La Turquie rejette le nouveau plan américain sur la Syrie et humilie John Bolton

10-01-2019 lesakerfrancophone.fr 10 min #150605

Par  Moon of Alabama - Le 8 janvier 2019

Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a tenté de  poser les conditions d'un retrait américain de la Syrie :

Bolton, lors d'un voyage en Israël et en Turquie, a déclaré qu'il insisterait dans les discussions avec les responsables turcs, y compris le président Tayyip Erdogan, sur le fait que les forces kurdes doivent être protégées...

À la question de savoir si un retrait américain n'aurait pas lieu en Syrie tant que la Turquie ne garantirait pas la sécurité des combattants kurdes, Bolton a répondu : « En gros, c'est ça. »...

« Nous ne pensons pas que les Turcs devraient entreprendre une action militaire qui ne soit pas entièrement coordonnée et acceptée à minima par les États-Unis » a déclaré Bolton, « afin de ne pas mettre en danger nos troupes, mais également pour respecter l'exigence du président qui demande que les forces de l'opposition syrienne qui se sont battues avec nous ne soient pas mises en danger. »

La Turquie n'a pas trouvé ça drôle. Les Kurdes du YPG, que les États-Unis utilisent en Syrie comme chair à canon pour combattre État islamique, sont la même organisation que le PKK, qui agit en tant que groupe terroriste en Turquie. La Turquie ne peut permettre à ce groupe d'exister à sa frontière en tant que force militaire organisée.

Lorsque Bolton a atterri en Turquie aujourd'hui, il a reçu un accueil très froid. La rencontre prévue avec le président turc Erdogan n'a pas eu lieu. La réunion entre John Bolton, le chef d'état-major adjoint, Joe Dunford, et l'envoyé spécial pour la Syrie, James Jeffrey, avec le conseiller turc pour la sécurité nationale, Ibrahim Kalin, a été rétrogradée et a pris moins de deux heures. Une conférence de presse conjointe prévue a été annulée.

La délégation américaine n'avait pas l'air heureuse ni même unie lorsqu'elle quitta les bâtiments présidentiels à Ankara.

via  twitter.com Vivian Salaman

Peu de temps après la réunion de Bolton, Erdogan a prononcé un discours devant son groupe parlementaire. C'était une gifle au visage de Bolton. Selon  Raqip Solyu :

Erdogan dit qu'il ne peut pas accepter ou avaler les messages donnés par le conseiller américain à la sécurité nationale, Bolton, en Israël.

Erdogan : « YPG / PKK sont des terroristes. Certains disent : 'ne les touchez pas car ils sont kurdes'. C'est inacceptable. Tout le monde peut être un terroriste. Ils pourraient être Turkmènes. Leur appartenance ethnique n'a pas d'importance. Bolton a commis une grosse erreur avec ses déclarations ».

Erdogan à propos du chaos politique à Washington sur la Syrie : « Comme ce fut le cas par le passé, malgré notre accord clair avec Trump sur le retrait américain de la Syrie, différentes voix ont commencé à se faire entendre à différents niveaux de l'administration américaine ».

Erdogan a déclaré que la Turquie continuait de s'appuyer sur le point de vue de Trump sur la Syrie et sur son esprit de décision concernant le retrait. « Nous avons en grande partie terminé nos préparatifs militaires contre ISIS conformément à notre accord avec Trump ».

« Dire que la Turquie cible les Kurdes de Syrie, ce qui est un mensonge, est la calomnie la plus basse, la plus déshonorante, la plus laide et la plus banale de tous les temps », a ajouté Erdogan.

Le directeur de la communication d'Erdogan a enfoncé le clou :

Fahrettin Altun @fahrettinaltun -  14h17 utc - 8 janvier 2019

Le conseiller américain à la sécurité nationale @AmbJohnBolton s'est entretenu aujourd'hui avec son homologue turc @ikalin1 au complexe présidentiel d'Ankara.
J'espère qu'il a pu goûter à la célèbre hospitalité turque lors de sa visite.

Un éditorial du quotidien Daily Sabah, dans l'alignement d'Erdogan, a qualifié les idées de Bolton de  coup bas contre Trump.

Avec cela, Bolton a été humilié et la solution du retrait américain de la Syrie est revenue à Trump.

Nous avons vu un schéma similaire dans les négociations américaines avec la Corée du Nord. Trump a conclu un accord en quatre étapes avec Kim Jong Un. Ensuite, le secrétaire d'État Pompeo a tenté de  modifier l'accord et a demandé à la Corée du Nord de remplir l'étape quatre avant que les États-Unis ne réalisent les étapes un, deux et trois. Lorsqu'il s'est ensuite rendu en Corée du Nord, il a été ignoré par Kim Jong Un et n'a rencontré que du personnel de niveau inférieur. Il a fallu l'intervention de Trump pour maintenir les discussions en vie.

Erdogan a également passé un accord avec Trump sur le retrait américain de la Syrie. Bolton a essayé de modifier le contrat, d'ajouter des conditions et de prolonger le calendrier. Lorsqu'il est arrivé à Ankara, Erdogan l'a ignoré, il l'a réprimandé. Il faudra l'intervention de Trump pour remettre la question sur ses rails.

Si Trump ne bouge pas, Erdogan  cherchera probablement une escalade militaire. Son armée va utiliser l'artillerie contre telle ou telle position kurde près de la frontière turque. Il peut même envahir quelques villes. Pas nécessairement pour les tenir, mais pour augmenter la pression sur la force d'occupation américaine.

La Turquie avait initialement prévu de prendre Manbij sur la rive occidentale de l'Euphrate. Mais Manbij est bloquée par les troupes syriennes, maintenant  renforcées par des patrouilles de la police militaire russe. Erdogan n'osera pas les attaquer.

Erdogan souhaite que les États-Unis quittent la Syrie et emportent avec eux les armes qu'ils ont remises au YPG pour lutter contre ISIS. Il souhaite que le gouvernement syrien reprenne possession du nord-est de la Syrie et mette les Kurdes sous contrôle. Cela éliminerait le danger pour la Turquie.

Depuis que Trump a annoncé que les troupes américaines quitteraient bientôt la Syrie, la lutte contre le reste des forces de État islamique à proximité de la frontière irakienne s'est intensifiée. La position territoriale de État islamique est maintenant réduite à deux ou trois villages. Dimanche soir celui-ci a profité d'une autre période de mauvais temps durant laquelle l'armée de l'air américaine n'a pas pu fournir de soutien aérien à la force par procuration, dirigée par les Kurdes, qui combat ISIS. Une contre-attaque de État islamique s'ensuivit et  tua 25 des combattants soutenus par les États-Unis. C'était probablement la dernière bataille importante pour ISIS. État islamique ne compte plus que quelques centaines de combattants qui n'ont aucun moyen de s'échapper. Ils seront réduits en miettes.

Dans le gouvernorat d'Idleb, al-Qaïda, alias Hayat Tahrir al Sham, continue de  consolider son emprise. Il a lancé plusieurs ultimatums à Ahrar al-Sham et à d'autres groupes de « rebelles modérés » qui occupent encore une partie de la région. Quand il aura fini d'éliminer ses concurrents, il va probablement bombarder la ville d'Alep et attaquer les lignes du gouvernement syrien. Cela va relancer la guerre à Idleb.

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La dernière fois que le gouvernement syrien avait prévu de nettoyer Idleb des djihadistes, les États-Unis sont intervenus et ont menacé d'attaquer l'armée syrienne. La Russie a forgé l'accord Astana en vertu duquel la Turquie a accepté d'éliminer al-Qaïda. Elle n'a pas tenu sa promesse. L'armée syrienne est donc libre de résoudre le problème.

Mais que fera la Maison Blanche ? Est-ce que Bolton - s'il est encore au Conseil de sécurité US à ce moment-là - va insister pour que al-Qaïda soit défendue ? Trump acceptera-t-il cela ?

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

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