L'Exécutif vacille mais la principale opposition politique calme le jeu au lieu de s'engouffrer dans la brèche ouverte...

08-10-2018 legrandsoir.info 10 min #146725

Vincent Christophe LE ROUX

Le 3 octobre dernier, en milieu de journée, quelques heures après la démission de Gérard Collomb du ministère de l'Intérieur et la séance de passation des pouvoirs place Beauvau, j'écrivais ceci sur ma page Facebook :

Il semble que les évènements se précipitent. Et qu'en haut, il n'y ait plus personne à la barre.

Peut-être même que la démission du locataire de la place Beauvau dont on dit qu'elle a été imposée au Président, comme l'incapacité à le remplacer autrement que par le transfert à Matignon de la responsabilité de ministre de l'Intérieur (qui est je crois une première dans l'Histoire de la Ve République) témoignent du désarroi et de la panique qui frappent l'Exécutif.

Nous devrions nous engouffrer massivement dans cette brèche. Le pouvoir vacille et c'est maintenant qu'il faut nous engager à fond pour augmenter la brèche !

Le jour est peut-être très proche où va éclater au grand jour la crise ouverte de régime et Nous, le Peuple Souverain, allons devoir être prêts à gérer la suite...

Alors qu'en haut ils se déchirent et que le pouvoir ne tient plus qu'à un fil étroit, la saison s'annonce houleuse sur le plan du combat social avec une base déterminée à ignorer / contourner / dépasser les syndicats foireux du système, tous goinfrés et achetés par la CES.

Avec d'une part, le Front Social qui semble, plus que jamais en cet automne 2018, en situation de coaliser les bases syndicales et les travailleurs non syndiqués qui n'en peuvent plus des coups qu'ils prennent sur la gueule avec le quasi assentiment des grandes directions nationales des syndicats...

Avec d'autre part la multitude de groupes plus ou moins formels, constitués en associations ou en collectifs divers, qui regroupent de très nombreux Françaiss "ordinaires"...

Les circonstances sont propices pour mener la mère de toutes les batailles mais cela implique de nous unir sur l'essentiel et de remettre à plus tard l'accessoire.

Il faut s'attendre à tout dans les prochains jours ou les prochaines semaines : une dissolution de l'Assemblée, une démission du Président, un surgissement soudain et massif du peuple, un coup de force de l'oligarchie, ou une vague subite de violences massives genre attentats de grande ampleur...

Il nous faut donc d'urgence préparer la suite...

*

Aujourd'hui, samedi 6 octobre, au regard de ce que j'ai vu, lu, entendu, et surtout aussi au regard de ce que je n'ai pas lu, vu ou entendu, ces dernières heures, je vais plus loin.

Cette semaine a donc vu la démission du ministère de l'Intérieur de celui qui en occupait la fonction. Cet événement, en soi, n'a rien d'exceptionnel. Il arrive en effet que des ministres démissionnent. Sauf que cette démission-là n'a rien d'anecdotique ! Que ce personnage-là démissionne n'a rien d'anecdotique. Que Collomb démissionne dans les conditions dans lesquelles il l'a fait n'a rien d'anecdotique. Qu'il le fasse dans les circonstances que l'on connaît au plan politique en ce début d'automne 2018 n'a rien d'anecdotique ! Il n'y a pas besoin d'être un aigle pour le comprendre or il semble bien que très peu aient pris la mesure de l'évènement.

Cette semaine a ainsi offert à l'opposition à Macron une occasion de choix de s'engouffrer dans cette brèche ouverte par la démission de Collomb.

Or le principal opposant déclaré, Jean-Luc Mélenchon, n'a rien dit à ce sujet. Il a par contre fait un discours de nature « académicienne » sur la VIe République, depuis une salle de l'Assemblée Nationale (1). Et la scène était surréaliste. On avait le sentiment de voir un Roi parlant à son conseil (constitué des députés FI). Bien au milieu de la tribune centrale, tandis que les premiers députés étaient espacés de lui comme pour bien créer la distance et la centralité de Mélenchon... Édifiant !

Le discours, en lui-même, n'était pas inintéressant bien que Mélenchon n'ait fait que répéter ce que l'on sait déjà. Par contre, ce discours (ou un autre) aurait pu être beaucoup plus utile au moment que nous vivons s'il avait consisté en un discours de combat contre le régime actuel et contre ceux qui le font vivre... et survivre.

Or rien de ce genre dans son discours. Ce fut un discours totalement aseptisé comme aurait pu en faire un professeur de droit constitutionnel débutant ou par trop timide...

Mélenchon aurait pourtant pu, avec l'audience qu'il a encore dans l'opinion, et l'influence qu'il a toujours sur beaucoup de gens, dire des choses fortes, de nature à discréditer davantage le pouvoir en place, et donc à faire très mal, politiquement parlant, à ce pouvoir en place.

Mais rien de ce genre. Pas un mot plus haut que l'autre ! Pas un mot inconvenant ! Pas un mot de véritable opposition frontale, déterminée, combative. Et même des trucs assez contestables pour ne pas dire pire...

Somme toute un discours de salon, comme on devait en tenir dans les salons bourgeois du XVIIIe siècle, quelques temps avant le 14 juillet 1789...

Mélenchon, manifestement, ne veut pas tirer sur un corbillard sauf que Macron n'est pas encore mort politiquement. En tout cas il est encore là et a encore des forces pour nous faire mal, à moins d'une insurrection qui éclaterait très prochainement !

Mélenchon semble donc préférer que passe l'orage qui tonne au-dessus de Macron. Il ne veut manifestement pas ajouter sa contribution à la mise en danger institutionnelle du Président et de son monde qui d'ailleurs semble le lâcher de plus en plus et semble aussi prendre un malin plaisir à le démonétiser. Il faut dire qu'il s'y emploie allègrement lui-même ces derniers temps...

Ainsi, il devient de plus en plus manifeste que Mélenchon ne veut surtout pas agir pour accélérer la chute du locataire actuel de l'Élysée. Et pourtant, il y en aurait des choses à dire pour augmenter le diamètre de la brèche ouverte dans le mur présidentiel... Il y en aurait des coups de boutoir à donner dans ce mur pour le faire s'écrouler au plus vite.

Car avec cette démission de Collomb qui n'était pas n'importe quel ministre, ni n'importe quel « ex » soutien du Président, et avec l'incapacité du pouvoir à le remplacer immédiatement, on a la preuve que ce pouvoir est en panique, qu'il n'a plus assez de gens de confiance pour aller diriger les forces de police.

Peu de gens manifestement ont pris la mesure de ce que cette situation dit du pouvoir actuel et de l'immense malaise ou du grand désarroi dans lequel il est plongé. Cela s'ajoute au mal que l'affaire Benalla a déjà fait à ce Président. Et cela dit aussi que les maîtres de Macron n'ont pas encore fait leur choix pour la suite et qu'ils laissent leur marionnette désemparée face au désaveu de plus en plus généralisé y compris de la part des siens.

Ceci est exceptionnel ! Car si, dans la Ve République, il a pu arriver que des ministres démissionnaires ne soient pas immédiatement remplacés et que d'autres, voire le premier d'entre eux, assurent leur intérim, une telle vacance n'avait jamais concerné le « premier flic de France ».

Cela témoigne donc d'un malaise profond et très grave au plus haut sommet de l'État.

Toute opposition digne de ce nom aurait donc dû parler fort et clair sur ce point plutôt que de se contenter de prononcer un discours terne sur le régime actuel et le prochain envisagé.

On a déjà vu à quel point Mélenchon s'est fait tout doux, tout suave, tout mielleux même, devant Macron lors de la rencontre de Marseille qui n'était pas fortuite contrairement à ce qu'il en dit et à ce que répètent les Insoumis anonymes ou célèbres... Le Canard Enchaîné ne s'est pas privé de le démontrer... Et sur ce sujet, d'autres que moi ont été bien plus cruels que je ne l'ai été pour en parler... Notamment ce jeune de l'UPR qui, dans une vidéo récente (2), n'y va pas par quatre chemins pour exprimer ce qu'il pense de cette dévastatrice rencontre dans l'opinion. Vous allez me dire que c'est un UPR et que ça ne compte donc pas ! Soit ! Alors tenez, écoutez cette fois Didier Porte. Lui n'est pas de l'UPR. Lui était même plutôt proche de Mélenchon. Or il ne s'est pas privé de reconnaître avec ironie que « Méluche s'était déballonné » (3).

Je pourrais aussi ajouter ce que beaucoup de gens nous disent à nous qui avons fait la campagne de Mélenchon, qui avons invité beaucoup de gens à voter pour lui, à lui faire confiance et qui aujourd'hui sont écoeurés et sont perdus à jamais !

Et oui, Mélenchon a vraiment tombé le masque ces dernières semaines, et il n'y a plus que les indécrottables naïfs pour ne pas l'avoir encore perçu !

J'ai commencé à me demander il y a quelques jours si finalement, à l'instar des deux Le Pen, Mélenchon n'avait pas, en toute conscience, choisi de s'auto-saborder en plus de s'auto-limiter pour ne pas être en situation de recours si la crise de régime éclatait pour de bon, ce qui peut arriver désormais à chaque instant qui passe. Hélas, de plus en plus d'éléments semblent confirmer chaque jour ce mauvais pressentiment.

[1]

[2]

[3]

Pour aller plus loin : je vous invite à lire :

1/ le billet que Jacques Sapir a publié le 5 octobre sur le blog Les-Crises :  les-crises.fr

2/ le billet que Denis Collin a publié le 4 octobre sur le blog La-Sociale :  la-sociale.viabloga.com

 lepeuplenobtientquecequilprend.wordpress.com

 legrandsoir.info

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