Deux fusillades en Israël et en Palestine, également criminelles

14-12-2018 tlaxcala-int.org 6 min #149627

 Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Israël est secoué par des coups de feu tirés sur des colons à l'entrée de leur colonie illégale, mais ignore les coups de feu tirés sur des Palestiniens sans défense

Le meurtre de Mohamd Khabali à Tulkarem le 4 décembre. Photo B'Tselem

Mohammed Khabali a été tué le 4 décembre par des soldats israéliens qui lui ont tiré dans la nuque. Shira Ish-Ran a été grièvement blessée lorsqu'on lui a tiré dans l'abdomen depuis une voiture qui passait. Khabali était un jeune homme souffrant de troubles mentaux que les soldats ont abattu sans raison apparente à 80 mètres de distance dans la rue principale de sa ville. Ish-Ran était enceinte de sept mois lorsqu'on lui a tiré dessus à l'entrée de la colonie d'Ofra.

Un malade mental et une femme enceinte, tous deux impuissants. Les deux fusillades étaient également criminelles, il n'y a presque aucune différence morale entre elles. La seule différence est que les hommes armés à Ofra avaient un motif clair : leur lutte violente contre l'occupation et les colonies. Le mobile du meurtre de Khabali par les soldats n'est pas clair, et il est douteux qu'ils en aient eu un. Ils n'étaient pas en danger à cause du jeune homme avec un manche à balai à la main qui s'éloignait d'eux à un moment où des jets de pierres avaient déjà cessé.

Khabali est mort. Ish-Ran se remet, mais son bébé est mort mercredi soir. C'est à partir de là que l'incroyable écart entre les deux événements commence à s'ouvrir. Comment peut-on comparer le mal fait à une femme colon pure et innocente au meurtre d'un jeune Palestinien, même s'il est malade mental, issu d'une famille pauvre, dont le frère est également malade mental et dont le père est handicapé. De la compassion ? De l'humanité ? Il n'y a rien à dire.

Shira : "Je vais mettre au monde beaucoup d'autres bébés"

Grâce à ses médias profiteurs, Israël a suivi de près le rétablissement d'Ish-Ran - regardez-la ouvrir les yeux et verser une larme à la Une - mais a presque totalement ignoré le meurtre d'un fils de réfugiés à Tulkarem. Il n'a jamais existé et il n'a jamais été tué. Le choc de la fusillade d'Ish-Ran est humain et compréhensible. L'attention, la préoccupation et l'identification avec l'un des vôtres sont également compréhensibles. Mais ignorer totalement l'autre acte, qui a été commis par l'un des vôtres, est honteux.

Les colons blessés étant canadiens, le Premier ministre et la ministre des Affaires étangères du Canada y sont allés de leurs gazouillis de condamnation, non pas des colonies illégales, mais de la "violence haineuse terroriste ciblant des civils"

Ce n'était pas seulement les médias, bien sûr ; tous les politiciens ont été choqués par la fusillade contre la femme colon et ont ignoré le flingage du Palestinien qui a été commis en leur nom. L'ambassadeur des USA et des colonies David Friedman a tweeté que la fusillade d'Ofra était "un nouvel acte ignoble de terrorisme palestinien". Le conseiller présidentiel Jason Greenblatt a qualifié l'attaque d'"absolument dégoûtante". Quand l'ambassadeur Friedman a-t-il condamné un meurtre commis par des soldats israéliens ? Jamais ? Quant au conseiller pour les pourparlers de paix, seul les coups de feu contre des colons le dégoûte ? L'assassinat d'un malade mental ne dégoûte-t-il pas l'homme de paix américain ? Oh, c'est vrai, il ne s'agit pas de sang juif, qui est plus rouge que celui de tout autre.

La chasse à ceux qui ont tiré sur Ish-Ran continue et ils finiront sûrement par être pris. Ils seront poursuivis devant un tribunal militaire et écoperont d'au moins 10 ans d'emprisonnement. Les maisons de leurs familles seront démolies. Ce sont des terroristes.

Inutile de chercher les soldats qui ont tiré sur Khabali. Leur identité est connue ; leurs visages sont visibles sur la vidéo qui les montre marchant lentement dans la rue tranquille et tirant pour tuer. Personne ne songe à les arrêter - pourquoi, qui est mort ? - l'enquête de la police militaire se poursuivra indéfiniment et, au bout du compte, ils pourraient être jugés pour une infraction mineure dont la sanction est une petite rétrogradation. Mais il est douteux que cela se produise : l'expérience montre que dans quelques années, l'affaire sera close.

L'affaire Khabali a été classée la nuit où le pauvre jeune homme, surnommé "Za'atar", a été abattu. Israël est secoué par des coups de feu tirés sur des colons à l'entrée de leur colonie illégale et ignore les coups de feu tirés sur des Palestiniens sans défense. En fait, il appuie ces criminels. Après tout, ce sont des soldats des Forces de défense israéliennes, les chéris de la nation, qui sont au-dessus de tout soupçon.

L'affaire Khabali a été classée parce que sa vie n'a jamais intéressé personne en Israël, de même que sa mort. Parce qu'Israël considère que le meurtre d'un Palestinien est beaucoup moins grave que celui d'un chien errant. Parce qu'il n'y a rien de moins cher en Israël qu'une vie palestinienne. Les soldats qui ont tiré sur Khabali le savaient. C'est pourquoi ils ont tiré pour le tuer, sans aucune raison.

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  haaretz.com
Publication date of original article: 13/12/2018

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