Les américains relancent la guerre des étoiles, par Richard Labévière

23-08-2018 les-crises.fr 26 min #144854

Source :  Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 20-08-2018

LES AMERICAINS RELANCENT LA GUERRE DES ETOILES - Richard Labévière. Trump vient de promettre qu'il assurerait l'hégémonie des Etats-Unis pour l'exploration de la Lune et de Mars, mais aussi dans toute éventuelle guerre spatiale, avec la création future d'une force de l'espace. « L'Amérique sera toujours la première dans l'espace », a déclaré le président américain lors d'un discours à la Maison Blanche. « Nous ne voulons pas que la Chine et la Russie et d'autres pays nous dominent, nous avons toujours dominé », a-t-il poursuivi. « Mon administration va reprendre le flambeau en tant que premier pays de l'exploration spatiale ». Donald Trump souhaite la création d'une force spatiale indépendante de l'armée de l'air, un sujet controversé à Washington, où certains généraux et parlementaires trouveraient plus efficace et économe que le corps spatial se développe au sein de l'US Air Force. La décision en reviendra au Congrès, mais Donald Trump a ordonné au département de la Défense d'en poser les jalons. « Nous allons avoir une armée de l'air, et une force spatiale, séparée mais égale », a-t-il dit, tranchant le débat actuel. « Pour défendre l'Amérique, une simple présence dans l'espace ne suffit pas, nous devons dominer l'espace », a-t-il conclu. Dans le même temps, le président américain critique l'Iran qui vient de procéder au tir d'un missile de croisière, attribut conforme à ses besoins légitimes de défense et de souveraineté nationale. Cette critique américaine est assez mal venue... En effet, chacun se souvient que l'Iran a du faire face à une guerre terriblement meurtrière de 1980 à 1988, guerre déclenchée par l'Irak de Saddam Hussein avec les encouragements et le soutien des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et de la France. Donald Trump relance la Guerre des étoiles, mais refuse à l'Iran les moyens d'assurer sa défense nationale. Ici-bas, tous les Etats membres des Nations unies sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres...

SYRIE I : UN RAPPORT VITE GLISSE SOUS LE TAPIS - Michel Annequin. S'il fallait encore se convaincre du traitement à charge du dossier syrien par les médias occidentaux, il suffit de voir l'indifférence dans laquelle a été accueillie la publication en juin dernier d'un rapport d'Amnesty International sur l'impact des frappes de la coalition emmené par les États-Unis sur les populations civiles. Quand ce sont des frappes de l'armée russes qui font, par malchance, des victimes parmi les civils, les médias crient au loup. Mais lorsque c'est la phénoménale puissance de feu des Américains qui réduit à néant des familles innocentes, rien. Juste un silence assourdissant. Personne ne s'émeut. On reste sur l'idée qu'il y a les méchants et les gentils. Les sauveurs du monde... Pourtant, ce n'est pas ce que dit le rapport de l'ONG. Son antenne Suisse, s'est d'ailleurs émue, début août, des efforts déployés par les autorités américaines pour nier, d'abord, et ensuite minimiser l'importance des pertes civiles lors de l'opération menée à Raqqa entre juin et octobre 2017. « La coalition avait balayé ces allégations en les qualifiant de non crédibles et de hauts responsables avaient dénigré les conclusions « naïves » et « irréfléchies » d'Amnesty International dans les médias et des forums publics », a déploré Amnesty International Suisse dans un communiqué publié le 7 août. « Les entretiens que nous avons menés avec de nombreuses victimes et témoins laissent à penser que le bilan s'élève à plusieurs centaines de morts parmi les civils », y affirme Donatella Rovera, spécialiste pour les situations de crise au sein de l'ONG. Dans son rapport du mois de juin intitulé Syrie. La « guerre d'anéantissement » a fait des ravages dans la population civile à Raqqa, Amnesty International a présenté des preuves suffisantes pour établir que les frappes aériennes de la coalition qui ont fait des victimes civiles et qu'elle a examinées ont bafoué les lois de la guerre. « Comment la coalition peut-elle estimer qu'elle frappait des postes de combat et des quartiers généraux de l'EI alors qu'il s'agissait de maisons pleines de civils ? », interroge Amnesty International. La presse mainstream n'en a pipé mot... Dans son rapport du mois de juin, Amnesty International a mis en lumière quatre cas impliquant des familles dévastées par les frappes de la coalition, qui illustrent une pratique généralisée lors de l'offensive militaire conduite à Raqqa.

SYRIE II : SOTCHI, CADRE DE LA REPRISE DES NEGOCIATIONS DE GENEVE - Michel Annequin. A l'issue de la réunion sur la Syrie qui s'est tenue à Sotchi les 30 et 31 juillet dernier, l'Iran, la Russie et la Turquie ont publié un communiqué commun qui pose le cadre des négociations à venir. Les trois participants y réaffirment «leur ferme attachement à la souveraineté, à l'indépendance, à l'unité et à l'intégrité territoriale de la Syrie». Surtout, ils continuent à inscrire leur démarche dans le sillon du processus de Genève en appelant au démarrage rapide des travaux de la commission constitutionnelle. Rendez-vous a d'ailleurs été pris pour une rencontre en Suisse en septembre avec le médiateur de l'ONU Staffan de Mistura. Il faut relever que pour aider au déblocage de la situation, la Russie, l'Iran et la Turquie se sont engagés à poursuivre leurs efforts conjoints pour instaurer un climat de confiance entre les parties au conflit en Syrie, y compris dans le cadre du groupe de travail sur la libération des détenus et des personnes enlevées, et à l'identification des personnes disparues.

DU MAUVAIS USAGE DES DROITS DE L'HOMME - Ali Baba. On sait la haine que nourrissent les djihadistes contre l'Occident, la France, ses valeurs... Il n'est qu'à dresser la liste impressionnante des attentats les plus odieux qu'ils ont commis en France au cours des dernières années. Il n'est nul besoin d'y revenir. Pire encore, certains (parfois des familles entières de nationalité française ou binationaux) sont partis faire le djihad en Irak et en Syrie, profitant de la mainmise de l'EIIL dans ces deux pays. Ils s'y sont livrés à des actes odieux, ils ont tyrannisé des populations sans défense (Cf. les chrétiens d'Orient avec une barbarie digne des nazis). Les preuves de leurs forfaits circulent en boucle sur les réseaux sociaux. Elles font de nouveaux adeptes. Mais, le vent a tourné, les mouches ont changé d'âne. L'EIIL a été défait sous les coups de boutoir de la coalition occidentale (la France y a pris sa part dans le cadre de l'opération « Chammal »), des forces russes, syriennes et de leurs supplétifs, des Kurdes qui ont payé le prix fort de leur engagement. Certains djihadistes ont été tués dans les combats. D'autres ont été fait prisonniers en Irak et en Syrie, arrêtés par les Kurdes (qui entendent les juger pour leurs crimes). Ceux-là mêmes qu'Emmanuel Macron traite de « terroristes » en recevant le président turc à Paris le 5 janvier dernier. Drôle de reconnaissance ! Mais, il y a pire. Tous ces djihadistes qui vociféraient hier contre la France raciste, contre son droit inique et discriminatoire changent aujourd'hui leur fusil d'épaule. Ils exigent d'être rapatriés sur notre sol afin d'y être jugés selon les canons de la convention européenne des droits de l'homme du Conseil de l'Europe et de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ils exigent le droit à un procès équitable, présomption d'innocence et instruction à charge et à décharge à la clé. La question agite le microcosme parisien. Le Quai d'Orsay, fidèle à sa langue de bois épaisse et son style Norpois, indique que ces affaires seront traitées au cas par cas. On croit rêver. Ces braves gens nous expliquaient qu'ils ne pouvaient vivre dans un pays comme la France dont les mécréants qui font office de citoyens étaient des islamophobes congénitaux. Ils rêvaient d'y installer la charia qui, comme chacun le sait, est un modèle de protection des droits de l'homme mais aussi des droits de la femme. Désormais, ils ne feraient plus confiance à ce système qu'ils vénéraient hier. Ils se seraient subitement convertis aux vertus de l'état de droit des mécréants (protection consulaire, rapatriement aux frais du contribuable, avocats commis d'office, sans parler de tout le reste) et autres « kouffars » (terme arabe à connotation dépréciative désignant celui qui n'est pas croyant) que nous sommes dans notre immense majorité. Que des Tartuffe et des pleutres ! La France s'honorerait de les déchoir de la nationalité française (ce que permet la loi existante) et les laisser se débrouiller avec ceux qu'ils ont maltraités lorsque l'EIIL tenait le haut du pavé. Ce serait le meilleur signal que nous pourrions envoyer à ces monstres et à tous ceux qui seraient tentés de suivre leur bon exemple. Cela aurait plus de poids que toutes les lois antiterroristes et autres état d'urgence adoptés dans la plus grande précipitation, qui sont souvent inefficaces et n'ont aucune vertu pédagogique pour les apprentis terroristes. Dans ce combat contre le terrorisme, dont Jupiter a fait la priorité des priorités, la plus grande fermeté s'impose dans la pratique et pas seulement dans les mots. Ces bons citoyens français devraient apprendre à leurs dépens que l'on ne peut faire n'importe quoi dans une démocratie et un état de droit surtout au pays de René Descartes et de la logique. L'hypocrisie a ses limites. Le droit n'est pas un droit à la carte, à géométrie variable. Il s'impose erga omnes et ne variatur. On reste sans voix en apprenant que des plaintes contre la France auraient été déposées par les avocats des familles des djihadistes françaises arrêtées par des combattants kurdes en Syrie pour « détention arbitraire » (pratique que l'EIIL ignore bien évidemment). Il faut définitivement en finir avec le mauvais usage des droits de l'homme (lire sur le sujet l'excellent article intitulé Un peu de pudeur de Jack Dion dans Marianne du 12 au 18 janvier 2018, page 9). « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » nous rappelle Louis Antoine Saint-Just !

JUPITER CHANGE DE CAP 22 - Jean Daspry. Il y a souvent loin de la coupe aux lèvres comme nous le rappelle l'adage bien connu. Notre jeune et intrépide président de la République, Emmanuel Macron l'apprend tous les jours à ses dépens sur la scène extérieure comme sur la scène intérieure. Pour ce qui est de cette dernière, un exemple récent vient d'alimenter la chronique, déjà bien fournie, des renoncements de Jupiter à ses multiples - et parfois inconsidérées - promesses de campagne électorale. Il concerne une sorte de monstre du Loch Ness qui réapparait au début de chaque nouveau quinquennat, celui de la fameuse réforme de l'action publique afin de soulager le budget général de notre pays et, ainsi, rentrer dans les clous bruxellois (les fameux critères de Maastricht). Très rapidement, la tâche ressemble à celle de Sisyphe. Très rapidement, l'auteur du projet pharaonique le remise au magasin des antiquités administratives et la vie continue. Une fois encore, le « nouveau monde » n'a rien à envier à l'ancien tant, par certains côtés, il est pire. Tout change pour que rien ne change.

UNE RÉFORME HAUTEMENT SOUHAITABLE

Qui pourrait reprocher au nouvel élu, animé du désir louable, de réformer quelques piliers de la démocratie française, au premier rang desquels son action publique particulièrement budgétivore ? Jamais, en manque d'une excellente idée en la matière, les crânes d'œuf de Bercy (cela tombe bien le président de la République, Emmanuel Macron et son vice-président, Alexis Kohler sont des purs produits de ce ministère régalien) planchent jour et nuit sur le problème. Une fois le principe posé, les questions concrètes (les plus embrassantes en réalité) ne manquent pas. Comment dégraisser le mammouth public sans lui faire perdre de son muscle ? Comment répartir équitablement la charge du fardeau entre les différents acteurs de cette grande gabegie à la française ? Comment établir des priorités entre ce qui est jugé indispensable (armées, sécurité, justice, éducation...) et ce qui l'est moins (nous ne nous prononcerons pas sur le sujet) ? Comment faire la part égale entre la fonction publique étatique et la fonction publique territoriale ? À qui revient le soin d'établir la feuille de route générale de cet exercice de grande ampleur, au président ou au premier ministre ? Comment procéder à la préparation de cette réforme, par la voie de la concertation ou par la voie de l'imposition brutale par le haut ? Le moins que l'on puisse dire est que l'exercice nécessite courage et ténacité pour être mené à bon port sans parler d'une méthode idoine afin de ne mécontenter personne et déplaire à tous. Et, c'est là que le bat blesse avec la clique révisionniste jupitérienne.

UNE MÉTHODE HAUTEMENT CRITIQUABLE

Le premier ministre (issu du Conseil d'État, l'élite de la Fonction publique, sorte de noblesse d'État), Édouard Philippe est chargé de mener à bien cette réforme. Il a toutes les qualités requises pour ce faire : jeune (un peu moins que Jupiter mais enfin), dynamique (il pratique la boxe pour se détendre), souple (il a renié ses origines politiques, les Républicains), expérimenté (ex-maire du Havre), polyvalent (il a œuvré un temps chez Areva), jovial (il ne déteste pas les bons mots)... Il ne lui restait juste qu'à trouver un sigle porteur pour ce travail de Titan (« CAP22 » pour « Comité d'action publique 2022 ») et à mettre en place une structure destinée à réfléchir au sujet (une usine à gaz à la française). C'est chose faite. Toute cette cohorte de bons esprits et de bons apôtres relève ses manches et travaille dur pour conduire à terme cette œuvre monumentale. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Un bref aperçu de la méthode retenu pour travailler laisse rêveur l'homme normal à l'esprit simple. Le bébé est porté sur les fonts baptismaux en octobre 2017 sous les ors de l'ancienne salle à manger de l'hôtel de Matignon, aujourd'hui appelée « salle du conseil ». Comme le souligne le quotidien Le Monde, le lieu est imposant : des dorures du XIXe siècle encadrent des médaillons évoquant des fables de La Fontaine1. Mais, il y a mieux encore, on recourt à la méthode bien rôdée du comité Théodule. On compose un groupe d'experts, une sorte de bric à brac composé de hauts fonctionnaires (toujours les mêmes vieux crabes), de chefs d'entreprise (la fameuse caution de la société civile) qui doit rendre ses conclusions dans les six mois, dégager des pistes pour aider l'État à être plus efficace et moins cher (une sorte d'ubérisation étatique). Quant à notre comité Théodule, il ne brille pas par sa simplicité. Le programme se définit en trois objectifs, six « principes clés ». À coté du CAP22, piloté par trois vice-présidents, on met en place un « Comité jeunes » (J22, le jeunisme est à la mode), des « chantiers interministériels, boîtes à outils », un « forum de l'action publique »... Ce serait plutôt du genre usine à gaz, cette passion française !

UNE ISSUE HAUTEMENT LAMENTABLE

Peut-être fallait-il voir dans cette mascarade un avertissement sur la vanité des entreprises humaines ? Pourtant le premier ministre, Édouard Philippe avait annoncé que cette fois, « la méthode serait radicalement différente ». Au diable, la méthode dite du rabot. Désormais, nous aurions droit à des réformes de substance dégageant de sérieuses économies, y compris en investissant 700 millions d'euros dans des projets de transformation. Nous voici pleinement rassurés. L'expérience démontre amplement que la lourdeur s'ajoute à la complexité du processus. Les rênes sont tenues courtes. Certains s'investissent, d'autres moins. Des tensions apparaissent entre les uns (partisans de la liberté de parole et de plume) et les autres (les proches de Jupiter, courroies de transmission des volontés divines, à savoir le mantra des économies). Tout est verrouillé, pour éviter les fuites. Une méthode stalinienne dans une authentique démocratique. Traqué par les syndicats, les médias, le contenu de CAP22 devient l'objet de tous les fantasmes. Les retards s'accumulent. L'opus magnum fini par fuiter (dans le Figaro) au moment où le rapport Borloo sur les banlieues est enterré sans fleurs, ni couronnes, éclipsé par la coupe du monde de football et le Benallagate. Le sort du projet est scellé, il est renvoyé aux calendes grecques. Désormais, plus de plan d'ensemble, les réforme seront annoncées au fur et à mesure comme dans le passé. À titre d'exemple, à la rentrée, des annonces seront faites sur le réseau de l'État à l'étranger (encore un coup de rabot pour une diplomatie du coup de rabot permanent)... d'autres suivront. Une belle claque pour Jupiter et sa frénésie de réformes tous azimuts qui risque de se fracasser sur l'écueil du conservatisme et de l'inertie sociétale.

« Le trop d'expédients peut gâter une affaire », prévenait Jean de la Fontaine. À vouloir traiter de tout en même temps, on ne traite de rien. Telle est la morale préliminaire de cette débandade en rase campagne qui n'a pas fait la une des médias. Par contre sont passés inaperçus quelques informations bien utiles. La première porte sur l'extension de la liste des postes dont la nomination est laissée à la discrétion du gouvernement (adoption le 3 août 2018 d'une modification au décret n°85-779 du 24 juillet 1985 portant application de la loi 84-16 du 11 janvier 1984 fixant les emplois supérieurs pour lesquels la nomination est laissée à la discrétion du gouvernement. Désormais, le décret ajoute « 22 postes de consuls généraux particulièrement importants »2. En un mot, le président de la République pourra nommer à ces postes des copains en toute immunité en lieu et place de diplomates professionnels. Bonjour, la méritocratie à la française ! La seconde concerne la « loi pour une État au service d'une société de confiance »3. Un monument d'hypocrise pour faire croire à la bonne foi de l'administration face au citoyen déboussolé ! De quoi amuser la galerie et les gogos comme la dernière invention de la mairesse de Paris, à savoir « l'uritrottoir » qui encouragerait la « miction citoyenne ». La politique du gadget et de l'essuie-glace fonctionne à plein régime. En dernière analyse, nous retiendrons de toute cette mascarade que Jupiter change de CAP22.


1 B.F., « CAP22 », des ors de Matignon à l'enterrement sans fleurs ni couronnes, Le Monde, 5-6 août 2018, p. 6.
2 Touche pas à mon consul !, Le Canard enchaîné, 8 août 2018, p. 2.
3 Loi n° 20186727 du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance, JORF n° 0184 du 11 août 2018, texte n° 1.

LES DISPENDIEUSES VACANCES DE M. MACRON - Jean Daspry. Après une année éreintante, le couple glamour Manu et Bijou a droit à des vacances amplement méritées au soleil mais à l'ombre d'un fort, joyau de la République qui a pour nom Brégançon, à quelques encablures de Bormes-Les-Mimosas. Le président de la République et sa cougar d'épouse ne peuvent légitimement se baigner avec le vulgum pecus dans une eau souillée par les détritus en plastique et autres immondices que drainent les superbes plages de la Riviera française. On pourrait y croiser quelques français moyens ou quelques clandestins ayant forcé la frontière à Vintimille. Horresco referens ! On se barricade à la maison. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. De temps en temps, un selfie avec un jeune garçon recruté pour la circonstance ou quelques estivants en mal de sensations fortes. Mais grâce à ses communicants toujours sur le pont, nous avons la certitude que la première Dame est une épouse sans peur et sans reproche et que son auguste mari est un capitaine (pas de pédalo, à ne pas confondre avec son prédécesseur) qui tient bon la barre du paquebot France. Mais, en ces périodes de disette et de vaches maigres, les facéties estivales de notre couple glamour nous coûtent tout de même un « pognon de dingue ».

UNE ÉPOUSE SANS PEUR ET SANS REPROCHE

L'épouse du président de la République ne cesse de nous étonner par ses talents de sportive de haut vol, en dehors de son carnet d'adresses culturel. Un jour, chevauchant un jet ski sur une mer bleu azur. Un autre, enfourchant un vélo électrique. Mais, pour être l'épouse de Jupiter, on n'en demeure pas moins une femme d'intérieur. Le mobilier du fort de Brégançon étant un peu passé, on le fait mettre à niveau. Les cuisines étant indignes de son président de mari, on les remplace promptement. Et, le reste est à l'avenant. Bijou s'étonne que Jupiter ne puisse disposer d'un endroit où procéder à quelques salutaires ablutions en ces périodes de canicule suffocantes, on fait installer une piscine démontable. Elle fait polémique. On renvoie les esprits chagrins au montant dérisoire de la facture. Mais, pour être l'épouse de Jupiter, on n'en oublie pas moins sa première famille, les Auzière. Enfants et petits enfants n'avaient pas trouvé sur les sites internet dédiés les vacances de leurs rêves à vil prix, on les convie discrètement à Brégançon. Quand il y en a pour deux, il y en a pour une joyeuse cohorte. Dans cette superbe demeure de la République, on ne lésine pas, on vit à grandes guides. Tout ce beau monde est hébergé, nourri, dorloté sans compter car ils sont les proches du prince qui nous gouverne. Ils ont donc droit à tous les égards dus à leur rang. Quid du sieur Auzière, premier époux de Brigitte ? Ne devrait-il pas participer pas aux frais d'entretien de ses descendants légitimes ? Question incongrue, je vous le confesse. Mais question légitime, vous me le concéderez. Existe-t-il un seul journaleux qui ose la poser ? C'est très mauvais pour sa Carrière de se permettre de telles incongruités...

UN MARI À LA BARRE DU PAQUEBOT FRANCE

En plus de cela - la famille de Madame, née Trogneux du même nom que les célèbres macarons d'Amiens - distrait le président de la République durant son séjour dans ce lieu baptisé par ses communicants « d'Élysée d'été », histoire de bien marquer que le président n'est jamais en vacances. Il est à la manœuvre, nous précise-t-on !4 Elle lui facilite le travail. Jupiter a fait don de sa personne à la République en mai 2017 et se doit de répondre présent 24 heures sur 24 tant sur le plan international qu'intérieur.

Sur le plan international, l y accueille aussitôt au fort Theresa May pour parler Brexit. En même temps, il pratique la diplomatie du téléphone. Il sermonne par téléphone le vilain Vladou qui continue d'embastiller l'opposant Oleg Sentsov, à l'article de la mort. Il en profite pour quémander un strapontin humanitaire pour le final du théâtre syrien. Il s'émeut auprès de la chancelière allemande de la situation en Crimée et de l'afflux de migrants par la route espagnole. Quelques zélés courtisans, dont la sous-ministre en charge de la pétaudière européenne, « Nathalie Loiseau de mauvais augure » nous avait pourtant expliqué que le problème migratoire avait été définitivement réglé lors du dernier conseil européen de juin dernier à Bruxelles grâce à la science de son maître bien aimé, Jupiter I. Ce ne serait donc que vulgaires bobards ou « fake news » ? Jupiter téléphone à son homologue turc pour lui signaler qu'il est disposé à renforcer ses liens économiques avec Ankara (!)5. Il interroge le maréchal al-Sissi de la situation à Gaza6. Le chef de l'État est plus discret sur le résultat des élections au Mali où l'on a fraudé à grande échelle mais il félicite tout de même au téléphone cette « crapule » d'IBK, sur le bombardement d'une école au Yémen par son grand copain MBS qui sent le crime de guerre à plein nez, sur la crise américano-turque qui prend un vilain tour7, sur la pluie de sanctions américaines qui s'abat sur l'Iran... On l'aura compris, en dépit de son agitation légendaire, Emmanuel Macron n'est qu'un simple observateur, spectateur de la vie internationale. Il s'informe. En dépit de la brillante formation théâtrale que le jeune lycéen qu'il fut à la Providence à Amiens a reçu de sa professeure de lettres, une certaine Brigitte Auzière, il n'est pas acteur d'un monde en pleine recomposition. La diplomatie est un métier qui ne s'improvise pas, elle s'apprend sur le terrain avec le temps et l'humilité.

Sur le plan intérieur, il faut vite faire oublier les facéties de deux de ses collaborateurs les plus proches qui ont pour nom Alexandre Benalla et Alexis Kohler8. L'affaire a laissé quelques traces dans les esprits, y compris dans ceux des marcheurs9. Mais Jupiter a plus d'un tour dans son sac. Ne voilà-t-il pas qu'il décoche une superbe flèche étiquetée fort de Brégançon qui a pour nom : « loi pour une État au service de la confiance »10. On manque de s'étrangler à la lecture de ce monument d'hypocrisie exécutivo-législative sorti en pleine période de canicule11. Fallait oser ! Mais, comme le rappelle Michel Audiard : « les cons, ça ose tout, c'est même à cela qu'on les reconnaît ». Cela ne changera rien à l'asymétrie entre le citoyen et l'État mais on fait semblant. Cela amuse les gogos et fait parler les perroquets à carte de presse qui n'ont rien à dire d'intelligent alors même que nous sommes peut-être au bord d'une grave crise financière et que la guerre commerciale lancée par Donald Trump12 contre la Chine, l'Europe, le Canada, et maintenant la Turquie pourrait très mal se conclure dans les semaines, les mois à venir. De minimis non curat praetor ! Alors même que la guerre change de nature. En plein pont du 15 août, on désigne, avec l'aval des représentants de l'État un canadien à la tête d'Air France. Au passage, il exige le triplement de son salaire avant de demander aux employés de la compagnie nationale un tour de vis important. On ne prête qu'aux riches... Mais, enfin, Jupiter va rendre hommage aux combattants de la Seconde Guerre mondiale ayant participé au débarquement en Provence le 15 août 1944.

EN GUISE DE PÉRORAISON

« Ceux qui gouvernent commandent un monde qui se transforme pour des raisons qu'ils ignorent. Et cette absence d'instruction savante est vraiment dramatique. Il y a trente ans, on parlait sérieusement du monde, aujourd'hui il nous dépasse »13. Orwell est parmi nous. Il doit nous servir de boussole par sa pensée libre et courageuse, opposée à la langue de bois et au conformisme intellectuel de notre République en marche arrière. L'influence persistante d'Orwelll doit surtout à la clarté de sa langue et à sa grande honnêteté intellectuelle14. À méditer par Jupiter et son armée de courtisans, experts es bobards et autres fariboles.

UN POGNON DE DINGUE

Revenons un court instant à quelques préoccupations prosaïques ! Comme tout un chacun le sait pertinemment, Jupiter n'est pas le premier venu. Inspecteur général des Finances, ancien de la Banque Rothschild, il sait ce qu'est la valeur de l'argent. On rabote l'APL des plus pauvres, on augmente la CSG des retraités pour rééquilibrer les finances publiques bien mal en point de notre Douce France... et tant d'autres surprises des petits crânes d'œufs de Bercy que nous aurons la joie de découvrir à la rentrée de septembre prochain (prélèvement de l'impôt à la source, pensions de réversion...). Décidément avec notre président de la République bien aimé, les vacances estivales se suivent et se ressemblent étrangement surtout sur un plan strictement financier15. C'est ce que cette petite quinzaine au fort de Brégançon n'est pas entièrement neutre pour le contribuable français. Hormis, tout ce qui s'attache à la fonction régalienne du président de la République, il y a tous les à cotés de Madame, de la famille Auzière et de tous les anonymes qui dont le détour par le fort de Brégançon. Comme dirait Coluche : « ne rigolez pas, c'est avec votre pognon ». Telle est la simple leçon que l'on peut tirer des dispendieuses vacances 2018 de M. Macron !


4 Olivier Faye/Solen de Royer, Macron à la manœuvre depuis le fort de Brégançon, Le Monde, 16 août 2018, p. 7.
5 Marie Jégo, Crise turco-américaine : Erdogan s'obstine, Le Monde, 17 août 2018, p. 3.
6 Claire Bastier, Un accord de cessez-le-feu entre en vigueur à Gaza, Le Monde, 17 août 2018, p. 4.
7 Marie Charrel, Crise monétaire turque ; le risque de contagion inquiète les marchés, Le Monde, Économie & Entreprise, 15 août 2018, p. 10.
8 Olivier Faye/Daryl Ramadier, Macron et la droite, l'ombre d'un doute, Le Monde, 14 août 2018, p. 6.
9 Jean-Pierre Raffarin : « L'affaire Benalla est plus un accident qu'une rupture », Le Monde, 14 août 2018, p. 6.
10 Loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance, JORF n° 0184 du 11 août 2018, texte n° 1, www.legifrance.gouv.fr
11 Roseline Letteron, « L'État au service d'une société de confiance » ; éléments de langage, www.libertescheries.blogspot.com, 14 août 2018.
12 Guy Sorman, « Donald Trump, l'inoxydable », Le Monde, 15 août 2018, p. 23.
13 Michel Serres, « Ce n'était pas mieux avant », Le Monde, L'été des débats, 12-13 août 2018, p. 22.
14 Adrien Jaulmes, Un monde orwellien, Le Figaro, 11-12 août 2018, p. 18.
15 Jean Daspry, Les mystérieuses vacances de M. Macron, www.prochetmoyen-orient.ch, 21 août 2017.

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Source :  Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 20-08-2018

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