque, où il a été filmé peu après par un téléphone portable pendant une danse de joie. Cette scène est venue cimenter l'impression multiforme que le Brésil est une maison de fous imprévisible.

En décembre 2018, l'enquête a soudainement atteint Jair Bolsonaro en personne, qui venait d'être élu président. Queiroz avait transféré un chèque de 24 000 reais (= 8 000 €) à Mme Michelle Bolsonaro, la future Première Dame. Son mari, l'ex-capitaine d'extrême droite, s'en est sorti en expliquant qu'il s'agissait du "remboursement d'un prêt" de son ami de longue date Queiroz, qu'il avait, "faute de temps pour utiliser un distributeur automatique", transféré sur le compte de sa femme. L'excuse plus que douteuse a été donnée par un président bégayant qui évitait le contact visuel et était maintenant également suspecté.

L'autorité du COAF n'a découvert les irrégularités du trafic d'argent du clan Bolsonaro que par hasard. Le rapport d'enquête, qui a été envoyé aux médias, avait été produit dans le cadre de l'"Opération Furna da Onça (Fosse au léopard)" pour enquêter sur la corruption de l'ancien gouverneur de Rio de Janeiro, Sérgio Cabral, de nombreux subalternes et 20 membres du parlement de Rio, dont la majorité a fait l'objet de mandats d'arrêt du procureur.

Marielle Franco: les 13 balles tirées sur sa voiture, la tuant ainsi que son chauffeur, provenaient d'un lot de munitions acheté par la Police fédérale en 2006

Les Bolsonaro, les milices de Rio et l'assassinat de Marielle Franco

Bien avant le scandale du COAF, les médias dominants du Brésil s'interrogeaient sur la richesse soudaine du clan Bolsonaro. Le fils de Bolsonaro, Eduardo, par exemple, a augmenté sa fortune de 55 % en un peu moins de quatre ans, son frère Flávio de 432 %, ce qui est étonnant. La question qui reste sans réponse est la suivante : les revenus "atypiques" de Flávio ont-ils été versés dans son patrimoine privé ou des sommes partielles de ses mouvements de comptes et de ceux de son garde du corps Queiroz ont-ils servi à financer le crime organisé, et les Bolsonaro encaissent-ils leurs parts de butin des milices criminelles ?

Après l'entrée en fonction de Jair Bolsonaro, le story telling de la famille pour détourner toute suspicion a reçu un éclairage pour le moins macabre. Lorsque le parquet de Rio de Janeiro a ouvert son "Opération Les Intouchables" (Operação Intocáveis) avec un mandat d'arrêt contre des miliciens accusés d'avoir dirigé le syndicat des gangsters et le plus dangereux escadron de la mort de la favela Rio das Pedras, baptisé "Escritório do Crime" ("Bureau criminel"), il est tombé non seulement sur deux des héros du film "La troupe d'élite", primé à la Berlinale de 2008, mais aussi sur le fils du président, Flávio Bolsonaro.

En 2003, Adriano Nóbrega, ancien capitaine du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de la police) et son collègue, le major Ronald Pereira, ont reçu une médaille "pour services extraordinaires" du conseil municipal, sur proposition du conseiller municipal Flavio. Quelques jours plus tard, cependant, tous deux furent accusés d'appartenir à une "garnison du mal" et arrêtés, mais relâchés de manière inexplicable.

Après de nombreuses recherches - en particulier par le portail d'investigation The Intercept publié par l'ancien correspondant au Brésil du Guardian britannique, Glenn Greenwald - le quotidien Folha de S.Paulo a démasqué le 30 janvier dernier les Bolsonaro avec un diagramme mémorable.

Le titre tirait à l'artillerie lourde : " Le diagramme PowerPoint des liens du Bolsonaro avec Queiroz et les milices", étayé, entre autres, par les multiples hymnes parlementaires de Jair Bolsonaro aux milices et des photos des années écoulées, dans lesquelles père et fils Bolsonaro sourient à la caméra bras dessus bras dessous avec des miliciens criminels. En un mot : le milicien Adriano Nóbrega est le meurtrier présumé de la conseillère municipale Marielle Franco.

Mais les lecteurs brésiliens sans méfiance ont été étonnés d'apprendre que la mère et l'épouse de Nóbregas étaient également employées au bureau de conseiller municipal de Flávio Bolsonaros jusqu'à fin 2018.

Que sont les milices ?

Les milices sont le modus operandi des organisations criminelles mafieuses de Rio de Janeiro, en particulier dans les favelas (communautés à faible revenu et bidonvilles), devenues paramilitaires et opérant illégalement depuis 20 ans sous prétexte de lutter contre la criminalité et le trafic de drogue. Recrutés parmi des policiers, pompiers et vigiles, agents pénitentiaires et militaires, anciens et actuels, ils sont soutenus par des dirigeants communautaires, couverts par les politiciens locaux et même contractés pour commettre des assassinats. De nombreux miliciens sont membres des parlements de la ville et de l'État de Rio de Janeiro depuis des années.

Leur principal moyen de financement est le chantage aux hommes d'affaires et même à la population pauvre en leur faisant payer des "frais de protection", mais ils font aussi du commerce illégal de gaz, de télévision par câble, de machines à sous, de biens immobiliers et de moyens de transport alternatifs dans les banlieues. Selon le Centre de recherche sur la violence de l'Université d'État de Rio de Janeiro (UERJ), en 2010, les milice dominaient au moins 41 % des 1 006 favelas de Rio de Janeiro. Huit ans plus tard, le numéro d'avril 2018 de The Intercept rapportait : « Les milices ont pris le contrôle total de Rio de Janeiro ».

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  nachdenkseiten.de
Publication date of original article: 06/02/2019

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newsnet 19/02/07 09:17

les brésiliens ont voté pour ça
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