« tout l'appareil répressif de l'Etat est mobilisé au service du dieu Profit » , par Gérard Mordillat

18-12-2018 histoireetsociete.wordpress.com 5 min #149780

quand on vous parle des 'casseurs », du vandalisme, et de la baisse des recettes des commerçants, restez bien sur le fond, à ce jour les victimes, les morts et les blessés, y compris des gens défigurés, handicapés, sont tous du même côté, celui des « révoltés ». Quand on vous parle de baisse de recette imaginez que les gens qui se battent n'ont pas de quoi finir le mois, pas de quoi faire des cadeaux... Et alors cela vous évitera de chanter l'air et les paroles que l'on vous insufle jour après jour. Si je ne paraissais pas trop 'vindicative » en songeant à eux et en voyant comment le gouvernement manoeuvre en vain pour réduire le mouvement, alternant répression, mensonges sur l'état de la mobilisation, et en feignant de lâcher du lest, je pense au proverbe chinois 'C'est quand le chien se noie qu'il faut l'achever à coup de bâton sur la tête ». Je pense au gouvernement bien sur. (note de danielle Bleitrach)

Publié le 10/12/2018. Mis à jour le 10/12/2018 à 20h47.

 marshadow.io

Comment analyser ce mouvement social inédit qui agite la France depuis plusieurs semaines ? Nous avons proposé à plusieurs artistes de nous livrer le regard sur les Gilets jaunes. Voici le point de vue du réalisateur et écrivain Gérard Mordillat.

La lutte des gilets jaune est ouvertement une lutte de classe, un conflit de haine sociale. D'un côté une classe de possédants choyée par le pouvoir (suppression de l'ISF, abattements fiscaux, CICE sans contrepartie aucune etc.), de l'autre une classe dominée (taxation exceptionnelle des carburants, augmentation du gaz, de l'électricité, baisse des APL, hausse de la CSG, désindexation des pensions de retraite, remise en cause des allocations chômage, ruine du code du travail et destruction des services publics, de l'hôpital, des chemins de fer, de la poste etc.) ; une classe qui souffre et ne reçoit qu'injures et mépris à ses demandes de justice sociale. Le roi est nu.

Après plusieurs jours de manifestation, le méprisant de la République, l'actuel président, n'a plus pour ressources que ses talents de bonimenteur pour espérer faire taire la colère populaire. Comme cela ne suffira pas - il le sait - voilà la police et la justice sommées de lui venir en aide : déploiement extraordinaire des forces de police, armée aux entrées des villes, arrestation de Julien Coupat, incrimination de François Ruffin, gardes à vue arbitraires et jugements expéditifs. Tout l'appareil répressif est mobilisé au service de la cause indéfendable du dieu Profit qui domine la politique gouvernementale. Du néo-libéralisme, la France glisse rapidement vers un autoritarisme ; une dérive autoritaire qui est la dernière marche avant l'avènement d'un néo-fasciste à l'image de ceux qui prospèrent actuellement en Europe. Marcron / Orban / Salvini même combat ! Mais comme on le chante dans La semaine sanglante : « Ça branle dans le manche et gare à la revanche quand les pauvres s'y mettront ». Avec les gilets jaunes, ils s'y mettent.

Gérard Mordillat est réalisateur de télévision et de cinéma, et écrivain. Il est notamment l'auteur, avec Jérôme Prieur, de plusieurs séries documentaires sur le christianisme (Corpus Christi, L'Apocalypse, Jésus, prophète en islam). Son prochain roman, Ces femmes-là, paraîtra début janvier chez Albin Michel.

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