En tant qu'Israéliens, nous appelons le monde à intervenir au nom des Palestiniens

05-02-2019 reseauinternational.net 9 min #151771

par Ilana Hammerman et David Harel

Nous sommes des citoyens patriotiques, mais nous sommes horrifiés par l’escalade des tensions dans notre pays : nous craignons pour ceux qui vivent ici.

L’État d’Israël est confronté à une situation catastrophique qui pourrait, très bientôt, conduire à une effusion de sang massive. Il est temps que la communauté internationale agisse de manière décisive. Une pression extérieure substantielle – politique, économique et culturelle – offre la seule chance de sortir de cette situation impossible avant qu’il ne soit trop tard. Il ne s’agit pas d’un boycott généralisé du pays dans le genre  Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), mais d’actes de pression divers, soigneusement élaborés.

Nous représentons un groupe d’intellectuels et de personnalités culturelles au cœur de la société israélienne, dont plusieurs sont de renommée mondiale dans leur domaine. Nous sommes des citoyens israéliens patriotiques qui aiment notre pays et qui contribuent sans relâche à la science et à la culture israéliennes, ainsi qu’à celles du monde en général. Nous avons bien l’intention de rester ici et de continuer à contribuer, mais nous sommes horrifiés par la situation et nous nous inquiétons profondément pour nos vies et celles de nos enfants, ainsi que pour les vies des 13 millions de juifs et arabes qui vivent ici et qui ne possèdent aucune autre patrie.

La décision d’orienter notre appel vers le monde extérieur n’est pas prise à la légère, et nous le faisons avec le cœur lourd. La pression que nous estimons nécessaire doit venir des gouvernements et des parlements, bien sûr, mais aussi de la société civile, des individus et des établissements. Depuis 1967, aucun gouvernement israélien n’a mis un terme à l’expansion des colonies en Cisjordanie occupée. De plus, ces dernières années, la politique idéologique officielle et ouvertement affirmée du gouvernement israélien élu veut que cette terre, de la Méditerranée au Jourdain, appartienne dans son intégralité au peuple juif.

Dans l’esprit de cette idéologie, les processus d’oppression, d’expulsion et de nettoyage ethnique des Palestiniens vivant en Cisjordanie s’étendent et s’approfondissent. Cela inclut également Jérusalem, qui a été annexée par Israël en 1967, et dont les frontières s’étendent presque de Bethléem au sud à Ramallah au nord. Les tribunaux israéliens sont en train de légitimer  la destruction de villages entiers et la Knesset est en train d’adopter de nouvelles lois qui réduisent progressivement la capacité des tribunaux à se prononcer. D’autres  légitiment l’expropriation supplémentaire de terres privées palestiniennes en faveur des colonies construites sur ces terres. Ces actes d’expropriation unilatérale violent les parties du droit international qui protègent les civils des territoires occupés, et certains sont même en violation du droit israélien.

Depuis des années, la communauté internationale parle d’une solution fondée sur la coexistence dans la paix et la sécurité des États séparés israéliens et palestiniens. Mais la politique israélienne actuelle rend cela impossible. Au cours des 51 années de régime militaire en Cisjordanie,  Israël a pris possession de grandes quantités de terres et y a installé environ 600 000 citoyens israéliens dans des centaines de colonies. Israël leur fournit des routes, de l’eau et de l’électricité, a construit et financé leurs institutions sanitaires, éducatives et culturelles, et leur a donné les mêmes droits civils et politiques qu’aux citoyens résidant sur son territoire souverain.

En contraste, Israël comprime l’espace de vie des résidents palestiniens, qui ne jouissent d’aucun droit civil ou politique. Avec l’aide de lois, de règlements spéciaux et d’ordres militaires, Israël les exclut des zones qu’elle a attribuées à ses citoyens et pour ses activités de formation militaire. Elle délimite puis exproprie leurs terres privées et publiques sur la base de règles qu’elle fixe pour le seul bénéfice de ses propres citoyens. Elle confine leurs villages en les entourant de clôtures et de barrières, détruit les maisons et leur refuse toute expansion ; elle impose des punitions collectives, détient des milliers d’hommes, de femmes et de mineurs, les juge dans un système judiciaire militaire et les emprisonne sur son territoire souverain.

Comme toutes ces actions sont menées en violation du droit international, la situation qui en résulte n’est plus seulement un problème interne à Israël. Les institutions de la communauté internationale ont pris de nombreuses décisions visant à freiner ces actions, mais aucune ne s’est jamais accompagnée de mécanismes d’application.

Une réalité destructrice, violente et explosive devient donc la norme dans ces régions. Nous, qui nous trouvons au cœur de cette réalité, pensons que la communauté internationale doit apporter son aide, car c’est à elle seule que revient la responsabilité de faire respecter ses traités et les décisions de ses institutions, et que, dans les circonstances actuelles, elle seule peut le faire.

Jamais ces questions n’ont été aussi claires et aussi urgentes qu’aujourd’hui : si la paix n’est pas établie très rapidement dans cette partie du monde, une région qui est devenue une bombe à retardement de tensions nationales et religieuses, il n’y aura ni avenir ni vie pour nous ou pour les Palestiniens.

Source :  As Israelis, we call on the world to intervene on behalf of Palestinians

traduit par Pascal, revu par Martha pour  Réseau International

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