Nouveau cas de pantouflage : l'époux de Fleur Pellerin mis en cause

15-09-2018 francais.rt.com 6 min #145708

© Jens Kalaene/DPA Source: AFP

Le haut fonctionnaire Laurent Olléon, conjoint de l'ancienne ministre de la Culture, était membre de la commission des infractions fiscales. Il va rejoindre un cabinet fiscaliste anglo-saxon dans lequel il optimisera les impôts de grands groupes.

Laurent Olléon, haut fonctionnaire spécialiste de la fiscalité et président suppléant de la commission des infractions fiscales, a rejoint un grand cabinet d'avocats fiscalistes anglo-saxon, Orrick. Le mari de Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture, commet l'un des plus beaux  pantouflages, mais aussi l'un des plus problématiques de l'ère Macron.

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Quelle mission incombait à Laurent Olléon, membre du Conseil d'Etat à la commission des infractions fiscales ? Celle de poursuivre les fraudeurs qui échappent à l'impôt, à la demande du ministère des Finances. Et sa nouvelle mission ? Celle de réduire les taxes d'importants groupes privés, grâce à d'astucieux montages fiscaux...

Il est aisé d'imaginer que ce pantouflage se fera certainement au détriment de la collecte d'impôts. Son expertise de la fiscalité française et des négociations avec les mauvais payeurs pourrait faire réaliser d'importantes économies aux groupes s'adressant à Orrick.

Dans un communiqué annonçant la collaboration du haut fonctionnaire, le cabinet d'avocats fiscalistes confirme cette déduction en toute transparence : «Cette connaissance de l'intérieur sera d'une valeur inestimable pour nos clients français et internationaux.»

Contacté par  L'Obs, Laurent Olléon a pourtant rétorqué : «L'avocat fiscaliste n'est pas là pour permettre à son client d'échapper frauduleusement à l'impôt, en se soustrayant illégalement à sa contribution au financement des services publics.»

Mais loin de protéger leurs arrières, les différentes instances publiques ont accepté non seulement la demande de mise en disponibilité de Laurent Olléon, mais aussi sa nomination sans délai en tant qu'avocat fiscaliste. Le bureau du Conseil d'Etat aurait pu s'opposer à cette embauche dans la foulée de la parution du communiqué du cabinet Orrick, qui se réjouissait de cette recrue issue des rouages de l'Etat français. En effet, un avis de son collège de déontologie datant de juillet 2017 recommandait aux cabinets des membres du Conseil d'Etat de ne pas «suggérer implicitement» ni «d'indiquer expressément» que le nouvel embauché aurait «eu de l'intérieur une connaissance de la juridiction administrative».

La conversion de ce haut fonctionnaire en avocat fiscaliste a été immédiatement adoubée par la commission de déontologie de la fonction publique, qui a émis un avis favorable en juillet, sans l'auditionner, quand bien même elle ne serait pas contrainte de le faire.

Ce quinquennat compte-t-il encourager le pantouflage ?

Mais sous le mandat d'Emmanuel Macron, le projet de loi « liberté de choisir son avenir professionnel », examiné le 23 juillet, prévoyait de faciliter cette démarche. Le gouvernement proposait dans l'article 63 qu'un fonctionnaire qui ferait des allers et retours entre public le privé puisse réintégrer son costume de fonctionnaire en bénéficiant des primes et traitements qu'il aurait eu s'il y était resté.

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Une manière de rendre le secteur public attractif pour les élites ou de favoriser les va-et-vient ? Finalement l'article 63 a été supprimé par le Sénat, non pas pour éviter la fuite des cerveaux, préjudiciables aux finances ou aux stratégies de la France, mais pour ne pas entraîner de gabegies. «A l'heure où les collectivités publiques sont incitées à restreindre leur budget de personnel, la mesure ne paraît pas de bonne gestion», avaient écrit les sénateurs. Par ailleurs, Alexis Kohler, un des proches d'Emmanuel Macron et secrétaire général de l'Elysée, avait durant ce quinquennat déjà été  suspecté de conflit d'intérêts pour ses navettes entre le privé et le public.

Ironie du sort, l'épouse de Laurent Olléon, Fleur Pellerin, avait eu des mots aussi durs que cyniques concernant les évadés de la fonction publique. Alors qu'elle avait monté un fonds d'investissement après avoir été évincée du gouvernement Valls en 2016, elle avait tenu ces propos rapportés par  Le Parisien en mars 2018 : «Je ne suis pas allée pantoufler dans une grande entreprise, ce qui est un destin assez naturel pour d'anciens ministres qui rejoignent le privé.»

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