Attaque multiforme contre le Venezuela à la veille de l'investiture de Maduro

18-01-2019 2 articles investigaction.net 22 min #150934

18 Jan 2019

Article de :  Frederick B. Mills William Camacaro Roger D. Harris

L'entrée en fonction du président vénézuélien Nicolás Maduro pour son second mandat le 10 janvier est la cible des États-Unis, de leurs alliés du  Groupe de Lima et de l'opposition vénézuélienne pure et dure. Ils ont exigé que Maduro refuse son investiture. Une attaque multiforme visant à un changement de régime est en cours, au moyen de sanctions, de menaces militaires et d'une campagne de délégitimation visant à remplacer le président démocratiquement élu.

Depuis que Hugo Chávez a entamé son premier mandat à la présidence en 1999, la Révolution bolivarienne a encouragé l'intégration et l'indépendance régionale, a résisté au néolibéralisme, s'est opposée aux accords de « libre-échange » qui compromettraient son autonomie nationale et a soutenu l'émergence d'un monde multipolaire. À cause de ces politiques, Chávez (1999-2013) et maintenant Maduro ont dû faire face à des attaques incessantes du colosse du nord. Aujourd'hui, l'administration Maduro est confrontée aux défis de défendre la souveraineté nationale contre la domination impériale et de surmonter des sanctions américaines paralysantes qui ont exacerbé la grave crise économique.

Les États-Unis ont annoncé de façon éhontée qu'ils réfléchissaient à une  « option militaire » contre Caracas et ont rassemblé une coalition de volontaires en Colombie et au Brésil pour préparer une éventuelle intervention « humanitaire ». Le plus inquiétant est que les États-Unis semblent indifférents aux conséquences d'une telle invasion, qui pourrait facilement provoquer une conflagration régionale et globale impliquant la Colombie, le Brésil, et même la Russie et la Chine.

Ce que les États-Unis trouvent particulièrement exaspérant est que Maduro a eu la témérité de se présenter à sa réélection en mai 2018 après que les États-Unis eurent demandé sa démission. Le  Département d'État américain avait averti quatre mois avant l'élection que le processus « serait illégitime » et que les résultats « ne seraient pas reconnus ». L'ambassadrice américaine à l'ONU,  Nikki Haley, a insisté pour que Maduro abdique et que les élections présidentielles soient reportées.

La Commission électorale nationale vénézuélienne a rejeté ce diktat de Washington. Le  20 mai 2018, les électeurs vénézuéliens ont eu l'audace de réélire Maduro à une  majorité de 67.84%, avec un taux de participation de 46.07% (représentant 9 389 056 votants). Deux candidats de l'opposition se présentaient aussi, Henri Falcón et Javier Bertucci, malgré un boycott de l'élection orchestré par les partisans de la ligne dure et les États-Unis.

Nouvelle phase dans la campagne contre le Venezuela

La campagne pour parvenir à un changement de régime entre dans une nouvelle phase avec l'investiture du président Maduro pour son second mandat. Sans statut juridique ni représentation au Venezuela, le Groupe de Lima est devenu l'un des principaux protagonistes d'un coup d'État en douceur au Venezuela.

Cinq jours seulement avant l'investiture, lors d'une réunion tenue dans la capitale du Pérou, 13 des 14 membres du  Groupe de Lima ont publié une  déclaration exhortant Maduro « de ne pas prendre la présidence le 10 janvier... et de transférer temporairement le pouvoir exécutif à l'Assemblée nationale jusqu'à la tenue d'un nouveau scrutin présidentiel démocratique ».

Le lendemain,  Andres Pastrana, ancien président de la Colombie, un pays membre du Groupe de Lima, a tweeté que le nouveau président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidó, devrait « assumer la présidence du gouvernement de transition tel qu'établi dans la Constitution qui entre en vigueur le 10 janvier et comme le demande le Groupe de Lima ».

Dans un discours prononcé devant l'Assemblée nationale vénézuélienne le 5 janvier, s'est interrompu juste avant de revendiquer le pouvoir exécutif, mais a déclaré qu'à partir du 10 janvier, Maduro devait être considéré comme un « usurpateur » et un « dictateur ». Guaidó a également appelé à un gouvernement de transition qui tiendrait de nouvelles élections et « autoriserait » une intervention étrangère.

Bien que les États-Unis ne soient pas formellement membres du Groupe de Lima, le secrétaire d'État Mike Pompeo a participé à la réunion par téléconférence. Pompeo était revenu plus tôt dans la semaine d'une visite au Brésil et en Colombie pendant laquelle, selon un haut responsable du Département d'État, l'investiture de Maduro était à l'ordre du jour :

« Une date très importante approche, le 10 janvier, où Maduro se remettra le pouvoir sur la base d'une élection que de nombreux gouvernements dans la région et dans le monde ont condamnée, et notamment les États-Unis, [...] comme illégitime. Nous débattrons par conséquent, j'en suis sûr, de nos efforts communs avec la Colombie et avec la région pour faire face à la nouvelle ère qui s'ouvre le 10 janvier au Venezuela. »

Le projet impérial américain

La politique américaine à l'égard du Venezuela a trois objectifs stratégiques : l'accès privilégié aux ressources naturelles du pays (c'est-à-dire les plus grandes réserves de pétrole et le deuxième gisement aurifère au monde), la restauration d'un régime néolibéral obéissant à Washington et la limitation de tout mouvement vers une indépendance régionale.

Ces objectifs américains sont conditionnés par une adhésion durable à la Doctrine Monroe pour l'Amérique latine et les Caraïbes, ce qu'on appelle l'« arrière-cour » de l'Empire étasunien. La mutation contemporaine de la doctrine impériale de 1823 implique une nouvelle guerre froide contre la Russie et la Chine et l'hostilité à l'encontre de toute intégration régionale indépendante de l'hégémonie nord-américaine.

Dans les années 1980-1990, pendant la Quatrième République du Venezuela, les élites locales ont accordé à Washington un accès préférentiel aux riches ressources naturelles du Venezuela et consciencieusement imposé un modèle économique néolibéral au pays. Actuellement, la politique des États-Unis semble viser à restaurer un tel  État-client.

Pour y parvenir, cependant, le projet impérial nord-américain devrait non seulement changer les dirigeants vénézuéliens, mais aussi détruire les institutions et même les symboles de la Révolution bolivarienne. Les sanctions américaines dévastatrices visent à  accroître les difficultés économiques pour finalement briser la volonté de la base chaviste et fracturer l'armée vénézuélienne ainsi que l'alliance civile-militaire. Cet effondrement ouvrirait probablement la voie à l'installation d'un gouvernement provisoire.

Il est temps de redonner une chance à la paix. Mais Washington a choisi de faire primer la ligne de l'affrontement tracée par le Groupe de Lima et le Secrétaire général de l'Organisation des États américains (OAS), dont le siège est à Washington, sur les efforts du Vatican et de l'ancien Premier ministre espagnol,  Luis Zapatero, visant à favoriser le dialogue entre le gouvernement et l'opposition. Le projet impérial est soutenu par la restauration conservatrice au Brésil et en Argentine et par la victoire électorale des uribistes en Colombie.

La guerre multiforme contre le Venezuela et la réponse bolivarienne

Washington mène une guerre multiforme contre le Venezuela en déployant des sanctions économiques, en soutenant une campagne visant à installer un gouvernement de transition et en préparant des  forces mercenaires et paramilitaires pour une éventuelle intervention.

Le 4 août 2018, une  tentative d'assassinat manquée contre le président Maduro n'a été condamnée ni par Washington ni par le Groupe de Lima. Le 4 novembre, selon le ministre vénézuélien de la Défense Vladimir Padrino, trois gardes nationaux bolivariens ont été tués et dix blessés dans une attaque par des  forces paramilitaires colombiennes dans la région frontalière d'Amazonas. Le 5 décembre, le vice-président brésilien élu,  Hamilton Mourão, a déclaré : « Il y aura un coup d'État au Venezuela [...] Et les Nations unies devront intervenir avec des forces de maintien de la paix [...] et c'est là le rôle du Brésil : diriger cette force de maintien de la paix. »

Le 12 décembre 2018, le président Maduro a rapporté que « 734 membres d'un groupe paramilitaire appelé G8 s'entraînaient [dans la ville de Tona, en Colombie] à attaquer des unités militaires dans les États frontaliers de Zulia, Tachira, Apure et Amazonas ». Il faut prendre ce rapport au sérieux étant donné la présence de huit bases militaires étasuniennes en Colombie, la récente association de Bogotá avec l'OTAN,  le refus de la Colombie de toute communication directe avec les autorités vénézuéliennes et sa participation à des  exercices militaires dirigés par les États-Unis ces deux dernières années. La semaine dernière, le Secrétaire d'État américain Pompeo s'est rendu en Colombie et au Brésil pour consolider les efforts conjoints visant à  « restaurer la démocratie » au Venezuela.

En réponse, le Venezuela a renforcé l'alliance civile-militaire qui s'est développée ces deux dernières décennies. La Garde nationale et les milices (aujourd'hui fortes de  plus de 1 600 000 engagés) ont été en mesure jusqu'à aujourd'hui de repousser plusieurs attaques terroristes contre des institutions publiques et des membres dirigeants du gouvernement ainsi qu'une tentative d'assassinat contre le président Maduro en août dernier.

Caracas a également développé une coopération militaire étroite avec la Russie et renforcé ses liens avec la Chine. Avec la récente arrivée au Venezuela de deux de ses  bombardiers lourds TU-160, la Russie a démontré sa capacité de transporter des armes sur plus de 10 000 kilomètres à des vitesses supersoniques au cas où cette nation des Caraïbes était attaquée par une puissance étrangère. La Chine a conclu des accords de coopération économique massive avec le Venezuela, qui compensent en partie les sanctions américaines. L'arrivée d'un  navire hôpital chinois en septembre dernier a subtilement signalé le soutien militaire de la Chine au Venezuela.

Environnement géopolitique instable

Le Groupe de Lima soutient aujourd'hui un coup d'État en douceur au Venezuela, mais l'arrivée à la présidence du Mexique d' Andrés Manuel López Obrador (AMLO) en décembre lui a fait perdre le soutien d'un de ses membres essentiels.  Le Mexique a refusé de signer la dernière déclaration du Groupe de Lima et a mis en garde contre « des mesures qui font obstacle au dialogue pour traiter la crise au Venezuela ».  Maximiliano Reyes, vice-ministre mexicain des Affaires étrangères, a déclaré : « Nous appelons le Groupe de Lima a réfléchir aux conséquences pour les Vénézuéliens de mesures qui cherchent à s'ingérer dans [leurs] affaires intérieures. »

L'attitude extrêmement partiale du Secrétaire général de l'OAS, Luis Almagro, contre le Venezuela a affaibli sa position. En septembre 2018, le président uruguayen  Tabaré Vázquez a déclaré que l'Uruguay ne soutiendrait pas Almagro pour un second mandat comme Secrétaire général de l'OAS. En décembre 2018, ce dernier a été finalement  expulsé de son propre parti politique en Uruguay, le Frente Amplio, principalement pour ses déclarations en Colombie sur la nécessité de retenir une option militaire contre le Venezuela.

En décembre 2018, l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA-TCP) a tenu sa 16e réunion à Cuba, y  déclarant « sa préoccupation face à l'agression et aux actions contre la paix et la sécurité régionales, en particulier les menaces de faire usage de la force contre la République bolivarienne du Venezuela ». L'ALBA a été fondée par le Venezuela et Cuba et se compose aujourd'hui de dix pays.

Pas d'autre choix que la résistance

Le peuple vénézuélien a une longue histoire de résistance à la domination étrangère et il est peu probable qu'il considère une  intervention « humanitaire » soutenue par les États-Unis comme une force libératrice. Les couches populaires ne sont pas non plus susceptibles de soutenir un « gouvernement de transition » non élu, avec une  Cour suprême autoproclamée en exil, actuellement basée à Bogotá, en Colombie. Et si la coalition des volontaires inclut des forces paramilitaires colombiennes, célèbres pour leur rôle dans  l'assassinat de militants communautaires en Colombie, leur déploiement dans le cadre d'une mission « humanitaire » serait épouvantable au Venezuela.

Le coup d'État soutenu par les États-Unis en 1973 au Chili, suivi par un nettoyage mortel du pays de toute la gauche, est une leçon de prudence. Ajoutez à cela la mémoire historique de la répression politique pendant la Quatrième République vénézuélienne discréditée et le  Caracazo  de 1989, au cours duquel les plus marginalisés et les plus pauvres ont été les principales victimes, et il ne serait pas surprenant que les couches populaires n'aient qu'une chose à offrir à un gouvernement provisoire disposé à inviter à une intervention impériale : la résistance.

Les auteurs font partie de la Campagne pour mettre fin aux sanctions contre le Venezuela ( tinyurl.com). Frederick B. Mills est professeur de philosophie à la Bowie State University. William Camacaro est producteur à la chaîne radiophonique WBAI Pacifica. Roger D. Harris est membre de la Task Force on the Americas ( taskforceamericas.org).

Note: Les traductions de l'espagnol à l'anglais sont in-officielles.

Traduit de l'anglais par Diane Gilliard pour Le Journal Notre Amérique

Source :  Le Journal Notre Amérique

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