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La Société-Réseau  - Chapitre 17 : Les crédits et les droits

La Société-Réseau  - Chapitre 17 : Les crédits et les droits

08-01-2019 43 min #150504

Nous allons ici voir ce qui régit l'affectation d'un droit, et le transfert du cluster et de l'objet qui y correspondent.

La gratuité est un droit, et donc relève de la loi. Ce n'est pas une loi civile, mais une loi systémique, qui relève du rôle de l'état (voir le chapitre « Les devoirs des systèmes sociaux »).

Le but du système-logiciel est de combler les besoins, et son moyen d'agir est l'allocation de crédits-droits. Ces besoins et ces biens sont produits par l'humain, et le système a pour seule fonction de les corréler.

Pour ce faire on a instauré un référencement systémique de l'existant (les clusters) ainsi qu'un régime de gratuité rationalisée, qui permet de mesurer fidèlement les besoins et la production.

Les notions de besoins et de production concernent un champ temporel délimité par ces mêmes objets et besoins, et leur corrélation ne peut être mesurée qu'après-coup. On a donc des modèles prédictifs de l'écoulement de la production, autant que des modèles des besoins, qui peuvent être réévalués soudainement. Plus les besoins relèvent de la nécessité et plus la distribution de ces biens est assurée.

Les crédit-droits permettent à des personnes ciblées l'accès à des biens ciblés. Chaque crédit-droit se réfère à un cluster, d'un bien qui doit être distribué.

Dans la pratique, on aura une carte d'usure des droits (ok, disons une carte de paiement), qui interrogera « la machine » qui, elle, donnera « le droit » d'obtenir tel ou tel produit. La décision prise pour chaque transaction relèvera non pas des moyens individuels, mais de l'intérêt collectif, incluant le respect des lois et des règles.

Le plus souvent, pour les transactions ordinaires, le résultat de l'opération sera, avec une voix de robot sordide et glaciale : « Aucune restriction ». Sinon il pourra dire « Ce bien est réservé » ou encore l'inénarrable « Vos droits son insuffisants ».

17.1 - Présentation

En comprenant que les échanges interpersonnels n'ont pas vocation à faire système, on conditionne le transfert par le bien commun (on socialise la transaction), et on instaure une forme élaborée de gratuité. Pour ce faire on est obligés de repenser, sans trop la compliquer, la procédure de transfert.

Quand le système-logiciel émet des droits, il le fait en mesure de l'existant, et prévoit d'allouer directement des biens à des personnes. Pour cela, il assigne les droits d'accès à des biens plutôt que les biens eux-mêmes. De cette manière les biens ont des listes d'utilisateurs potentiels.

Ensuite l'utilisateur décide d'acquérir ces biens. La valeur du bien est transférée avec lui, l'objet est retiré de la richesse publique, qui est recalculée, ses droits sont consommés, et cette consommation est historicisée.

17.1.1 - Domaines publics et privés

Les biens circulent depuis le domaine public vers le privé, les crédits-droits sont émis et rendus disponibles. Leur transfert signifie simultanément le transfert matériel, et l'acceptation de ce transfert (le contrat). Ils apparaissent comme une richesse privée (un droit consommé). Elle n'est plus en circulation, sauf si l'utilisateur la rend à nouveau disponible.

Quand la transaction se fait entre deux individus, d'habitude (dans le système-argent) le vendeur obtient la valeur de l'objet qui est pourtant transféré l'acheteur, et dans ce cas la valeur existe deux fois. En fait celle qu'a reçue le vendeur est nécessairement la valeur d'un autre bien (c'est un système de dépendances)(1).

Non, nous on s'attache à la réalité du bien, et il est constitutif de sa propre valeur. Et l'ordre de transfert reste socialisé. Quand un bien veut être vendu, il suffit de modifier le statut du cluster en « disponible », et il retournera à la richesse publique, au même titre que si on retournait un appareil défectueux. Lorsque l'objet est à nouveau utilisé, les droits associés par le nouvel utilisateur, au lieu d'être consommés, sont transférés au vendeur.

17.2 - Les types de droits

Les droits d'accès aux biens peuvent être inconditionnels, dépendants de la richesse globale, de privilèges, mais aussi périssables, et dans certains cas cumulables. Les droits peuvent être de différentes natures.

17.2.1 - Les droits basiques

On dira que les droits fondamentaux sont ceux qui garantissent une société en bonne santé, ce qui représente l'état minimum de son fonctionnement. Ils permettent de fournir à chaque habitant les moyens de sa subsistance. Ils sont disponibles de façon constante, et inconditionnelle. Cela recouvre nos classiques BSPN (Biens et services de première nécessité) tels que l'alimentation, le logement, le mobilier, l'eau, l'électricité, la santé, l'éducation, le transport, internet, l'information. La plupart des transactions relèvent de ce type de droit. Ce sont les choses dont nul ne devrait avoir à se soucier, si ce n'est par choix. Le rôle du système est d'assumer sa responsabilité de répondre aux besoins. Les biens de base ont plutôt intérêt à être suffisants.

Que les besoins élémentaires soient minimaux, n'implique pas que leur qualité le soit. C'est d'ailleurs tout l'intérêt d'avoir voulu refondre un système social global. La distribution est permise par le fait d'atteindre un score d'efficacité, et la production dépend de la distribution. En terme général, la réponse aux besoins élémentaires relève de « la demande ». La demande, à son tour, relève des choix libres qui sont faits par chacun de disposer des richesses auxquelles ils ont droit.

17.2.2 - Les droits courants

Quand une acquisition sort du cadre des besoins élémentaires, sachant que nous sommes dans un système de partage des richesses, et de responsabilisation collective, c'est le travail des autres qui est mit à contribution pour son bien-être personnel. Ceci ne peut qu'être le fruit d'une entente sociale, et de l'acceptation des règles de distribution des biens rares. C'est tout du moins un cas de figure qu'on s'attend à rencontrer dans une civilisation qui a atteint un certain niveau de richesses, après avoir éradiqué toute la pauvreté et la maladie du monde, et rendu les biens de base suffisants.

En particulier, on s'attachera à ce que la distribution des biens qui n'ont pas tendance à se déprécier ou qui sont rares, soient distribués conformément à une hauteur des droits qui y corresponde (voir juste après, sur les « revenus »).

17.2.3 - Les droits de production

Quand une production est souhaitable on lui alloue les moyens dont elle a besoin. Le montant de cette allocation, exprimée en quote-part des ressources, était déjà connu au moment du lancement de son activité. C'est ensuite la façon dont elle répondra aux besoins qui conditionnera ses moyens futurs.

Parmi les moyens qui lui sont alloués, on distingue les moyens humains et matériels. Les moyens humains s'expriment par un score de crédits-bleus qui permettent de s'entourer de personnel. Les moyens matériels s'expriment en crédits-verts, qui permettent l'usufruit de biens, services, machines-outils et de surfaces publiques.

17.2.4 - Le droits sociaux

La consommation et le niveau de contribution sociale peuvent déclencher un accès à des biens onéreux. Comme on le verra dans la section sur la richesse, les grandes différences de revenus ne sont pas véritablement compatibles avec une société de collectivisation. Les revenus sont représentés par un accroissement de la quantité de droits par rapport à un taux nominal.

En plus des revenus qui permettent des dépenses occasionnelles, le système qui détermine les droits se réfère surtout à un revenu à long terme, qui cumule tout au long de la vie des scores de contribution sociale.

Ce « Revenu de vie » peut aussi bien provenir d'une quantité de droits inusités que d'un barème basé sur le nombre d'années travaillées et la valeur de ce travail. C'est ce revenu à long terme qui constitue la principale source de capacité d'acquisition.

Le revenu professionnel, lui n'est qu'éphémère, et ne permet que d'accéder à des biens relatives à son métier, un peu comme les notes de frais, mais qui s'étendraient à toute la vie courante.

Illustration 19: Niveau des droits avant et après un emploi. En bleu le moment où l'individu se consacre à un travail.Le calcul pourra être allègrement plus sophistiqué que cela.Plus les revenus éphémères seront bas, et plus les revenus de vie seront élevés.

On voit donc qu'au-delà du salaire, qui est temporaire, on introduit le terme de « niveau de contribution » qui va rester stable tout au long de la vie (sauf sanction légale). C'est sur le niveau de contribution à grande échelle, et non pas sur celui du salaire éphémère, que se calcule le niveau de droits d'acquisition ou d'usufruit des biens rares.

17.2.5 - Les taux de droits

Le taux nominal est la moyenne des crédits consommables par jour et par personne. Cette valeur est donnée par la richesse globale, c'est à dire l'ensemble des droits qui n'ont pas été consommés, et qui restent consommables, rapportée à chaque utilisateur. Il doit toujours être supérieur au taux minimal.

Le taux minimal constitue l'ensemble des droits qui permettent le minimum vital. Ce score est vite atteint au moment de l'acquisition des premiers biens durant une période. Pour ce faire les propriétés des biens devront atteindre le niveau prescrit par le Codex Alimentarius, et d'autres codex à inventer. S'il ne l'est pas, l'ordinateur demandera si tout va bien.

Illustration 20: Taux minimal et nominal des droits

17.2.6 - La mise à contribution matérielle

Personne ne s'attache aux biens matériels, mais des fois, même après l'effondrement du capitalisme les gens peuvent s'échanger des biens, ou même simplement les donner, les prêter, bref contribuer socialement. Les valeurs des objets sont transmis avec eux, donc il n'y a rien besoin de faire si ce n'est d'informer le cluster du changement d'état ou de propriétaire. C'est genre « Hey je t'emprunte ton vélo » et l'autre répond « Fais-en bon usage ! », et tout le monde est heureux parce qu'une IA veille à ce que personne ne soit jamais lésé, en aucune occasion.

Cette activité est historicisée, l'usage est mesuré (en tenant compte de l'usure, la dépréciation, etc...), et cette valeur est transcrite en terme de droits sociaux (à long terme) qui sont ajoutés au « prêteur » et ôtée à « l'utilisateur ».

17.2.7 - Les droits spéciaux

Ensuite on pourra distinguer les droits qui relèvent des besoins usuels ou spécifiques, de la nécessité, de la profession, ou bien encore ceux qui seraient honorifiques (c'est important dans une organisation sociale de pouvoir faire des cadeaux).

17.3 - La collectivisation

On a vu deux faits étonnants, c'est que ces droits sont consommables, et qu'ils peuvent être périssables. C'est bien la veine d'un droit. Mais surtout ils n'ont pas à être tous consommés, ce qui fait qu'ils peuvent ré-alloués.

Pour comprendre ce terme, imaginez si on faisait cela avec vos économies : il n'y aurait aucune pauvreté, et la tendance naturelle serait de vouloir augmenter la richesse collective. Ceci est une clef pour bien comprendre comment peut s'appliquer la gratuité, c'est le fruit d'une coopération, un peu comme si on étais tous de la même famille. Et quand on en a besoin, la collectivité est toujours là. C'est comparable à un impôt tissé entre les citoyens eux-mêmes, directement, et en temps réel. Le fait est que, tel qu'on l'observe dans la nature, se soucier les uns des autres constitue la meilleure économie collective.

17.4 - La péremption des droits

De par leur nature, les biens ont une durée de péremption qui est variable. Quand un droit est alloué, c'est en référence à des produits réels. Dès qu'ils sont détruits, les crédits associés disparaissent. C'est une sorte de « monnaie fondante ». Sauf bien sûr pour les ressources qui produisent des crédits en permanence. Un droit émit il y a longtemps a beaucoup de chances de ne plus exister. C'est pour cette raison qu'on préfère le plus souvent que le revenu se fasse en crédits sociaux (à long terme) qu'en crédits courants (objets existants). Les crédits sociaux ne sont que des quote-part de la richesse inusitée à un moment précis. (En effet, le phénomène de la richesse ne peut puiser que dans les droits inusités.)

Mais surtout il se dégage un effet notable de l'usage de flux de droits, c'est leur constance, qui est garantie de façon systémique. De ce fait il est possible d'anticiper ces droits futurs lors d'un achat onéreux.

17.5 - Une monnaie solide

On peut s'interroger sur la pertinence de vouloir émettre des crédits-droits informels, qui soient des unités de valeur qui permettent d'accéder à des biens. Ceci aurait de commun avec le système-argent d'être une monnaie liquide. Mais pour une bête raison informatique, le changement du propriétaire du cluster de l'objet en fait le détenteur de sa valeur, et dès lors il s'avère plus pratique et concret de rendre indivisible la valeur d'un objet. On l'a vu, sa valeur relève de toute une mécanique.

Une monnaie solide a des implications magistrales. D'abord, tout le monde a une vision globale de l'économie, ainsi les acquisitions se font en connaissance de cause, et par l'exercice de son sens des responsabilités.

Au lieu de la liberté d'acheter tout et n'importe quoi au point de ne plus pouvoir payer ses factures, on a un spectre de biens accessibles, qui tiennent compte de nos besoins, et de nos abonnements. On ne peut rogner sur nos besoins fondamentaux.

Au lieu d'avoir une bourse de « droits à dépenser » on a de multiples flux de biens qui arrivent de manière cadencée, et dans lesquels on ponctionne ce qui satisfait nos besoins. En somme c'est comme si chaque billet de banque valait « un objet réel ».

Si on a des projets qui impliquent des frais, toutes les dépenses prévisibles sont associées aux objets, en tant qu'abonnements. Par exemple une voiture (dont l'acquisition est un usufruit), intrique tous les coûts usuels de son fonctionnement. Si le droit est concédé, alors c'est que tous les calculs ont été faits. (C'est en cela que les « préférences » qui servent à déterminer les droits sont utiles, afin de ne pas s'impliquer dans des frais inabordables.)

C'est aussi un moyen de comparer les droits disponibles et consommés de façon à ce que ce différentiel soient rationnellement comparable entre les individus.

Les droits tiennent compte des usages, et donc des droits qui ont précédés. L'utilisateur, sur sa console, n'a qu'une simulation calculée des droits encore inusités, pour le jour, la semaine ou l'année en cours.

Cela peut paraître un peu trivial, surtout en terme de quantité de données, mais à notre époque la plus lointaine science-fiction existe déjà : Lire [La 3eme révolution industrielle est en marche]. C'est bien de cela dont il est question dans cet article. En voici un extrait qui éclaire bien les concepts de clusters, ainsi que de collectivisation :

« Mais c'est surtout dans la façon de distribuer cette énergie renouvelable que TransActiveGrid innove. En fonction de leurs besoins et de la quantité d'énergie produite, les habitants de ces cinq maisons peuvent échanger de l'énergie en temps réel avec cinq autres habitations situées de l'autre côté de la rue. »
« Le secret de cette mise en réseau inédite ? La blockchain, un système né avec la monnaie virtuelle Bitcoin, qui permet des transactions sécurisées de particulier à particulier, sans intermédiaire. Là où Bitcoin permet d'échanger des devises, le microgrid de Brooklyn permet la circulation d'énergie électrique sans intermédiaire. »

C'est amusant car les droits, même si ce sont des bits de valeurs « solides », quand on les étudie sous forme de flux cela revient presque à une forme liquide, à ceci près que nous avons eu besoin d'utiliser les outils qui sont ceux de l'électricité.

En tous cas on peut dire que le monsieur qui a eu cette brillante idée a tout compris, et qu'il est sur la bonne voie ! Tout ce livre ne fait que projeter où jusqu'où cette invention pourrait aller.

17.6 - Le principe des Flux

Les crédits-droits sont créés chaque jour avec le travail accompli et la mise en circulation des biens et des ressources. Et chaque jour le statut de chaque citoyen est réactualisé. Ses droits d'acquisition sont exprimés par la quote-part du flux qui leur revient.

Finalement il s'agit d'un écoulement continu de droits, dont il reste à établir combien de temps ils sont valables, pour savoir de combien augmente la richesse globale. De là on peut supposer que la production (les humains) préféreront créer des richesses qui soient durables.

17.6.1 - Les quotes-parts

Ce qu'on veut obtenir, au moyen de ces bits de flux, c'est la valorisation des biens qui ont nécessité un lourd investissement. Une des méthodes possibles consiste à ce que ces bits soient des quotes-parts de ces biens, considérés comme des ressources, dont on fait usage. Ainsi une ressource a la propriété d'émettre des clusters (de même qu'un arbre produit des pommes). Le principe de quote-part peut relater distinctement une quantité temporelle, spatiale ou matérielle. Et avec cela le principe de « rentabilisation » d'un bien pourra concerner aussi bien des machine-outils que des places publiques. C'est juste amusant de se figurer, par extension, qu'en rentrant dans un parc, on reçoive les unités vertes relatives à son usage.

Mettons, une zone cultivable est divisée en parcelles, et chacune est allouée pendant une durée de temps. Les usagers (des producteurs) auront fait un usage prolifique de ces richesses, en les convertissant en biens. En l'occurrence les quote-part de ressources peuvent être émises indéfiniment. Cela pourrait ne pas être le cas d'une machine ayant une durée de vie limitée, auquel cal les quotes-parts seraient décomptées, jusqu'à la dépréciation.

On pourra estimer qu'un bien de production est rentabilisé quand on usage aura permit de produire une richesse supérieure à son coût. Et les chaînes de clusters seront là pour en témoigner.

Le principe des quotes-parts est également intéressant pour les crédits-bleus, quand il s'agit de répartir les richesses produites. A ce moment-là, cela à faire usage d'une monnaie liquide, tout en faisant conserver aux biens distribués une relation solide entre leur valeur et leur consistance. Le but étant, bien sûr, de mettre en rapport la valeur-travail d'un bien avec l'ensemble des valeur-travail en circulation.

17.6.2 - Les blocs de crédits

Les crédits sont des valeurs absolues, relatives à des clusters, qui eux-mêmes peuvent en contenir ou en fédérer d'autres, selon qu'ils sont inclus (pièces) ou simplement ajoutés (cageot de pommes). On aura souvent besoin de traiter plutôt des « blocs » de crédits, afin de simplifier la quantité de valeurs qui y logent. Les blocs sont un peu l'inverse 1/x des quotes-parts (des blocs peuvent considérer ses clusters comme des quotes-parts).

17.6.3 - La procédure d'acquisition

Quand on veut faire une acquisition d'un bien périssable, ou profiter de l'usufruit d'un bien non-alimentaire, il faut comparer le niveau de droits requis pour l'objet (le coût) et celui accessible à l'acquéreur (les moyens). Le plus souvent quand les biens sont en sur-production, leur acquisition n'a aucun impact sur les flux de droits. C'est pourquoi il est licite de faire que les biens basiques soient abondants.

Si l'objet est d'un coût abordable, on peut le voir sur la matrice quotidienne de sa consommation de droits, sur laquelle figure des blocs inusités, sensés servir à la redistribution. Et si cet objet est trop onéreux, il suffit de visualiser un cadre hebdomadaire ou mensuel, pour trouver les blocs libres dont on a besoin. Mine de rien avec cette méthode, on se rend compte que la constance du système social permet de créer des procédures de transferts d'objets onéreux à n'importe qui pourvu qu'il y consacre le temps qu'il faut, du moins tant qu'il consacrera des crédits inusités à cet investissement. Pendant tout ce temps, sa contribution sociale sera d'autant réduite, ainsi donc que sont revenu à long terme, qui figure au titre des crédits violets.

Cela dit, on s'extasie d'avoir un système prévisionnel individuel performant, mais on devrait plus encore s'extasier sur le fait qu'il soit possible à n'importe qui, pourvu qu'il y consacre le temps qu'il faut, d'accéder à n'importe quel bien.

Illustration 21: Comment répartir son achat sur plusieurs jours...

17.6.4 - Le taux RED requit

On en a beaucoup parlé, le score RED est ce qui autorise un transfert. Il tient compte à la fois des droits individuels, de la valeur-fonctionnalité du produit, et des droits des autres acquéreurs potentiels. On aimerait exprimer cela sur une console, avec des chiffres. On peut dire qu'à 100 % le score signifie que l'acquisition n'aura aucune conséquence négative, et qu'à 0 % elle est strictement interdite. On peut aussi vouloir des gradations sémantiques, de -1 à +3 pour dire « interdiction », « usage accepté », « usage initialement prévu », « valorisation maximale ».

Admettons qu'on fixe le seuil de ce taux d'efficacité à 50 % en-deça duquel l'acquisition n'est pas validée comme étant « un bon usage des richesses ». Si on faisait varier ce taux, la carte des transactions serait sûrement fortement redessinée. Si ces valeurs pouvaient varier pour chaque utilisateur, cela voudrait dire en quelque sorte « la richesse consiste à s'autoriser plus de produits inutiles ». Mais ce n'est pas ce qu'on veut. Ici, « la richesse » dépendra de facteurs plus globaux.

On pourrait vouloir adapter ce taux à chaque flux de bien, de façon à y transcrire le niveau de droits requis pour son acquisition, mais dans ce cas on préférera adapter le calcul du score RED pour qu'en renvoyant « 50 % » cela ait l'impact désiré.

On peut dessiner cet éventuel schéma qui montre l'acquisition d'un bien, en relatant les crédits verts et bleus (qui sont absolus) et rouges (qui est relatif).

Illustration 22: Schéma (probable) de la jauge du calcul de l'allocation d'un droit

17.6.5 - Les flux de production

Finalement les citoyens sont les architectes des approvisionnements, de ce qui légitime l'existant. C'est cela, la réponse apportée par le système-logiciel à la question de la démocratisation de la production, une réponse confectionnée par l'intelligence collective. C'était un peu le rêve illusoire et irrationnel du capitalisme, sauf que là on est dans la réalité.

Le logiciel s'occupe de maximiser la disponibilité des biens, mais c'est l'utilisateur qui finalise leur destin. Le «Système », n'est qu'un auxiliaire de l'humanité. Il n'influence pas ses choix. Un « achat » envoie une impulsion dans le réseau, qui l'informe de la finalité de toutes les opérations parentes. Certainement, elles seront ainsi valorisées, par exemple en donnant une « couleur de température » (en Kelvin) à la production (si elle tombe dans le rouge elle ralentit, si elle est dans le violet, elle est en forte croissance). C'est juste une idée dans l'instant, mais ce principe est intéressant pour tout ce que son vocable permet de nuancer.

17.6.6 - Les flux de droits

Résumé des épisodes précédents : l'Organisation (qui une la strate systémique qui s'occupe de la politique sociale) est rendu « conscient » de la production en temps réel, et des besoins de façon statistique. Ses calculateurs affectent des droits aux utilisateurs de sorte que les biens soient écoulés, en respect des lois des systèmes sociaux. L'utilisateur a à son actif des crédits-droits, dont il fait usage au quotidien.

Ces flux de crédits lui apparaissent sous forme d'une tension électrique qui est significative de la capacité d'acquisition. Dans ce cas, une dérivation est faite depuis le flux central, qui diminue d'autant, tout le temps que durera le « remplissage » de la dérivation.

Ce qui est amusant est que pour n'importe quel achat le mode de paiement n'est qu'un paramètre de cette dérivation. Elle peut s'étendre sur un long terme en diminuant peu l'intensité, ou opérer une ponction brutale, pendant laquelle aucune autre acquisition ne sera acceptée. On peut même faire varier doucement les courbes de paiement...

Illustration 23: Impact d'une dérivation sur le courant principal. En pointillés une solution à tête de crête carrée.

Ceci, l'étalement d'un paiement en profitant d'un flux statistique de biens réels, n'est rien d'autre que, comme si on la voyait au ralenti, ce qui se passe au moment du transfert d'un cluster. C'est seulement que l'opération est temporisée.

Ce qui est stupéfiant c'est que le niveau de droit redevient automatiquement celui qu'il était avant la transaction. Ce niveau, qui est une limite, ne demande qu'à être utilisé, sauf que s'il ne l'est pas et que ces richesses sont utilisées ailleurs, le niveau de contribution social, c'est à dire ce même niveau, augmentera d'autant. (On peut se dire, un peu à la manière dont l'intensité montre à l'entrée d'un moteur sur lequel s'opère une résistance.)

17.6.7 - La fréquence des flux

Les flux de droits ne sont pas continus, comme un liquide, mais plutôt discrets, comme un écoulement de billes dans un tuyau. Les petites transactions ont un rythme élevé, et s'accumulent assez pour permettre d'acheter trois kilos de pommes d'un coup par quinzaine, ou une pomme par jour, et les grandes transactions sont simplement plus rares. Ainsi, chaque individu, quel que soit le temps que ça lui prendra, pourra accéder à une transaction d'un haut niveau.

C'est très intéressant comme principe parce que la valeur de la fréquence de n'importe quel bien sera le résultat de la capacité de la production, et de sa santé. Tout le monde est averti à temps pour anticiper. C'est un procédé de comptabilisation qui se projette dans l'avenir et permet des prévisionnels très précis.

C'est pratique aussi parce que le logiciel peut faire des moyennes, et permettre des dépassements qui seront compensés ensuite par d'autres restrictions, ou encore allouer des droits élevés en fonction de ceux qui n'ont pas été consommés, et qui sont encore en circulation.

Avec un aussi excellent outil de modélisation quand on peut visualiser par avance les effet sur chacun des habitants de la mise en œuvre d'un grand projet.

17.7 - Le phénomène de la richesse

Après tout le phénomène de la richesse est sensé évoquer la grandeur du service qui a été rendu à la société, du moins dans la psychologie profonde, et y répondre par des droits accrus (qui je le rappelle, sont des dons). C'est juste un reflex, même si dans la réalité les deux n'ont aucun rapport, et que malgré cela, les riches soient flattés (et les pauvres, tutoyés). Il est clair qu'il y a là tout un problème psychosocial.

Le but du système est la répartition équitable des richesses, et ses moyens d'action sont la juste mesure des besoins (grâce à la gratuité) et le référencement de l'existant (grâce aux clusters). Si on veut être concrets, il s'agit d'une socialisation des richesses. Quand on fait cela, sans le savoir, on va exactement à l'opposé du principe de la richesse personnelle. Un schéma pourra mieux l'expliquer : on a cinquante pourcents d'actifs dans la société (normal), donc chacun travaille en moyenne pour deux personnes. Cela veut dire qu'on procède à une répartition.

individus a b c d e f total
produit 0 0 0 1 2 3 6
reçoit 1 1 1 1 1 1 6

Tableau 3: Répartition équitable des richesses

Sans aucun phénomène de richesse particulier, ni aucun système d'équité, chacun ne recevrait que ce qu'il produit, ou tout du moins dans les mêmes proportions. C'est du moins cela, le rêve illusoire que nous vend le capitalisme. Et si on voulait accentuer ceci en y ajoutant une forme de récompense pour la richesse, on obtiendrait un tableau où seuls e et f dans notre tableau recevraient respectivement 2 et 4 des crédits produits chaque jour. Ne rigolez pas devant tant de stupidité, c'est comme cela qu'on en arrive au constat effarant selon lequel 1 % de la population possède 99 % des richesses mondiales. C'est cela, non pas la façade, mais la finalité du capitalisme.

On entend souvent le principal argumentaire d'opposition à une société sociale, disant que si les gens ne sont pas « stimulés » [en danger de mort imminente], alors ils restent chez eux à ne rien faire, « profitant des allocs ». On voudrait à travers cela, asséner l'idée que seuls ceux qui travaillent peuvent - naturellement - obtenir les moyens de leur subsistance. (Et même on assène l'idée que le travail doit être une souffrance.) Sauf que dans le système-social que nous avons dessiné, basé sur la gratuité, l'entraide, et la pro-activité libre et consciente, c'est déjà une satisfaction de contribuer à un système non-injuste. C'est seulement si le système marche bien que les gens aiment se sentir gratifiés par lui. C'est comme les impôts, on serait heureux de les payer s'ils étaient utilisés à bon escient. A partir de là, quelle richesse octroyer aux personnes les plus « valeureuses » ?

On l'a vu, le système de salaire, faisant appel au coefficient professionnel, permet de résoudre une partie du problème, puisque les salaires sont relativement équilibrés, et dissociés d'une rhétorique de la « valeur humaine ». De plus, ces valeurs sont autant de droits d'accès aux biens pour tous. Si bien que de créer des déséquilibres ne ferait qu'amoindrir les capacités des plus faibles. En fait, littéralement, la richesse n'est que la richesse confisquée aux autres.(2) C'est principalement à cause de cela qu'il nous faut fonder une société sociale. La plupart des mondes avancés dans l'espace sont socialistes, quand même ! C'est juste logique.

Pour répondre à la question, la solution va se trouver dans un joli algorithme. On veut, au cas où la production dans l'entité systémique est à peine suffisante pour la subsistance de tous, qu'aucune richesse personnelle ne puisse avoir lieu. Dans ce cas, on procède à une répartition plate, où le nombre de crédits disponibles est divisé par le nombre d'habitants, tout bêtement. Ensuite, sur cette base, on a apposé un tout-plein de systèmes pour contrôler l'équité d'accès aux biens). Et de toutes façons, mécaniquement, les personnes les mieux rémunérées n'auront pour eux que les richesses inusitées, s'il y en a.

Illustration 24: Répartition des richesses selon la richesse globale. La courbe du haut relate la répartition d'une plus grande richesse globale entre les niveaux de richesse.

Dans le cas où l'entité systémique viendrait à tendre vers l'abondance, e vers quoi on doit tendre, alors en effet on aura vite envie de mieux répercuter les honneurs faits aux personnes notables qui auront apporté la meilleure contribution, par des droits qui prennent d'autant plus d'ampleur que la richesse globale augmente.

17.8 - La vie des crédits

Chaque type de crédits-droits est assigné par des mécanismes différents. Pour chacun d'entre eux on va essayer de décrire leur cheminement, et leur fonctionnement.

Les crédits sont calculés sur la base des objets créés, et sont affectés aux citoyens. L'usage des droits permet de les convertir en crédits. L'acquisition d'un objet revient à l'acquisition d'un crédit, et à la perte du droit qui y est associé.

Dans chaque cas, l'Organisation (ORG) alloue des droits, qui permettent l'acquisition de crédits, que ce soient les personnes, les entreprises ou les comités.

17.8.1 - Les crédits Rouges (RED)

C'est la valeur d'usage des biens produits, qui s'exprime sous forme d'un score. Cette valeur est issue de l'évaluation des produits relativement les uns aux autres (rang 2), et de l'estimation des besoins de l'usager par rapport aux besoins globaux (rang 3). Le système-logiciel produit ce score pour organiser la distribution. En délivrant des crédits-rouges, il tient une comptabilité extrêmement précieuse pour ses développements futurs, puisqu'il peut mesurer s'il a bien fait son travail qui consiste à utiliser au mieux les richesses.

Quand l'utilisateur fait une acquisition, le score obtenu permet ou non le transfert. Le calcul tient déjà compte des ses droits. Si les droits accordés sont insuffisants pour l'acquisition, l'utilisateur peut renier des droits sur d'autres biens, ou financer son acquisition avec ses futurs droits inusités. Mais alors sa contribution sociale sera d'autant moindre.

En conservant la trace de ses acquisitions l'utilisateur pourra être fier si ses statistiques montrent qu'il n'acquiert que des produits utiles à plus de 90 %. (J'aime bien ces renversements.)

17.8.2 - Les crédits Bleus (BLUE)

C'est l'énergie humaine, donc un courant qui va de la personne physique vers la personne morale. Un peu comme les veines qui deviennent bleues après avoir libéré son oxygène. Elle se mesure au moyen de la multiplication de la durée de travail, par un coefficient professionnel qui relate à la fois le niveau de compétences requises et l'expérience (par exemple). Le tout se base sur un barème des salaires qui est le même pour tous (décidé légalement). Donc on une formule qui donne ceci :

Crédit Bleu = t (temps) * b (barème professionnel de 1 à 10) * grade (1 à 5)

Le coefficient professionnel est une valeur qui mérite le détour, puisqu'elle est le produit de la difficulté du travail avec le niveau de compétence, de sorte que l'optimum soit atteint quand les deux coïncident. Pourquoi faire comme cela a son importance, car il s'agit, en donnant le même salaire à une basse compétence dans un emploi peu technique qu'une haute compétence dans un emploi technique, de s'absoudre des tendances psychosociales qui ont tendance à découler du système (tant il est rigide), à préférer, selon la configuration, soit un personnel inculte et peu onéreux, soit un élitisme qui ne manque jamais de devenir dictatorial. C'est cette erreur qui conduit le capitalisme à ne trouver aucune valeur à la recherche scientifique et à faire fortune grâce à l'esclavage. Tout ceci, peut être résolu par une simple législation des salaires, visant à encourager le bon usage de ses compétences.

On dessine un système qui répond aux besoins des gens, et en matière d'activité professionnelle, toute la richesse d'une civilisation ne tient qu'à la motivation de ses membres d'y contribuer. Et grâce au coefficient professionnel, le système-logiciel est indifférent aux jugements de valeur. Ce grand bol d'air frais est la promesse que le système ne va pas influencer les comportements.

Voyons ce qui se passe depuis chacune des perspectives qui traitent avec les crédits bleus, côté travailleur, côté entreprise, côté machine et côté consommation.

- Le travailleur qui propose ses services a une société génère des crédits bleus dont le montant est calculé par le système. Il va s'orienter naturellement vers les emplois dans lesquels il génère le plus de crédits.

- Côté machine, l'organisateur (ORG) délivre des droits bleus aux industries qui leur confère une capacité de personnel. Ils qui correspondent à la richesse octroyée par le calcul des besoins. Ces crédits sont maximaux et n'ont pas tous à être utilisés.

- L'entreprise reçoit des droits bleus à utiliser. Les besoins étant fluctuants, le fait d'en garder inusités permet de conserver une certaine stabilité dans les effectifs. Elle aussi aimerait profiter de « l'abondance » (de personnel, comme c'est le cas dans le capitalisme), sauf que son salut se situera dans le fait de pouvoir commander la formation de son personnel. Si les biens produits ne plaisent plus, les moyens humains alloués diminuent, et le temps de travail de chacun aussi, jusqu'à ce que des employés ne soient plus désirés. (Bref, comme d'habitude.)

- La rémunération qui découle de cette « énergie bleue » injectée dans le réseau s'exprime par une meilleure capacité d'acquisition de biens. Les crédits bleus créés par l'énergie humaine sont redistribués équitablement à tous les citoyens sous forme de droits bleus. En quelque sorte l'usage faite par l'entreprise des crédits bleus en a fait des droits. Le « équitablement » va relever d'un petit algorithme, mais c'est l'idée, qui consiste au minimum à diviser le nombre de crédits produits chaque jour par le nombre de citoyens, et au mieux selon un algorithme de répartition (avec une jolie logarithme).

Ce sont des valeurs absolues, qui « se dépensent ». Et pour acquérir un objet, il faut avoir suffisamment de droits bleus. On pourrait développer ici toute une économie des crédits bleus, qui ressemblent à de l'argent, à part qu'on aura prit soin de l'en défaire de ses autres attraits plus ou moins abstraits, ainsi que de la valeur purement matérielle.

L'unité de mesure du crédit bleu est unité la journée de travail la plus mal payée possible, qui vaut « 1 ». On a une population inscrite au registre des personnes actives, on a des entreprises qui remplissent un registre des besoins, un logiciel qui propose aux uns et aux autres de se rencontrer, et une valeur-travail qui agit comme une monnaie liquide, constitutive de la valeur absolue des biens, et qui permet leur acquisition. Nous n'aurions pas pu obtenir cela « aussi proprement » sans l'externalisation des valeurs des crédits rouges et verts.

Le système de comptabilisation pourra se complexifier, mais quel qu'il soit, on s'en moque, ça n'est utile qu'au logiciel, et les capacités affichées aux utilisateurs ne sont que relatives à la richesse globale.

17.8.3 - Les crédits verts (GREEN)

Ce sont les flux de crédits qui émanent des comités qui allouent l'usage ou l'usufruit des ressources, des biens immeubles, publics et sociaux, bref ce qu'on nomme « les Communs ». Les comités disposent des ressources qui leur sont confiées et délivrent des droits d'accès, et les crédits qui y sont associés. Elles peuvent les délivrer comme le fait ORG, de façon non nominative, en les laissant disponible, ou en les affectant à des personnes physiques ou morales.

Ces ressources sont distribuées à toutes les entités qui en font la demande, dans l'ordre des priorités, sur décision publique. Et évidemment, elles appartiennent à tous de façon équitable. (C'est là qu'on se demande quel impact aura la surpopulation, si on voyait ses crédits fondre comme neige au soleil, dans le cas d'un épuisement des ressources.)

Les comités d'études ont la responsabilité de l'usage des ressources. Elles peuvent pour cela interroger le score d'efficacité du bien, mais la décision d'allocation des richesses publiques leur revient. Ils connaissent leur potentiel, le coût de leur entretien, ils prennent même en compte le traitement des déchets, et vont calculer par anticipation les incidences, et la réponse aux attentes que sont ces incidences. En mesure de tous ces paramètres, le comité public, et démocratique, alloue une ressource à une personne morale ou physique. L'opération peut se faire automatiquement dans certains cas.

Ici on se demande s'il faudra aller jusqu'à notifier l'usage des bancs publics, et quel espace de liberté nous laisse la question qui consiste à se soucier du bon emploi de chaque atome, ou de chaque électron. Mais on se pourra se contenter de ce qui est utile pour notre comptabilité, dont le but est de produire le sentiment de justice.

Cette ressource va s'exprimer au moyen d'un cluster, contenant un tableau de valeurs qui expriment les différentes caractéristiques. Le score GREEN pourra faire était de la quote-part que représente ces ressources parmi toutes les ressources de la catégorie à laquelle elle appartient.

Originellement, cette ressource étant publique, la quantité de crédits verts existant revient proportionnellement à tout le monde, sans distinction. Par exemple si le terrain potager du village produit mille crédits verts par jour, alors chacun des cents habitants peut utiliser dix droits verts. Et entre les deux, l'exploitant ajoutera sa valeur-travail à celle qui lui est allouée, et dont il permet la circulation.

Dans l'idéal poussé à fond, la valeur-ressource devrait s'exprimer selon une matrice de données qui énumère la constitution atomique, le poids, ainsi que la quote-part de la ressource utilisée, désignée par son ID (pour l'identifier) et le pourcentage de la production quotidienne que le bien évalué représente. Si je produits 730 pommes par an, ça revient à deux par jour, chaque pomme a une quote-part de 1/2 de la valeur quotidienne de la ressource #1234. Ainsi, ça reste une valeur relative.

Pensons quand même que l'agriculture vend non seulement les atomes puisés dans le sol mais aussi les moyens de les puiser, que sont le fruit, ainsi que l'eau capturée dans l'air (et le travail qui va autour, mais ça on l'a dissocié). Nous ce qu'on veut, c'est évaluer le coût de cette exploitation. Si ce coût devenait nul (par robotisation autonome électriquement grâce à ses panneaux solaires), les quotes-parts, agissant comme des actions, n'auraient plus aucune valeur. Si la ressource nécessite des coûts, par exemple alors la valeur de la quote-part serait réévaluée.

17.8.4 - Les crédits violets (PURPLE)

En s'interrogeant sur le phénomène de la richesse nous n'avons butté sur des contradictions, en se demandant comment récompenser, motiver, influer, célébrer des actions jugées positives collectivement. On est arrivés à la conclusion qu'on avait parfois besoin d'un crédit honorifique, qui ait une place fonctionnelle dans le sentiment d'équité. Et en créant ce « revenu à long terme », en opposition au revenu professionnel, on a pu y déléguer le phénomène de richesse, et ne laisser au salaire professionnel, éphémère, que les droits liés aux biens courants.

Le fait qu'un album de musique soit populaire ou qu'une découverte scientifique aie porté des fruits notables, doit être estimé. Autant que possible on a tenté d'évaluer « le réel » mais toujours dans des limites conventionnelles. On aimerait s'assurer de laisser assez de place à la fantaisie et à la liberté.

Les crédits violets occasionneraient une meilleure capacité d'acquisition, pour des raisons qui sont plutôt d'ordre honorifiques. C'est un score qui s'incrémentera à coups de « bons points » tout au long de la vie, que ce soit en travaillant sur des grands projets, en commettant des actes héroïques ou en découvrant une formule algorithmique qui occasionne une grande économie. De la même manière qu'on accumule « une retraite », le crédit violet relève de la contribution sociale à long terme.

Ils s'expriment en modulant le taux nominal de flux de biens, et permet de les acquérir sans avoir à distinguer le type de droits (bleus ou verts). Cela, en passant, suppose un transformée entre les valeurs bleues et vertes, qui sera différente pour chaque bien. Par exemple une pomme ayant coûté 10B et 5G peut stipuler que 1G=2B. Il faut 15V pour obtenir cette pomme.

En se fixant sur le taux nominal de la richesse moyenne, les crédits violets n'ont que la valeur de la quote-part de la richesse disponible.

17.9 - Le mécanisme de la décision de transaction

Là, on est au cœur du problème. On a conçu toute cette architecture pour en arriver là. Le but de ce livre était surtout de montrer que c'était possible, de renverser les tendances destructrices d'un système mal fichu, si on prend le temps de s'appliquer à définir correctement les termes, les raisons, les motifs, les fonctionnements, les distinctions élémentaires, d'un système non-injuste.

Une fois arrivés là où nous avons relégué les problèmes de salaire, les contraintes d'organisation rationnelle de la richesse en terme général, en établissant un score d'efficacité, qui justifie ou non l'acquisition d'un bien.

Il est possible de proposer un mécanisme fonctionnel et utilisable, mais on sait d'avance qu'il sera insuffisant et nécessitera de très nombreuses modifications avant d'être véritablement efficace. On le sait d'avance car c'est ça le cœur du système, quelque chose dont on peut activer et moduler de nombreux leviers, qu'on peut paramétrer, auquel on peut ajouter des appendices, et qu'on pourra même avoir à repenser entièrement, à l'occasion de nouvelles révolutions futures. C'est le fait d'en laisser la liberté qui fait l'intérêt de ce mécanisme.

Pour cela, il faudra un tome 2, où je raconterais comment ça s'est passé après un an de développement informatique du modèle que nous avons présenté.

Dans les grandes lignes, le citoyen perçoit un flux de droits exprimé en valeurs bleues et vertes. Il scanne le QRCode d'un objet et mesure l'impact de cette acquisition sur son flux, en terme de temps et de puissance. Les valeurs B et G du bien étant connues, et comparées aux droits, l'acquisition est validée à un premier niveau.

Le score d'efficacité doit tenir compte de modèles statistiques de la consommation, du différentiel entre l'offre et la demande pour estimer la rareté, et à cette rareté, probablement, associer une hauteur de droits. L'objet le plus cher au monde est rendu disponible à l'homme le plus riche du monde, et à l'intérieur de ces bornes les niveaux de rareté et de richesse sont corrélés. Outre la rareté, d'autres paramètres peuvent être pris en compte, tels que la proximité, les coûts associés, ou des niveaux de qualité.

17.10 - Le génie logiciel

On connaît le génie civil, qui incorpore aussi bien l'architecture que les ponts et chaussées, mais maintenant nous voilà face au génie logiciel, qui a tout autant la compétence de régir la vie des habitants de ce monde.

Le modèle de chaîne de cluster que nous avons présenté est un archétype, il faudra y ajouter de nouvelles compétences, et ce n'est pas difficile à faire. En fait le logiciel-système est fait pour laisser aux gens les moyens de l'adapter. En tous cas l'utilisateur lui, crée des critères inattendus, constitutifs de la valeur d'usage. Il suffirait d'ajouter sans cesse des critères de considérations aussi variables qu'on peut l'imaginer, sans contrainte de quantité ou de complexité. Imaginez qu'on veuille ensuite utiliser cette belle mécanique dans le domaine de la justice : tous les paramètres pris en compte dans un verdict seraient libres, évalués ensemble, et les discussions n'auraient plus qu'à porter sur le degrés de pertinence des uns et des autres.

En terme général, c'est comme ça que fonctionnera notre prémonitoire « politique algorithmique », en tenant compte du maximum de paramètres dans la distribution des biens, tels que la santé, la pollution, les projets à long terme, la vivacité de l'intérêt collectif... Il ne s'agit de rien de moins que de constituer, à partir de notre base de données de « l'existant » (les clusters) autant de capteurs de la réalité, d'instruments de mesure, qui permettent de fonder rationnellement le sentiment de justice, qui fait société. (3)

17.11 - Questions possibles

17.11.1 - Ne peut-on avoir qu'une simple valeur pour justifier un transfert ?

On aurait bien voulu, comme c'est pratique, que ce soit aussi simple qu'avec un prix, malgré le soin qu'il faille prendre à ne pas dépasser son budget. Mais pour cela il faudrait qu'il s'agisse d'une monnaie liquide, or là en traitant d'objets réels, on découvre tout un monde de possibilités (extraordinaires). Et cela implique une complexification qui reste très acceptable, d'autant plus qu'un logiciel s'occupe de mixer les données en sa possession et renvoie des réponses claires.

Si on y pense, comment se traduit le droit d'acquérir une chaise roulante, si les crédits qui le permettent peuvent être dépensés ailleurs ? Il est plus judicieux que les bits de flux (les droits) soient des objets entiers, accessibles potentiellement, et que la question de la justification du transfert relève du système. En fin de compte c'est comme quand on remplace les conducteurs par des robots, ça fait peur, mais le risque d'accident diminue de façon drastique, et ensuite même les embouteillages pourront disparaître. Ce sera pareil pour la répartition des richesses.

17.11.2 - Quel est l'effet de la valeur d'usage ?

Le score RED a pour fonction de valoriser ou dévaloriser un objet, si bien que ses valeurs absolues matérielles et temporelles (GREEN et BLUE) peuvent être affectées par la valeur d'usage. Ce faisant, chaque citoyen est rendu co-responsable du fait que le bon usage des biens valorise le travail et les ressources qui les constitue.

17.11.3 - Quel est le niveau de responsabilité / liberté des citoyens ?

L'ordinateur n'est qu'un moyen de rendre effective la responsabilité collective. Si on n'autorise le transfert qu'avec un score RED très élevé, on ne laisse aucune responsabilité ou liberté à l'utilisateur, et si on lui permet d'acquérir des objets futiles ou contre-productifs, le système lui-même se démet de toute responsabilité à propos du contrôle qu'on peut avoir sur lui. En réalité, le taux du score RED qui permet les transferts est littéralement un curseur entre le libéralisme et la dictature (le premier faisant germer le second). On peut admettre que ce taux doive s'ajuster au sens des responsabilités, tout en laissant une marge de manœuvre, jusqu'à ce que ce sens des responsabilités se fasse librement et consciemment.

17.11.4 - Faut-il encourager par le prix ?

On s'est posés la question, et il est apparu que la volonté de motiver ou décourager un achat par le prix était inefficace, pas seulement dans une société inéquitable, mais aussi du point de de la recherche de la valeur réelle des biens et des besoins.

Nous devons éviter que les concepts pavloviens de « punition et récompense » dans la mécanique sociale ne se transpose en comportements, et finissent pas dégrader l'intégrité humaine. Nous avons établi sur le plan éthique la nécessité de l'exercice de la liberté dans l'assomption de la responsabilité individuelle et collective. Une civilisation, ça se construit consciemment.

Ni dans les prix (qui pourraient être variables pour chacun avec notre système), ni dans les salaires (qui récompenseraient le hasard s'ils n'étaient pas équitables), ni dans la justice il n'est question de léser le processus démocratique de l'estimation des besoins, au moyen du choix des acquisitions.

Le paradigme qui soutient l'abandon du paternalisme est celui qui permet l'épanouissement personnel et social. Il stipule que la liberté est nécessaire au renforcement de qualité de la détermination.

17.11.5 - Faut-il rendre liquides les droits non consommés ?

On a effleuré cette possibilité, en se demandant comment notifier la parcimonie de la consommation. On voulait pouvoir réutiliser les crédits inusités, ou justifier les acquisitions onéreuses. Mais à chaque fois on tombe sur des contradictions, alors pour s'en sortir on a émit le principe des crédits violets, et proposé une temporisation variable des flux. En définitive il n'est pas possible d'accumuler des richesses, parce que c'est illogique au sein d'un système de collectivisation. Ce constat nous a conduit à fixer le niveau de droit d'acquisition des biens rares non pas sur le salaire (temporaire), mais sur le niveau de contribution sociale accomplie tout au long de la vie. Ainsi la parcimonie a un effet positif sur la capacité d'acquisition.

17.11.6 - Peut-on opérer des transferts sans validation ?

Dans bien des cas les biens seront d'abord transférés avant d'être évalués, et seulement évalués ensuite. C'est le cas d'une découverte scientifique ou d'un acte héroïque. Il ne s'agit pas tant de valider l'existant que de le justifier, c'est à dire parfois, a posteriori. On aurait pu pour cela imaginer (on l'a fait dans une petite mesure) un principe de rétroaction dans la valorisation des biens. C'est le cas quand le score RED est élevé, et ça ne fait que permettre d'allouer plus de crédits à la production. Mais si on veut aller plus loin, on pourrait rémunérer ces transferts intempestifs avec des crédits violets.

Mine de rien ceci ouvre la porte à un système bien plus puissant, conscient de tout ce qui se passe et se dit, toutes les interactions entre les hommes, et qui s'amuse à noter leur utilité, efficacité et pertinence, en permanence. Eh quoi ! On est ici pour dessiner la plus magnifique utopie possible, non ?

17.11.7 - Comment s'effondre un empire...

Dans Rick & Morti s03e01, on voit que les membres de la fédération galactique fonctionnent sur le principe des clusters, qui comptabilisent la moindre action ou parole de chacun, afin d'en faire des droits. C'est quand même une perspective follement excitante. A part que toute cette civilisation peut s'effondrer en un seul clic (alerte spoiler).

Illustration 25: Rick & Morti, S03E01

Voilà, et après ils ne peuvent plus avoir de solution à proposer sans rémunération automatique, le président se suicide, et ils deviennent tous fous !

(1)Ou alors, pire : les valeurs symboliques et réelles s'additionnent comme autant de richesses.

(2)Par exemple, plus le cours du Bitcoin va monter, plus les pays seront plongés dans la ruine.

(3)Lire, si vous en avez le courage : [Vers de nouveaux systèmes de mesure]

- networksociety 180718

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