La Chine et la « fondation » d'un destin pour l'humanité ?

21-01-2019 histoireetsociete.wordpress.com 8 min #151024

Ce que j'ai appris à Cuba, essentiellement grâce à une meilleure connaissance de la démarche de Fidel, c'est qu'il faut penser la politique au moins sur 50 ans, c'est-à-dire que celui qui la met en oeuvre doit savoir qu'il n'en verra pas les résultats et doit donc préparer sa succession, ce qui est sans doute une des choses les plus désagréables qui soient et qui nécessitent un entourage collectif sans complaisance. Toutes choses mises en oeuvre par Fidel Castro et qui lui ont permis de durer en s'arcboutant sur la volonté d'indépendance de son île et des Cubains eux-mêmes et en s'ouvrant non seulement au monde socialiste, mais à celui du tiers monde et des non alignés.

Cette comprehension de la stratégie cubaine, devenue celle d'un peuple au-delà du dirigeant, m'a permis en 1994 de voir surgir son corrollaire les rapports sud-sud, le rôle de la Chine dans ce domaine, aujourd'hui il me semble qu'il faut lire la stratégie chinoise sur le même long terme, une cinquantaine d'années et plus. Ce qui fait que si on assiste apparement à la permanence d'un dirigeant,Xi Jinping celui-ci n'existe que par rapport à des collectifs dont il est la simple émanation.

Donc depuis ses réformes, la Chine joue une perspective séculaire, celle d'une mondialisation alternative à celle du capitalisme occidental néo-colonial héritée à la fois du XIXe siècle et de la fin de la deuxième guerre mondiale, celle déjà décrite par lénine dans Impérialisme stade suprême du capitalisme et dans laquelle la financiarisation de l'économie a encore aggravé le pouvoir de nuisance des concurrences intermonopolistes. Il s'agit d'abord pour le pays continent de prendre acte de l'innovation d'Hitler, faire sortir la guerre du champ de bataille, s'attaquer en priorité aux civils, par les bombardements, mais aussi par la famine et la destabilisation permanente et donc d'affronter l'ennemi sur tous les terrains y compris désormais celui de l'innovation. Il a utilisé les mêmes armes, envoyé ses capitalistes à l'assaut tout en les tenant dans la cage du plan et du contrôle politique par le parti communiste.

Cette mondialisation part du constat de l'impossibilité du retour en arrière et de la nécessité de se situer dans le flot du Yang Tsé, d'y nager si l'on veut en infléchir le cours. Seul un pays continent qui survit quasiment sur les mêmes rails dans les plus grands bouleversements depuis quatre mille ans, peut avoir un sens du temps politique et historique à un tel niveau. De ce point de vue, sa classe capitaliste, son obstination à contribuer aux réalisations chinoises présente des différences par rapport aux oligarques russes et nos capitalistes occidentaux. Ils ne sont pas sans être déchiré par un « conflit à la Faust »(Marx) entre jouissance immédiate et accumulation (y compris au profit de leur nation), mais le parti communiste semble être là pour les aider à trancher.

Ce qui m'intéresse donc c'est ce projet, son caractère collectif. Je crois que les dirigeants chinois qui probablement forment une unité des contraires et sont divisés en tendance ont pris avec Xi Jinping un axe, celui d'une perspective de mondialisation qui va encore plus loin que ce que nous l'imaginons, la survie de l'humanité pensent-ils passe par des projets collectifs à travers lesquels se réalisera leur unité dans la diversité.Cela passe par un monde multipolaire s'appuyant sur des rapports sud-sud pour affronter l'empire etatsunien déclinant. Mettre en oeuvre ce monde là serait déjà difficile si tout le monde était d'accord, alors imaginez une situation où l'empire séniele est prêt à aller jusqu'à l'autodestruction de la planète pour maintenir son pouvoir. Les dangers sont sans limite et malgré ce il faut prévoir l'au-delà du combat sans pitié.

les forces progressistes et a fortiori les communistes doivent se positionner non seulement par rapport à l'Europe telle qu'elle est et la manière dont elle est le maillon faible, l'homme malade de cet empire déclinant, mais aussi par rapport au véritable continent d'un futur proche: l'Eurasie. Ce que nous avons à apporter au destin de l'humanité passe par une estimation réaliste de ce que la nouvelle étape du développement des forces productives impose comme transformation. ne pas retrécir notre champ de vision...

Le fait que les Chinois s'intéressent désormais à la conquête spatiale, à la création de base de survie presqu'autant qu'à des routes qui recréent de nouveaux rapports planétaires n'est pas simple caprice pharaonnique. A cette humanité unifiée et néanmoins turbulente, il faut donner une perspective d'expansion vers l'univers tout en harmonisant leurs efforts de collaboration.

Mes lectures, de Fidel, voir de Machiavel autant que Marx m'incitent à me poser ces questions, mais pourquoi le cacher il m'arrive à penser à fondation d'Asimov(1). Ceux qui n'ont pas lu ces livres doivent se précipiter pour le faire. Azimov est l'anti Elie Wiesel, sa manière à lui d'échapper à l'extermination c'est la projection dans un trés lointain avenir bienveillant. Il raconte donc un temps où les êtres humains occupent toute notre galaxie. un savant inventeur de la psycho-histoire a compris que cet empire galactique allait plonger dans l'anarchie, la guerre et la baérbarie. Il créé donc deux fondations, sur deux planètes, l'une représente l'avenir technique et scientifique de l'humanité et l'autre son sens spirituel. la première fondation est connue, periodiquement l'hologramme du savant vient la visiter pour leur proposer une nouvelle étape. Et l'empire se reconstruit sur d'autres bases, mais un des ingénieurs de la première fondation est chargé d'aller à la recherche de la première qui est restée cachée pour choisir un destin pour l'humanité. Il se rend compte qu'il faut pour cela qu'il retrouve la terre initiale et cela donne lieu à de multiples péripéties. Il découvre gaia, une planète où tous les êtres vivants mais aussi l'herbe, les plantes vivent en osmose totale en jouissant des sensations de tous. Après avoir fait l'amour avec une femme-gaia, l'ingénieur choisit ce destin pour l'humanité, mais lui tel qu'il est s'enfuit le plus loin possible de cette évolution qui devra se poursuivre durant des millénaires.

Toute plaisanterie et référence à la science fiction mise à part, il est évident qu'en France ce qui se développe hors une volonté d'en finir avec la misère, de vivre dans la dignité, inscrite dans la programme chinois, il y a un retour vers le collectif mais qui passe du moins pour le moment par une défiance envers les dirigeants et un besoin d'horizontalité. la défiance envers les procédures électorales, aussi bien qu'envers la presse, met en cause le modèle libéral, nous sommes en pleine « pathologie de la démocratie » comme l'analyse un article d'Evelyne Pieiller du Monde diplomatique que je publie par ailleurs, ce qui devrait nous inciter sans aucun relatisme culture à considérer le monde en train de naître comme un champ d'expérimentation plutôt que le domaine sur lequel nous exercerions une supériorité idéologique néo-coloniale. ne serait ce que pour préserver la paix.

danielle Bleitrach

(1) Fondation d'Azimov figure dans la liste des 100 romans les plus importants du XXe siècle établie par le Monde des Livres.

(2) ne jamais oublier notre rôle civilisateur et porteur de démocratie...

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