Facebook aurait discrédité les critiques en les reliant à George Soros. Par Julia Carrie Wong

07-01-2019 les-crises.fr 8 min #150467

Source :  The Guardian, Julia Carrie Wong, 15-11-2018

Face à une série de crises, Facebook a engagé une firme de relations publiques pour promouvoir les théories du complot sur le milliardaire, selon le New York Times.

Julia Carrie Wong à San Francisco

Les tentatives agressives de Facebook pour contrôler les dégâts sont détaillées dans une nouvelle enquête. Photographie : Charles Platiau/Reuters

Facebook a engagé une société de relations publiques qui a tenté de discréditer les détracteurs de l'entreprise en prétendant qu'ils étaient les agents du milliardaire George Soros, a rapporté le New York Times mardi.

Soros est un philanthrope juif qui fait souvent  l'objet de théories complotistes antisémites. Dans le même temps, le réseau social a exhorté l'Anti-Defamation League à s'opposer à une caricature utilisée par des manifestants anti-Facebook pour sa ressemblance avec des tropes antisémites.

La nouvelle des tentatives agressives de Facebook pour saper les critiques a été publiée dans un article accablant du New York Times, détaillant comment les dirigeants de Facebook ont lutté pour gérer les nombreux et graves défis auxquels l'entreprise fait face, tout en s'en prenant aux opposants et aux ennemis potentiels.

Rashad Robinson, directeur exécutif de l'un des groupes ciblés par la campagne de relations publiques, Color of Change, a qualifié de « scandaleuse et inquiétante » cette calomnie antisémite.

Face à la pression croissante des législateurs sur son rôle dans l'ingérence russe lors de l'élection présidentielle de 2016,  Facebook s'est de plus en plus tourné vers Definers Public Affairs, un cabinet de conseil politique basé à Washington DC, fondé par des agents républicains et spécialisé dans la recherche sur l'opposition, selon l'article.

L'une des tactiques de Definers était de publier des douzaines d'articles négatifs sur d'autres entreprises technologiques, dont Google et Apple, afin de détourner l'attention des problèmes de relations publiques de Facebook. Definers a publié le contenu sur NTKNetwork.com, un site Web qui ressemble à un site de nouvelles, mais qui est en fait géré par la firme de relations publiques. Les récits diffusés sur NTK Network ont souvent été repris par des sites conservateurs comme Breitbart.

Une autre tactique consistait à faire de Soros la force motrice derrière les groupes critiques à l'égard de Facebook. La firme a fait circuler un document de recherche reliant Soros à « un large mouvement anti-Facebook », a rapporté le Times, et a pressé les journalistes d'examiner les liens financiers entre Soros et des groupes tels que Freedom from Facebook et Color of Change.

Né en Hongrie en 1930, Soros, qui a fait fortune en tant qu'investisseur, est l'un des principaux mécènes des causes libérales et pro-démocratiques. Il a longtemps été la cible  d'attaques antisémites de la part de la droite, mais ce genre de marché conspirationniste a été de plus en plus repris par les républicains ordinaires.

Dans les semaines qui ont précédé les élections de mi-mandat, la campagne anti-Soros a atteint des sommets fiévreux, les politiciens conservateurs et les organes de presse ayant avancé  des allégations sans fondement selon lesquelles il était derrière une caravane de migrants d'Amérique centrale voyageant à travers le Mexique. Soros a été l'une des cibles d'une série de « tirs à boulets rouges » qui ont été envoyées aux adversaires de Donald Trump en octobre.

George Soros a été la cible fréquente de théories conspirationnistes antisémites. Photographie : Bloomberg/Bloomberg via Getty Images

Joe Gabriel Simonson, journaliste pour le site d'information de droite The Daily Caller,  a twitté mercredi qu'on lui avait demandé d'inclure « Soros/'les tactiques de Soros' » dans un article sur Facebook plus tôt cette année.

« Le gars des relations publiques n'arrêtait pas de parler de Soros », a écrit Simonson. « C'était il y a 6 mois, donc c'était encore plus bizarre. »

M. Robinson, dont l'organisation a mené  des campagnes en ligne pour critiquer Facebook au sujet de la discrimination raciale dans les annonces de logement, de la protection de la vie privée et de la surveillance, des discours haineux racistes et d'autres questions, s'est dit profondément préoccupé par ce rapport.

« Ce récit a des connotations antisémites très dangereuses sur le fait que les Juifs contrôlent le monde », a déclaré M. Robinson au Guardian par téléphone. « C'est aussi profondément anti-noir - l'idée que nos stratégies, nos idées, notre vision sont en quelque sorte construites à partir d'un maître marionnettiste... Que Facebook emploie une firme de droite pour le dire est profondément troublant. »

Color of Change est un organisme sans but lucratif de défense des droits civils. Il reçoit un peu d'argent de Soros, a dit M. Robinson, en plus de nombreux autres donateurs, dont la fondation du cofondateur de Facebook Dustin Moskovitz, l'Open Philanthropy Project. M. Robinson a également déclaré qu'au cours de l'année écoulée, des journalistes lui ont demandé à maintes reprises des informations sur le financement de Soros.

« Personne à la fin d'un appel ne dit : "Êtes-vous financé par la Fondation Ford ?" » déclare Robinson.

Facebook n'a pas répondu à une demande de commentaires.

Soros a ouvertement critiqué Facebook et Google. « Les géants d'Internet n'ont ni la volonté ni l'envie de protéger la société contre les conséquences de leurs actes »,  a-t-il déclaré dans un discours prononcé au Forum économique mondial de Davos en janvier. « Cela fait d'eux une menace et c'est aux autorités de régulation de protéger la société contre eux. »

Source :  The Guardian, Julia Carrie Wong, 15-11-2018

Traduit par les lecteurs du site  www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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newsnet 19/01/07 12:35

c'est lui qui a inventé le terme de fake news