Syrie : la Turquie, en échec à Idlib, pose des exigences aux Usa

08-01-2019 4 articles entelekheia.fr 13 min #150495

Par B
Paru sur  Moon of Alabama sous le titre Syria - Turkey Fails In Idleb, Is Unwilling To Take The Northeast

Les néocons de l'administration Trump, le secrétaire d'État Mike Pompeo, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton et l'envoyé en Syrie James Jeffrey se démènent pour sauver leur programme pour la Syrie, que le président Trump a rejeté en ordonnant une retraite complète.

Ce programme prévoyait l'occupation permanente du nord-est de la Syrie par les États-Unis, la réduction de l'influence iranienne dans les zones de Syrie sous contrôle du gouvernement, et l'élimination finale du gouvernement d'Assad à travers des négociations. Il s'agissait d'objectifs fantasmagoriques sans la moindre chance de succès.

De plus, Trump n'a  jamais approuvé ces idées. En avril dernier, il avait annoncé vouloir un retrait des troupes américaines de Syrie. Il a donné six mois à son personnel pour y parvenir. Mais au lieu de suivre ses ordres, Pompeo et Bolton ont essayé de mettre en œuvre leurs propres plans :

À la fin de l'année dernière, certains des conseillers pro-guerre du président ont rédigé un mémo dans lequel ils engageaient les États-Unis à assurer une présence de long terme en Syrie, notamment pour s'assurer d'une défaite durable de l'État islamique, d'une transition politique et de l'expulsion de l'Iran, selon les vœux des responsables. Le président n'a pas signé le mémo qui lui a été présenté il y a des semaines.

En fait, Trump avait averti ses assistants depuis des mois qu'il voulait quitter la Syrie dans les plus brefs délais.

Le plan contre l'Iran de Bolton n'a jamais vraiment été mis en oeuvre au Pentagone, où les responsables n'ont été officiellement chargés d'aucune nouvelle mission en sus de l'opération contre l'État islamique. Tout comme lui, les responsables militaires considèrent l'expansion de l'Iran en Syrie comme problématique, mais ils sont freinés par l'absence d'une justification juridique claire pour engager une action militaire offensive contre les forces soutenues par l'Iran.

Trump a reconnu que ces plans étaient absurdes et a ordonné d'y mettre fin. C'est à ce moment qu'il a eu l'idée tout aussi chimérique de donner le nord-est de la Syrie à la Turquie pour qu'elle combatte l'État islamique, qui y était déjà vaincu. La Turquie  ne veut pas du nord-est de la Syrie. Elle ne veut pas risquer une guerre sanglante contre les Kurdes qui serait nécessaire pour soutenir une telle occupation.

La seule solution appropriée consisterait à remettre le contrôle du nord-est de la Syrie (jaune) au gouvernement syrien (rouge). Damas désarmerait les Kurdes ou les intégrerait dans son armée nationale. Ils seraient sous contrôle et ne constitueraient plus une menace pour la Turquie. Tout le monde gagnerait à une solution aussi simple.

Tout le monde sauf les néoconservateurs.

Avant-hier, le conseiller à la sécurité nationale Bolton était en route pour Israël afin  d'élaborer de nouveaux plans :

Un fonctionnaire de l'administration Trump a dit aux journalistes envoyés avec Bolton qu'il avait l'intention de discuter de l'agenda du retrait, ainsi que du nombre des troupes américaines dans la région. M. Bolton devait expliquer que certaines troupes américaines basées en Syrie pour combattre Daesh se rendront en Irak avec la même mission, et que certaines forces américaines pourraient rester dans l'avant-poste militaire clé de al-Tanf, dans le sud de la Syrie, pour contrer l'activité croissante de l'Iran dans cette région.

Bolton devait également souligner que les États-Unis « soutiendront de tout cœur » des frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie...

Je parie qu'aucun de ces points n'a été validé par Trump. La publication de ces idées est une autre tentative de Bolton de mettre en avant ses politiques personnelles.

Erdogan, à qui Trump a demandé de prendre le nord-est de la Syrie, mais qui n'est pas disposé à obéir, a  posé des exigences que les États-Unis ont peu de chances de satisfaire :

La Turquie demande aux États-Unis de fournir un soutien militaire substantiel, y compris des frappes aériennes, des transports et de la logistique, pour permettre aux forces turques d'assumer la responsabilité principale de la lutte contre les militants de l'État islamique en Syrie, ont déclaré de hauts responsables américains.

Les demandes turques sont si nombreuses que, si elles sont pleinement satisfaites, l'armée américaine pourrait approfondir son engagement en Syrie au lieu de le réduire, ont ajouté les responsables.

Bolton s'envolera plus tard pour Ankara pour y discuter des plans turcs :

Parmi les participants figureront John Bolton, conseiller à la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, le général Joseph Dunford, président des chefs conjoints, et James Jeffrey, envoyé du département d'État pour la Syrie.

Un responsable américain a déclaré qu'il est peu probable que l'administration américaine fournisse tout le soutien militaire que les Turcs demandent, en particulier le soutien aérien.

Sans l'appui aérien américain, Erdogan ne peut pas attaquer le nord-est de la Syrie. L'armée de l'air turque est faible. Bon nombre de ses pilotes expérimentés ont été licenciés pour leur soutien et leur implication présumés dans la tentative de coup d'État perpétrée contre le leader turc. L'armée de l'air n'est pas en mesure de fournir le soutien nécessaire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à ses soldats. Il y a également  des conflits au sein du commandement de l'armée turque. S'il ordonnait une opération militaire, Erdogan ne s'attaquerait qu'aux régions kurdes le long de la frontière nord, et non à l'État islamique. Encore une fois, une chose que les États-Unis  ne veulent pas du tout :

De nombreux experts et responsables craignent également que les Turcs ciblent des combattants kurdes qui apportent depuis longtemps un soutien solide aux États-Unis dans la campagne contre les militants de l'État islamique, et qui ont subi des pertes humaines considérables.

Pour tenter de mitiger ces risques, M. Jeffrey, l'envoyé du département d'État, cherche à conclure un arrangement avec les Turcs qui leur permettrait d'entrer dans le nord de la Syrie en évitant les régions essentiellement kurdes, ont déclaré des responsables américains.

M. Jeffrey et son équipe du département d'État ont créé une carte en couleurs du nord-est de la Syrie pour tenter de négocier un plan de partage du pouvoir qui permettrait d'éviter un coûteux combat turco-kurde dans la région.... Un ancien fonctionnaire américain a décrit la carte comme un accord « Sykes-Picot sous acide »...

L'idée est délirante. Il n'y a pas de frontières entre les Kurdes, les Arabes et les autres ethnies dans le nord-ouest de la Syrie. Les populations sont mixtes. Seuls les pourcentages ethniques varient d'une ville à l'autre. La mise en œuvre de cette idée conduirait à un nettoyage éthique et à une guerre sans fin.

Les Kurdes ne sont plus disposés à suivre les États-Unis.

M. Jeffrey a demandé au général Mazloum Abdi, commandant des combattants kurdes syriens, de ne pas conclure d'accord avec le gouvernement du président Bachar el-Assad pendant que l'administration Trump essaie de développer une stratégie.

« Allez vous faire foutre, » a répondu le Général Abdi, alors que les Kurdes  continuent à négocier :

Les dirigeants kurdes syriens cherchent à conclure un accord politique, via une médiation russe, avec le gouvernement du président Bachar el-Assad, indépendamment des plans des États-Unis de se retirer de leur région, a déclaré un haut responsable kurde à Reuters.

L'administration kurde qui dirige une grande partie du nord de la Syrie a présenté une feuille de route pour un accord avec Assad lors de récentes réunions en Russie, et attend la réponse de Moscou, a déclaré Badran Jia Kurd, qui assistait aux négociations.

Un accord entre les Kurdes et le gouvernement syrien  « est inévitable », a déclaré un haut responsable militaire kurde. Les États-Unis ne se sont encore cette fois pas avérés dignes de confiance, et les Kurdes n'ont nulle part où aller.

Aucun des nouveaux plans et idées présentés par Bolton n'a de sens. Il est peu probable qu'ils aient la bénédiction de Trump. Bien que le retrait des États-Unis du nord-est de la Syrie puisse être retardé d'un mois ou deux, il se poursuivra probablement.

La semaine dernière, le gouvernorat d'Idlib a connu de nouveaux développements. Idlib est en grande partie dirigé par l'organisation d'Al-Qaïda Hayat Tahrir al Sham (HTS), l'ancien Jabhat al-Nosra. Il existe également de nombreux autres groupes sous contrôle turc. Mais la Turquie avait récemment transféré nombre de ces combattants sur le front des Kurdes-américains qui détenaient Manbij, sur l'Euphrate. Cette attaque a été stoppée lorsque l'armée syrienne a pris le contrôle de la région.

Alors que les groupes soutenus par les Turcs à Idlib étaient affaiblis, HTS en a profité pour renforcer son contrôle. Lundi dernier, HTS (en gris) a attaqué les zones à l'ouest d'Alep qui étaient contrôlées par Nour al-Din al-Zenki. Zenki, qui était auparavant soutenu par la CIA, s'est rendu tristement « célèbre » en 2016, avec la publication d'une vidéo dans laquelle ses « combattants »  décapitaient un garçon malade de dix ans.

Au cours des cinq derniers jours, au moins  130 personnes ont été tuées dans les combats d'Idlib. Zenki a été éliminé de la zone qu'il occupait (en gris strié) et ses combattants restants se sont enfuis vers le canton d'Afrine, au nord, qui est sous contrôle de l'armée turque. HTS a pris le contrôle des armes lourdes de Zenki, dont quatre chars.

Le groupe HTS contrôle désormais toutes les zones voisines de la Turquie ainsi que d'Afrine, qui reste sous contrôle turc. Il a envoyé des ultimatums à d'autres groupes à Idlib et exigé un contrôle supplémentaire sur les villes de Maarat al-Nu'man et Ariha, dans le sud du gouvernorat. Comme aucun des autres groupes ne peut résister à HTS, il est probable qu'il contrôlera bientôt ces villes. Ces prises permettront à HTS d'exercer un contrôle total sur les autoroutes M4 et M5. Le contrôle des routes peut être utilisé pour fournir de l'argent et comme atout dans des négociations futures.

L'accord d'Astana entre la Russie et la Turquie sur Idlib stipulait que le groupe HTS serait repoussé à 15 milles des zones contrôlées par le gouvernement. Les autoroutes M4 et M5 seraient rouvertes à la circulation pour le passage des troupes du gouvernement syrien. La Turquie était censée mettre en œuvre et garantir ces points. Aucun de ces buts n'a été atteint. Les soldats turcs stationnés dans les six postes d'observation situés autour du gouvernorat d'Idlib sont des otages d'HTS. Comme la Turquie n'a pas tenu ses promesses, la Syrie et la Russie ont tous les droits d'ignorer l'accord, d'attaquer HTS et de libérer Idlib.

L'échec de la Turquie à Idlib rend plus probable qu'elle s'abstienne d'envahir le nord-est de la Syrie. Ses positions militaires en Syrie sont déjà en difficulté. Pourquoi en ajouter de nouvelles ?

Traduction Entelekheia

 entelekheia.fr

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