Forum de Paris : le sinistre théâtre de la « paix »

13-11-2018 tlaxcala-int.org 5 min #148203

 Nuevo Curso

Hier, dimanche 11 novembre a été le jour de la grande messe à Paris. Le sermon de Macron, le célébrant, posait les choses dans les termes dramatiques avec lesquels la bourgeoisie européenne vit le moment présent, prise entre la guerre commerciale yankee et la crainte qu'une nouvelle course nucléaire entre les USA et la Russie ne la condamne à obéir aux Yankees.

L'horreur d'aujourd'hui célèbre l'horreur d'il y a un siècle. Au premier plan, le président tunisien, Beji Caid Essebsi, 91 ans, s'apprêtant à tenir son discours le 11 novembre à Paris

L'histoire retiendra sans doute une image, celle de 84 chefs d'État et de gouvernement réunis, alors qu'hier ils représentaient des nations belligérantes. Mais ce qui reste incertain pour l'avenir, c'est l'interprétation qui sera donnée de cette image : sera-t-elle le brillant symbole d'une paix durable entre les nations ou, au contraire, la photographie d'un dernier moment de paix ? D'une 'unité, avant que le monde ne sombre à nouveau dans le chaos ?

Conférence de presse de Juncker et Trump après l'accord de cessez-le-feu entre les USA et l'UE

Mais c'est quoi tout ce drame ? Après les élections aux USA, la débâcle du trumpisme à laquelle une bonne partie de la bourgeoisie européenne avait confié sa stratégie n'a pas eu lieu et la situation est plus dangereuse que jamais pour le capital européen. Les taxes punitives yankee contre les automobiles européennes sont imminents. La trêve d'été, c'est fini. L'UE souhaite reprendre les négociations au début de 2019, consciente que la signature du nouvel accord commercial yankee avec le Canada et le Mexique est imminente et qu'une fois ce front fermé, les négociateurs yankee aménageront l'espace pour les importations directes d'Europe en fonction de leurs besoins. Après tout, l'industrie automobile mexicaine est, fondamentalement, la déterritorialisation de l'industrie allemande avec toute son industrie sous-traitante. Pas étonnant que l'atmosphère au sein de la bourgeoisie allemande devienne de plus en plus pessimiste.

Un siècle plus tard, les "cicatrices" des cratères et des tranchées continuent de nous rappeler les dizaines de millions de travailleurs massacrés pendant la première guerre mondiale impérialiste

Très significativement, Trump, qui a assisté au défilé et aux fastes, n'a pas assisté au "Forum de la paix" de Macron et Merkel. Il ne s'exposera pas aux cris du "multilatéralisme" et il a l'intention de continuer à titiller - ça ne lui coûtera pas trop cher - la dissidence de l'UE, à commencer par le Brexit. L'opposition fallacieuse entre le patriotisme et le nationalisme de Merkel, c'est-à-dire entre le nationalisme aligné sur les intérêts impérialistes franco-allemands et le nationalisme rebelle de style italien, polonais ou hongrois, vient avouer l'impuissance franco-allemande à discipliner le continent et à créer le bloc qui, il n'y a pas si longtemps, se dessinait comme une alternative.

Meeting de Karl Liebknecht pendant la révolution allemande

N'oublions pas ce qu'ils célébraient hier. Il y a un siècle, la révolution allemande a mis fin au plus grand massacre de l'histoire. Le capitalisme a clôturé sa phase progressive en laissant entre 14 et 30 millions de cadavres sur le sol de l'Europe, une génération entière de jeunes travailleurs. L'armistice qu'ils célèbrent aujourd'hui n'est pas la "paix", qui n'aurait pu naître que du dépassement du capitalisme, mais une trêve pour vaincre la Révolution et continuer à faire la guerre. Aujourd'hui aussi. Nous continuons dans les mêmes termes : "paix", "multilatéralisme", "projet européen" ne sont rien d'autre que des masques de plus en plus éhontés qui tentent d'habiller le désespoir avec lequel le capital européen cherche des marchés et des placements pour un capital qui a été pendant 100 ans un fardeau et un danger pour l'humanité.

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  nuevocurso.org
Publication date of original article: 12/11/2018

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