La Société-Réseau - Chapitre 13 : L'architecture sociale

@dav 18-07-2018 44 min #143799

Dans ce chapitre on pose les fondations d'un système social sur la base des pré-requis des chapitres précédents, et dont le cœur du fonctionnement ne sera déterminé qu'à posteriori. On parle de framework parce que c'est l'environnement logiciel dont un système a besoin pour opérer, quel que soit son but et sa méthode. On essaie de poser les bases architecturales de cet « environnement logiciel », et vous verrez, ce ne sont que des évidences additionnées les unes aux autres.

13.1 - Une révolution

Le constat initial, par lequel tout a commencé en ce qui me concerne en 2002 (je générais des man à partir d'une pyramide des âges), c'est que 50 % des humains sont inactifs, et les 50 % restants doivent travailler pour deux, malgré que les salaires soient individuels. Si les salaires ne dépendent pas des personnes à charge alors les gens s'isolent. Il résulte de ce « chacun pour soi » un genre d'esclavage mental et de dictature auto-assénée, des dysfonctionnements entraînés par des faux-concepts, une incompétence mentale, et de folles justifications de l'innommable.

Tout est devenu plus palpable à l'époque de l'avènement des biens immatériels, qui pouvaient être simplement dupliqués, et ainsi enrichir tout le monde gratuitement, mais à cause desquels la sauvegarde de la structure économique du système-argent a nécessité l'apparition de verrous, de freins, et d'une criminalisation de la copie de données. Ils ont préféré polluer la terre de CD-ROMS en plastique plutôt que d'utiliser la copie numérique. C'est là qu'on a pu voir que le système-argent était inadapté à l'ère de l'informatique, autant qu'à toute innovation qui tende vers la gratuité. Il ne s'agit plus de transmettre des biens meubles, mais d'allumer des bougies(1). On ne compte plus en argent, mais en « likes ». La valeur d'une société, c'est devenu son image. L'évolution frappe à la porte.

La réponse a été une folie collective autour du thème de la sécurité, qui coïncidait parfaitement avec les méthodes du système-argent pour se perpétuer, lui qui aime tant pratiquer le chantage.

On pourrait se dire qu'il suffit d'arrêter les guerres pour investir ces 1700 milliards de dollars annuels(2) dans des bonnes œuvres, cela mais cela ne changerait encore rien à la nature profonde d'un capitalisme à qui profite tant une pollution endémique, consommation effrénée, pauvreté, maladies, perte de biodiversité, assèchement des sols, épuisement des ressources, dettes infinies...), qui ne cessent d'empirer simultanément.

Les crises systémiques convergent les unes vers les autres jusqu'à ce qu'avant ou après leur collision, qui prendra forme d'un effondrement systémique(3), on comprenne la leçon : Ce dont nous avons besoin, c'est d'un vrai système, pensé comme tel, selon la perspective de la science des réseaux. Qui est fait pour « marcher ». C'est à dire une régence systémique faite pour répondre aux besoins et aux aspirations des humains.

Si on veut agir de manière générique sur des blocs entiers de problèmes causés par la cécité du système-argent, il faut tout reprendre. On sait que ce qu'il faut changer, ce sont les fondations, sur lesquelles germent ensuite les règles du jeu.

13.2 - L'urbanisation de système d'information

Le travail d'urbanisation de système social vise à fédérer les énergies et produire des économies d'échelle. Dans une première abstraction on va vouloir simplifier à l'extrême des procédures qui sont répétitives et qui occupent des vies entières noyées dans une paperasserie qui ferait bien mieux d'être automatisée, à savoir le commercial, le financier et l'administratif. Déjà, on y voit plus clair.

On a distingué des secteurs d'activité, de sorte à mettre en évidence l'information qui circule entre eux, et on a procédé à ce qui s'appelle une urbanisation du système d'information. On a simplifié drastiquement la circulation des flux de données, et on a dessiné une architecture qui permet d'avoir un contrôle complet sur ces flux.

La comparaison avec le dessin d'un quartier ou d'une ville est pertinente : il faut penser aux circulations d'eau, d'électricité, de données, de biens, des personnes, des véhicules, et à la fois au confort de tout le monde, incluant leurs nombreuses préférences. Et comme dans toute œuvre du génie logiciel, l'édifice devra pouvoir supporter des chocs systémiques violents.

13.3 - Les fondations

Ok alors allons-y : nous abolissons les impôts. Nous affranchissons les entreprises de son administration comptable, de sa charge salariale, et de son but lucratif. Toutes les activités sont administrées de façon centralisée dans la Banque Nationale des Données (BND)(4).

Les salaires sont administrés globalement, et échelonnés selon un barème. « Nul ne peut accéder en plus de cents jours à ce à quoi le plus riche homme peut accéder en un jour » (va-t-on va dire).

La production, qui n'a pas les salaires à charge, ni de but lucratif, produit des biens dont la valeur est intrinsèque. En fait nous nous allons aller plus loin, c'est le système lui-même qui sera chargé d'évaluer ces objets. Pour faire ce travail, en interne, le système utilise des dispositifs qui ont la liberté d'être aussi complexes que nécessaire.

Il y a donc au centre de la scène un coordinateur, qui a pour charge d'évaluer la production et les besoins, et de les faire coïncider, en proposant aux utilisateurs (les citoyens) une modalité d'accès à ces biens (quelle que soit cette modalité).

Enfin, les ressources naturelles sont confiées à des comités publics, qui sont libres d'être aussi nombreux et spécialisés qu'ils le veulent. Ensemble, ils participent aux débats et décisions concernant l'usage des ressources, ainsi que des biens publics.

On peut noter qu'à ce stade, avec cette structure, on pourrait peut-être se contenter d'un système-argent pour permettre les échanges, mais nous avons décidé d'aller plus loin en cherchant le fonctionnement qui permettrait de favoriser l'accroissement de la qualité et l'abondance.

13.4 - L'entité systémique

Considérons que l'unité fonctionnelle que nous voulons créer, existe à l'échelle locale. Non, nous ne faisons pas l'erreur de la vouloir à l'échelle mondiale immédiatement, car ce serait dément. Le but quand même, c'est de prouver que ça marche à petite échelle, et de faire que le modèle ait envie de se répliquer.

Cette entité devra s'accommoder, ou s'isoler du système-argent. Nous avons établi(5) qu'une unité est plus fonctionnelle quand les membres de ce système sont autodéterminés. Nous prévoyons que de telles unités puissent elles-mêmes être le plus possible autonomes, et se répliquer de manière à s'entre-aider.

Ce qui se passera avec une mondialisation des entités sera l'apparition d'états nationaux et d'un état international, qui auront pour prérogative d'opérer la répartition des richesses qui permet de garantir l'autodétermination de chacune de ses parties.

13.5 - L'infrastructure

On veut une infrastructure logicielle, qui profite des fondations, qui consistent en une centralisation maximale des tâches automatisables.

Tout ce qui concerne les chiffres, les valeurs, et les intérêts individuels et collectifs, on va le confier à un logiciel, car c'est le seul moyen de prendre à bras-le-corps une complexité aussi phénoménale. Et nous avons établi qu'il était illusoire de croire qu'une petite technique locale puisse permettre le moindre contrôle à l'échelle globale. Donc allons-y carrément.

13.5.1 - Le transfert

On abolit « les échanges », qui consiste en deux circuits parallèles en sens inverse (le bien et l'argent), et on ne conserve, et on ne s'intéresse qu'au circuit des biens. Il ne s'agit donc seulement plus que de transferts.

L'acquisition d'un bien (le paiement) consiste seulement dans le fait de signaler cette transaction. Les transactions doivent toujours être avalisées, soit de façon logicielle (et instantanée), soit de façon publique.

On dira que tout est gratuit pour tout le monde, tout le temps, sauf si cette gratuité met à mal d'autres droits (dont la gratuité). Cela veut dire qu'il y a toute une mécanique derrière cette gratuité qui délivre des droits, des autorisations, pour procéder à un transfert de propriété.

Le but de cette orchestration (quelle que soit sa méthode) est de répondre aux besoins, de les prioriser, et de commander la production qui peut y répondre.

13.5.2 - L'algorithme de la gratuité

Un logiciel qui pourra calculer le droit d'accès à un bien, dans les limites des motifs pris comme paramètres. Et son fonctionnement ne relève que d'un algorithme, une formule mathématique qui a la liberté d'être aussi parfaite qu'elle le veut.

Seul un algorithme peut à la fois tenir compte des trajets, pour les optimiser, des dates de péremption, pour les distribuer à temps, ou d'une mesure précise des besoins et de l'offre, avec des marges acceptables, et des modèles prévisionnels. C'est ainsi seulement qu'on peut opérer la meilleure économie, en taillant toujours la production pour être adaptée aux besoins.

Le principal attrait d'un algorithme est d'être amplement paramétrable, et les décisions qui sont prises alors, sont légales, d'où l'usage du terme d'allocation de « droits »(6).

Vous savez, quand les robots s'occuperont des chaînes de fabrication, il faudra les coordonner. Les produits ne coûteront que la quantité d'énergie que les robots ont consommé. Elle-même, pourra être gratuite et illimitée. D'office, un système qui fonctionne par l'allocation de droits, pour remplir son but qui est celui d'assumer les besoins, est la seule solution qui rende possible cette (providentielle) abondance.

13.6 - Une économie « orientée objet »

La masse monétaire n'existera plus, seule sera comptabilisé la masse d'objets de transactions. N'importe qui peut créer un objet, en l'ajoutant à son stock de possessions (un peu comme quand on passe une petite annonce). Ensuite, il pourra entrer dans le circuit économique, selon les besoins. Cet apport sera consigné au titre des contributions, dont on pourra estimer toutes les conséquences, et qui autorisera d'autant plus d'acquisitions (par exemple). Cela fonctionne au peu comme des « royalties sur les conséquences positives » ! (On peut tout imaginer.)

L'intérêt d'avoir une économie « orientée objet » plutôt que « orientée valeur » est d'industrialiser les milliards d'enquêtes qu'il faudrait faire pour avoir une vision objective de l'état des besoins (c'est ça, l'économie). C'est ainsi qu'on peut détecter l'injustice de répartition des richesses et y remédier par anticipation. C'est de cette manière qu'on peut répartir les richesses de sorte à produire une économie d'échelle, ce qui constitue une amélioration substantielle de la performance globale.

Ce sont les décisions, prises tout au long de cette chaîne d'activité, qui doivent relever de la conscience de l'usage de ces biens. C'est ainsi que les citoyens ont confiance en l'utilité de leur contribution envers la société. En tous cas, ils disposent des outils pour en être informés.

C'est tout l'enjeu d'une répartition équitable des richesses. Cela passe évidemment par le fait de disposer intelligemment des ressources. Et donc, d'en avoir une parfaite connaissance.

En tous cas j'espère que nous avons rendu clairement visible l'évidence selon laquelle il est impossible de se soustraire, sur le plan évolutif, à la nécessité de disposer de données tangibles à propos de tout ce qui est produit, et de tout le travail accompli par chacun.

13.7 - Les mécanismes

Il y a certains mécanismes qui sont élémentaires, quel que soit le logiciel esquissé pour assumer la répartition, et qui ne peuvent pas être éludés.

D'abord, on l'a vu, il faut une législation algorithmique, capable de répercuter des choix politiques dans une législation complexe, et surtout d'adapter chaque cas de figure à des délits formulés sous forme de données compréhensibles par un logiciel. Ce sont les bases d'une législation à la fois dynamique et souple. (Si elle est rigide, elle est dogmatique.) D'autant plus que le logiciel de répartition des ressources devra se référer à une telle législation algorithmique. (Qui fonctionnera de la même manière.)

Mais ceci n'est qu'une option grand-luxe. Par contre les deux autres dispositifs suivants semblent inévitables :

Premièrement l'ensemble des biens existants doit être référencé, et cette quantification de l'existant permettra d'évaluer en permanence ces biens, ou du moins ce qui en est connu.

Deuxièmement, le mécanisme de la valeur, sera une procédure interne qui sert à la gestion globale. Les objets et les besoins sont évalués, et on leur affecte un motif un peu comme des clefs et des serrures qui peuvent marcher ensemble. Et pour concevoir ce « mécanisme de la valeur », il y a tout un chapitre.

Le public lui, aura simplement une capacité d'acquisition, qui déterminent de façon générique ou particulière les droits d'accès à un bien.

13.8 - Les composants

Les composants du système, que sont les segments structurels, et les secteurs d'activité, sont reliés par un même « flux sanguin » d'informations, et y puisent chacune les ressources dont elles ont besoin par décision systémique. Les composants agissent de façon coordonnée pour permettre d'atteindre des objectifs échelonnés, du plus urgent au plus long terme.

13.9 - Les secteurs structurels

Ce sont les domaines qui relèvent chacun d'un niveau complexité qui lui est propre, et qu'il est signifiant de relier entre eux. Chacun de ces secteur appartient à un circuit fonctionnel indépendant des autres.

En particulier, de même que l'économie marchande distingue les secteurs primaires (ressources naturelles), secondaires (industrie) et tertiaires (commerce), nous allons faire à peu près les mêmes distinctions, sauf que le but n'est pas d'évaluer la santé économique d'un pays, mais d'empêcher que ces secteurs ne s'influencent les uns les autres. En résumé de ce nous allons décrire, il y a le matériel, le temporel et le spatial.

Illustration 9: Circuit structurel

13.9.1 - Le secteur des biens courants (RED)

Le secteur des Biens courants rassemble les produits qui nécessitent une production, une maintenance, des garanties, un transport, ou un environnement, périssables ou immatériels, tels que les services et les données. On utilise souvent le terme « objet » au lieu de « bien », pour inclure les services, ou des biens immatériels.

13.9.2 - Le secteur de l'énergie humaine (BLUE)

Le travail humain est la seule source d'énergie pour le Système social, et l'étalon de sa « grandeur ». Tous les biens courants on nécessité un travail humain accompli, à un niveau ou à un autre. Il est juste impensable que le travail et le fruit de ce travail appartiennent aux mêmes secteurs (sinon l'humain est lui-même une marchandise). Il s'exprime par un score qui relate le temps et la qualité de ce temps.

13.9.3 - Le secteur des ressources (GREEN)

Tous les immeubles, terrains, bâtiments, outils de production, certaines connaissances scientifiques et techniques, les transports, l'éducation, la médecine, la culture, la nature relèvent du statut de « ressource ». Même si c'est un peu malfrat envers la nature, dont on préférera en garder le maximum à l'abri des besoins humains.

La principale caractéristique de ce secteur est d'appartenir à tout le monde, et de pouvoir être sollicité par n'importe quelle organisation dans le but de servir ce même bien commun. Leur exploitation n'engage aucune destruction ou confiscation, seulement une usure, et leur usufruit ne peut être décidé que publiquement.

En particulier, ce secteur concerne tous les biens qui n'ont pas vocation à être vendus de façon unitaire, mais seulement utilisés, et dont la production ou l'existence relève d'un lourd investissement, inaccessible pour des personnes privées. Bref tout ce qui, dans le système-argent, relève de l'amortissement.

13.10 - Les segments systémiques

La société est segmentée en famille d'acteurs, qui peuvent relever de n'importe que secteur systémique.

13.10.1 - L'individu (MAN)

Le groupe des individus est constitué de tous les humains, sous l'égide de cette même organisation. Ils peuvent s'organiser en personnes morales telles qu'associations, productions ou en comités.

L'individu crée des besoins et les voit satisfaits par des flux de biens courants.

13.10.2 - La production (PRO)

Le groupe est composé de personnes morales, elles-mêmes constituées d'humains ou d'associations, en vue de poursuivre un objectif clairement identifié, comme : « produire des pommes ». Elle s'oblige à un devoir d'excellence afin d'être prioritaire dans la distribution.

Elles accepte de se soumettre à la législation à laquelle elle appartient, d'en respecter les consignes, et d'ordonner les tâches qui dépendent du suivi des conséquences de sa production, afin de les inclure dans ses coûts.

Aux yeux de l'entité systémique, chaque production a un taux d'efficacité et d'utilité, en-deça duquel l'industrie est arrêtée.

13.10.3 - Les Comités (COM)

Le secteur des ressources est représenté par des comités spécialisés, rendus responsables de veiller à l'administration des ressources naturelles, immeubles ou logistiques du secteur des ressources publiques (GREEN).

Ils agissent comme des consultants techniques, en faisant des études de cas, sur la validité ou la pertinence de la mise à disposition des ressources.

13.10.4 - L'organisation (ORG)

L'organisation est administrée par des individus élus périodiquement et de façon chronique parmi des volontaires.

Ils œuvrent à la conduite de la justice, la collecte de données, l'allocation des ressources, la politique algorithmique, et plus particulièrement à des buts systémiques à moyen ou long terme, et présentent les résultats de leurs progrès.

13.11 - L'organisation coordinatrice

Tous les activités professionnelles et les circulations de biens sont consignées, ce qui permet d'agir sur les droits individuels et collectifs.

L'Organisation a en charge à la fois, tous les salaires de tout le monde, toute les comptabilités des unités de production et des comités d'allocation des ressources, et à la fois la redistribution des richesses, ou plutôt à l'orchestration de la gratuité.

Elle est secondée par une IA qui s'occupe de toutes les tâches courantes, ou vouées à être automatisées.

ORG a la possibilité de lancer les Plans et des Grands Plans qui auront des conséquences notables sur l'allocation des droits individuels et collectifs. En faisant cela, elle prendra la responsabilité d'imposer à la communauté de diriger son énergie dans la mise en œuvre de ces plans.

En terme général, l'organisation coordinatrice a pour principale prérogative de répondre aux besoins.

13.12 - Règles de fonctionnement

13.12.1 - La gratuité

L'accès des personnes aux biens, des productions aux professionnels et aux ressources, est considéré comme « gratuit ». Seulement, toutes les données nécessaires sont recueillies pour maximiser l'accès à la gratuité.

13.12.2 - La liberté

Les individus sont libres de choisir des produits qui ne sont pas imposés, et de choisir leur emploi. Dans les cas où certaines productions indispensables manquent de personnel, ou si des biens vitaux sont insuffisants, seule la liberté permise par le système social peut y remédier. Le système-réseau n'empêche ni ne contraint la liberté individuelle. Si une industrie veut naître, ce doit être sous l'impulsion d'un besoin ou au moins sous l'impulsion d'un collectif qui dénonce un besoin.

Le but de la liberté est de confectionner le sens individuel des responsabilités vis-à-vis de la collectivité, et le but du système, de la permettre.

13.12.3 - Le respect du droit

Les droits d'accès aux biens sont l'objet de la loi, en particulier pour ce qui concerne les biens et services de première nécessité, tels que le logement l'alimentation l'énergie la santé l'éducation, le transport et l'information. (Bref, tout.) L'accès aux biens et services vitaux est inconditionnel. Si ce droit n'est pas respecté, le système failli à son objectif le plus primaire.

13.12.4 - La distribution

Les biens sont tous enregistrés et leurs propriétés sont énumérées, ainsi que les besoins, sous une forme compatible. La distribution consiste à maximiser la satisfaction des droits individuels. Donc directement, elle est centralisée et fortement informatisée.

13.12.5 - Les flux

L'écoulement continu des objets est relaté par une capacité cyclique (fréquence maximale) qui s'exprime par une valeur stable, et qui subit de lentes variations dans le temps, suite aux changements de la demande.

13.12.6 - Les circuits de crédits

Chaque acteur de la société est responsable de l'émission d'objets et de la richesse qui y correspond. Leur valeur sera estimée par le système.

Les humains (MAN) produisent des crédits Bleus (travail).

Les exploitations (COM), produisent des crédits verts (ressources).

Les industries (PRO) produisent des... biens, contenant des crédits verts et bleus, et une crédit Rouge leur sera affecté plus tard.

L'Organisation (ORG) émet des crédits rouges, selon une mathématique complexe, afin de justifier la distribution.

Les crédits créés permettent d'estimer les biens et de faire concorder les transactions. Ces « denrées » (ou objets) circulent d'un segment (de la société) à un autre. Après leur destruction ils continuent de figurer dans l'historique des crédits consommés.

13.12.7 - L'avalisation par un tiers

On établit que les transactions ne doivent pas être discutées entre « un vendeur et un acheteur », car aucun des deux n'a les moyens d'estimer la véritable valeur de leur transaction, pour communauté. Le bien commun doit relever d'une l'intelligence collective (le plus souvent exprimée par des algorithmes).

Selon le secteur concerné, la transaction sera avalisée soit par des automatismes, soit avec leur aide, soit par des comités publics. (Voir chapitre « Les Transactions Sociales »).

13.12.8 - Organisation des flux entre les trois pôles

Chaque segment structurel émet des flux données, correspondants à des objets réels, dont la distribution doit être planifiée. La « valeur » des objets n'est que la somme des vecteurs qui permettent de rationaliser leur traitement.

C'est principalement le système d'évaluation des biens qui « fait le travail », mais également les directions macroscopiques ordonnées par les décisions politiques.

13.13 - Sa justification

La meilleure réponse à la demande est l'état stable du système. Il faut comprendre que pour les biens abondants, il n'y a pas besoin de faire de grands calculs, et que d'autres fois les erreurs de jugement peuvent coûter cher.

En lui-même le système doit produire les moyens de perdurer. Chaque secteur (Biens, Travail, Ressources) permet aux autres de fonctionner, on est bien dans le schéma d'un moteur.

C'est juste que, par rapport au système-argent, on a abandonné le principe d'équilibre économique(7), et donc le double-circuit en sens inverse des objets (l'argent circule en sens inverse de l'objet), pour ne garder que le circuit des objets. La comptabilité de la valeur des biens et des droits ne sert qu'à ordonner, planifier, maximiser leur distribution. Les produits sont distribués de la manière a plus adéquate.

13.14 - L'organisation du travail

Les salaires sont centralisés, et ce ne sont pas les entreprises qui en ont la charge mais l'état (l'organisation coordinatrice). Les entreprises reçoivent un niveau maximal de consommation de crédits bleus (des droits). Les ressources humaines qui leur sont allouées dépendent des besoins et de décisions collectives.

C'est intéressant de noter que si on fonctionne comme cela, l'industrie est rendue d'autant plus dynamique, il est facile d'en créer des nouvelles autant que de cesser celles dont les résultats ne sont plus à la hauteur des attentes. Si on veut se donner les moyens de niveler l'industrie par le haut, il faut au moins avoir un contrôle sur leur cycle de vie(8). D'autant plus que la cessation d'une activité industrielle n'engendre pas de heurts, puisque la vie des employés ne dépend pas de la vie de leur industrie. Cela aussi, est un argument en faveur d'avoir rendue l'assistance sociale systémique, c'est précisément ce qui permet une certaine « liberté industrielle ». De toutes façons, la décision de réduire ou stopper une production ne peut être décidée qu'en mesure de l'intérêt général.

13.14.1 - Les requêtes du système-réseau

Bien sûr il y a des tâches qui sont « obligatoires », si on veut avoir de l'eau potable ou de l'énergie. On espère seulement qu'une ou deux personnes dans la masse auront l'idée de s'y atteler. Dans ce cas notre super logiciel-Système prend note des besoins afférents à ces tâches et les publie en permanence. Il favorisera la circulation des biens en direction d'une production jugée indispensable.

13.14.2 - La centralisation de l'emploi

Un matin, notre Jean Dubois, jeune diplômé qui revient fraîchement d'un voyage en bateau après la fin de ses études, regarde sa console et sait déjà dans quelle branche il veut travailler. Il excelle dans des domaines parfaitement inutiles à un système social naissant dans l'urgence d'un cataclysme post-capitaliste (les Beaux-Arts), et sur son écran apparaît, dans l'ordre des priorités, les travaux qui, s'il les remplissaient, lui fourniraient la meilleure rémunération. Ce n'est pas ce qu'il cherche absolument, notre ami artiste, mais cette rémunération est surtout parlante de son utilité pour la société. On a besoin de personnes pour ramasser les blessés, déblayer les décombres, s'occuper des patients atteints de dysenterie (eh oui c'est ça l'apo-capitalisme), et un peu plus loin, on a besoin de profs de langues, que son profile psychotechnique favorise.

En acceptant une tâche, il produit un flux BLUE qui vient contribuer à la valorisation globale. Il recevra la rémunération qui lui est due, décidée selon un protocole stricte, et autant dire que les jeunes ne sont pas très bien payés. On peut dire que le salaire minimum vaut deux fois le niveau de vie minimal. Mais il aura au moins la satisfaction de voir son travail continuer d'influencer des êtres durant toute leur vie, et son niveau de contribution sociale proportionnellement impacté. C'est beau l'informatique.

Le marché de l'emploi est centralisé, exit les agences de placement, enfin tout du moins c'est ce qui arrivera naturellement lorsque les algorithmes de placement produiront (sans mal) un meilleur résultat que les onéreuses agences.

13.14.3 - L'anticipation des besoins

Ce qu'il y a de fascinant avec une telle Gestion, avec une majuscule, c'est d'avoir un contrôle d'ordre systémique sur les réponses apportées aux besoins, en plus d'avoir une véritable machinerie d'estimation (et de justesse de l'estimation) des besoins.

Les saisons, la météo, la santé, sont autant de paramètres qui peuvent bêtement coïncider pour occasionner des états d'exception, c'est pourquoi il est indispensable d'avoir des modèles prédictifs des besoins futurs. On évalue le rythme des achats, on peut écouter les mouvances, et réagir à des événements décisifs en adaptant la production.

Cela veut dire qu'on peut stopper ou créer des industries à la volée, et réaffecter immédiatement leurs ressources, par exemple, en calculant par projection le meilleur usage à faire de l'eau potable puisée dans les nappes phréatiques : il suffirait d'un clic pour interdire Coca-Cola(9) et à la place, installer des irrigateurs d'eau potable pour les cultures.

13.14.4 - Le salaire des enfants

Les enfants reçoivent leur propre flux de droits, et ne sont pas « à la charge » des parents (sauf pour interdire « manuellement » certains droits). Mine de rien, cette mesure génère une très grande équité entre différents individus, à salaire égal. Et surtout elle a la faculté d'instaurer l'équité entre les enfants, dont les chances sont réellement identiques pour tous. De cette manière, tous leurs frais scolaires sont à la charge de l'état, qui produit, ce faisant, une grande économie à l'échelle sociale, en épargnant les achats rituels de rentrée scolaire.

13.14.5 - Souplesse structurelle

Une plus grande souplesse structurelle est produite par la garantie que le système assume les besoins élémentaires de chacun, et par le fait que personne n'est « à la charge » des autres. La société dans son ensemble, définie par ses activités professionnelles, peut s'adapter rapidement à de nouveaux besoins ou de nouvelles technologies. Au niveau de la production, le système intègre parfaitement la multitude. Et bientôt il y aura même des usines polytechniques, capables de produire n'importe quel bien sur-mesure. Il n'est plus besoin de grandes quantités pour réduire les coûts, quand on pratique la communauté des ressources.

Ce thème de la souplesse structurelle est central car il a des implications sociales. Là où l'humain doit s'adapter à un système rigide, forçant la hiérarchisation, c'est le système qui aura la latitude de s'adapter, se moduler pour répondre aux besoins et aspirations. Le système dans son ensemble sera considéré comme un corps vivant, une mécanique dynamique, changeante, et évolutive... et dont la destinée est contrôlable.(10)

13.14.6 - Les flux de droits

Les droits s'exprimant par un flux, celui-ci connaît des variations qui sont douces. Si on arrête un travail, comme avec les allocations chômage, on continue d'avoir des droits bien qu'ils diminuent graduellement. De même, ils repartiront graduellement quand un nouvel emploi sera trouvé. Mais en tout état de cause, les citoyens n'auront pas trop à se plaindre, à part pour regretter de ne plus vivre dans un château avec des dizaines de serviteurs...

13.15 - L'industrialisation de l'assistance sociale

Tout le monde, et toutes les organisations, n'a pas vocation à contribuer au système. Non en fait c'est plutôt le contraire ! Le système a pour prérogative de contribuer au bien-être de tout le monde, au moyen de toutes les organisations.

Pour résoudre ce problème d'une traite, on a décidé que : Tous les salaires sont régis depuis un seul endroit, centralisés, et harmonisés. Tous les besoins sont notifiés et signalés au système. Le système-logiciel a pour prérogative la mise en œuvre de l'économie qui permet de corréler la production et la consommation.

Une IA(11) veille au bien de tous, sans distinction, en vérifiant sa consommation, sa santé, son logement, et ses autres besoins spécifiques. Elle peut créer une alerte si quelqu'un ne reçoit pas les soins dont il a besoin, et inversement, tel un docteur, les administrer automatiquement. C'est là qu'on comprend à quoi serviront ces gadgets stupides qui mesurent vos données physiologiques (quand ils auront évolué).

Les droits accordés sont individuels. Chaque membre de la famille, dès sa naissance, possède une emprunte sur le réseau, faite de besoins et de satisfaction de ces besoins. Ceux qui nécessitent des appareillages ou des soins particuliers sont au même niveau que les autres. Tenant cela en compte, on espère que la nécessité du contrôle des naissances paraîtra plus rationnel.

Les droits d'acquisition de biens, futiles ou utiles, périssables ou non, n'ont pas besoin d'être intégralement consommés. S'ils ne le sont pas, c'est d'autant mieux pour la richesse globale, qui dispose alors d'excédents, qui peuvent être redistribués, et ainsi accroître le niveau de vie moyen (on y reviendra, en parlant de « collectivisation »). Là aussi c'est intéressant, on aura une « croissance » qui sera celle de la richesse moyenne, de la santé et du niveau évolutif de la société, et qui s'exprime mécaniquement par la hauteur des droits de la base commune, tant qu'ils sont répartis équitablement. Dans ce cadre, c'est la valeur de l'homme qui monte.

Il n'y a pas d'héritage ou de cession des droits individuellement acquis. Les jeunes bénéficient à titre personnel des moyens concrets dont ils ont besoin, et s'ils poursuivent des études, reçoivent un salaire en conséquence. Cela n'a l'air de rien mais il s'agit au fond de donner les mêmes chances à tous les enfants. Plus tard, ils accèdent à un logement et un véhicule si besoin, et des moyens de poursuivre leurs ambitions. A la retraite, ils sont entièrement pris en charge, et ont la certitude de ne pas finir « à la rue ». Cela aussi, n'a l'air de rien, mais ce calme spirituel est fondateur au niveau psychosocial.

13.16 - Les dangers de tout faire reposer sur l'informatique ?

Il n'y en a pas, elle permet seulement de simplifier et accélérer l'administration, et de régir des millions de transactions simultanément. Par contre c'est toujours judicieux d'avoir des sauvegardes !

Il y en aurait, des dangers, si le mode d'organisation était l'accaparement des richesses des autres, et la compétition de chacun pour la survie, auquel cas : autant confier sa vie au mafieux qui nous menace. (Ce qui se passe actuellement.)

Oui, on est à l'aube de l'ère de l'informatique, et il vaut mieux s'y préparer ! On n'a plus jamais pu se passer de calculette une fois qu'on l'a inventée. A elle seule, elle est la promesse de rendre possible l'utopie de la répartition équitable de x richesses à n personnes selon la formule de distribution d = x / n.

Le système social humain, est un terme qui semble parler d'un certain mode d'organisation, qui, on peut le supposer, s'exprime de façon formelle, dans des lois. On n'a pas eu besoin d'informatique pour cela, et le travail ne consiste qu'à l'exprimer dans des automatismes.

Seulement, vu la complexité et la quantité de données, il a fallu attendre cinquante ans après l'invention de la calculette qu'un tel mécanisme soit envisageable. Et quand quelque chose est envisageable, il ne reste plus qu'un pas pour le faire devenir réalité.

13.17 - La gestion d'une contraction

Si un secteur est en cours de contraction (sécheresse, pandémie), le logiciel peut très bien limiter les usages indécents (remplissage de piscine, nouvelles définitions du gâchis), voire carrément agir physiquement sur le débit d'eau comme il le fait sur les flux de crédit-droits. Ce n'est pas tant que l'eau coûtera « plus cher » (ce que le système-argent prétend ainsi réfréner, alors qu'il en profite), que son usage sera directement restreint. (Peut-être qu'un Sherlock Holmes pourra déduire le niveau de vie de quelqu'un rien qu'à son débit d'eau !) En effet, on ne peut pas « acheter » une privation d'eau pour des personnes qui ont soif, ou espérer compenser cela avec son équivalent en bouées gonflables. Il s'agit d'être opérationnel.

En terme général, les droits accordés sont consultatifs, car il est présomptueux de prétendre qu'ils sont adaptés, mais il peut y avoir des zones jaunes et rouges où ces droits sont dépassées. Ce qui est intéressant est que le niveau des droits est renseigné, et permet à l'utilisateur de réagir en conséquence. Cela lui donne une vision de la richesse globale, et une responsabilité.

En cas de contraction on s'attend à ce que le système, au moins l'ait prévue, mais surtout réagisse en conséquence afin de garantir la continuité de la satisfaction des besoins les plus vitaux. Il est facile d'imaginer qu'on a échelonné le degrés de nécessité des usages sur une échelle allant du vital au superflu, et que c'est sur l'usage maximum autorisé que va s'exprimer la contraction.

Ce qui est notable c'est qu'une situation d'abondance engendre le moins de calculs pronostics qui permettront d'équilibrer les fournitures. En cas de contraction, les règles vont se durcir, on va « serrer la vis », et les critères de constitution de la valeur vont se multiplier. Ce qui permet de gérer une crise, ce n'est rien d'autre que la puissance de calcul. Et (en conséquence) la réaction des gens.

13.18 - La résilience du Système

En cas de crash systémique (on sait que ça arrive) la structure sociale a tendance à se rétracter vers sa forme la plus élémentaire. Elle est militaire si c'est le capitalisme, coopérative si elle est organisationnelle.

Comme on l'a vu, une organisation est quelque chose d'immatériel. Si le réseau plante, on se souvient soudainement la bonne idée qu'on a lu dans un livre il y a longtemps, selon laquelle il fallait toujours prioritairement faire que les conglomérats (nations, régions, villes, personnes) d'un système social soient toujours les plus autodéterminés possibles. C'est dans ce cadre « propre » que le système social ajoute les dépendances qui sont ponctuelles, utiles et mesurées.

Il arrive souvent qu'une méthode de travail ait à être inculquée par le logiciel, « l'orienté objet », Scrum, l'Agile...(12) Le système-argent aussi impose des méthodes de travail, basées sur la précipitation et la répétition déshumanisée. Nous, nous voulons un système social qui mette en exergue les qualités humaines de spontanéité, d'association, de générosité et de responsabilisation. Nous voulons que le système social soit la réponse (logicielle) à ce que veulent les humains. (C'est sûr, quand on veut quelque chose d'un logiciel, il faut savoir le lui demander, et comprendre ses incohérences.)

Si une crise majeure arrive très tôt après la fin du capitalisme c'est sûr que les gens seront perdus. Ce qu'il faut c'est acquérir les réflexes et méthodes du travail collaboratif, de la primauté de l'intérêt collectif sur l'intérêt individuel, du partage. Toute la question de la légitimité d'un système social réside dans la confiance qu'on peut avoir en lui. Et donc, s'il s'effondre, envers les autres citoyens, grâce à ce que le système nous aura inculqué.

Ce qu'il y a de bien avec le principe des transactions sociales c'est de demander l'opinion du public avant de transférer une richesse à un tiers, pour savoir si ce transfert sera profitable. Je suis sûr que les gens seront plus sévères qu'avec le seul critère de « rentabilité ». Mais surtout c'est le fait que les gens savent s'unir pour discuter collectivement de l'utilisation des richesses, qui est central (et difficile). Ce qu'il faut ensuite, ce sont les outils qui permettent de collecter et traiter les données qui orientent les décisions.

On peut dire qu'en cas d'effondrement d'un tel système, le monde serait moins dangereux qu'après l'effondrement du « chacun-pour-soi ». Au moins ils auraient acquis les concepts et retenu les méthodes qui permettent, même dans une toute petite communauté rurale, de... rien d'autre que, travailler ensemble.

13.19 - Exemples pratiques

13.19.1 - Je vais acheter une pomme.

Le système (il faut le répéter car c'est difficile à intégrer) se moque totalement de « la valeur » de la pomme. C'est le logiciel lui-même qui établi cette valeur, en fonction d'un certain nombre de paramètres. Et l'usage de cette valeur, est d'orienter se distribution vers les lieux les plus idoines. (Vous comprendre plus tard pourquoi c'est logique, ce n'est pas une valeur absolue.)

L'IA pourrait aussi bien attendre des demandes persistantes de transactions venant de partout à la fois, il y répondrait de façon organisée et rationnelle, en respectant des consignes.

Les consignes de l'IA sont décrétées par la politique algorithmique, qui régente les transactions courantes de façon conventionnelle, et de façon relative, c'est à dire sans connaissance des paramètres qui vont être utilisés. Les algorithmes légaux tiennent compte de faits tels qu'assumer la subsistance alimentaire de tous, en tenant compte d'un Codex Alimentarius(13), et des ressources. Le principal travail de la politique algorithmique est d'intervenir sur les cas de figure exceptionnels, qui produisent un sentiment d'injustice.

L'IA se moque de « la valeur » de la pomme car tout ce qu'elle a besoin de savoir, c'est le flux de production (en terme de débit qui s'exprime en tonnes / jour), le flux de la consommation, l'aiguillage de la distribution en fonction des prévisions, et enfin, les flux de consommation moyen et individuel, ainsi que les autres flux de consommation individuels.

En clair ! Mille pommes sont produites chaque mois, 1000 sont consommées, par cent personnes, qui consomment en moyenne 10 pommes chacun, sachant que certains, c'est moins, et d'autres, c'est plus.

Quand le consommateur vient pour bénéficier joyeusement de la gratuité que le système social rend possible, on interroge sa consommation de pommes actuel par rapport à sa moyenne, mensuelle et annuelle. Il a droit à dix pommes par mois mais il n'en a consommé que huit les mois précédent, et là il en achète douze. Les pommes qu'il demande en plus ce mois-ci peuvent lui être octroyées si celles qu'il n'a pas consommées le mois précédent l'ont été. Cette règle oblige la production à toujours s'ajuster le plus possible aux besoins. Cependant à un autre bout du réseau il est prévisible qu'une autre personne consomme de moins en moins de pommes à cette période de l'année, et la production risque d'être excédentaire. Dans ce cas, l'autorisation est (instantanément) accordée, et la pomme est mise en circulation.

Ou alors sinon il faut vraiment qu'il y ait une soudaine pénurie (fête annuelle de la tarte aux pommes) pour le système se mette à paniquer quand Robert, notre ami, se décide soudain à acheter beaucoup de pommes. Dans ce cas, bon, c'est pas grave ! Le système propose des alternatives pour ceux qui manqueront de pommes (des poires).

On l'a vu, l'IA peut très bien se contenter d'attendre les requêtes de transactions pour y répondre, mais il peut aussi présenter les spectres de transactions possibles en temps réel à chaque citoyen. On verrait alors un arc des disponibilités pour chaque produit (qu'on a l'habitude ou besoin d'acquérir), qui réagira au double influx de la production et de la consommation.

Et en réalité l'utilisateur dispose d'un panier cyclique. Le logiciel détermine son contenu de façon typique (au début de la vie du système un peu au hasard, puis en se fiant aux habitudes), et l'utilisateur peut le personnaliser en choisissant par avance les marchandises dont il aura besoin toute l'année (comme le papier-toilettes). Et si Juliette, qui se trouve devant un étal de pommes vides parce que Robert a fait une razzia, elle peut les réserver explicitement pour la semaine suivante. Auquel cas, Robert perdra des points dans son niveau de priorité pour acquérir des surplus de pommes. Ou alors, si c'est un fana des tartes aux pommes, il pourra encore troquer des droits inusités contre des droits excédentaires. En réalité, au final, les utilisateurs sont les acteurs d'une gestion de stocks à l'échelle globale, dès lors qu'on leur en donne les moyens.

On avait bien pensé au début à faire un système qui donnait une limite mensuelle de Droits à dépenser, mais cette solution est plus élégante car elle est parlante comme un niveau d'énergie, qui exprime un débit. Le plus alarmant c'est quand un débit est en train de se tarir. Alors, aussitôt l'IA va commander des réactions adéquates pour répondre aux besoins. A contrario, si les besoins baissent, soit la circulation des biens est modifiée, soit la production doit baisser, libérant autant d'énergie humaine.

Entre chaque individus, il y a des différences dans la puissance du débit d'acquisition possible à atteindre. En résumé, ça dépend qu'on soit riche ou pauvre.

C'est seulement dans le taux d'accès aux biens au-delà de celui qui est strictement vital, qu'il y a des variations. Elles dépendent d'un facteur qui est lié à l'activité professionnelle, présente et passée. Elle varie sur une échelle allant de 1 à 10 (ou 100). Mais on va y revenir.

13.19.2 - Je vais travailler

Autant qu'on a des arcs de disponibilités de produits qui s'offrent à nous, auxquels, d'ailleurs, on peut répondre par avance pour aider l'IA à orienter correctement leur répartition, on a des arcs qui apparaissent en bleu et qui signifient les secteurs d'activité qui réclament une présence humaine.

Illustration 10: Console des jobs

Évidemment, ne s'affichent ici que ceux qui correspondent à nos aptitudes, et qui sont ordonnées par ordre d'utilité et d'urgence, mais tout en laissant le choix en conscience.

En premier de la liste, le travail qui nous est proposé, sachant que l'IA a déjà résolu toutes les questions d'embauche et de salaire par avance, est celui qui relève des meilleures compétences, et simultanément du plus petit temps de transport. Comme les layers des téléphones portables, il suffit de les faire glisser sur le côté pour feuilleter les autres propositions qui nous intéressent. On peut les choisir librement. Cependant la rémunération dépendra du niveau de compétence et de priorité notifiée par le système.

Ainsi par exemple (on n'est généralement pas trop « pour » la méritocratie), la rétribution peut être impacté par le niveau d'importance ou de priorité conféré à une tâche professionnelle particulière.

En fait le salaire dépendra simultanément de paramètres tels que la nécessité, l'urgence, le niveau de compétence, qui lui-même pourra être jugulé par un degrés de faculté psychotechnique (pour faire qu'un travail corresponde le mieux à une personne, mais ça, les études permettant de l'affirmer sans dire d'énormes bourdes n'existent pas encore).

La rémunération se fait en terme d'ouverture du tuyau permettant l'augmentation du débit d'acquisition de marchandises, pas forcément indispensables. Elle donne droit à un niveau de priorité dans la location de lieux de vacances, aux voyages, à l'usufruit de biens rares ou luxueux tels que des résidences secondaires temporaires, ou tout ce qu'on veut.

De toutes façons, on n'a pas besoin de promettre la lune. D'une part aucun salaire n'a besoin d'être mirobolant, et d'autre part on veut qu'ils soient parlants de l'efficacité dans son métier, en terme de compétence ou d'efforts, ainsi que de la hauteur de sa contribution envers la société (qui restera difficile à estimer avec la meilleure justesse pendant encore longtemps, mais qui est une donnée essentielle en terme de justice).

On va essayer de faire en sorte que le métier fait avec le plus d'efficacité, en relation avec ses compétences et sa formation, soit le mieux payé. Le joyeux jardinier sera aussi bien payé que le bon ingénieur. Et les mauvais garçons de café autant que les mauvais patrons.

En tous cas une chose est certaine, avec la confiscation de la finance, de l'administratif et du commercial, pour ne garder que les secteurs opérationnels, et éventuellement une armée d'informaticiens pour faire tourner « la bête », il ne restera plus que, à vue de nez, quatre heures de travail par jour et par personne. Et beaucoup de ce travail pourra se faire depuis chez soi, en faisant œuvre de démocratie.

Car évidemment, de même qu'on évoque « la croissance » des minimas sociaux, en terme de travail cette croissance s'exprimera par la diminution du temps de travail. Si déjà aujourd'hui on utilisait une telle répartition, les secteurs où il y a le plus de chômeurs deviendraient automatiquement ceux où les journées seraient les plus courtes.

C'est tout bête mais avec ce faible exemple, on comprend que les limites indépassables du système-argent, dogmatique et réfractaire, qui consiste à créer du chômage, sont dues à l'absence d'une gestion informatisée des ressources. (Mais si on leur confiait un tel outil, ils en feraient une dictature hallucinante.(14))

13.19.3 - L'usage des ressources

Les individus peuvent bénéficier de biens, de services ou jouir des ressources. Les ressources sont administrées par des comités qui sont chacun spécialisés et responsables de ces ressources.

Par exemple un comité peut être responsable d'un caractère commun à tout un groupe de ressources. Pour qu'un tel comité existe, il faut qu'il soit reconnu d'utilité publique, par d'autres comités. Aussitôt cela invoque les moyens de son fonctionnement. (Juste pour dire, imaginez le nombre de ces comités, dans l'écologie, la justice, l'assistance sociale, qui ne demandent qu'à exister.)

Ces comités sont chargés de la mise à disposition des ressources, naturelles immeubles ou logistiques, aux organismes ou individus qui en manifestent le besoin. Elle examine ces besoins en ouvrant des débats. L'utilisateur est entendu publiquement. Un accord est scellé, avec des droits et des responsabilités.

Pour une allocation à un individu, elle ouvre des débats et tente d'évaluer l'intérêt d'un tel octroi d'usure, en fonction des autres besoins. Il peut s'agir de confier un véhicule électrique volant de la flotte publique à l'année, au même utilisateur puisqu'il en a besoin tous les jours.

Pour une allouer des richesses à une industrie, elle se permet en plus de son étude, d'ouvrir le débat au public, et notamment aux autres comités intéressés. Elle examine les conséquences et modélise les effets attendus ou qui veulent être évités.

Elle impose les conditions d'usure, qui doivent être respectés, et conserve le droit d'en reprendre l'usage à tout instant.

Elle passe des accords afin que la soutenabilité des ressources naturelles soit assumée par les organisations adaptées, qui auront comme mandat de veiller à leur état, maintenance, ou autres moyen de mise à disposition.

Ce sont aussi ces alliances de comités qui ont pour charge la mise en œuvre des Plans et Grands plans décidés souverainement.

13.20 - Synthèse

Fidèle à la volonté d'obtenir le maximum de résultats avec le minimum d'effort, les solutions proposées sont finalement assez simples à comprendre et à mettre en œuvre.

Par mégarde, on éradique tout le système économique actuel, de même que lui, par mégarde, a tendance à éradiquer les humains.

Alors pourquoi tout réorganiser comme ça, alors qu'il suffit de rendre les transactions sociales, afin d'émuler une sorte de « valeur d'usage » ? Jusqu'ici, nous n'avons fait qu'effleurer le logiciel qui est au cœur de la répartition équitable des richesses.

Nous avons seulement posé les fondations de son architecture, mais ensuite, il va falloir étudier l'infrastructure logicielle, celle qui est au centre de tout, et qui repose sur une telle architecture, faite de flux dissociés, afin d'avoir la meilleure information possible à propos de la matière première de ce qui est ensuite vécu comme « un Système ».

(1) C'est une image du fait que la flamme soit réplicable gratuitement.

(2) Montant du marché mondial des armes en 2017.

(3) Tous ces domaines étant liés, si un seul s'effondre, les autres s'affaissent sur leur fondements. L'effondrement systémique est inéluctable en engendrera, d'après les estimations, des centaines de millions de morts dans le monde. Il est imminent. Lire : [L'effondrement qui vient]

(4) Ça n'existe pas

(5) Dans le chapitre « Un réseau émergent »

(6) Qu'on verra au chapitre suivant

(7) Voir : [Les fondements théoriques du néo-libéralisme]

(8) C'est ce que les libéraux préconisent pour les individus, qu'ils soient éjectables. Eh bien nous c'est ce qu'on propose pour les industries (et les politiciens).

(9) Oui vous le savez déjà, mais il faut le redire, Coca-Cola vole l'eau potable des paysans indiens, qui se suicident en grand nombre.

(10) Lire sur ce thème : [L'empreinte « écomotrice » : réflexion d'un écologue du mouvement].

(11) Intelligence artificielle, enfin du moins c'est comme ça qu'ils appelle ça, sans se demander comment plus tard on l'appellera. Celle du futur sera capable de créer des méthodes, et nous ouvrira des perspectives fantastiques.

(12) Des méthodes pour convertir des créatifs en un bétail humain standardisé et prévisible. C'est parfaitement anti-créatif et contre-productif. Mais il ne faut pas que les informaticiens se sentent importants.

(13) fr.wikipedia.org

(14) C'est déjà ce qu'on voit advenir quand, en Grande-Bretagne, les chercheurs d'emploi doivent rester connectés huit heures par jour sur le site des annonces pour ne pas se voir envoyés au bagne.

- networksociety 180718

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