La Société-Réseau - Chapitre 14 : La rationalisation de l'équité

@dav 18-07-2018 8 min #143800

Faisons une petite synthèse de l'ensemble des idées que nous avons rencontrées sur le chemin de la conception d'un système qui assume son rôle de rationalisation de l'activité humaine.

On se moque de savoir quels sont vos moyens, ce que le système a besoin de savoir, c'est « Quels sont vos besoins ? ». Et à fortiori : « Quels sont les besoins de la communauté ? » Et évidemment en sous-couche : « Quelles sont les contraintes et les moyens de production ? Et implicitement : « Quel est le ratio entre l'offre et la demande ? », c'est à dire en réalité : « Comment répartir équitablement ces produits ? ». En réalité la réponse qu'un Système social apporte est celle à la question : « Comment justifier l'existant ? ». Pour concevoir ce Système, c'est dans le champ philosophique qu'on puise nos préceptes. (Et dans le champ technique que repose sa mécanique.)

On a déjà pu s'extasier devant les dispositifs qui ne manqueraient pas d'exister si ce logiciel fonctionnait parfaitement. Mais à ce stade, on a encore fait aucun travail, on a juste dessiné une structure, et donné des étiquettes aux choses. On a modélisé mentalement ce qui se passerait pour un système qui marche, et qui produit les effets désirés, à savoir une répartition équitable des richesses. Ensuite, le moteur de ceci est libre d'être ce qu'il veut.

Quand on nous donne un job avec un tel énoncé, seuls les plus malins perçoivent la difficulté. Elle figure, pas de chance, au premier rang des blocages psychologiques en ces prémisses de l'ère de l'informatique : c'est le moment où les gens croient s'entendre sur les mots qu'ils utilisent.

Ce qui est génial en informatique, mais ça les illettrés(1) l'ignorent, c'est que les distinctions entre les différentes acceptions d'un même terme s'accroissent avec la complexité. On pourra toujours, même avec le logiciel le plus pourri du monde, prétendre avoir obtenu une « répartition équitables » (des trucs).

Toute la densité qu'on donne à notre logiciel fait le sens de son énoncé. (Ainsi apprend-on à lire l'algorithme qu'il y a derrière chaque slogan politique.)

Et pour bien faire les choses il faut être assez interdisciplinaires pour inclure la philosophie dans la conception de ce qui fait le sens profond d'une révolution. Ou plutôt pour la « réaliser ».

14.1 - La philosophie sociale

Pour prendre la question au sérieux, peut-être faut-il avoir animé un média alternatif pendant plus de dix ans, et être le témoin quotidien de la douleur de ce monde. Il est certain que ce dont il souffre est l'injuste équité entre les gens. La pire de cette iniquité est le silence des foules face à l'injustice, comme écrasés par le poids de leur impuissance consentie.

14.1.1 - La place réservée aux lois de la nature

C'est une question qui relève du lien mécanique qui se tisse entre le psychosocial et le systémique, via leur cortège de comportements établis, de règles, et de lois civiles. C'est ensuite le rapport de ce monde avec les lois de la nature qui dénonce la distance qu'il en a prit. Et la sentence est immédiate, puisque ces lois de la nature sont immanentes, elles continuent d'agir, mais négativement pour nous, jusqu'à ce que nous sachions les prendre en compte.

Ce rapport aux lois de la nature confère un caractère imprévisible à nos jolis dessins et franches spéculations sur « comment devrait être le monde », dictées par un homme qui vit au fond d'un puits.

Si on ne les applique pas quand on les découvre, ou si on est carrément devenus incapables de les lire et les entendre correctement, même malgré les avancées scientifiques, alors à quoi servent ces avancées ?

14.1.2 - Le Yin et le Yang

Et si vous voulez bien situer la chose, le yang est le pays du hasard, de la confusion et de l'absence de lois, au sein duquel il apparaît, une fois au maximum, une solution parfaitement conforme avec les lois de la nature. Et le yin est le respect le plus scrupuleux de l'ensemble des lois divines, complètement incorporées dans les comportement et les soubassements, avec lesquelles on est en harmonie parfaite et qu'on choisi librement à la lumière de l'intelligence ultime, même si ça peut engendrer un jour une erreur.

14.1.3 - La supériorité

On voit sur terre des plâtrées d'hommes qui se croient supérieurs aux autres, des hiérarchies, des peurs et des affrontements, alors qu'ils sont tous autant qu'ils sont embrigadés dans des schémas mentaux qui supportent mal d'être confrontés à la raison et à la logique ; que rien ne soutien véritablement.

Il ne s'agit pas de leur délivrer le système social qui leur apportera le bonheur, mais de leur permettre de ne pas buter en touche à chaque fois qu'ils veulent évoluer, afin qu'ils apprennent cet art.

Pour vivre heureux sur terre, il suffit seulement d'avoir de la chance. La seule cible de la démocratie, c'est « la majorité » des gens. Jamais l'intégralité. Jamais l'unisson. Jamais la paix. C'est donc de cela, dont il est question. Il s'agit d'une révolution vraiment profonde, qui touche les âmes. Qui donne envie aux gens de s'entraider, de se regarder réellement, de se connaître eux-mêmes, et d'agir ensemble. Il n'est plus question d'attendre cela du système-argent. Ce qu'il faut c'est une équité orchestrée, mettant tout le monde à la même enseigne, dans la pratique, pas dans l'illusion.

L'intégration dans sa pensée de l'acceptation de lois est ce qui fait grandir l'homme vers plus de sagesse. Il doit en aller de même pour le système social. Le seul fait qu'on puisse établir un lien entre les deux échelles de mesures relève de l'holistique, de l'acceptation de la possibilité d'une corrélation entre des champs d'analyse.

Ajouter ce maillon logique dans l'édification de la raison sociale, qui consiste en l'intégration permanente de nouvelles lois découvertes, la fait croître en complexité. La supériorité des uns ne sera plus déclamée par eux-mêmes, mais par les autres. Elle ne sera plus tournée vers eux-mêmes, mais vers la volonté d'en faire profiter les autres. (C'est le même schéma que celui des transactions sociales, qui s'intercalent dans un processus existant, le faisant croître en complexité.)

14.1.4 - Le lien social

La composante essentielle qui fait la prospérité d'une civilisation est la qualité de l'entente entre les gens. C'est le système social qui conditionne les discussions. Quand on entend une affirmation, elle se positionne immédiatement sur la base des implications dans le système social. Les systèmes sont inclusifs, ce sont des unités faites d'unités, reliées entre elles, mais la place de l'humain n'est pas que d'être l'une de ces unités, c'est le système social tout entier qui est inclut dans sa pensée.(2)

14.1.5 - La logique d'un système

De la même manière, ce qui est en bout de chaîne des conséquences d'un système social doit se trouver à son commencement. Si on veut être puristes, le droit d'utiliser des arbres ne peut être effectif que si on sait comment en fabriquer de nouveaux, au niveau de son ADN et de la perfection de son adaptation au milieu. C'est à dire, au final, en mesure de ce qu'on sait de cet arbre. (C'est pour cela qu'il apparaît si anachronique de raser des forêts à une époque où on en apprend autant sur elle.)

14.2 - La mécanisation des principes

Si on parle de répartition équitable des richesses, on parle de leur estimation, et de sa justesse, de la connaissance des besoins, et de sa fiabilité, et de la précision de la distribution. Ensuite, il ne s'agit plus que de créer leur corrélation. Franchement, quel développeur ne serait pas excité devant un tel défi ?

On sait pour l'instant que nous avons besoin de référencer tout ce qui est produit et ce qui est fait, et qu'ensuite seulement leur « valeur » peut être établie mécaniquement. Elle doit être fonctionnelle, et si les résultats de l'application ne nous conviennent pas, on pourra jouer sur l'émulation de la valeur, on pourra jouer sur les règles de l'allocation des richesses, ou on pourra jouer sur les modèles prévisionnels qu'utilisent chacun de ces processus. On aura un contrôle.

Ce sont différents leviers plus ou moins solennels à manier, mais il en reste un qui est prévu spécialement pour les réglages de l'utilisation normale, pour la dynamique du système, c'est celui des paramétrages de la politique algorithmique. Elle aura la prérogative de favoriser ou défavoriser des productions en impactant la valeur d'usage. De cette manière, la distribution publique garde la main sur les bêtises que les gens ont tendance à faire, en fumant ou en buvant du Coca-Cola (je ne sais pas lequel est pire).

On a aussi établit que l'accès aux biens se faisait au moyen de crédit-droits, qui étaient taillés sur mesure pour chacun. Ils sont importants cas ils marquent le rythme de la production.

En gros, il y a trois axes à développer, les objets, les valeurs et les droits, et ils doivent coïncider avec l'estimation des besoins (ce sont là les quatre chapitres qui suivent).

(1)Qui ne sait pas lire ou écrire du code

(2)Lire : [Systèmes psychiques et systèmes sociaux] et [Théorie des systèmes] de Niklas Luhmann

- networksociety 180718

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