Le Yémen aura le dernier mot

11-11-2018 reseauinternational.net 6 min #148144

Rubrique : les Points sur les i

Par Nasser Kandil

Au cours des dix derniers jours, le discours américain sur une cessez-le-feu au Yémen, devant entrer en vigueur dans un délai n’excédant pas la fin du mois, a été tenu concomitamment avec un plan militaire élaboré par les Américains, qui ont fourni aux armées saoudienne et émiratie tous les moyens logistiques et de renseignements nécessaires pour contrôler la ville et le port de Hodeïda, pour être la carte majeure justifiant la négociation d’une position de force. Pendant ces dix jours, des milliers de tonnes de bombes se sont abattus sur la ville de Hodeïda et ses environs, détruisant les bâtiments et les ponts, tuant des centaines d’innocents, brûlant les entrepôts de nourriture et de carburant … Les troupes d’élite des armées saoudienne et émiratie ont avancé sur plusieurs axes et réalisé quelques progrès sérieux. Le commandement de la coalition d’agression contre le Yémen a alors commencé à célébrer la victoire.

D’un point de vue stratégique, la décision de contrôler le Yémen n’est plus qu’une utopie et, dans le plan de guerre américano-saoudo-émirati, négocier est clairement le maximum escompté. Sous l’angle politique international et régional, et dans l’attente du futur rôle attribué à l’Arabie Saoudite compte tenu de la perte du pari sur l’accord du siècle en l’absence du partenaire palestinien, il n’y a plus aucun espoir de continuer la guerre au Yémen. Cette manche est la dernière et, à sa fin, les équilibres doivent être délimités avant d’aller aux négociations. La dimension de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis sera alors proportionnelle à leurs réalisations ou à leurs déconvenues, surtout avec la corrélation organique entre la poursuite des sanctions contre l’Iran et la capacité de l’Arabie Saoudite à constituer la pierre angulaire pour l’établissement d’un équilibre solide des pays du Golfe en face de l’Iran. Ce contrepoids forme une des bases de la politique des sanctions après que le pari sur un rôle militaire israélien ciblant l’Iran en Syrie se soit évaporé, et avec lui les enjeux sur l’accord du siècle et l’alliance israélo-pays du Golfe contre l’Iran sous prétexte de la paix en Palestine.

Les dirigeants yéménites sont conscients de tous ces faits et, par conséquent, agissent partant du principe que cette manche sera décisive pour de nombreuses équations régionales, notamment en ce qui concerne l’avenir du rôle saoudien et émirati et ses limites, ainsi que celui des équilibres qui régiront les futures négociations concernant l’avenir du Yémen. Les dirigeants yéménites comprennent également l’importance de la côte ouest dans cette équation au cœur de laquelle est la ville de Hodeïda et son port, comme ils sont conscients de l’ampleur des capacités mobilisées pour cette bataille décisive et des plans de tueries et de destruction. C’est pourquoi ils ont réagi face à l’évolution des événements avec sang-froid et cœur vaillant. Dès le début, ils ont mis en doute la sincérité du discours américain pour arrêter la guerre et fixé leurs conditions pour lever d’abord le blocus. Les dirigeants yéménites ont ainsi redéployé leurs troupes et modifié leurs positions pour limiter les pertes durant les premiers jours de cette recrudescence militaire sur la côte ouest, mais ont préparé leurs plans pour tendre les embuscades, les chausse-trappes et les traquenards pour contre-attaquer ultérieurement.

Ce n’est pas la première fois que les Yéménites expérimentent une épreuve d’affrontements à Hodeïda, bien que la précédente ait été un simple exercice par rapport à la férocité de l’actuelle, mais c’était aussi un exercice pour les Yéménites pour aiguiser l’efficacité de leurs tactiques et leur capacité à la manœuvre militaire. Il y a deux jours, après que l’attaque saoudo-émiratie ait culminé et que les progrès au sol aient commencé, les embuscades yéménites ont commencé à apparaître, les pièges et les leurres ont commencé à attirer les ennemis vers les points de tir concentrés, les morts parmi les agresseurs ont commencé à se compter par centaines, les retraits aléatoires des attaquants se multipliaient d’un axe à un autre pour échapper à la mort… Et en quelques jours, comme la dernière fois, la contre-attaque qui impose ses nouvelles équations  est apparue.

Les Yéménites ont réglé leur plan sur le timing annoncé par le secrétaire américain à la Défense James Mattis, faisant du mois qu’il a fixé pour arrêter la guerre une obligation pour l’arrêter selon leurs réalisations et non en fonction des résultats qu’il espérait obtenir avec ses alliés.

Article en arabe :  al-binaa.com

traduit par Rania Tahar

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