La Société-Réseau  - Chapitre 21 : Science et transcendance

08-01-2019 4 min #150508

Le Système bâti sur le principe de la commercialisation de toutes choses démontre ce que ses procédures et mécanismes démontrent eux-mêmes : l'inanité qui consiste à vouloir tout régenter depuis un seul point de vue. Aucun point de vue unique n'est suffisant. Quand on expérimente la nature intime de l'univers, et l'insondable complexité de ses mécanismes, on voit que la seule personne à pouvoir tout régenter d'un seul point de vue est Dieu, en tant qu'entité scientifique accessible par déduction.

On pourra dire que c'était légitime de la part d'une humanité en cours de naissance de commettre l'erreur de concevoir le monde de façon égocentrique. Mais ce que la science enseigne nous change.

Un jour on apprend que l'univers visible est une hypersphère, que si on suit une ligne (qui n'est qu'une illusion des sens), on revient à notre point de départ (comme c'est le cas sur Terre). Où que l'on soit dans l'univers, il nous semble en être le centre géométrique. L'égocentrique pourra se vanter d'avoir eu la vague intuition d'une vérité scientifique, mais pas d'avoir fait la bêtise de croire que sa compréhension du monde était achevée.

Et aujourd'hui le salut est notre entrée dans l'ère de l'informatique, qui parvient à faire ce que l'humanité a toujours souhaité sans jamais y parvenir, au point d'oublier de le souhaiter : tendre vers la justice. Et ceux qui sont obsédés par le pouvoir et aspirent à détenir le trône illusoire de Dieu, en viennent à faire redouter l'intelligence artificielle. Elle qui s'avère si vitale pour l'humanité, et qui est parfaitement incluse parmi les créations de « la nature ». Mais ce n'est que le Système, prodigué par ces fous du pouvoir, qui en fait une arme ; Et en même temps cette même arme est aussi celle qui peut abattre le capitalisme. D'où leur peur. CQFD.

L'avenir de l'ancien monde n'est plus, son insatiabilité obstinée le conduira à dévorer ses propre entrailles, une dictature d'un nouveau genre verra le jour, auto-assénée, incapacitante, ne laissant voir le monde qu'à travers une œillère ridicule, au point de ne laisser aucun regret au moment de s'autodétruire collectivement.

Et à deux pas sur le côté, la raison attend qu'on s'occupe d'elle. Elle affirme que nous avons si abondamment dépassé les limites des règles que nous estimions justes, que quitte à mentir au point de sombrer dans le déni, quitte à justifier la confiscation, la privation, la violence, et quitte à tant aimer avoir toujours raison sans jamais avoir besoin de réfléchir, alors pourquoi ne pas simplement se fier à la logique ?

La raison et la logique ne sont pas linéaires et statiques, elles ne sont pas froides et aveugles, bien qu'elle agissent de façon déterministe. Elles ne dépendent que de la connaissance. Elle nous indique celle qui reste à acquérir.

Oh, si on dit que capitalisme ne marche, les gens en voudront un « plus pur ». Si on dénonce des comportements irrationnels et superstitieux, ils se couvriront les yeux d'un scientisme frénétique. Et ce qui se passe quand une civilisation n'a pour horizon que la seule science, est la cruauté qui consiste à confondre les buts et les moyens. Toujours la même que celle du capitalisme. Quand la place de la transcendance dans les buts collectifs s'affaisse sur elle-même, les buts semblent plus faciles à atteindre, mais curieusement le devenir collectif devient incontrôlable.

Pour évoluer, s'imprégner du résultat qu'est sensé produire le fondement philosophique correct dont on ne caressent que les grandes lignes. C'est correct de se prêter à cette comédie, mais seulement pour ensuite mieux passer de l'autre côté du miroir des fonctionnements, et agir dans le concret.

L'autre côté du miroir, c'est ce qui défini l'observé. Il ne dépend que des outils dont se dote pour l'analyser. L'observé de la réalité n'est pas la réalité. On ne fait que jeter des filets dans le vide pour y attraper une vérité qu'on suppose présente.

Et quand aucun instrument de mesure de la réalité n'égale nos propres sens, on en vient à trouver prophétique Protagoras qui disait que « l'homme est la mesure de toutes choses ». En substance cela veut dire que c'est d'abord en soi qu'il faut avoir foi.

- networksociety 180718

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