Maintenir les masses dans un certain désordre ne gêne pas le capitalisme

11-10-2018 histoireetsociete.wordpress.com 6 min #146856

Toujours dans le cadre du Congrès et de notre réflexion qui devrait se poursuivre sur le socialisme que nous voulons et sur la nécessaire transformation du parti communiste français dans ce but. Disons tout de suite que la première chose qu'il faudrait éviter, c'est de concevoir notre rôle à nous communiste français sans cette perspective de fin du capitalisme et ne pas concevoir notre stratégie comme une simple accumulation de tactiques électorales pour sauver les meubles. Il faut que nous nous pensions sur le long terme, en faire notre actualité. Pour cela il faut combattre une erreur qui a fait flores dans notre parti au fur et à mesure que nous perdions toute référence stratégique : Non le capitalisme ne tombe pas comme un fruit mûr pour cause de dysfonctionnement et inadéquation avec les forces productives matérielle et morale... Il faut l'achever et pour cela on a besoin de combattants organisés et aguerris, des communistes...

« La vérité est qu'il ne suffit pas de savoir que le capitalisme est de moins en moins capable de mettre de l'ordre dans ses propres affaires, aussi longtemps qu'il est encore capable de maintenir les grandes masses dans un certain désordre ; il ne suffit pas non plus de le dire, car cette connaissance provoque en lui plutôt de la tranquillité que de l'inquiétude : cette incapacité, il faut la provoquer constamment. Le capitalisme ne peut pas mourir de lui même il faut le tuer. » Brecht.

Notre réflexion de Congrès sur le parti qu'il nous faut ne peut pas ignorer à quel point le capitalisme s'accommode aisément des désordres qu'il engendre et en fait l'argument pour renforcer l'autoritarisme de son pouvoir politique jusqu'au fascisme. La lutte contre « le totalitarisme » communiste qui a fait flores jusque dans nos manuels scolaires et contre toutes les révolutions ne sert qu'à tracer le chemin du fascisme en Europe comme partout ailleurs dans le monde. Quand on découvre que la bête immonde paraphrase les discours d'Hitler jusqu'au Parlement allemand ou que l'on constate la montée d'un parti fasciste en Espagne en feignant d'ignorer que le PPE d'un Aznar a toujours nourri en son sein et ses institutions le fascisme sous prétexte d'anticommunisme, quand on voit Orban et autres en feignant d'ignorer qu'ils agissent comme en Ukraine avec la bénédiction de l'Europe, on ne mesure pas à quel point le Parti communiste français ne peut pas être celui d'un monde de bisounours.

Maintenir les masses dans un certain désordre, ne pas assez les éduquer politiquement, c'est peut-être toute la différence entre ce qui s'est passé à Cuba et au Brésil, alors même que les combattants n'ont pas démérité. Ce qui me fait me prononcer dans ce Congrès est la conscience forte de la nature de ce que nous avons à abattre et qui ne mourra jamais de sa propre incapacité.

Qu'est-ce que cela veut dire « tuer », l'image du dramaturge est forte mais elle risque là aussi de masquer la nécessité stratégique d'un parti communiste. Toutes les expériences du socialisme que nous connaissons et qui doivent être étudiées non en vue de construire un modèle mais bien de nous aider à poursuivre et améliorer nos propres choix correspondant à notre formation sociale montrent qu'il y a la fois rupture mais aussi continuité à la fois parce que comme le dit Lénine le cadavre de l'ancienne société continue à pourrir au milieu de la nouvelle mais aussi au positif parce qu'il faut savoir utiliser le terrain de nos propres conquêtes de justice, de paix et d'émancipation humaine. C'est ici que le terme dialectique de dépassement peut être utilisé s'il admet la rupture, l'abolition comme étant au centre. C'est pourquoi la réflexion des économistes du parti me paraît un apport important quand ils disent : « Il nous appartient de dissiper les illusions : on ne peut sortir le pays de la crise sans mettre en cause la dictature capitaliste de la rentabilité, en luttant pour prendre le pouvoir sur l'utilisation de l'argent. De nombreux exemples actuels permettent d'en faire la démonstration : Ehpad, hôpitaux, délocalisations, Alstom, SNCF, écologie, collectivités territoriales, etc.
Pour l'heure, il y a des différences importantes à gauche : il est de la responsabilité du PCF d'en expliciter publiquement les termes pour chercher à les dépasser. »

Parce que cette réflexion a le mérite de recentrer comme le fait le manifeste l'action du parti vers l'entreprise et ça c'est à mes yeux aussi essentiel que la nécessité de nous enrichir de la compréhension de toutes les expériences socialistes, pour retrouver la démarche stratégique. Même si j'ai encore du mal à voir le caractère concret de certaines luttes proposées. Sans nier l'existence de tous les mouvements de libération humaine qui à mes yeux prouvent à quel point l'humanité ne peut plus se mouvoir dans le cadre étroit du capitalisme sous sa forme de survie de plus en plus conservatrice (je pense à la lutte contre le machisme, l'homophobie, le racisme), il faut bien mesurer à quel point leur avancées ont besoin d'un changement de la structure même de la société, c'est-à-dire effectivement la relation entre forces productives et rapport de production. Les forces productives, c'est à-dire les relations qu'à une étape déterminée de leur développement les être humains entretiennent avec la nature (sciences, techniques, et savoirs humains), d'où l'importance centrale de l'écologie (là aussi il peut y avoir socialisme ou régression), dans le cadre de rapport de production avec leur traduction les rapports de propriété.

Voilà ce qui me paraît à l'œuvre dans notre base commune outre l'indispensable bilan mais qui va plus loin que les erreurs stratégiques y compris à partir du Congrès de Martigues. Ma proposition de nous intéresser aux expériences socialistes de notre point de vue de communiste et pas dans le cadre du négationnisme bourgeois actuel fait partie de ma conception d'un bilan fondamental qui nécessairement dépassera le cadre limité de ce Congrès qui peut devenir historique.

Danielle Bleitrach

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