Syrie : guerre et paix

30-01-2019 3 articles reseauinternational.net 10 min #151457

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Après l’annonce de Trump de retirer ses troupes de Syrie, les médias occidentaux l’ont accusé  d’abandonner les Kurdes face aux Turcs et à  l’armée syrienne !!

Mais bien vite, les délais du départ des forces US se sont rallongés passant de 1 mois à 4, puis de 4 mois à une date indéterminée : le temps que le repli soit entièrement sécurisé !!

Tout ceci est de la communication, car  il n’a pas fallu des mois aux troupes US pour quitter le Vietnam après la victoire du FNL. Les USA ne quitteront pas la Syrie de sitôt car le Pentagone et la CIA sont contre, et surtout Israël allié indéfectible qui est farouchement opposé  à cette capitulation face à Damas.

Malgré la victoire de l’armée syrienne sur Daesh, presque un tiers du territoire échappe encore au contrôle de Damas. La question posée pour le gouvernement syrien est de libérer la totalité de son territoire. Il en va de l’intégrité d’un pays souverain.

Alors, quid des quatre zones occupées :

  • au nord ouest de la Syrie : occupation turque (zone vert clair)
  • un peu plus au sud  : occupation d’Al-Qaïda (zone vert foncé)
  • à l’est de la Syrie : occupation des troupes de l’OTAN (zone jaune) alliées aux Kurdes
  • Au sud de la Syrie : la base stratégique US d’Al-Tanf (en bleu)

 La libération de ces quatre zones dépend principalement des deux pays occupants : les USA et la Turquie.

 I –  LES PAYS OCCUPANTS

 A –  Les USA

Il n’y a pas  le moindre signe du retrait des troupes américaines de Syrie que Trump a promis le 19 décembre 2018!

Mais, tout au contraire, des rapports font part de l’acheminement inquiétant  d’équipements et de militaires en Syrie par les États-Unis :

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), organe de propagande de l’opposition syrienne dont le siège est à Londres, réaffirme l’arrivée de 250 camions chargés d’armes, appartenant à la coalition américaine, sur le sol syrien.

« Les camions étaient chargés d’équipements militaires et logistiques et ils sont arrivés dans les provinces d’Alep, de Raqqa et de Hassaké. Les armes et les équipements ont été distribués parmi les bases de la coalition américaine à Kobané, à l’aéroport de Kobané, à Aïn Issa, à Raqqa et à Tell Tamer. Avant l’arrivée de ces camions sur le sol syrien, des centaines de commandos américains étaient entrés en Syrie », explique l’OSDH début 2019.

Le 11 janvier 2019, la même organisation a fait part de l’arrive en Syrie d’un convoi militaire américain composé de 150 camions qui étaient chargés de blindés et des équipements militaires et logistiques. Le convoi a fini par s’installer dans deux bases américaines, l’une dans le nord de la ville de Raqqa et l’autre à l’aéroport de Kobané.

Le 14 janvier 2019, l’OSDH a annoncé l’arrivée à Deir ez-Zor d’un convoi militaire américain composé de dizaines de véhicules.

Les USA ne sont pas sur le chemin du  départ. Ils arment toutes les parties hostiles au gouvernement Syrien et de l’autre côté de la frontière, en Irak, ils créent de nouvelles bases militaires tout près de la Syrie  :les forces US ne seront pas trop loin pour y intervenir.

Ainsi, pour ne pas perdre la main en Syrie, Washington compte maintenir son influence politique et militaire dans ce pays via des parties interposées.

Donald Trump qui a débarqué en intrus sur une base militaire US à al-Anbar, en Irak, dans la nuit de mercredi à jeudi 26 décembre 2018 a  affirmé : « que les forces US stationnées depuis 2003 en Irak allaient continuer à frapper militairement la Syrie ». Tout est dit.

B –  La Turquie

1- Rappel historique

La Turquie a toujours eu l’ambition d’annexer le nord de la Syrie. Elle a tout fait pour aider les terroristes a l’envahir. A l’âge d’or de Daesh, elle assurait le transport du pétrole volé par ses amis terroristes vers ses ports. Ainsi, le fils du Présidant Erdogan  propriétaire d’une énorme flotte de camions a participé directement à ce pillage. Le pétrole était vendu au tiers du cours mondial et a rapporté des milliards à Daesh et aux turcs.

De plus, les terroristes ont déménagé les machines outils, le matériels de plus de1000 entreprises de la région d’Alep vers la Turquie. Tout ceci représente un butin considérable offert à très bas prix aux turcs par Desh et Al-Qaïda.

Après les victoires remportées par Damas sur Daesh, la position de la Turquie a évolué. Erdogan en serpent très réaliste s’est rapproché de la Russie et de l’Iran en participant aux conférences tripartites d’Astana et de Sotchi dont le but est de trouver une solution politique à  la guerre en Syrie.

(Voir Annexe A1 et A2)

2 – La zone de désescalade  d’Idlib : l’enrôlement des terroristes par la Turquie       

La zone de désescalade d’Idlib

Un nouvel accord,dit de Sotchi  du 17 septembre 2018 entre la Russie et la Turquie a crée une zone  démilitarisée (zone en beige sur la carte ci-dessous) de 20 km a l’intérieur de cette zone verte qui  engage par écrit la Turquie à désarmer tous les terroristes dans la zone démilitarisée.

Mais  la Turquie n’a pas joué le jeu . En effet,  elle a pris soin d’enrôler le maximum des terroristes  les moins virulents dans son armée en vue d’une future attaque sur le nord est de la Syrie    . Ces terroristes ont déplacé leurs équipements lourds (chars et artillerie) hors de la zone démilitarisée conformément à l’accord.

Quant aux  factions terroristes les plus extrémistes, Tahrir al Sham (ex Al-Qaïda) et les Turkmènes qui  ne respectent pas l’accord, ils ont creusé des fossés pour cacher leurs armes sur place. La Turquie qui a la responsabilité de les supprimer n’a rien fait, bien au contraire les laissant face à l’armée syrienne comme glacis afin de protéger ses conquêtes.

La zone de désescalade d’Idlib

 3 – La création d’une zone tampon de sécurité  de 20 à 30 Km    (en bleu sur la carte)

Aujourd’hui, la Turquie en plus de faire  la sourde d’oreille exige, en accord avec les USA, la création sur le territoire  Nord  syrien d’une zone tampon de sécurité (en bleu)  pour être protégée des terroristes kurdes. Pourquoi pas une telle zone sur son territoire !!!!

De fait, Ankara cherche ainsi à interdire tout projet d’auto-administration ou d’autonomie territoriale des Kurdes de Syrie à la fois dans l’est et le nord du pays.

Or, la Turquie dit toujours qu’elle soutient l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie et qu’elle peut convaincre les États-Unis de l’accepter aussi. !!!!

Dans un tel contexte :

–   pourquoi la Turquie ne soutient-elle pas ce règlement légal et légitime ?

–   pourquoi Ankara ne facilite-t-il pas l’installation des forces de l’État syrien à ses frontières et à l’est de l’Euphrate ?

4 – Erdogan  ne veut pas appliquer l’accord de Sotchi 

L’application par la Turquie de ses obligations dans le cadre de l’accord de Sotchi et le retrait des forces américaines de l’est favoriseraient le contrôle des régions kurdes par l’État syrien (directement ou par l’intermédiaire des Russes) en y trouvant une solution acceptable pour les Kurdes. Mais ceci n’est pas du goût des turcs qui veulent peser dans les négociations politiques .

Il est clair que Erdogan veut implanter dans la zone de sécurité les terroristes modérés ou non qu’il a enrôlé dans la zone de désescalade d’Idlib.

Ainsi, le serpent turc pourrait continuer à  peser sur l’avenir de la Syrie et éventuellement poursuivre son but d’annexion du Nord syrien.

De leur côté les Américains sont d’accord avec la stratégie d’Ankara, car ils ont également parrainé et dirigé un grand nombre de ces groupes armés dans la guerre contre l’État syrien et ne veulent pas que le retrait de leurs forces prive ces groupes armés des acquis politiques, même superficiels, lors des négociations.

En résumé, Erdogan joue ainsi sur les deux tableaux :  OTAN et Russie (oléoduc du Sud pour l’acheminement du gaz russe et achat des fameuses batteries anti-missiles S400 russe).

Or, l’OTAN a également besoin de la Turquie pour l’accès à la mer Noire pour toute opération future contre la Russie et la Crimée. C’est tout le dilemme.

Pour conclure, la Turquie s’est placée opportunément au centre de cette guerre. Membre de l’OTAN, elle dépendra cependant de la Russie et de l’Iran pour sa fourniture d’énergie, et de Moscou pour construire des centrales électriques et livrer un système de défense antimissile S-400 à Ankara.Enfin le commerce turc regarde aussi vers la nouvelle route de la soie de la Chine et l’Union économique eurasiatique d’Iran, de Russie, d’Asie centrale et de Chine.

En raison de tout cela  la Turquie devra  choisir définitivement son camp : hors de l’OTAN.ou non ?

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